INFECTIONS SI'ÉCIFIQLI": ET NON SPÉCIFIQUE
phose graisseuse, et M. Busch ^, de Bonn, après avoir décrit (juelques cas de cancer du sein chez des femmes, extirpés à cette période et suivis pkis lard d'éruptions secondaires dans d'autres [)oints, se demande si les tumeurs ne seraient pas particuUèreinent dangereuses pendant ce stade régressif de leur développement. Dittrich, d'Eiiangen, le clinicien et l'anatomo-pathologique mort récemment, avait la parfaite conviction que le début de la tuberculose devait , dans beaucoup de cas , être rapporté à ce que le détritus provenant de différents points atteints rentrait dans la circulation, en partie des éléments normaux du corps et notamment des éléments du sang, et en partie des masses exsudées ou de nouvelle formation se désagrégeaient , et leur détritus, arrivant dans le sang, provoquait le développement des tubercules ; il arrivait à ces conclusions par l'observation de cas nombreux où des métamorphoses regressives étendues avaient eu lieu et particulièrement où des maladies chroniques avaient laissé, dans les organes, des substances qui avaient continué à se transformer et où finalement des aifections tuberculeuses avaient apparu, et les personnes avaient succombé à la phthisie^. Ces considérations reposent toutes sur le fait certainement exact que la régression de productions morbides, tendance apparente vers la guérison , se lie assez souvent à de fâcheux accidents. Mais je ne vais pas jusqu'à prétendre que les substances résultant de cette régression soient des substances infectieuses spécifiques; il me semble, au contraire, qu'il faut distinguer entre l'infection spécifique (ou contagion), qui ne produit que des maladies analogues, et l'infection générale qui cause des troubles généraux de toute espèce. Dans de tels cas, où il existe surtout une substance infectieuse très-énergique, il est bien possible qu'elle se soit encore conservée à une époque ultérieure. Je ne puis toutefois, abstraction faite de la syphilis déjà citée, rendre ceci compréhensible que par un exemple. Il est une affection qui donne lieu à une espèce de tumeurs , qui , tout en ne devenant pas très-volumineuses, apparaissent cependant sous des formes très-
' W. Busch, Chirurgisehe Deob'j.cläun<jeii , gesammelt in der k. Chirurg. Uiiiversiläts- Kliitik :m Berlin. lS5i.
-C. Martius, Die CoiiibinalioiisvcrhüUnisse des Krebses und der Tuberkulose. Erlangen I8ö3, p. 25.
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distinctes : c'est la morve si fréquente chez les chevaux. Ici le produit spécifique consiste en petites nodosités présentant une grande analogie avec les tubercules. L'affection se transmet très-facilement et représente une des maladies les plus dangereuses qui puissent atteindre l'homme. Il se développe ordinairement, dans le cours de celle-ci, continuellement de nouvelles nodosités de même nature dans les parties les plus différentes du corps. II y a certainement ici une infection accomplie. Eh bien , l'inoculation réussit à des périodes très-différentes de la maladie, et j'ai moi-même fait, avec un plein succès, des inoculations de l'homme sur le cheval, à une époque où les nodosités étaient déjà en voie de désagrégation^. Mais il est tout aussi indubitable que l'inoculation réussit également à une époque oii les nodosités ne sont pas encore désagrégées , et il me semble, par suite, bien plus naturel de conclure que la substance nuisible n'est pas entièrement anéantie ni détruite par les transformations qui surviennent dans la tumeur.
Je ne veux, dans l'espèce, regarder en aucune façon la question de la malignité des substances récrémentitielles comme pouvant recevoir une solution même seulement approximative des observations encore trop rares sur le sujet. jMais je tiens à accentuer que l'absorption de grandes quantités de ces substances régressives provenant de tumeurs volumineuses, ne se passe pas sans préjudice pour le corps. A ce sujet , je voudrais attirer particulièrement l'attention sur un cas qui a été remis récemment en discussion et qui a une grande importance précisément pour la médecine pratique. C'est une observation que l'on a faite sur la régression de tumeurs goitreuses volumineuses.
Les goitres sont des accroissements hyperplasiques particuliers de la glande thyroïde , qui parfois atteignent un volume trèsconsidérable. On sait déjà depuis Coindet (1820) que l'iode exerce une influence très-sensible sur leur diminution, et l'observation a confirmé de toutes parts qu'il arrive parfois, soit par l'usage de l'iode à l'intérieur, soit par son application extérieure, que les goitres ne diminuent pas seulement notablement dans un temps relativement court , mais qu'ils peuvent disparaître com-
'Vircliow, Handbucli der speticllen Palltoloyie u. Therapie. Erlangen 183ö, t. II, p. Ul , note.
lüDISMK KT CACIIKXIL: (.OiïREllSE. ilj.
