‹ Pathologie des tumeursChapitre 7 sur 42 · DISPOSITION VASCULAIRE. 2J · texte numérisé non relu

DISPOSITION VASCULAIRE. 2J

celle de ses rapports avec les vaisseaux normaux a une si grande importance dans les opérations. On croyait qu'il y avait ici des différences notables, tant pour ce qui est des vaisseaux eux-mêmes que de leur connexion avec ceux des parties voisines. Quant à l'application qui en fut faite à la classification , elle le fut surtout dans notre chirurgie systématique allemande, et la meilleure preuve s'en trouve dans les leçons de l'ancien directeur de la Charité, Kluge ^; d'après lui, une partie des tumeurs se distinguaient par leur vitalité périphérique, c'est-à-dire par une circulation périphérique, et l'autre par un foyer vital central ou circulation centrale. Pour les premières , le système vasculaire situé à la périphérie de la tumeur, dont il formait en quelque sorte une enveloppe, donnait lieu, vers l'intérieur de la tumeur, à un produit de sécrétion plus ou moins organisé, plus ou moins mobile , peut-être même tout à fait liquide. Telle était la classe des tumeurs dites enkystées j, qu'on étendit tellement qu'on y rangea non-seulement l'hygroma, l'athérôme et le meliceris, mais encore certains stéatômes et lipomes, C|ui présentaient peu ou point de vaisseaux dans leur épaisseur, tandis qu'à leur périphérie on trouvait un riche réseau sanguin et une enveloppe membraneuse assez épaisse. On avait une opinion tout opposée sur les tumeurs solides, dans lesquelles les vaisseaux occupaient l'intérieur même de la tumeur, s'y distribuaient et y entretenaient une circulation active, comme c'est le cas pour les squirrhes, les polypes, les verrues et surtout pour les tumeurs sanguines spongieuses (fungus hœmatodes), qui ont été l'objet de tant de discussions. Ces tumeurs s'accroissent, disait-on, du centre vers la périphérie ; elles se mortifient d'abord à la périphérie, parce que le courant vital, venant du centre, y est à son minimum.

Mais aussitôt surgit l'idée que ces vaisseaux n'étaient pas en connexion permanente et en libre communication avec les vaisseaux du corps ; au contraire , les vaisseaux de la tumeur semblaient être issus , comme quelque chose de tout individuel , de la substance organique exsudée , de même que, dans l'embryon du poulet, Xarea vasculosa se forme de toutes pièces aux dépens

-Ces leçons se trouvent recueillies dans la dissertation de C. A. F. Hasse (De fungo meduUari. Berlin 1824) et dans un compte rendu de Betschler (rUiSl's Magcain, t. XYF, livr. 2, p. 191, 211).

de la substance préexistante^; il se serait développé ainsi, de toute pièce, dans la tumeur, un cœur et une circulation indépendante , qui plus tard pourraient entrer en communication quelconque avec l'ancienne circulation. Le système vasculaire ainsi produit était, pensait-on, « interposé entre les terminaisons du système vasculaire des parties atteintes , comme le système de la veine-porte l'est entre les terminaisons des artères abdominales et la veine-cave inférieure.» J'insiste sur ce point, parce que, ainsi qu'on le verra plus loin, quelques observateurs des plus remarquables des temps modernes ont émis des opinions tout a fait semblables , en certains points du moins , et que nous ne sommes pas encore aujourd'hui en mesure de les considérer comme tout à fait abandonnées.

On conçoit que, d'après cette manière de voir , la texture intime des tumeurs ait été d'une importance toute secondaire , en tant qu'elle ne tenait pas aux vaisseaux ; la question principale était de savoir comment se comporte le système vasculaire? Cependant , on était édifié sur ce point , à savoir cpie , en général du moins, les tumeurs à système vasculaire propre étaient aussi celles qui déviaient le plus du type normal ; le parasitisme devenait par là signe de malignité, tandis que les autres formaient en général la classe des tumeurs bénignes ou innocentes. On voit, d'après cela , que dans cette théorie , comme dans celle qui a été exposée par nous avant elle, l'une des classes correspond plus aux tumeurs dont les éléments sont analogues à ceux du corps , et l'autre à celles dont les parties constituantes ne rappellent pas celles du corps ou ont une nature propre tout individuelle.

Si l'on considère que depuis longtemps la plus grande partie des tumeurs qui appartiennent à cette dernière catégorie sont regardées comme étant l'expression en général d'une altération profonde du corps et en particulier d'une altération étendue de la masse sanguine, d'une cacochymie, d'une dyserasie particulière, on comprendra facilement que ces recherches confirmaient de plus en plus l'opinion que nous avions affaire à quelque chose de tout à fait extraordinaire , à un acte morbide diamétralement opposé à la vie physiologique. Lorsqu'après cela, il y

'F. J. F. Meyen, Vnlersuchungen über die Xaiur parasitischer Geschwülste im menschlichen Körper, insbesondere über den Mark- und Blulschrcnmm . Berlin 182J», p. 37.

