II
ENCHONDRÔMES IDIOPATIIIQUES DES POUMONS. 509
l'on est porté à admettre que la production morbide de cartilage
a son point de départ dans les cartilages normaux des bronches.
Seulement, ainsi que Wilks, je n'ai jamais
pu me convaincre d'un rapport de continuité ^'^' ****
entre les deux. Le point de départ du déve- . -x s^
loppement est bien plutôt ici aussi le tissu r
connectif interstitiel , la capsule commune , et \.
l'on comprend que le tissu connectif interlo- ^S^
bulaire et sous-pleural , qui ne fait qu'un avec ^j^^ D
la capsule commune, puisse devenir, de la v'^^ifi'
même manière, le siège d'un développement
indépendant. La multiplicité, dans ces cas, est donc à mettre
sur la même ligne que lorsqu'il se produit isolément des en-
chondrômes dans plusieurs os.
Il faut exclure des enchondrômes , les nodules de fibrome (p. 335), qui se forment assez souvent dans la plèvre et dans la capsule commune, et que les auteurs français, notamment depuis Lsennec, ont si souvent appelés cartilages accidentels et produits demi-cartilagineux. Gruveilhier^ a récemment encore commis cette erreur, en appelant chondrômes de semblables produits morbides non-seulement dans le poumon, mais encore dans la rate, le foie etc. Ils ne présentent d'intérêt pour notre sujet que parce qu'ils portent sur un tissu analogue, se produisant au même endroit et avec la même multiplicité; d'autres auteurs ont eu tout aussi tort de les comprendre dans l'histoire de la tuberculose. Il faut noter d'autre part que le myxôme qui survient cependant dans le poumon (p. 429), et qui montre une si grande tendance à se combiner avec l'enchondrôme, n'a jamais été, que je sache, observé à cet endroit, combiné au cartilage.
Après les poumons, le siège principal de l'enchondrôme pur est dans le tissu sous-cutané et les aponévroses^. Le tissu sous-
Fig. 104. Les nodules de la coupe supérieure de la fig. 103, un peu grossis, pour montrer leur rapport avec les bronches et la capsule commune. La masse a' embrasse la bronche, tout en en laissant reconnaître nettement la paroi. En a 'on voit dans la capsule commune, tout près de la bronche, la production cartilagineuse qui s'étend dans le parenchyme alvéolaire voisin sous forme de petites granulations.
* Cruveilhier, Traité d'anat. pnth., t. III, p. 826.
- Joh. Müller, Ueber den feineren Bau der Gescimühte, p. 49, n" 21 (tissu sous-culané). — Adams, The lancet, 1847. — May, I, p. 18 (angle de la mâchoire, gaîne de la
muqueux n'en est pas non' plus entièrement exempt^. Ce sont en général des faits rares, et ces tumeurs n'atteignent d'ordinaire pas de proportion considérable. On les décrit comme très-différentes les unes des autres , dures et ossifiées , molles, cystiques ou crétifiées. Leur nombre augmenterait sans doute sensiblement, si l'on faisait procéder, comme le font nombre de chirurgiens , les enchondrômes des glandes salivaires , non pas de la glande même, mais des tissus ambiants. J'ai déjà exposé le résultat de mes propres recherches portant sur la parotide et sur la sous-maxillaire; j'ai chaque fois trouvé le point de départ dans le tissu connectif interstitiel , et ce n'est que dans un seul cas où chez un jeune étudiant en médecine on avait énucléé de l'angle du maxillaire inférieur une tumeur de la grosseur d'une noix , que je n'ai plus trouvé de substance glandulaire. Cependant cette observation remonte à une époque où j'avais moins en vue la question des tissus matriculaires; je cherchais plutôt les premiers états de développement ; aussi puis-je seulement dire que , dans ce cas, je trouvai, dans le tissu connectif (p. 467), les jeunes nodules à côté de la masse plus ancienne de la tumeur.