pléteraeiit. Dans de pareilles circonstances , on a vu à plusieurs reprises survenir de très -graves accidents, que l'on considéra ordinairement comme une action de l'iode et que l'on appela iodisinc^, y voyant une maladie produite parle médicament. L'attention générale a été notamment éveillée sur ces faits par un des médecins les plus distingués de Genève, Rilliet^, mort récemment. Seulement ÎM. Rœser^, praticien expérimenté du Wurtemberg, avait déjà observé ces accidents, et il était arrivé à penser qu'ils devaient être rapportés, non pas du tout à l'iode, mais à la résorption des substances contenues dans le goitre. Dans le fait , on ne saurait méconnaître que presque toutes les observations que nous possédons sur le soi-disant iodisme se rapportent à des cas où, sous l'influence de l'iode, des quantités notables de masse goitreuse s'étaient rapidement résorbées. Une semblable résorption présuppose naturellement que les éléments du goitre étaient dans un état de solubilité. En effet, des cellules et des substances solides ne peuvent être résorbées ; il faut qu'elles soient dissoutes, désagrégées et qu'elles forment un détritus. Alors seulement la circulation entraînera les substances solubles récrémentitielles , et cela en grandes quantités dans de telles circonstances. De même, maintenant, que les autres substances récrémentitielles exercent sur le corps une influence nuisible, de même il n'y a théoriquement rien à opposer à ce que celles-ci aussi y exercent une influence préjudiciable. ]Mais l'observation apprend le fait extraordinaire que, pendant la régression des produits strumeux , les troubles les plus grands se produisent , qu'en particulier il survient une extrême accélération du pouls , liée souvent à une profonde dépression des centres nerveux et ordinairement à un amaigrissement considérable et rapide, une sorte de consomption , qui ne marche pas parallèlement avec les transformations du goitre, mais qui leur succède. Si l'on ajoute à cela que M. Rœser a vu surgir des accidents tout semblables dans des cas de diminution rapide de goitres, même sans que
' De semblables observations ont précisément été faites, il y a longtemps déjà, chez les goitreux, par exemple par Suttinger et Schmidt {Rtist's Magaz-in, 1824, t. XVI, p. 112, 430).
*F. Eilliet, Mémoire sur l'iodisine constiUitionnel. Paris 1860.
^Wurlemb. med. CorrespondeuMatt, 1844, p. 241; 1860, n" 33. — Archiv für phijsiol. Heillc , 1848, p. 74 ; 1839, p. 494.
l'iode ait été employé, on est bien forcé d'admettre que c'est la résorption, et non pas l'iode, qui joue ici le rôle prépondérant et que le nom de cachexie goitreuse est préférable à celui d'iodisme.
Lorsque l'Académie de médecine en France (1859) a mis en discussion les observations de Rilliet, qui du reste n'avait pour but que de révéler les dangers de l'emploi de l'iode, on les a, de toutes parts , accueillies sans les prendre au sérieux ; seulement il est venu depuis lors s'y ajouter quelques observations analogues^. J'en ai vu moi-même un cas très-frappant, où, après l'emploi très -modéré de l'iode dirigé contre un goitre très-volumineux, il est survenu un marasme aigu avec une grande fréquence du pouls et une disposition à la transpiration ; cet état persista pendant des mois jusqu'à la mort, et je suis, en tous cas, en les rapprochant des autres faits déjà connus, enclin à admettre que, même dans les cas de régression, les substances récrémentitielles des tumeurs peuvent produire un trouble général, grave. Une autre question, qui ne pourra être élucidée que par des recherches beaucoup plus exactes que nous n'en possédons jusqu'à présent sur la marche des tumeurs, est de savoir si la cachexie que nous observons si souvent dans les stades avancés des tumeurs malignes et même dans la scrofulose glandulaire généralisée , si ces troubles affectant souvent le corps entier en s'accompagnant d'une sanguification défectueuse , d'une nutrition défectueuse des muscles et de beaucoup d'organes internes , ne procèdent pas de cqtte manière. Car, quelque nombreuses que soient les discussions des chirurgiens sur l'importance des tumeurs, nous ne possédons pas encore, jusqu'à présent, d'observation clinique exacte sur l'ensemble de la marche, sur le constitutionalisme des tumeurs. Tout cela est encore à faire, et on ne pourra trancher avec discernement les questions indiquées , que du moment où l'on aura recueilli à ce sujet des faits précis. Mais en tous cas on doit, dès à présent, se rappeler que précisément ces tumeurs, qui renferment beaucoup d'éléments transitoires, caducs, dans lesquelles par conséquent beaucoup de substance tombe en détritus par la marche régressive des éléments, exercent une influence incomparablement plus nuisible
' Lebeit, Die Krankheilca der Schilddrüse und ihre Behandluiifj. Breslau 1862, p. 229.
co-nstultionalisme et i'auasitisme. 113
sur l'ensemble de l'économie et font ainsi également incomparablement plus l'impression du parasitisme que celles qui renferment des éléments plus permanents, des tissus plus durables, dans lesquels, par conséquent, il se passe aussi moins de processus régressifs et qui se rapprochent beaucoup plus des parties ordinaires du corps par leurs conditions de nutrition.
