‹ Pathologie des tumeursChapitre 25 sur 42 · TRANSFORMATIONS SECONDAIRES DES KYSTES PAR RÉTENTION · texte numérisé non relu

TRANSFORMATIONS SECONDAIRES DES KYSTES PAR RÉTENTION

que le kyste soit ouvert et que par suite de l'air y pénètre , il en résulte ordinairement des transformations putrides très-rapides. On rencontre rarement dans la muqueuse des proliférations hyperplasiques, qui proéminent sous forme d'épaississements ou d'excroissances. Les fortes irritations de la face interne, au contraire, se lient d'ordinaire à une induration croissante, fibreuse, souvent calleuse de toute la paroi ; dans ces circonstances il n'est pas rare de voir se développer une véritable péricystite , qui produit dans les parties extérieures du kyste des épaississements , des excroissances et des adhérences.

Tel est, en grand, la marche que suivent presque partout les processus cystiques, marche qui subira naturellement de notables modifications par la texture primitive de la surface et par l'espèce des sécrétions qui en marqueront le début. C'est ainsi que certaines muqueuses sécrètent au début des masses plutôt purulentes que muqueuses ; il y a , comme cela se voit si souvent dans l'appareil respiratoire, plus de catarrhes purulents qu'il n'y en a de muqueux. Les dilatations des bronches , les bronchiectasies se remplissent ordinairement de pus, lorsqu'il y a stagnation dans leur contenu. Plus tard celui-ci s'épaissit peu à peu et se transforme en une masse caséeuse ou, comme on dit, en une masse tuberculeuse^. Il dépend cependant beaucoup des localités où se forment ces produits, ainsi que de la manière dont ils se développent, pour décider si l'on veut ou non les appeler des tumeurs. Jusqu'à présent on n'avait pas coutume d'appeler les bronchiectasies des tumeurs, mais il faut cependant remarquer que notamment l'épaississement caséeux du contenu bronchiectasique a très -souvent amené à regarder ces produits comme des tubercules - , par conséquent comme de véritables tumeurs. On peut de nouveau voir par là combien est vague, en général, la notion de tumeurs. Moins l'histoire du développement d'une certaine accumulation est connue , plus on est porté à supposer que la poche s'est développée indépendamment et plus on est toujours disposé à l'appeler une tumeur.

La difficulté augmente, lorsqu'au lieu des cas dont il a été question jusqu'ici, ce ne sont pas seulement les substances pro-

* Virchow's Archiv, 1847, t. l, p. 175.

* Palh cellul., 3« cdit., p. 150 et 398.

duites par la sécrétion locale d'un canal qui s'accumulent, mais le canal qui n'est que le conduit excréteur d'une glande dont le produit spécifique de sécrétion est l'objet de la rétention. Dans ces cas les substances résultant du travail sécrétoire local de la paroi du canal se mélangent peu à peu au produit de sécrétion de la glande, et il se forme souvent des états très-compliqués de transformation, qui présentent de très-grandes différences, suivant que la sécrétion glandulaire persiste ou non à se faire et suivant que la sécrétion locale est forte ou faible.

Je vais étudier avec un peu plus de détails quelques-uns de ces cas , dont les uns pourront servir particulièrement de points de repère caractéristiques dans les considérations attenant au sujet qui nous occupe, et dont les autres ont précisément, comme tumeurs, acquis une certaine renommée et une certaine importance.

Pour ce qui est des stades de transformation du contenu, nous n'avons aucune localité qui nous fournisse des points de vue aussi caractéristiques que les différentes parties des voies biliaires. Une ectasie des voies biliaires , notamment lorsqu'elle revêt un caractère cystique , est naturellement remplie de bile dans le principe : elle forme alors un kyste biliaire^. Mais sa persistance comme tel dépendra de ce que la bile continue à y affluer et qu'il en arrive constamment à nouveau dans la poche. Si tel est le cas, l'ectasie s'accroît de plus en plus, mais en même temps la bile y stagne, s'épaissit peu à peu, en quelque sorte comme le pus dans les bronchiectasies , dont le contenu devient caséeux par la résorption des éléments aqueux et la précipitation des parties solides. Il se forme quelquefois ainsi dans le foie, notamment vers ses bords ou sur ses faces , des poches de la grosseur d'une noisette jusqu'à celle d'une noix, qui sont remplies d'une bile très-épaissie et formant une sorte de bouillie. Très-souvent la bile 2 stagnante et se transformant donne consécutivement lieu à des précipités et à des cristallisations, notamment de Cholesterine, de bilifulvine et d'hématoïdine. Dans quelques cas même, la plus grande partie du contenu se réunit en de semblables masses cristallines. J'ai trouvé des kystes de la grosseur d'une noix qui ne

^ Cruveilhier, Aîiat. path., livr. XII , fig. 1-3. - ]yiir-<burger VerhamII., 1850, t. I, p. 311.

k\sr[<:s iuliaiuhs. î>.5o

contenaient presque uniquement que de la Cholesterine en grands cristaux mêlés à du pigment. D'autres fois aussi l'hémaloïdine domine dans les kystes biliaires simples, tout à fait comme cela arrive dans les anciens kystes d'échinococques du foie^ ; ce cas a acquis une grande importance pour l'histoire de l'hématoïdine, en ce qu'il en a fourni à M. Robin ^ des quantités considérables qui ont permis de soumettre cette substance à un examen plus approfondi. Dans de semblables conditions, la couleur de la masse change ; au début le contenu est brun et jaune brunâtre; à mesure que l'héraatine apparaît, on voit se développer la couleur rouge, celle du minium ou du rubis, qui caractérise déjà sa présence à l'œil nu.

