CORPS ÉTRANGEHS DES VOIES AÉRIENNES
2o Les autres viennent de Textërieur. Ils sont liquides ou solides. Les premiers sont ordinairement des boissons avalées de travers^ ou pénétrant dans les voies aériennes par une fistule faisant communiquer l'œsophage avec la trachée.
Parmi les corps solides qui viennent du dehors, on en trouve qui ne changent pas de volume : petites pièces de monnaie, petites pien^es, boutons ; certains augmentent de volume et se tuméfient au contact des mucosités : haricots et pois secs; quelques-uns sont solubles, comme les substances salines.
On comprend que la gravité de Taccident doive varier avec la nature du corps étranger.
Causes et mécanifime. — Les corps étrangers qui viennent de l'intérieur pénètrent par l'orifice supérieur du larynx, par une fistule trachéoœsophagienne, par une plaie des voies aériennes, ou bien de bas en haut, en détruisant la paroi des bronches, comme les hydatides.
Ceux qui viennent du dehors pénètrent dans le larynx pendant un mouvement d'inspiration. Si l'on rit, si l'on parle, au moment oîi le bol alimentaire franchit le pharynx , le courant d'air inspirateur entrahie les aliments dans la cavité du larynx. Lorsqu'un enfant reçoit dans la bouche un petit corps, haricot, etc., qu'il a lancé en l'air, celui-ci est aspiré dans le larynx, si un mouvement involontaire d'inspiration a lieu.
Le corps étranger s'arrête souvent au-dessus de la glotte; mais, s'il est lisse et poli, et assez mince, s'il a surpris la glotte dilatée, il descend dans la trachée. Souvent il pénètre dans la bronche droite, plus volumineuse (lue l'autre. 11 peut arriver que le corps étranger reste libre et flottant dans la trachée, ou qu'il s'enclave en se gonflant dans la bronche, ou qu'il disparaisse en se dissolvant, comme un fragment de sucre, ou par absorption, comme on le voit pour quelques liquides.
mjmpiàwneu et diaffnofitie. — On rencontre autant de variétés dans les symptômes qu'on en trouve dans la nature du corps étranger. En général , au moment oii ce dernier pénètre dans les voies aériennes, on observe un accès de suffocation des plus intenses, pouvant aller jusqu'à la lividité de la face et au refroidissement des extrémités. Cet état spasmodique ne tient-il pas à une convulsion des muscles constricteurs de la glotte irrités par le passage du corps étranger?
L'accès se renouvelle quelque temps après, puis il se répète avec une fréquence qui varie selon les sujets.
Les corps étrangers mobiles déterminent un bruit particulier, grelottement de Dupuytren, au niveau de la trachée. Ce bruit peut être entendu lorsqu'on ausculte le larynx ; la main perçoit le frémissement.
L'irritation du larynx par le corps étranger, et peut-être aussi les efforts de toux, déterminent souvent , par action réflexe, des nausées et des vomissements.
ii PATHOLOGIE CHIRURGICALE.
Marche. Xermluaiiioii. — Le séjour dcs corps cHrangers anuVne des lésions consécutives. Le larynx et la trachée sont irrités, enflammés, ce qui rend la déglutition difficile et douloureuse. Lorsque le corps est enclavé dans une bronche, il est ordinaire de ne point entendre le murmure vésiculaire dans le poumon correspondant. Souvent la bronche s'ulcère, à son niveau, à une profondeur plus ou moins considérable. On a observé la perforation du poumon et la production du pneumothorax. On a vu aussi l'emphysème pulmonaire être amené par les efforts de toux.
Chez certains sujets très-irritables, le corps étranger peut déterminer la mort, après un ou deux accès de suffocation. D'autres gardent un corps étranger pendant des semaines et des mois entiers ; ils présentent de temps en temps des accès de toux. On a quelquefois pris cet accident prolongé pour une phthisie pulmonaire.
Diagrnofitic. — il est souvent difficile de diagnostiquer exactement la |)résence d'un corps étranger dans les voies aériennes. Il faut tenir compte des commémoratifs , s'informer du volume du corps, pratiquer avec soin l'auscultation. On peut, au besoin, recourir au cathétérisme de l'œsophage , pour bien s'assurer que Tobstacle n'occupe pas ce canal. En tout cas , il faut examiner avec soin les matières rejetées par le malade, afin de savoir si le corps étranger n'a pas été expulsé par le vomissement.
Pronofiiic. — Il est grave, en général, surtout si le corps étranger obstrue une bronche où il est retenu immobile. On ne croit plus aujourd'hui qu'un corps étranger puisse déterminer la tuberculisation. On comprend que le pronostic varie selon les cas.
Traitement. — Si le corps étranger est arrêté au-dessus de la glotte, il faut aller le chercher avec les doigts ou avec une pince. Est-il soluble. il faut attendre. Dans les autres cas, on s'est quelquefois bien trouvé de l'emploi d'un vomitif. Si c'est une pièce de monnaie, un bouton ou tout autre corps, non susceptible d'augmenter de volume, on réussira peutêtre à en débarrasser le malade en inclinant fortement sa tête. S'il y a menace de suffocation, et qu'on soit certain de la présence du corps dans la trachée, on fera la trachéotomie.
Il faut ne pas apporter de retard dans le traitement, s'il s'agit d'un corps susceptible de gonflement au contact des mucosités.
§ 4. — Polypes du larynx.
