CET-CETTE
» est sans concurrence (290, 189, 1
cest-cestë pourrait être un emprunt au wallon, un emprunt à la 3e aire, où il est l'adj. dém. seul usité, mais
il peut aussi être venu du français de Paris, et c'en est l'origine la plus probable, selon nous, car les rapports de l'aire 2 Axce le français sont attestés par mille emprunts, ceux avec le wallon sont encore à démontrer. S'il en est ainsi, nous constatons que le recours à la langue de la métropole linguistique n'a eu lieu que lorsque, en ce point, le parler populaire tut à toute extrémité. Sous la même influence que celle qui ftttt/ de CHEL-CHELLE, CEST-CESTE gardèrent généralement leur initiale intacte, contrairement a la tendance de naturalisation phonétique qui, dans la périphérie des aires, sévit davantage que dans le centre.
L'intervention du français, qui ne pouvait sauver l'aire 2 de l'équivoque existant dans s (= « son, ce ») que si elle eût en même temps adopté l'adj. poss. français, — adoption qui eût été aussi révolutionnaire et encore bien plus compliquée qu'un retour à l'article différencié selon le genre — était absolument inefficace, puisqu'aussi bien cel-celle que cest-ceste étaient entachés de promiscuité sémantique avec l'adj. poss. dans leurs formes sing. devant les subst. commençant par une consonne et dans toutes leurs formes plurielles.
Aussi bien, la géographie linguistique nous les révèlet-elle (Atlas 44, 460) comme deux tentatives collatérales, l'une comme un emprunt exotique (cest-ceste), l'autre comme un accommodement indigène (chel-chelle>> s(e)l), non reconnu, non voulu, ou non entrevu peut-être par les adeptes de cest-ceste. Les deux tentatives sont cumulées dans les points 293, 292.
La confusion du dém. avec le poss. ne pouvait manquer d'avoir son écho dans les pronoms correspondants au dém. Nous n'avons pas à nous en occuper ici; nous nous contenterons de signaler l'embarras où s'est trouvée la langue pour reconstituer une série de pronoms qui échap-
pat à la malencontreuse confusion née de la tyrannie phonétique. Elle n'y réussit que, bien difficilement et bien imparfaitement.
3) L'aire sans régime.
La troisième aire est actuellement caractérisée par l'absence totale de l'art, déni, et du pron. pers. expl. de la 3e personne.
Seul le traitement par l'art, poss. y existe, celui dont l'application était la moins fréquente. Il y existe à l'état de phénomène disparaissant et s'évanouissant de plus en plus en raison directe de son éloignement des deux premières aires vers l'est, ainsi que nous l'avons signalé en parlant de sa fonction thérapeutique (page 27).
Dans la troisième aire, comme dans la seconde mon, ton, son, ma, ta, sa aboutissent à m, /, 5, formes qui ont donc perdu toute efficacité pour distinguer les genres du subst.
L'existence clairsemée de l'art, poss. ne peut cependant laisser aucun doute sur sa nature autrefois utilitaire.
Si l'on tentait de la considérer comme satisfaisant un besoin populaire commun à tous les parlers gallo-romans, comment expliquerait-on que 6 parlers de Belgique disent vous vous avez (êtes) blessé a vo main, alors que cette tournure n'existe nulle part ailleurs dans tout le domaine gallo-roman, sauf dans l'aire de l'article neutralisé ? que sur 17 patois belges, faisant partie de l'aire 3, 14 disent il a mal a son bras, alorsque nous ne trouvons cette tournure, en dehors de l'aire de l'art, neutralisé, que clairsemée dans 6 points du reste de la Gaule romane, à l'embouchure de la Loire (478, 459), dans le Gard (840, 851), dans le Puyde-Dôme (805), dans l'Ardèche (825) ?
Quant aux deux autres traitements, auraient-ils disparu de l'aire ) sans laisser de trace ?
Pour Fart, dém., il s'agit dans cette aire non plus d'une inefficacité deCEL-CELLE, mais de CEST-CESTE. Celui-ci avait au pluriel si et se% devant un mot commençant par une voyelle, lesquels sous l'action violente de la contraction wallonne aboutissaient à s3 s% ; d'autre part le st de cest-ceste perdait phonétiquement son / devant une consonne (^ e sûr = c'est sûr; mais s est un ivrogne).
Ceste fenêtre devenait s9 s fenêtre — l'apostrophe représente l'emplacement possible d'un son vocalique, rendu nécessaire par l'accumulation de sons consonantiques précédents ou suivants et qui n'a plus rien de la tradition latine de IV de ceste — et finit par être s fenêtre. Cestceste ne pouvait vivre sous la forme st ou s't que devant un subst. commençant par une voyelle.
L'inefficacité de cest-ceste impliquait, comme pour ce, cel, celle, la disparition d'un mot isolé qui, en cas de disparition, pouvait ne laisser qu'accidentellement une trace de son passage, comme chel-chelle a laissé sel, si en picard, et cette trace propre au picard ne pouvait se produire en wallon qui n'a pas le son €.
La disparition du pron. expl. pouvait en laisser attendre comme dans l'aire 2, mais si 280 présente encore 4 exemples sur 9, alors que 290, le point le plus rapproché de ce dernier dans l'aire 3, n'en présente aucun, par contre 292, dans l'aire 2, n'en a qu'un. Il n'y a donc pas lieu de tirer de l'absence complète de Pexpl. dans l'aire 3 la conclusion que celui-ci n'y ait jamais existé.
D'autre part, il n'y a pas synchronisme de l'aboutissement de son à s, de cest-ceste à s, de l'inefficacité du pr. expl. que nous allons démontrer, et cela nous aide à comprendre l'inégalité dans la conservation des vestiges, en dehors des
considérations qui peuvent les faire concevoir comme variables selon la différence de leur nature et de leurs facultés de résistance. Si l'on nous permet de reprendre une image que l'on a pu trouver quelque peu déplacée peut-être, nous nous demanderons : les boutonsau dos de nos jaquettes disparaîtront-ils avant les boutons à bretelle ?
Des recherches faites d'après d'autres sources que l'Atlas nous diront si la faculté de recourir à l'art, dém. et au pron. expl. a manqué aux parlers wallons dès l'époque où le besoin se faisait sentir d'y recourir ou si, y ayant recouru, ces parlers les ont perdus à la suite de leur inefficacité.
Le pron. pers. n'a actuellement pas plus d'efficacité que l'art, dém. pour restaurer le genre des subst.
Il y est bien i devant les verbes commençant par une consonne et il devant les verbes commençant par une voyelle, elle y est bien généralement el; mais il et el peuvent subir l'un et l'autre l'aphérèse devant le verbe commençant par une voyelle
/ a est indifféremment = il a, elle a