Mais il arrive beaucoup plus souvent que l'afïlux de la bile est interrompu après qu'il s'est fait, à un certain moment, une occlusion du sac. C'est ce qui arrive comparativement le plus souvent pour la vésicule biliaire^. Lorsque des calculs biliaires se fixent dans le canal cystique ou lorsqu'une rétraction cicatricielle rétrécit l'orifice de la vésicule, la bile qui s'y trouvait au moment de l'occlusion persiste d'abord, quelquefois il s'y forme en plus des précipités, des cristallisations et de petits calculs composés surtout de Cholesterine pure ; mais dans la plupart des cas la bile disparaît sans laisser de trace, le liquide devient de plus en plus clair, perd sa coloration et finit par ne plus être qu'un fluide tout à fait incolore. Tandis que cette décoloration est probablement l'effet de l'absorption de la bile, la paroi continue à sécréter et. produit d'abord du mucus, qui remplit parfois entièrement la vésicule occlusionnée , résultat analogue à ce qui est constant pour les kystes de l'appendice vermiculaire. Puis vient la période où ce mucus se liquéfie davantage et se transforme en une substance albumineuse, ressemblant à de la sérosité simple, à laquelle se mêle une transsudation séreuse provenant de la paroi. La poche se dilate de plus en plus, la vésicule biliaire devient de plus en plus grande, elle fait saillie au-dessous du rebord du foie> elle s'élargit suivant son diamètre transversal , et elle peut , dans quelques circonstances, former une tumeur, qui, déjà pendant

' Virchow's Archiv, 1847, t. I, p. 427.

* Gas. med. de Paris, 1855 , n» 44 , p. 684.

»Rokitansky, l. c, t. III, p. 281. — Cruveilhier, Anat. palh., livr. XXIX, pi. 4.

la vie , fait au bord inférieur du foie une saillie du volume du poing et qui peut, par la forte tension de sa paroi, être prise à tort pour une tumeur solide. On donne ordinairement à cet état le nom àlujdropisie de la vésicule biliaire, impliquant ainsi l'idée que dès le début il y a eu excrétion séreuse, comme on l'a admis dans l'hydrocële et dans les hygroma. Seulement il ne s'agit ici en aucune façon d'une affection de nature hydropi^iie , mais bien plutôt d'une pseudo-hydropisie^, qui est la conséquence, d'abord de la liquéfaction du mucus, puis de la sécrétion séreuse consécutive ; elle est par conséquent secondaire , de nature essentiellement irritative, et doit être rangée au nombre des catarrhes séreux.

On rencontre aussi des transformations analogues à celles de la vésicule biliaire, dans les conduits biliaires^, où se voit une dégénérescence cystoïde avec toutes les apparences de la formation kystique indépendante de tout canal préexistant. Gomme les kystes biliaires, ces poches se produisent dans le plus grand nombre des cas , près de la surface de l'organe dans les conduits plus périphériques. Cette situation n'est sans doute pas étrangère à ce que l'afflux de nouvelles quantités de bile cesse si souvent de se faire , parce que la portion du foie qui devait verser sa bile dans le conduit biliaire correspondant s'est atrophiée par la pression du kyste lui-même. En effet, lorsque l'ectasie atteint une certaine grosseur, il s'ensuit chaque fois l'atrophie du parenchyme environnant ; le kyste proémine alors immédiatement audessous de la capsule externe du foie, et il n'existe plus, entre le kyste et Talbuginée, le parenchyme qui pourrait envoyer au kyste un produit de sécrétion.

Ces dilatations kystiques atteignent souvent la grosseur d'une cerise, d'une noix, et au premier abord on peut croire à l'existence d'un petit kyste d'échinococque. On les en distingue facilement, en ce qu'ils ne contiennent pas les parties membraneuses qui caractérisent les vers cestodes (p. 101) ; ils ne renferment d'ordinaire, dans les kystes de formation récente, qu'un simple

' Jul. Vogel, Paihol. Analomie, I, p. 35.

• Dans un cas où MM. Kölliker et H. Müller avaient lié le canal cholédoque chez un chien , je trouvai après un long espace de temps tous les conduits biliaires du foie fortement dilatés et remplis d'un mucus filant tout à fait incolore.

Page 1