‹ Pathologie des tumeursChapitre 18 sur 42 · DIVISION GENERALE · texte numérisé non relu

DIVISION GENERALE

certitude, car il est certain qu'une physiologie complète des tumeurs est impossible sans l'observation clinique. Mais il est inutile , fticheux môme , de faire d'abord ce qui ne devrait l'être que plus tard ; et de ce que les anatomistes purs , et en particulier les micrographes inexpérimentés, ont avancé beaucoup d'opinions fausses et causé une grande confusion, cela ne doit pas faire oublier que les praticiens, les chirurgiens notamment, ne sont jamais arrivés à sortir de la confusion sur le sujet qui nous occupe.

Au point de vue anatomo-génésique , les tumeurs qui sont produites par un travail réellement formatif , celles qui résultent de produits de formation nouvelle, celles que, par conséquent, un développement particulier fait naître de l'organisme, se distinguent de celles qui répondent à un autre mode de production ; celles-ci représentent une grande partie de ce que l'on appelait jadis tumeurs enkystées ou cystiques. Les autres, au contraire, qui procèdent par un développement réel, sont les pseudoplasmes proprement dits, les tumeurs de nouvelle formation, ou, comme on peut encore les appeler plus justement, les végétations. En effet, l'ancienne expression de végétation est précisément ici tout à fait appropriée , et je la reprends avec conscience et dans ce sens qu'elle désignera non-seulement le développement qui se fait au sein même de l'ancien tissu, mais aussi la transformation de ce tissu, la substitution de celui-ci par un nouveau, un faux tissu. Cette manière de voir a échappé pendant longtemps aux observateurs, parce que, suivant la théorie de l'exsudat, on faisait se développer la tumeur à côté de l'ancien tissu , qui s'atrophiait par compression^. Maintenant que j'ai remplacé la théorie de l'exsudat par celle de la prolifération et que j'ai démontré positivement l'analogie du travail de prolifération dans les tissus animaux et végétaux, la désignation de végétations morbides peut être reprise et formellement adoptée.

Pour ce qui est du groupe des tumeurs qui ne procèdent pas d'un développement cellulaire et qui portent surtout en elles le caractère cystique, elles peuvent à leur tour se développer de différentes manières. En effet, tantôt il s'agit, lors de leur développement, de l'accumulation de substances qui proviennent di-^

' Phil. V. Walther, Sijstem der Chirurgie. Berlin 1833, p. 380.

rectement du saiiy , tantôt elles duiveiit leur existence a l'accumulation de substances qui ont été sécrétées d'une manière particulière, auquel cas, par conséquent, un organe de sécrétion a exercé une action spéciale sur leur formation.

Les substances provenant du sang sont principalement de trois espèces et donnent lieu: si c'est du sang en substance, à un extravasat; si c'est une simple transsudation séreuse, qui entraîne surtout l'eau, les sels et une certaine partie des albuminates du sérum du sang, k un transsudat ; enfin à un exsudât, s'il s'est mêlé à ces liquides une certaine quantité de fibrine, que je comprends ici d'après les idées anciennes , quoique , d'après ma manière de voir^, la fibrine provienne de tissus et non du sang. Il y a, de plus, des cas où ces produits se compliquent entre eux , de telle sorte qu'en même temps un extravasat et un exsudât apparaissent sous la forme d'un exsudât hémorrhagique , ou bien encore que, dans beaucoup de liquide séreux il y ait une petite quantité de substance fibrineuse, ce cjui constitue un exsudât séreux. Cela n'entraîne, de fait, aucune différence trèsgrande entre les tumeurs.

Cette classe de tumeurs a en elle une certaine corrélation, et elle se distingue essentiellement de l'autre, où il y a accumulation de substances sécrétées , substances dont la nature est déterminée jusqu'à un certain point parla qualité des surfaces sécrétantes ou de l'organe sécrétoire. Les substances sécrétées sont à leur tour différentes, en ce qu'elles sont dans quelques cas particulièrement liquides, que dans d'autres elles contiennent notamment des parties organisées, et cjue dans une troisième catégorie elles présentent un mélange des deux précédentes.

Si nous trouvons un kyste renfermant une grande quantité de mucus pur, substance sécrétée en tant qu'elle ne préexiste pas dans le sang, nous avons alors sous les yeux un produit de sécrétion pur, dans lequel il est inutile de rencontrer en plus aucun élément organisé. C'est là un exemple de la forme sécrétoire pure. Si nous rencontrons, au contraire, une poche remplie de cellules qui se sont détachées d'une surface sécrétant normalement, de cellules épidermiques par exemple, nous

*P(üh. cellitl., p. 135, 329. — Virchow, Spec. Paili. u. Tlier., t. I, p. 75; Gesamnidle Abhandl., p. 135-137.