Paget - qui , en général , s'exprime avec beaucoup de prudence et se borne à dire que ces tumeurs se développent « dans la proximité» des glandes salivaires, admet aussi la possibilité avancée déjà par Yelpeau pour les tumeurs de la parotide, qu'elles proviennent des glandes lymphatiques. Dolbeau^ rap-
carotide). — Paget, Lectures, II, p. 179 (tissu sous-cutané de la poitrine). — A. Förster, Alhj. patli. Anat., 1833, p. 132 (tissu cellulaire de la région sacrée). — Lebert, Abhandl., p. 193 (aile du nez). — C. 0. Weber, Knochengeschtcülste, I, p. 97 (front). — Athol Johnson, Transact. of the Lond Path. Soc, 1833, vol. VI, p 333, pi. XVI, fig. 3-5 (bras). — H. Meckel, Charité- Annalen , VII, 1, p. 92 (avant-bras). — Cruveilhier, Traité d'anal, path., t. m , p. 812 (côté externe de la jambe). — Birkett, Union méd., 1858, déc. n» 146, p. 576 (face postérieure de la cuisse, fortement ossifiée, en partie sous-aponévrotique). — Secourgeon , Ga;. des hôp., 1839, n» 139, p. 343 (main, au-dessus du cinquième métacarpien, allant jusque dans les muscles).
' Dolbeau iBullet. de la Soc. anat., 1860, p. 6) décrit un enchondrôme du rectum, siégeant, chez un homme de vingt-sept ans, immédiatement au-dessus de l'anus et comprenant celui-ci dans sa niasse. — E. Wagner {Der Gebärmutterhrebs, Leipz. 1838, p. 129) décrit une ulcération très-singulière de l'utérus, où sur la paroi interne faisaient saillie des masses mamelonnées, qui, d'après sa description , étaient en partie fibreuses et en partie formées de cartilage hyalin. Peut-être devrait-on ranger ici les enchondrômes sous-conjonctivauxdontDemarquay (tumeur de l'orbite, p. 363) donne la littérature; pour la plupart cependant l'examen n'est pas assez précis pour déterminer leur nature.
-Paget, Lect., H, p. 201, 204.
" Dolbeau, Gaz. hebdom., 1838. n" 42, p. 720; n" 44, p. 732.
EXCnONDRÔMES DE LA RÉGION DU MAXILLAIRE INFÉRIEUR. 5ii
porte un cas qui doit présenter directement cette origine , en ce que chez un enfant de onze ans, souffrant d'inflammations folliculaires du conduit auditif externe, une glande lymphatique située au-dessus de rapof)hyse mastoïde s'enflamma à plusieurs reprises , finit par rester tuméfiée et se transforma en un enchondrôme. Il admet que les enchondrômes situés sous le maxillaire inférieur, près de son angle, appartiennent la plupart aux glandes lymphatiques. A mon avis le cas en question ne prouve rien de positif, et la transformation enchondromateuse des glandes lymphatiques restera dans le doute aussi longtemps qu'elle ne s'appuiera pas sur des bases tout à fait précises , tirées de la structure anatomique. Selon moi , la production d'enchondrôme dans les glandes lymphati(|ues se borne à des cas très-rares d'affection secondaire (p. /i99); je ne connais aucun exemple d'une affection de ce genre primitive ou notamment solitaire.
Cruveilhier ^ distingue les chondrômes de la parotide des corps cartilagineux subauriculaires, qu'il appelle aussi tumeurs périparotidiennes. Il les fait se développer tout à fait en dehors de la glande, ainsi que du lobule de l'oreille, de l'antitragus, de la peau et de l'apophyse mastoïde. Förster^ également, qui les fait dériver du tissu connectif , distingue les enchondrômes dans la glande et ceux qui sont au-dessus d'elle; H. MeckeP décrit au contraire une «tumeur à cartilage stellaire» pure, ainsi probablement un myxôme, dans le tissu cellulaire au-dessous de la parotide applatie sous forme de membrane ; et Bruns ^, qui se prononce pour le point de départ extraglandulaire d'une partie de l'enchondrôme parotidien , fait précisément dériver de la glande les enchondrômes subauriculaires. Il est possible que ces contradictions ne soient qu'apparentes et viennent de ce que dans le fait certains enchondrômes de cette région se développent hors de la glande et d'autres dans le tissu glandulaire même. Nous avons , en faveur de cette opinion , non-seulement des données positives des auteurs^, mais aussi notamment le fait que
' Cruveilhier, Traité, III, p. 808.
- A. Förster, AUcj. palh. Annt., 1855, p. 1-29.
'■ H. Meckel, Charité-Annalen, VII, 2, p. 91, cpr. p. 105.
* Bruns, Prakl. Chirurgie, t. II, p. 159, 1149.