Ces productions morbides, qu'on observe rarement, peuvent se présenter sous deux formes : polypes muqueux, polypes fibreux. Les premiers appartiennent à la variété de tumeurs connues sous le nom de myromes; les seconds sont des fibromes ou des fibro-adénomes ; souvent le polype, renfermant plusieurs éléments, est mixte. On a décrit aussi des polypes
POLYPES DU LAHYNX. 'i3
é}Hthéliaux. qui ne sont autre chose ({ue des épithëliomas du larynx au début.
Les polypes du larynx se montrent le plus souvent au niveau de la glotte, principalement sur les cordes vocales inférieures.
Les polypes muqueux reposent sur une base large ; ils ont souvent Taspect de verrues, papillomes.
Les polypes fibreux, plus dui's, plus blancs, et souvent pédicules, s'observent plus rarement que les autres.
Leurs causes sont inconnues. On en observe de congénitaux. Ils sont plus fréi|uents chez les enfants. On les a attribués naturellement aux divei'ses irritations de la muqueuse laryngée.
Les symptômes qu'ils déterminent consistent en une altération de la voix, depuis Tenrouement jusqu'à l'aphonie complète; en des accès de toux , variables selon les sujets , pouvant déterminer l'asphyxie dans quelques cas; en sensations de corps étranger au niveau du larynx. Si le polype est pédicule, on peut entendre une sorte de clapottement, bruit de drapeau^ au niveau du larynx. Des fragments de polypes peuvent être rejetés dans les efforts de toux.
Ou observe des polypes du larynx qui ne se manifestent que par un léger enrouement.
Le diagnostic n'est pas toujours facile à établir. Le plus souvent, on ne songe pas à un polype, et on traite le malade comme s'il était affecté de laryngite, de toux nerveuse. Les accès de suffocation font croire quelquefois à la laryngite striduleuse, au croup, à un corps étranger. Le laryngoscope lève tous les doutes, et permet d'apercevoir, au niveau de la glotte, une tumeur sessile ou pédiculée, rosée ou, plus souvent, blanche.
Le pronostic est sérieux. En effet, les polypes épithéliaux s'étendent et récidivent; ils entraînent la mort, dans beaucoup de cas. Nous savons que tous les polypes sont susceptibles, par la suffocation, d'amener l'asphyxie.
Le seul traitement efficace est l'extirpation. On peut la pratiquer de deux manières : !<> on se sert d'un miroir de laryngoscope, que l'on tient d'une main au-dessus du larynx, pendant que l'autre main va chercher le |K)1ype au moyen d'une pince, d'un serre-nœud, ou de tout autre instrument, modifié selon la forme, le volume ou la consistance du poly])e; 2o dans certains cas, on est forcé d'avoir recours à la laryngotomie.
Nous donnerions volontiers la préférence au procédé que M. Krishaber a publié dans la Gazette hebdomadaire^ 19 août 1869. 11 s'agissait d'un polype situé dans le ventricule du larynx ; l'extraction du polype était impossible par les voies naturelles. M. Krishaber, ({ui a la pratique <les affections du larynx, et qui est profondément versé dans les études anatoniiques et physiologiques, imagina de soulever l'un des côtés du cartilage thyroïde, comme on soulève le couvercle d'une boîte, d'extraire le [>olype par cette ouverture , et de refermer la boîte. Ce qui fut conçu fut
exécuté, et le malade est fort bien guéri. Aujourd'hui , trois ans après cette brillante opération qui fait honneur à Thabileté de l'opérateur, la guérison s'est maintenue.
M. Krishaber nous permettra t- il une remarque?
11 dit : « Pour m! assurer si les cordes vocales avaient été ménagées^ j*en-
gageai le malade, séance tenante, à chanter une gamme. Il émit des
notes vibrantes » Ces paroles supposent qu'il redoutait de léser les
cordes vocales. Or, il y a un moyen certain d'éviter cette lésion. Il faut, pour cela, faire la section du cartilage thyroïde à trois millimètres environ de la figne médiane du côté qu'on veut soulever. Il est impossible, de cette manière, de blesser les cordes vocales, à moins d'opérer maladroitement. Nous avons indiqué cette section dans notre Anatoniie descriptive et dissection; elle sert non-seulement à découvrir le ventricule, majs encore à préparer les muscles latéraux du larynx sans les léser profondément.
§ 5. — Cancer du larynx.
Le larynx peut être envahi par des tumeurs cancéreuses développées dans les régions voisines, et qui, en s'étendant graduellement, arrivent jusqu'à lui. Mais le cancer primitif est excessivement rare ^
Il affecte deux formes : celle du carcinome médullaire^ et celle de Yépithélioma. Au début, on observe de petits tubercules sous-muqueux, puis, à une époque plus avancée, une véritable tumeur qui déforme le larynx, et dont la présence peut amener des troubles graves : aphonie, suffocation, etc. La maladie peut s'étendre à la base de la langue, au pharynx, à l'œsophage.
Le diagnostic , surtout pendant la première période, ne ))eut être fait qu'à l'aide du laryngoscope.
Le traitement, quand la tumeur n'a pas dépassé certaines limites, consiste dans y extirpation, soit par la bouche, soit par une ouverture prati(|uée au larynx.
§ 6. — Rétrécissement de la trachée.
Cette maladie est de date toute récente. Elle est surtout connue depuis les publications de M. Demarquay et d'un de ses élèves fort distingué. H. Cyr, dont la thèse peut être considérée comme représentant les idées du maître sur ce sujet.
La lésion anatomique consiste en un rétrécissement, situé le plus souvent à la partie inférieure de la trachée. Ordinairement, il est dû à un tissu de cicatrice qui a déterminé la lésion en se rétractant. Les cartilages sont
I. Cette affection est décrite en détail dans la thèse de M. Emile Blanc : Étude sur le eanetr primitif du larynx, 1872.