BLENNORRHAGIE
qu'elle oblige les malades à se cramponner à un meuble ou contre un mur pendant rémission des urines. Tantôt les érections sont fréquentes, tantôt elles font défaut. Dans quelques cas le pus est verdâtre et trèsabondant, dans d'autres il est plus jaune et en petite quantité.
Enfin, d'après l'intensité des symptômes, on pourrait diviser la blennorrhagie en légère, moyenne et intense.
Marche. — On lui considère : 1® une période d* incubation,, pendant laquelle aucun symptôme ne se manifeste; t^ une période d'augmenté qui dure de sept à douze jours, pendant lesquels les symptômes font des progrès ; une période d'état^ variable, quant à sa durée, de deux ou trois semaines à un mois, deux mois et plus; i" enfin, une période de déclin, qui peut être fort longue.
Durée. — Elle varie de quel(|ues jours à plusieurs mois.
'FerminaUon. — Elle se termine par guérison spontanée et rapide. par guérison lente, par la blennorrhée.
LvL blentwrrkée^ goutte militaire^ est caractérisée par la présence d'une gouttelette de pus ou de muco-pus à l'extrémité de l'urèthre; on ne la constate guère que le matin, en se levant. L'inflammation chronique qui produit ce pus se trouve le plus souvent vers le bulbe ; c'est là aussi que se montrent les rétrécissements, (|ui en sont si fréquemment la suite.
Complication». — Les complications de la blennorrhagie sont extrêmement nombreuses et fré(|uentes. Nous indiquerons les principales. Les unes tiennent à la propagation de l'inflammation à des parties plus ou moins éloignées : balanite, posthite, banalo-posthite, phimosis, paraphimosis. prostatite, vésiculite, épididymite, cystite, angioleucite et adénite (bubon), éj)anchements plastiques, noyaux indurés des corps caverneux.
f-ertaines complications paraissent tenir ;\ une influence générale de la blennorrhagie sur l'économie, comme le rhumatisme blennorrhagi(|ue. si bien tHudié par M. A. Fournier.
La plupart de ces complications ont déjà été décrites dans des chapitres spéciaux, c'est pour(|uoi nous n'y reviendrons pas ici. Nous dirons seulement quelques mots de Vhémorrliagie de rnrèthre^ des phlegmons péri'Uréthraux, du rhumatisme hlennorrhagique et de la conjonctivite non purulente,
a. Hémorrhagie de l'urèthre. — Elle succède à la déchirure de la muqueuse uréthrale, pendant le coït ou une forte érection ; elle est produite aussi par le redressement de l'urèthre (]ue (|uel(]ues malades imprudents cherchent à opérer dans la chaude-pisse dite cordée. Ordinairement peu abondante, elle peut prendre, dans certains cas, des proportions inquiétantes, au point d'affaiblir considérablement et d'anémier le malade. On la combat au moyen d'injections d'eau froide dans le (*anal ; on peut ajouter à l'eau, si l'hémorrhagie est très-rebelle, (juelques gouttes d'une solution de perchlorure dq fer.
b. Phlegmons péri-uréthraux. — Ils se dévelopi)ent presque toujours au
niveau du bulbe ou de la fosse naviculaire, c*est-à-dire aux deux extrémités du corps spongieux. Cependant, on les a vus se montrer sur tous les points du canal. Tuméfaction, gonflement, rougeur, douleur vive, tels sont d'abord leurs caractères, qui ne diffèrent pas, on le voit, de ceux de tous les phlegmons en général. Plus tard, le pus se forme et on peut percevoir la fluctuation. Il faut ouwir l'abcès le plus tut possible ; il est même indiqué de faire une incision avant qu'on ait bien constaté la présence du pus; on a ainsi l'avantage de lui tracer une voie. Il est exceptionnel, en effet, que ces phlegmons se terminent par résolution, et, si l'on attendait l'ouverture spontanée de l'abcès, on s'exposerait à une infiltration d'urine ou à des fistules urinaires.
c. Rhumatisme blennorrhagique, — La coïncidence de l'arthrite avec la blennorrhagie est un fait qu'on ne saurait plus mettre en doute aujourd'hui. L'inflammation affecte spécialement les synoviales articulaires; mais il n'est pas rare de la voir s'attaquer aux bourses séreuses et aux synoviales tendineuses. L'articulation du genou est la plus fréquemment atteinte.