■• hennelt. On caticerous and cancroidgroivliis,Edinh. 1849, p. 89. — Solly, The lancef, 1850, vol. I, p. 487. — C. 0. Weber, KnochcnçiesclMnihie , I, p. 79. — Dolbeau , /. c, p. 718. Bull, de la Soc. anat. 1860, p. 436. Labbc, ibid., p. 353.
cette même région est le siège de prédilection des myxômes , des fibromes et des kystômes sous-cutanés. En tout cas il est incontestable d'après mes recherches que la production intraglandulaire de l'enchondrôme est des plus parfaites précisément dans les glandes salivaires.
Mais il est encore une variété particulière des enchondrômes sous-cutanés , je veux parler des formes mixtes. Il n'est pas très-aisé ici de dire où s'arrêtent les simples formes mixtes et où commencent les vrais tératômes. Il en est notamment ainsi pour les cas où se rencontrent en même temps des cavités cystiques. Mais on n'en doit pas moins regarder ces tumeurs comme simplement mixtes et composées de tissus apparentés. Tel est par exemple le cas pour la combinaison si étonnante du lipome avec le myxôme, où parfois l'un ou l'autre seulement coïncide avec l'enchondrôme, mais où parfois aussi dans différents segments de la même tumeur on rencontre toutes les trois formes de tissu, soit pures, soit en voie de transition (myxôme lipomateux, enchondrôme muqueux). On trouve en outre, comme degrés de développement plus avancé, des os et des vaisseaux en masse parfois considérable.
C'est à cette catégorie qu'appartient le cas décrit par Gluge^, d'un lipome colloïde qui renfermait du tissu graisseux et gélatineux , des parties cartilagineuses et des masses stéatomateuses (tissu tîbreux) et que l'on extirpa , sur une femme de soixantecpiatre ans , du tissu cellulaire de la région supérieure du cou , où il s'étendait depuis l'oreille jusqu'au menton et à l'os hyoïde. Puis vient un cas très-remarquable de Denonvilliers^, où une tumeur de la grosseur d'une tête d'enfant, composée de lipome et d'enchondrôme pur et ossifié, s'était développée en dix-huit mois chez une femme de soixante et un ans au-dessous de la région inguinale , venant de la profondeur des parties molles de la cuisse. J'ai moi-même examiné un cas semblable, provenant de la région dorsale, dont il sera question à l'occasion du Chondrome osteoide (p. 532). Paget ^"^ donne le dessin d'une tumeur,
^ Gluge, Anatotnisch-mikrosk. Untersuchungen, lena 1841, II, p. 187.
- Gaz. lies liûp., 1852, n" 32, p. 128 ; n» 35, p. 139. — Lebert, Traité d'anat. patli. t. I, p. 231, pi. XXX, fig. 1-6, pi. XXXI, fig. 1. — Cruveilhier cite le même cas, et le regarde à tort comme une tumeur du pubis, Traité d'anat. patli., t. III, p. 791.
= Paget, Lectures on surg. Palh., vol. II, p. 109, 117, fig. 10.
ENCIIONDRÔMES MIXTES SOUS-CLT\NÉS. 513
probablement en grande partie myxomateuse , extirpée par Savoi'y au-tlessoiis du tenseur de l'aponévrose fémorale chez un homme de trente-huit ans; présentant à l'une des extrémités une calotte de cartilage et d'os spongieux, elle était parsemée de nodules enchondromateux le long d'une traînée fibreuse interlobulaire. Il en fut de même d'une tumeur enlevée, par Stanley, de la plante du pied d'un homme de quarante et un ans^. On trouva de nombreux nodules cartilagineux dans une tumeur extirpée de dessous le gasti^ocnémien , que Paget ^ décrit comme un mélange de tissus libro-ceHulaire et graisseux, qui par conséquent n'était sans doute autre (pi'un myxôme lipomateux. Enhn une tumeur de la cuisse semblable à celle mentionnée par Savory, avait une coque osseuse mince, mais entière^. Il faudrait peut-être aussi ranger ici l'observation de Schuh ^, qui énucléa du tissu du muscle grand dorsal, une tumeur dans laquelle étaient reliés entre eux par de la substance connective condensée un fibroïde en partie ossifié, un lipome et du tissu érectile. Ce cas forme en même temps la transition à certaines formes du naevus lipomateux, notamment du lipome téléangiectasique (p. 365). Gomme se rapprochant beaucoup aussi de cette forme , nous avons le cas d'enchondrôme lipomateux que Weber 5 vit extii'per, après une durée de six ans , de la langue d'une jeune fille de quinze ans, comme aussi le cas de A. v. Gräfe ß, où un naevus enchondromateux siégeait sur la cornée.
