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ORIGINE IRRITATIVE DE L ENCIIONDROME DES PARTIES MOLLES

tion (multiplication, hyperplasie) que sa condensation, et que le tissu connectif, en partie de nouvelle formation, subit seulement plus tard les métamorphoses en cartilage. Nous reconnaissons là le même travail que celui qui se fait dans le périoste lors de la formation du cal cartilagineux dans les fractures, et nous y voyons en même temps une i)reuve importante de l'origine inflammatoire ou au moins irritaiive de l'enchondrôme. Cette manière de voir s'accorde aussi mieux que toute autre avec l'histoire et la marche de la maladie. En effet , les enchondrômes des testicules se développent précisément d'ordinaire après des influences traumatiques positives, notamment des contusions; ce développement s'accompagne de douleurs vives et continues et répond au type de l'inflammation chronique. Mais le point de départ inflammatoire^ et la période préenchondromateuse , le stade initial de l'irritation d'apparence non spécifique (p. 73, 85) est également trèsnettement reconnaissable dans d'autres enchondrômes des parties molles, notamment dans ceux de la parotide. A cette période, la substance glandulaire (les canaux revêtus d'épithélium et les vésicules terminales) est encore parfaitement constituée, elle est même parfois si fortement développée que l'on peut songer à une simple hypertrophie. Mais il se forme dans le tissu connectif interstitiel , du reste si lâche , une tuméfaction avec induration , qui circonscrit les canaux glandulaires , augmente la distance qui les sépare les uns des autres et donne parfois à la partie une dureté cartilaginiforme. L'examen microscopique ne montre rien d'autre que l'image d'une parotide interstitielle chronique, un tissu connectif condensé, tendineux avec des cellules relativement petites , pour la plupart fusiformes ou stellaires.

Ce tissu connectif, au moins en partie de nouvelle formation, est la matrice de l'enchondrôme ultérieur-, et il est en même temps, dans les formes composées, le germe du myxôme, du fibrome ou de toute production qui du reste peut en dériver •'^. Les éléments cellulaires du tissu connectif s'agrandissent et se

' W. Busch, Chirurg. Beobachlungen , p. 57.

- Deutsche Klinik, 1858, n» 49, p. 481.

^ J'ai montré il y a longtemps déjà que dans la parotide suppurée il y a d'abord un stade catarrhal, puis une période de suppuration interstitielle, dans laquelle le pus provient du tissu connectif interstitiel (Charité-Annalen , 1858, Ville année, livr. 3, p. 6).

segmentent de plus en plus. La prolifération par fissiparité va quelquefois si loin qu'il se forme , comme cela a déjà été mentionné, des groupes de jeunes cellules indifférentes; il en résulte plus tard, par le développement des cellules qui les composent et par la sécrétion de substance intercellulaire et capsuîaire, des nodules d'enchondrôme (p. 468). Mais ordinairement ce développement de nouveaux éléments par foyer n'arrive pas à se former; la segmentation des cellules se limite plutôt à un petit nombre d'entre elles; la substance intercellulaire ne tarde pas à augmenter et à se condenser, les capsules à se former autour des cellules, et ainsi se trouve constitué du cartilage. Dans le point où se produit le cartilage , la véritable substance glandulaire spécifique comprimée s'atrophie en partie et il apparaît, au milieu de la glande, des îlots isolés de cartilage parfaitement pur.

Je ne sais s'il arrive jamais une atrophie complète du tissu glandulaire ; je ne l'ai jamais rencontrée. J'ai partout trouvé des restes de l'ancienne substance glandulaire même sur les coupes faites dans un enchondrôme de la glande sous-maxillaire (fig. 102) de la grosseur d'un poing et d'apparence entièrement pur. Dans les cloisons qui séparent les différents lobes de l'enchondi'ôme , j'ai reconnu encore nettement les canaux glandulaires avec leurs ramifications; dans certains endroits, mais notamment au pourtour de la tumeur, se trouvaient^ formant des groupes plus ou moins considérables , les lobules terminaux de la glande, remplis de cellules en partie hypertrophiées^.

Les enchondrômes des glandes ne diffèrent donc pas de ceux du tissu connectif libre ordinaire, en ce que ils ont pour matrice du tissu connectif et que, d'après les phénomènes visibles, leur développement résulte d'un principe d'irritation, analogue à l'inflammation. Il reste certes très-surprenant que précisément le tissu connectif interstitiel des glandes soit aussi souvent le point de départ d'une semblable production morbide, et l'on peut assigner comme objet au progrès ultérieur de l'étiologie , de découvrir oii en est la raison; seulement le processus, en général, perd cependant une partie de son caractère extraordinaire, du

^ Cpr. un cas de Gosselia {Bullet, de In Soc. de chincrgie de Paris, 1856, t. VI, p. 195).