SUBSTANCES SPÉCIFIOIES. 23

a une trentaine d'années principalement, on s'efforçait toujours davantage d'étendre la connaissance des tumeurs par l'application du microscope et des réactifs chimiques, tout le monde s'attendait à ce que l'oi^ arriverait à isoler par la voie de la chimie certaines substances, par exemple une substance cancéreuse particulière, une carcinomatine ou quelque autre du même genre ; on croyait aussi que l'observation microscopique fournirait des éléments morphologiques spéciaux, qui pourraient en même temps servir de signes diagnostiques.

On avait déjà fait de nombreuses tentatives par l'analyse chimique, notamment à Paris et à Strasbourg; on avait examiné chimiquement toutes les tumeurs possibles; mais, malgré la collaboration des chimistes les plus célèbres, comme Thénard, Vauquelin, Lassaigne, il faut avouer que le résultat de leurs efforts est resté bien au-dessous de ce qu'on pouvait en attendre, même pour l'époque. On ne savait pas encore poser les vrais termes de la question. Ce qui est certain, c'est que l'on ne trouva rien que l'on pût donner comme substance spécifique, comme substance particulière aux tumeurs; on finit par arriver à la conclusion que , plus la nature de la tumeur était grave, plus elle renfermait d'éléments albumineux; tandis que c'est précisément bien plus dans les tumeurs homœoplastiques que se rencontrèrent des substances particulières donnant de la gélatine , des corps gras particuhers d'espèces les plus différentes, tant hquides que cristallisés etc. Si l'examen des tumeurs bénignes a conduit à plus de résultats que celui des tumeurs malignes, cela se conçoit en ce qu'on arrivait à des formes de tissus dont on connaissait déjà mieux la structure intime.

C'est ainsi que l'on concevra que même un savant comme Rokitansky^ soit arrivé à l'opinion que la substance cacoplastique devait être recherchée dans l'albumine même et que l'albumine « malade )> était précisément la source des productions locales les plus malignes qui se voient dans le corps. Joh. Müller luimême a cependant soumis à la coction et à l'extraction assez de tumeurs pour ne pas arriver à autre chose qu'à de la gélatine et de l'albumine.

Depuis lors, on a, en réalité, cessé presque entièrement les re-

' C. Rokitansky, Handbuch der allgemeinen palholog. Anatomie. Wien 1846 , p. 530.

clierches chimiques sur les tumeurs, et, dans le fait, il n'y a aujourd'hui que peu de jalons d'où l'on puisse conclure à la possibilité de découvrir des alcooloïdes particuliers aux tumeurs dont ils seraient les éléments essentiels. BieQ plus, toutes nos connaissances nous apprennent que les substances douées des propriétés les plus actives n'ont pas une composition stable, qu'elles sont en voie de transformation , qu'elles passent en chemin par différents stades, dans lesquels elles peuvent exercer un effet différent, analogue aux ferments de toute sorte. Pour ceux-ci également, nous nous contentons, pour le moment, de désigner la qualité de la substance, non pas tant d'après sa constitution chimique que d'après son activité spéciale, de telle sorte que nous différencions bien plus les divers ferments d'après les corps sur lesquels ils sont en état d'agir que d'après leur composition atomique. Je ne veux par là discréditer en aucune façon la voie des recherches chimiques appliquées aux tumeurs ; au contraire, il serait certainement très-utile que ce travail fût entrepris avec des connaissances approfondies ; seulement je crois que la recherche de substances spécifiques qui pourraient être supposées former des éléments fixes et permanents des tumeurs, serait aussi infructueuse que si l'on recherchait dans l'œuf les éléments de l'homme adulte. Lorsque l'on voit que les parties constituantes du corps humain subissent constamment de nouvelles transformations dans les changements continus de l'âge , que l'œuf est formé d'une tout autre substance que le fœtus, et le fœtus de nouveau de tout autre chose que le vieillard, il ne faut pas oublier, en considérant les tumeurs, qu'elles ne peuvent pas renfermer toujours la même substance pendant toute la durée de leur existence, mais que ces substances varient singulièrement dans les différentes périodes de leur développement progressif et rétrograde et qu'elles peuvent avoir, peu après leur apparition, un certain mode d'action,- qu'elles perdent lorsqu'elles ont dépassé cette époque.

Quant aux éléments morphologiques, on demandait dans l'origine à voir conmient était fait ce qui exerçait une influence si délétère sur le corps : et l'on n'attendait rien moins des micrographes que la démonstration de cellules spécifiques cancéreuses, sarcomateuses et tuberculeuses. On sait qu'il sufiit de demander très-

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