J'intercale ici un cas très -remarquable, probablement congénital (p. /i78) d'enchondrôme mixte provenant du canal vertébral. La tumeur, ayant environ la grosseur d'une noisette, était située entre la dure-mère spinale et les apophyses épineuses ; elle avait tellement comprimé la moelle épinière (fig. 105 , A, a) qu'il en était résulté des phénomènes de paralysie de la moitié mférieuredu corps. L'individu, ancien soldat, faisait remonter son mal à un refroidissement qu'il aurait pris en couchant sur un sol humide. La marche lente de la maladie avec les périodes d'acuité
'Paget, Lect., p. 118.
'Ibid., p. 210.
^ Ibid., p. 109.
■* Schuh, Pseudoplas9nen, 1854, p. 92.
^ G. 0. Weber, Knochengeschwülste, I,p. lli.
" V. Gräfe, Archiv f. Ophlhalmologie, t. VII, 2, p. 5, tab. I, fig. 2.
Fig. 105 ß.
qu'elle avait présentées, même après qu'il eut été admis à l'hôtel des Invalides de Berlin, avait amené le médecin traitant, M. Abel,
à penser à une maladie des Fig- 105 ^- enveloppes spinales. L'au-
topsie ne révéla pas autre chose que la tumeur comme cause des troubles fonctionnels observés pendant la vie. Elle adhérait intimement d'une part avec la dure- mère (f/, d), de l'autre avec l'apophyse épineuse (/>') ; la duremère à son tour adhérait à la surface de la moelle épinière (m s) ; l'apophyse correspondante fut reconnue formée de deux apophyses soudées ensemble si intimement qu'une légère courbure de la périphérie accusait à peine encore (en p') l'ancienne ligne de séparation. Cette circonstance indiquait une Synostose très-précoce^ probablement congénitale, qui devint plus probable encore par la structure intime de la tumeur. En effet, sur une coupe (fig. 105, B) se présentait d'abord une grande partie de la tumeur, formée de cartilage hyalin compacte ; celui-ci se transformait, nT)tamment vers la périphérie de la tumeur, en tissu fibreux assez serré, dans lequel se distribuaient des vaisseaux sinueux et très-larges et qui présentait en partie une forte coloration jaune. Mais en quelques endroits le cartilage se
Fig. 105. Enchondrôme lipomateux télangiectasique du canal vertébral. A , Situation de la tumeur dans le canal vertébral ouvert, m, s , moelle épinière, comprimée en a par la tumeur, atrophiée au-dessous en ?«. d, d, dure-mère, à laquelle adhère la tumeur, et qui, d'autre part, adhère fortement aussi à la face antérieure de l'apophyse épineuse. p, une apophyse épineuse ordinaire ; p', apophyse d'une grandeur extraordinaire, résultant de la fusion de deux apophyses. B , une coupe de la tumeur suivant la direction indiquée dans A par une ligne ponctuée ; les endroits plus clairs sont les parties cartilagineuses; les autres répondent aux parties graisseuses et fibreuses (pièce n« 321 de l'année 1860). Grandeur naturelle.
ENCIIONDRÔMES MIXTES DU CANAL RACIIIDIEN. 515
changeait directement en tissu graisseux, les cellules se remplissant (le graisse et la substance intercellulaire disparaissant presque entièrement. On ne put plus préciser d'où le développement était parti ; cependant la tumeur occupait incontestablement, par sa plus grande partie, le tissu graisseux, qui remplit d'ordinaire l'espace compris entre la dure-mère et les os. —
Pour ce qui est des cnclwnd rames des glandes, j'en ai déjà parlé à plusieurs reprises. Comme cela a été dit, les glandes salivaires et sexuelles y sont notamment exposées, tandis que d'autres, comme le foie, ne le sont pas du tout, et d'autres, comme les glandes lacrymales^ et les reins-, n'en sont au moins que très-rarement atteintes.
Les glandes salivaires montrent aussi entre elles une trèsgrande différence. On ne connaît pas un seul cas d'enchondrôme du pancréas. J'ai cependant vu dans cet organe et autour de lui de singulières productions cystiques à paroi presque cartilagineuse ; elles ne pouvaient être assimilées à la grenouillette (p. 273), mais je ne suis pas certain qu'elles n'étaient pas produites par des enchondrômes. Les glandes salivaires buccales au contraire en sont le siège de prédilection, et parmi elles notamment la sous-maxillaire^ et la parotide^. Le cas congénital de E. Wagner (p. /t78, note) semble aussi appartenir à une glande salivaire buccale. Tout en ne niant pas au tissu avoisinant les glandes , la possibilité d'être le point de départ de semblables affections (p. 509), je n'en ai cependant vu aucun cas incontestable. Il est une circonstance qui peut très-facilement induire en erreur sous ce rapport. En effet, Tenchondrome apparaît soit diffus, s'étendant sur la glande entière, soit lobulaire, limité à quelques lobes glandulaires ou groupes de lobes. Dans ce dernier cas, la tumeur se porte facilement par-dessus le corps de la glande^ et semble alors extra-glandulaire, tandis qu'elle
' W. Busch, Chirurgische Erfahrungen, p. 1.
