‹ Pathologie et thérapeutique verbalesChapitre 19 sur 80 · Ô » » — ILS ONT, ELLES ONT · texte numérisé non relu

Ô » » — ILS ONT, ELLES ONT

Le point 199 dit, par ex. : où s qu'il était, comme / était (=== où il était, tel quel). Quand il a plu, il faut bien savoir nager pour passer outre quand / est bien remplie (la rivière).

Il ressort de cet état un / neutre, un / à double fonction

générique. C'est cet / qui est la base de toutes les formes du

pron. pers. de la 3e pers. en Belgique. La preuve en est dans

la confusion qui résulte d'une revivification par le besoin

d'une prosthèse : il signifie aussi bien il que elle dans les

points 193, 176, 187 (il a = il a, elle a ; il ô— ils ont, elles

ont1).

1. Que les parlers usent souvent du pron. masc' il pour elle, c'est ce que nous observons tous les jours à Paris dans le français régional de

Si les patois congénères ont il, /au masc. èl, <7 au fém.,

la voyelle de ces formes n'est pas un son hérité directement du latin, n'en est pas un prolongement phonétique, niais représente en réalité un son vocalique de pause, semblable à ceux de l'article actuel, nés de / ou de Tadj. poss. m, /, s et qui flottent indifféremment du genre entre //, i,è, etc. (///, //, lé, mu, mi, nie). Si, dans le pronom personnel, ces sons ont acquis une fixité, une généralisation plus grande, c'est qu'ils le doivent aux fonctions bien définies d'un rôle grammatical, et s'ils se sont figés en / pour le masc. et en e pour le fém., ce ne peut être que sous l'influence de la langue littéraire à laquelle, à toute extrémité, les Wallons ont eu recours.

C'est ce que, outre la confusion des deux genres dont nous venons de parler, démontre l'effort, probablement momentané que laissent deviner les transcriptions d'Edmont et que font les sujets pour faire ressortir dans leurs réponses le genre du pronom (èll, ili) et plus certainement encore le fait que le pron. fém. el, s'il était d'une autre nature que celui que nous établissons, n'aurait pu manquer de devenir e devant un verbe commençant par une consonne, comme al (= elle) picard devient généralement a dans ce cas.

La phonétique wallonne, libre de toute entrave, autori-

toute la Gaule romane. Dès que le sujet féminin est d'un caractère fém. ne primant pas forcément, comme le mot femme, par ex. — et encore ! — ou qu'il peut être substitué dans l'esprit par un masc, le masc. use de sa prédominance et s'impose. Les Suisses allemands vont plus loin : Frâulein est couramment féminin. Kôchin, à Berne, est employé comme neutre. Les bêtes crèvent quelquefois quand ils ont (les animaux) mangé trop de trèfle est aussi bien normand que wallon, qu'orléanais. Ce n'est pas de ce fait qu'il s'agit ici, mais de faits se produisant et pouvant forcément se produire seulement en territoire belge, de traductions de : elle vit seule ; il s'est blessé à la main, elle enfle, etc.

sait la phrase suivante, où nous marquons par des traits verticaux tous les emplacements que pouvaient occuper les sons vocaliques selon les pauses ou les nécessités d'obvier à des heurts consonantiques trop pénibles :

| s | s | men - | 1 a sté a 1 | s | kol

Cette phrase peut recevoir de multiples interprétations. S'agit-il de cette semaine ? de sa semaine ? de lui ? d'elle ?

A peu près complète la gamme des voyelles pouvait y prendre place (a, e, i,ii). Seul le pronom y serait resté stable, y serait resté soit il, soit elle ??

Il est évident, par ce qui précède, que dans la 3e aire le traitement par le pronom personnel explétif de la 3e personne était inefficace, ou du moins l'était devenu, si jamais il fut efficace.

Notes sur les matériaux de l'Atlas et sur les cartes qui accompagnent cette étude.

Nous devons prévenir le lecteur du danger qu'il pourrait courirà attribuera des erreurs la multitude de contradictions apparentes que révèlent les relevés d'Edmont en ce qui concerne les matériaux employés par nous pour ébaucher les modifications subies par la langue à la suite de la collision de la avec le.

Nous saisissons cette occasion, qui ne pouvait être mieux choisie, pour dire notre mea culpa à l'égard de l'Atlas, mais aussi pour le réhabiliter aux yeux des savants désintéressés dans la question du relevé des patois, et qui pourraient s'être laissés influencer, défavorablement pour l'Atlas, par de nombreuses critiques r.