Tantôt la jointure présente seulement un épanchement de sérosité, sans phénomènes aigus : c'est une simple hydarthrose ; tantôt il y a une véritable arthrite; d'autres fois, enfin, on n'observe que quelques douleurs articulaires. Ces trois variétés ont été décrites par M. Foumier. Quelle que soit, d'ailleurs, la forme du rhumatisme blennorrhagique, il a pour caractères principaux : son peu de tendance à la généralisation ; son siège, mono-articulaire; sa mobilité moins accusée que celle du rhumatisme ordinaire; sa durée plus longue et la lenteur de sa résolution. Jamais on ne l'a vu se terminer par suppuration.
Les vésicatoires, la compression, l'immobilité absolue de la jointure, tels sont les moyens de traitement à opposer à cette affection, contre laquelle la médication interne demeure ordinairement sans succès.
d. Conjonctivite. — Nous avons parlé des accidents graves qui résultent de l'application du pus blennorrhagique sur la conjonctive. Mais il est une autre forme de conjonctivite, observée dans le cours de la blennorrhagie, et qui ne reconnaît pas pour cause, comme la précédente, un contact direct. On l'a appelée ophthalmie rhumatismale. Certains sujets y paraissent prédisposés particulièrement; mais son étiologie est encore très-obscure. Il est à remarquer, cependant, qu'elle coïncide très-souvent avec les accidents articulaires.
La conjonctivite blennorrhagique rhumatismale ne présente aucun symptôme différent de ceux de la conjonctivite aiguë -simple : rougeur* larmoiement., douleur, etc. Elle atteint ordinairement les deux yeux, soit simultanément, soit l'un après l'autre. Elle dure en moyenne de huit à quinze jours.
Nous mentionnerons encore, comme complication de la blennorrhagie du côté de l'appareil de la vision, Vaqtio^apsulite et Viritis.
Traiteneni. — On peut dire ({ue chacun possède un traitement par-
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ticulier pour guérir la maladie; cela prouve, tout au moins, qu'elle peut guérir de bien des manières, et qu'il n'existe pas de spécifique contre la blennorrhagie.
Nous ne passerons pas en revue toutes les méthodes de traitement. Celle de M. Fournier nous paraît la plus rationnelle, mais en principe seulement. Il est presque impossible de trouver un malade assez docile pour se soumettre à toutes les exigences de ce traitement.
D'après M. Fournier, la chaude-pisse guérit sous l'influence d'une médication aidée d'une hygiène spéciale.
Il recommande aux malades d'éviter les excitants de tout genre, les mets de haut goût, les huîtres, les asperges, etc.; de s'abstenir absolument de bière, de vin blanc, d'eau-de-vie, de liqueurs, de cidre, de café, de thé, etc. En quoi les huîtres constituent-elles un mets excitant? Qui a jamais prouvé que le thé, le café même, peuvent être nuisibles?
Voici le traitement que nous croyons applicable à toutes les blennorrhagies :
i^ S'il y a des complications inflammatoires et que la blennorrhagie soit à l'état aigu^ avec douleurs et érections, il faut s'asbtenir de tout traitement destiné à faire disparaître l'écoulement et s'occuper de combattre l'inflammation.
On y parvient en prescrivant le repos à la chambre et, si c'est possible, la station assise ou mieux horizontale. Pendant ce temps, le malade fera des lotions à l'eau de guimauve ou de son, prendra un bain chaque jour (tous les malades ne s'en trouvent pas bien), et pourra, si les douleurs et la tension inflammatoire sont très- vives, faire une application de huit à dix sangsues au périnée.
II fera usage d'une tisane ou limonade quelconque, peu relevée, et appropriée à son goût , cette boisson n'ayant pour but que de délayer l'urine et de faire passer dans le canal un liquide moins irritant, quoique plus abondant.
On recommandera au malade d'éviter la marche, et de porter un suspensoir, s'il ne peut se dispenser de sortir. // ne changera pas ses habitudes de régime, mais il évitera les repas copieux, les boissons trop excitantes. Il n'existe aucune bonne raison pour proscrire le thé, le café, le vin à dose modérée.
Si les érections nocturnes sont douloureuses, on les calmera par les moyens suivants :
a. Répandre de la poudre de camphre au-dessous du drap sur lequel repose le malade ;
b. Oindre la verge, en se couchant , avec de la pommade camphrée ;
c. Prendre, au même moment, une des pilules suivantes :
'y : Extrait thébaïque. . . 0,60 ceut.
Camphre 1 gr.