* Gluge {Atlas der path. Anat., livre XIX, tab. V, fig. 8-9, p. 1) parle d'un cas de combinaison de riiydronéphrose avec l'enchondrôme.
' SiTomeynr, Handb. der Chirurgie, 1844, p. 254. —Scholz , De enchondromaie, p. 23.
*Joh. Müller, Ueber den feineren Bau, p. 32, 48. — Queckett,7//.s7o/. Catalogue,], p. Hl. — Paget, Lectures, II, p. 201. — Dolbeau, Gaz. hebdom., 1858, p. 687, 717, 752, 804, 886. Bulletin de la Soc. anat., 1860 , déc, p. 451 ." — P.illroth , Virchow's Arch., 1839, t. XVII, p. 339. — Bruns, Prakt. Chirurgie, II, p. 139, 1148.
= Verneuil, Bullet, de la Soc. anal., 1860, janv., p. 7.
avait cependant son point de départ dans le tissu connectif interstitiel de la glande. Je n'entends point par là exclure le cas où la capsule de la glande deviendrait le point de départ de la transformation et oii la tumeur par suite serait dès le principe périphérique, quoique je n'aie non plus rien observé de semblable.
L'enchondrôme diffus se rencontre très-rarement dans la parotide, tandis qu'il est la forme morbide ordinaire de l'enchondrôme de la sous-maxillaire. Il est à la fois dur, hyalin et vaguement lobé (tig. 10^), et il s'y fait souvent des ossifications trèsétendues. La forme lobulaire ou tubéreuse, au contraire, est celle que revêt ordinairement la maladie dans la parotide, et comme cette glande présente une très-grande étendue, l'enchondrôme peut en occuper la partie supérieure , inférieure ou postérieure , et siège ainsi au-dessous de l'os malaire, devant ou sous l'oreille, à l'angle delà mâchoire, ou bien encore dans le centre même de la glande. Il n'est pas rare de voir plusieurs nodules exister en même temps, ou se développer successivement, sans qu'ils soient nécessairement la conséquence les uns des autres. Il en résulte, ici aussi comme dans les poumons, une multiplicité limitée à l'organe, qui explique la fréquence des récidives locales après une extirpation partielle de la glande.
Le reste de la glande est en même temps parfois augmenté de volume, par suite de la multiplication des cellules glandulaires, de la tuméfaction des lobules et d'un certain épaississement des tractus fibreux interstitiels (p. 506). jMais il est extrêmement fréquent de trouver d'autres affections concomitantes, parfois dans une telle extension que le reste de la glande en est complètement annihilé. De ce nombre les plus fréquentes dans la parotide sont précisément les formes myxomateuses ; le myxôme domine même souvent à un tel point que l'enchondrôme n'apparaît dans la tumeur que comme un élément accessoire (p. /i29). On trouve très-souvent des transitions immédiates d'un tissu dans l'autre. Robin^ a vu dans un cas l'enchondrôme combiné avec le lipome mou. La partie myxomateuse est d'ordinaire pure de tout mélange, sauf que les éléments fibreux sont eu masse plus considérable, et qu'il se fait çà et là de véritables transitions, qui con-
' Kapporl de Dolbeau (Gai. Itebdom., 1858, p. 806) sur une tumeur extirpée par Nélaton.
ENGHONDRÔME DES CLVNDES SALIVAIRES. 517
duisent à des endroits fibromateux. Je trouve de plus ici. d'une manière très-frappanto, une particularité déjà signalée par Robin etBillroth^: lexamen microscopique, en effet, montre certains endroits plus denses, qui sur des coupes transversales apparaissent comme des îlots arrondis, et sur des coupes longitudinales comme des cylindres pleins et desquels partent, pour rayonner de tous côtés, des rayons de fibres qui se perdent dans le tissu gélatineux ambiant, tandis que du mucus et des cellules s'interposent entre eux; l'acide acétique éclaircit ces ilôts et ces tractus, les rend presque hyalins et brillants et y laisse voir des cavités anguleuses renferniant de petites cellules, comme dans le tissu osteoide.