1. Il va sans dire qu'ici nous ne faisons pas état de critiques telles que celles d'un professeur qui fit de notre Atlas un compte rendu « très

L'Atlas est ce que nous avons désiré qu'il fût : un recueil de matériaux enregistrés par un homme qui ne fût ni philologue ni linguiste et dont l'oreille nous donnât toutes les garanties désirables. Ce sont les conditions que, seul en son temps, notre bon et vénéré maître G. Paris, comprenait et plaçait au-dessus de toute autre, comme étant un gage d'une sincérité que l'on ne saurait attendre de la part de gens du métier, et qui sciemment ou inconsciemment prévoient, retouchent, rectifient, ajustent, dont le cerveau en un mot travaille, même lorsqu'ils lui imposent silence, alors que seule l'oreille doit être en jeu. Aux fautes commises par l'enregistré et qui devaient nécessairement se produire, n'eût-ce été qu'à la suite d'une mauvaise interprétation de la question posée, nous ne voulions pas avoir à ajouter les fautes de l'enregistreur et compliquer ainsi le travail du critique au point de lui rendre impossible l'accès à la vérité.

C'est à ce gage de sincérité que, de notre part, nous avons sacrifié les nombreux matériaux que nous avons recueillis autrefois dans tout le nord de la France, en Normandie, en Bretagne, en Suisse, en Savoie, en Dauphiné. Il n'en a rien été publié — ou si peu que rien — et il n'en sera plus rien publié, parce qu'ils ne nous inspirent plus qu'une confiance très relative.

Nous avons laissé s'accumuler les critiques sur le travail d'Edmont — qui est incontestablement mieux fait que celui dont nous étions chargé nous-même, c'est-à-dire l'établissement du questionnaire, qui, pour être sensiblement meilleur, aurait dû être fait après l'enquête (!), comme la sépa-

élogieux, dans la plus répandue de toutes les revues de linguistique » (au début de l'année 1904), suivi d'une demande d'un exemplaire gratuit de l'ouvrage, demande restée vaine, et en fit un second dans une revue du Midi de la France (juillet-août 1905), lequel est... bien loin d'être élogieux.

ration des mots, fantaisiste nécessairement avant une étude préalablement complète et après plus ou moins doctrinaire — nous avons laissé s'accumuler ces critiques sans en faire le moindre cas dans nos recherches géographiques, sans prendre la peine de les réfuter, sachant bien que tôt ou tard quelque tiers complètement désintéressé et par le simple jeu d'une critique bien avisée remettrait les choses en place, comme nous le faisions nous-même, et cela était préférable à de vaines polémiques.

Depuis l'an dernier, notre attente s'est trouvée justifiée : M. Hubschmied, au jugement duquel nous attachions la plus grande importance depuis que nous l'avons connu, il y a une dizaine d'années, à nos conférences de l'Ecole, a eu l'occasion de rendre pleine justice à la valeur des matériaux d'Edmont dans un ouvrage dont la valeur scientifique semble être encore inconnue à l'heure actuelle x.

Les critiques ne pouvaient manquer non plus, surtout de la part de ceux qui s'occupent avant tout de la restauration des textes de l'ancienne langue, d'avoir traita l'absence dans le questionnaire de mots des plus intéressants. Nous en aurions dû doubler l'effectif, dit-on. Nous-même, qui nous plaçons à un point de vue plus général, nous reconnaissons qu'il aurait dû être non seulement doublé, mais quadruplé, mais décuplé. L'une et l'autre de ces appréciations entraînaient pour des raisons matérielles l'impossibilité d'une publication, car nous sommes allés jusqu'aux extrêmes limites de ce qui était exécutable à cet égard. D'autre part, nous serions bien embarrassés, même actuellement après l'enquête, de déterminer ce qui, dans le questionnaire, aurait pu être retranché et céder le pas à d'autres

i. Hubschmied, Zur Bildung des Imper jekts imFrankoproveniaîischen (Beihefte iur Zeitschr. fur roman. PhiL, Heft 58), Halle, 1914.

exigences ; à bien plus forte raison l'étions-nous avant de savoir ce que seraient les réponses.

Carte I. Nous avons parlé dans notre article de la nature du point 297. C'est exceptionnellement qu'il figure comme appartenant a l'aire 1, et dans la carte I, et dans la carte IL

A la même occasion nous avons dit ce qu'étaient 295 et 282, qui font partie de l'aire 1 exceptionnellement dans la carie I.

268 est tout à fait exceptionnel et dans la carte I et dans la carte II. Les parlers de la Seine-Inférieure ne sont en réalité que du français régional, ayant plus ou moins conservé des caractères de parlers anciens et très accessible aux invasions étrangères, ainsi que le montrent les limites variables de l'art, déf. neutralisé. A 268 : eu blé est mûr; ma grand'mère cousait à stè vitre, où tu couds maintenant !

Pour tracer la limite de l'art, neutralisé / nous avons choisi des exemples où il est à l'abri de l'introduction des multiples sons vocaliques auxquels le wallon recourt a la suite de la violente contraction consonantique qui le régit et qui reconstituent un article avec voyelle.

Carte IL Les limites de l'art, dém. variant quelque peu selon les exemples, nous avons voulu ajouter à la première une seconde carte traçant l'état de l'un de nos exemples qui représentât en même temps la propagation du pronom explétif.

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