ENCIIONDROMES DES POUMONS.

moment où il devient évident qu'il se rattache à l'inflammation chronique.

Nulle part la production de l'enchondrôme^ n'est plus surprenante que dans les poumons , non pas seulement parce qu'il se forme des nodules aussi durs et solides dans un organe aussi mou, aussi pauvre en parenchyme, aussi riche en alvéoles, mais plus encore parce qu'il n'est pas rare de rencontrer dans

Fig. loa,

des poumons, sains en apparence, une grande quantité de nodules enchondromateux petits et grands (fig. 103). Les enchondrômes

Fig. «03. Enchondrome dur, multiple, idiopathique du poumon. Poumon d'un enfant. b, l'entrée de la bronche; à côté , l'artère et la veine pulmonaire, p, une portion du péricarde. Au-dessous, sur une coupe, un grand nodule enchondromateux, d'aspect lobule, situé dans le parenchyme. Au-dessus, en e, un nodule dont le centre est crétifié , placé assez superficiellement sous la plèvre, e', un enchondrome aplati , polypeux de la plèvre. En haut, une seconde coupe, au fond de laquelle se trouvent plusieurs nodules enchondromateux plus ou moins grands, adossés juste aux bronches a a' (pièce n" 1173). Grandeur naturelle.

' Lebert, Ahhmidl. ans dem Gebiete der praJä. Chirurgie und der pat h . Phys., p. 194. Phtjsiol. paihoL, t. II, p. 213 , pl. XVII, fig. 1-3. — Dlauhy, Prager Vierteljahrsschrift, 1S46, t. III. Liter. Ameiger, p. 27. — Rokitansky, Pathol. Anat., 1861, t. III, p. 80. — Paget, Lect.,yo\. II, p. 179.— S. Wilks, Transact. of the Lond. Pathol. Socielg, 18G2, vol. XIII, p. 27 E. Wagner, Archiv für Heilkutide, 1681, p. 280.

du poumon se distinguent aussi en ce que d'ordinaire le tissu en est remarquablement pur et qu'ils portent en eux, de la manière la plus évidente, le caractère du cartilage permanent. Ils présentent, il est vrai, assez souvent des crétifications et des ossifications (fig. 103, e), formées et disposées comme il a été dit plus haut ; la crétification peut en comprendre la plus grande partie^, l'ossification peut y produire de l'os spongieux avec de la moelle^. Mais ce sont également des transformations qui se font souvent dans le cartilage permanent à un âge avancé , et ce fait, comme celui de la découverte ordinairement toute fortuite de ces enchondrômes à l'autopsie, me fournit une preuve qu'ils ont une durée relativement longue et remontent peut-être déjà à une époque de beaucoup antérieure de la vie.

Je dois observer que je ne parle ici que des enchondrômes idiopathiques du poumon , me réservant de revenir plus tard encore sur la forme métastatique déjà mentionnée (p. 501). Les formes idiopathiques siègent le plus souvent à la racine du poumon ou dans son voisinage. Toutefois elles ne se limitent pas à cette localisation : elles peuvent aussi se rencontrer au milieu du parenchyme (fig. 103, a) et tout superficiellement dans la plèvre (fig. 103, e') et même dans ce dernier cas faire sur la surface une légère saillie polypeuse. Mais le siège le plus ordinaire, et en même temps celui des gros nodules, n'en est pas moins toujours la région de la racine des poumons. Ils atteignent rarement, il est vrai, un volume considérable; les nodules de la grosseur d'une noix sont déjà exceptionnels. Mais ce volume suffit cependant pour ne pas seulement remplir une partie du tissu pulmonaire, mais intéresser aussi les gros canaux de cette région. On trouve d'ordinaire aussi bien des bronches que des vaisseaux sanguins enveloppés par eux, de telle sorte que sur les coupes (fig. 103 a, a\ fig. ïOli) la lumière de ces canaux présente des ouvertures fortement rétrécies avec une paroi ordinairement épaissie. On trouve aussi des endroits où les premiers nodules enchondromateux , sous forme de petits grains, apparaissent en connexion immédiate avec certaines bronches (fig. 104, a'), et

* A. Förster, Virchow's Arch., t. XIII, p. 106. — Lambl, Aus dem F ranz- Josef -Kinder- Spital in Prag, 1860, p. 215.

- Lebert, Abhandlumjen, p. 194.

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