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rangerons une tumeur épidermique solide de ce genre dans la seconde catégorie. ]Mais lorsque des cellules glandulaires se détachent d'une glande quelconque et se mêlent à une substance aqueuse , transsudée du sang, nous avons un exemple de la troisième catégorie. Tel est le cas dans les kystes spermatiques^ où les cellules des canaux spermatiques ou les spermatozoïdes qu'elles forment se trouvent dans un liquide transsudé.

Ces kystes, dans lesquels nous trouvons des produits de sécrétion soit amorphes, soit simplement organisés, soit enfin mélangés, constituent une classe particulière de tumeurs dont le développement est le résultat de l'accumulation sous forme de tumeurs, de produits de sécrétion^ qui auraient dû être éliminés. L'accumulation ne peut évidemment se faire que dans un espace préexistant. A mesure que le produit sécrété s'accumule, il donne lieu à une dilatation, à une ectasie de l'espace existant. On pourrait donc, d'après notre terminologie anatomo-pathologique ordinaire , appeler aussi toutes ces tumeurs des ectasies ; seulement la tumeur ne consiste pas dans l'ectasie pure et simple, mais dans l'ectasie, plus le produit de sécrétion retenu; et si on veut donner un nom à ces formes morbides, on les appellera des tumeurs par dilatation ou par rétention.

Les tumeurs de la première catégorie , où nous trouvons en prédominance les éléments du sang (extra vasats , transsudats ou exsuda ts), peuvent se développer dans un espace préexistant, mais cela n'est pas nécessaire ; elles peuvent apparaître librement aussi ou dans un espace nouvellement formé. Cet espace peut à son tour se produire de la manière la plus variée , soit par une action simplement mécanique (déchirure, fracture etc.), soit comme résultat d'un travail organique antérieur, de telle sorte que le développement de ces tumeurs se rattache à d'autres processus pathologiques, qui ne font que produire les cavités dans l'intérieur desquelles se dépose plus tard la masse formant tumeur. Ce ne sont donc pas toujours de simples tumeurs par dilatation, mais bien quelquefois de véritables productions nouvelles. Ce qu'elles ont de caractéristique ne réside pas dans la formation nouvelle, mais surtout dans l'irruption des éléments du sang, et on pouri-a ainsi les distinguer en tumeurs par extravasation et par exsudation.

Nous arrivons ainsi (à l'exclusion des entozoaires et des simples tuméfactions) à constituer trois grandes catégories ou divisions ; parmi elles , les tumeurs par exsudation et extra vasation dont il vient d'être question sont celles qui se rapprochent le plus des processus pathologiques connus; puis viendi'ait le groupe des ectasies , des tumeurs par dilatation ou par rétention , et comme troisième groupe, les pseudoplasmes ou néoplasmes proprement dits, résultats de prolifération , les végétations dans le sens précis du mot.

Nous avons surtout traité de ces dernières dans les leçons précédentes. J'ai alors déjà exposé les points de vue principaux , d'après lesquels on doit classer les végétations. Nous avons vu que , dans un certain nombre de cas , une de ces tumeurs se compose d'un tissu simple et rappelle, par sa disposition, quelque tissu connu du corps : c'est la tumeur simplement histioïde. Dans un grand nombre d'autres cas, la tumeur ne montre pas une conformation aussi simple ; plusieurs tissus entrent dans sa composition ; il surgit une structure compliquée, souvent avec une certaine disposition typique des parties. La tumeur ressemble alors à un organe déterminé du corps , elle a un caractère complètement organoide. Un troisième groupe est plus compliqué encore ; différents organes s'y réunissent et répondent par leur combinaison à tout un système du corps , quand même celui-ci ne serait que la reproduction incomplète du système normal : c'est la tumeur sijstématoïde ou mieux tératoïde. Je puis même ajouter de suite ici que cette apparence de système peut , suivant les circonstances, aller jusqu'à nous faire l'effet d'une individualité humaine incomplète que nous aurions devant nous ; quelques cas de ce genre ont donné lieu à des discussions sérieuses, pour savoir s'il n'existait pas un fœtus indu dans un autre fœtus , alors qu'il existait en apparence un corps entier, de forme quelque peu rudimentaire , mais cependant accusée dans différentes directions.

Les tumeurs par prolifération ou pseudoplasmes rentrent dans ces trois divisions principales. Mais on ne peut malheureusement pas borner la classification à ces espèces. En effet, ainsi que Lobstein ^ déjà l'a très-justement fait remarquer, il y a un

'Lobstein, Trailé d'anat. patholog. 1829, t. I, p. 456, 479.

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