Dans ces cas également la structure de la tumeur est d'ordinaire lobée, et les différents lobes sont entourés d'enveloppes et de cloisons souvent très-résistantes. Plus la substance du lobe même est molle, plus il en résulte l'apparence d'une production cystique ; dans quelques cas même , le myxôme lobé est à peine ditTérent à l'œil nu. d'un kystôme muqueux. Les enveloppes fibreuses sont dans une telle connexion avec les tissus voisins , notamment souvent avec le nerf facial , qu'il est extrêmement difficile ou même impossible de les en détacher, circonstance qui augmente beaucoup le danger de l'opération pour les nodules plus centraux. La substance proprement dite du myxôme est d'apparence gélatiniforme , jaunâtre ou verdâtre, transparente; elle glisse sous le doigt et l'on peut en exprimer un suc transparent et filant.
Il n'est pas très-rare non plus de rencontrer l'enchondrôme de la parotide combiné avec le cancer ^i le cancroïde'^. Ce ne sont pas pour la plupart des enchondrômes purs : ils sont myxomateux ; parfois aussi de vrais myxômes entrent dans cette combinaison. On voit alors, déjà à l'œil nu, certaines portions de la tumeur d'une structure plus opaque , blanchâtre , médullaire ; ces parties sont relativement molles, légèrement dépressibles ; la pression en fait écouler un suc laiteux ou sanieux ; ces points se distinguent parfois déjà à l'œil nu par un aspect finement réticulé ou spongieux.
' Robin, l'Union méd., 1857, nolOO, p. 409. — Billroth, Virchow's Arch., t. XVII, p. 361, tah. VU, fig. 4.
- H. Friedberg, Cliirurg. Klin., Jena 1835, t. 1, p. 237.— v. Bruns, Prakt. Chirurg., H, p. 1153. — Lotzbeck, Deutsche Klinik, 1838, n» 12, p. 118.
L'examen microscopique montre constamment un réseau extraordinairement apparent, dont les tractus sont tantôt plus fibreux, tantôt plus muqueux, tantôt même cartilagineux; les mailles qu'ils circonscrivent sont remplies d'un amas étroit de cellules epitheliales. Il n'est pas rare de voir ces cellules agencées, comme dans le cancroïde, en longues traînées ou bouchons et affectant ainsi à un haut degré une disposition glanduliforme^. Telle est la raison qui a amené la plupart des micrographes français, suivant l'exemple de Robin, à les ranger dans l'hétéradénie^ , tandis que Billroth^ revient à considérer cette production comme papillaire; les cellules, comme dans les processus choroïdiens, se seraient développées autour de souches de tissus connectif ou muqueux. Je ne trouve aucune particularité qui distingue cette production du cancroïde ou du cancer et je regarde comme erronée l'opinion de Velpeau lorsque, sous le nom d'adénoïde, il range ce genre de tumeurs de la parotide dans les formes homologues. Je vois ici aussi la même marche de développement que dans le cancroïde. Les cellules du cartilage, des tissus connectif et muqueux grossissent et se segmentent; leur prolifération donne lieu à de petits groupes ou amas de cellules ; ceux-ci se confondent peu à peu les uns dans les autres et il en résulte de grandes alvéoles cylindriques ou ramifiées. Cela n'empêche pas que le type primitif ne puisse encore persister pendant très-longtemps dans une certaine partie du tissu ou dans certains lobes, où l'on trouve soit le tissu cancroïde ou cancéreux remplacé par des nodules d'enchondrôme et de myxôme, soit certaines portions de la tumeur devenues cartilagineuses ou muqueuses^ tandis que tout le reste a subi l'hétéroplasie epitheliale.
11 n'est pas rare enfin qu'il s'établisse une riche vascularisation dans ces tumeurs plus molles. De semblables formes télanrjiectasùjues ont une tendance marquée à se ramollir, à former des excavations et à devenir le siège d 'extra vasations internes. L'état des vaisseaux peut y être très-variable : Lhuys ^ trouva leurs pa-
' Paget, Lee/. II, p. 204.
- Robin, ['Union méd., 1857, n" 100, p. 409. — Nclatoii, Clinique européenne, 1859, n" 26, p. 203.
'Billroth, Virchow's Arch., t. XVII, p. 363.
* Demarquay, Grti. des hop., 1861, n" 46, p. 181.