M. pour 10 pilules.
i'» Lorsque létal aigu est apaisé, et ce moment ne vient pas à la même époiiue pour tous les sujets, le malade éprouve encore des douleurs pendant la miction, mais elles sont supportables; le méat urinaire est moins enflammé ; l'écoulement est moins verdàtre et (|uelquefois moins abondant. Chez certains malades, cet état (ramclioration se montre au bout d'une semaine; chez d^autres, les symptômes inflammatoires t'ont complètement défaut; la première partie du traitement peut, dès lors, être supprimée.
A ce moment on commence la deuxième partie du traitement.
a. On continue les moyens de la période inflammatoire par pure précaution, excepté la tisane.
h. On t'ait prendre au malade, matin et soir, un des bols suivants :
V • Poivre culx;l>c. ... 30 gr.
Poudre de cachou. . . 3
Limaille de fer. ... 2
Baume de Copalni. . . Q. S. iwur faire un opiat homogène ï|u'on peut durcir avec un jkîu de magnésie calcinée. On divise cette pâte eu groAsc» pilules, ou bols, de six gnimmes chacune.
Quelquetois. après cinq à huit jours de l'usage de cet opiat. le malade est guéri. On lui prescrit de le continuer encore pendant quelques jours.
Certains malades ne sont pas guéris par cette préparation ; quelquesuns ne la supportent pas. soit qu'elle leur inspire du dégoût, soit qu'ils en soient incommodés (gastralgie, diarrhée). C'ast i)our eux que la dernière partie du traitement est indiquée.
li^ La partie la plus efficace du traitenieut consiste en injections : on peut, dans beaucoup de circonstances, y avoir recours, sans prescrire l'opiat ; chez quelques malades même, l'état aigu n'existant pas, ou étant à peine inan|ué, on peut les employer dès le début.
Injections liivord.
V % : Kau «listillée 200 gr.
Sulfate de zinc. ... 1 ^ ..
) aa 2 gr.
Acétate de plomb. . . \
l^" % : Kau distillée 200 gr.
Sulfate de zinc. ... 1
Acétate de plomb. . . 2
Laudanum de Sydenham. ) ^
) aui 4 crr Teinture de cachou. . j ^ '
On répète les injections trois t'ois par jour: elles é<*houent souvent.
Nous donnons ici la formule d'une injection qui n'est pas de notre composition, et dont nous ne nous rappelons pas l'origine. Quoi qu'il en soit, et malgré la singularité de l'association des substances qu'elle con-
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tieut, nous pouvons affirmer qu'elle donne quelquefois des résultats tout à fait inattendus, lorsqu'elle est employée au moment opportun :
'y * Gomme arabique pulvérisée. 5 gr.
Eau simple 100
Faites dissoudre et ajoutez :
Sulfate de zinc ]
— cuivre > àa 0,50 cent.
- fer )
Cette injection donne d'excellents résultais dans la période de déclin de la blennorrhagie aiguë, dans la blennorrhagie chronique et souvent au début de la forme aiguë, si elle est légère.
11 faut prescrire une injection matin et soir. Si elle est trop douloureuse, ce qui ne peut être prévu, car cela dépend du sujet, on dimiime la dose des sels. Si le malade ne sent aucune douleur, ce ([ui sobserve assez souvent, on peut porter la dose des sulfates jusqu'à un gi'amme.
Les effets de l'injection sont variables. Nous l'avons vue guérir des blennorrhagies en cin({ jours, sans douleur, sans aucun phénomène d aucune espèce. Dans des cas rares, nous avons constaté une congestion de la verge avec douleur pendant une heure à deux heures, la maladie guérissant comme dans le cas précédent. Le plus souvent, cette injection détermine une douleur légère et très-supportable. Elle a pour effet, à peu près constant, de rappeler en partie l'état aigu et d'augmenter l'écoulement, ce <[ui effraie certains malades; il faut continuer. Le plus grand nombre des blennorrhagies n'exige pas (juinze jours de ce ti^aitement.
Dans le traitement de la blennorrhée^ on doit recommander d'abord au malade de suivre une bonne hygiène et d'éviter tout excès. 11 est fré- (|uent, en effet, de voir un écoulement chronique entretenu par des excès de boisson ou de coït. Si la maladie est rebelle, on peut avoir recours, comme dans la forme aiguë, aux balsamiques et aux injections; i! n'importe pas tant d'élever la dose des substances médicamenteuses c|ue de continuer régulièrement et patiemment leur emploi pendant un temps souvent assez long. Enlin, on a donné le conseil de pratiquer le cathétAisnie avec des bougies qu'on laisse en place pendani dix minutes environ. Ce n'est que lorsque ces divers moyens ont définitivement échoué, (ju'il est permis d'avoir recours à la cautérisation de l'urèthre.