Le clinicien peut aller extraordinairement loin, lorsqu'il apprécie les tendances constitutionnelles des tumeurs. En lisant, par exemple , les leçons de Rust^, tant appréciées de leur temps, on trouve que, pour lui, toutes les choses possibles étaient constitutionnelles. 11 avait une telle antipathie contre la conception locale des tumeurs qu'il donnait aux choses les plus innocentes une nuance de constitutionalisme. Pour lui, un cancer était naturellement un mal nécessairement constitutionnel ; il disait à ce sujet : lorsque quelqu'un croit avoir extirpé un cancer et que l'individu vit encore trois ans après, ce n'était pas un cancer et le diagnostic était faux ; tout homme doit fatalement succomber à ce mal dans un délai de trois ans. Mais une tumeur enkystée , une hydrocèle et une série de verrues et de naîvus étaient pour lui tout aussi constitutionnelles. Ce n'étaient là en aucune façon des affections locales; elles étaient constitutionnelles, etil fallait toujours commencer par se signer trois fois avant de se décider à les opérer, et essayer d'abord tous les autres moyens de modifier le mal en transformant l'état de nutrition du corps.
En concevant le constitutionalisme comme l'expression de certains rapports existant entre un état local et le reste du corps, il n'y a plus alors rien de local; car tout ce qui se passe dans le corps a certaines relations avec le corps entier. Un isolement complet tel que la chose vive comme sur une île, ne se rencontre nulle part dans l'organisme. En partant de ce point de vue, il est indubitable qu'une hydrocèle est également un mal constitutionnel ; car les liquides qui remplissent la poche de l'hydrocèle sont toujours, de l'une ou de l'autre manière, dans un certain état d'échange avec les liquides du reste du corps , et cette corrélation peut s'exercer dans des directions Irès-diffé-
* Joli. Nep. Rust, Aufsätze und Abhandlunge7i aus dem Gebiete der Medicin, Cliirui- (jie u. Slaaisanneiliunde. Berlin 1836, II, p. 4.43. (Sur quelques formes morbides considérées comme locales, tandis qu'elles ne représentent aucune maladie locale.)
rentes. Mais c'est là uq genre de constitutionalisme tout différent de celui que l'on discute lorsque l'on a en vue des tumeurs parasitaires. Ranger une hydrocèle simplement à côté du cancer signifie à peu près autant que si l'on comparait un ongle avec un rein. Il existe indubitablement aussi une certaine relation entre l'ongle et le corps ; ce n'est pas non plus une chose qui n'a qu'une raison d'être et qu'une importance locales, dont les effets appréciables ne dépassent pas les limites de son existence particulière. Ce n'en serait pas moins une singulière physiologie cpie celle qui voudrait faire ressortir les corrélations d'un ongle avec le corps , au même titre qu'elle le ferait pour le rein , qui est le siège d'un énorme échange de matériaux et qui concourt d'une manière si importante et toute particulière à la nutrition du corps entier.
Les fonctions parasitaires que remplit une tumeur lui sont avant tout inhérentes et ne découlent pas d'états généraux du corps. Elles sont basées sur l'autonomie propre de tout élément cellulaire vivant de l'organisme ; celle-ci doit se révéler par une action d'autant plus grande que des éléments plus nombreux et doués d'une plus grande activité sont réunis en un point. La nature et l'activité de ces éléments décident en même temps de l'importance de la tumeur pour l'ensemble de l'organisme , dont celle-ci n'est qu'une partie. On peut dire, d'après cela, que toute tumeur produite par la prolifération d'éléments présente à un haut degré un caractère parasitaire. Mais on ne dit pas par là qu'elle procède d'une dyscrasie ou qu'elle soit à regarder comme un phénomène constitutionnel primitif; elle peut n'en être pas moins un mal éminemment local.
Je mets donc de côté, pour arriver à une classification des tumeurs , le point de vue du parasitisme , tout aussi complètement que celui qui, repris souvent, a encore, il y a peu d'années, été soutenu par Biliroth^, prétendant que l'observation clinique doit fournir le principe fondamental de cette classification. On ne peut poser les bases d'un système d'onkologie qu'en partant de la genèse des tumeurs et en établissant avec autant de certitude que possible l'histoire anatomique. A cette histoire viendra ensuite se rattacher l'observation clinique dans des conditions de parfaite
* Th. Billroth, Die Eintheilung , Diagnostik u. Prognostik der Geschwülste vom chi^ rurgisch-künischen Standptincle. Deutsche Klinik. 18ä9, n» 40.