M. Herzog ne donne pas ce détail
autre condition nécessaire à la création du mot par lequel nous entendons remplacer *commenquer — à une aire où il y a hésitation constante entre les sons â et e (>> an et en -|- cons. Voir les cartes en rentrant, vendanger, etc.). Cette hésitation se manifeste même dans les 12 témoignages de *commenquer que l'Atlas fournit à M. Herzog.
807 a : kiïmako (commencent), humekav (commençait), kumâka (commencé). Il ne signale pas cette hésitation, l'ayant sans doute mise sur le compte .. des erreurs d'Edmont.
La prétendue conservation de encar est donc liée à une aire phonétique où on pourra la trouver en 10, 30, 100 endroits, mais en dehors de laquelle on ne l'a point encore trouvée et ne la trouvera pas. Ce n'est pas à inchoare que nous avons à faire dans cette zone intermédiaire entre les parlers du Midi et ceux du Nord, zone influencée par les uns et par les autres, mais à un commanquer dont la formation anormale n'est, vu son lieu d'origine, qu'un brevet d'authenticité, selon nous.
Tous ces parlers avaient le verbe d'origine étrangère moka « manquer », où le son h ne pouvait se naturaliser en ts qu'en se heurtant contre un mâtsa (mancher, mettre un manche ou une manche, emmancher) ; ils avaient le verbe d'origine étrangère marka « marquer », où le son k ne pouvait se naturaliser en ts qu'en se heurtant à un martsa qui était marcher (et non marquer). Commencer, mis par eux en rapport avec manquer, devient très naturellement commanquer. Ce commanquer ne peut exister que dans la zone où il a été observé, c.-à-d. la zone avoi-' sinant la limite du k non palatalisé et où les parlers hésitent entre e et à (an, en + cons.), entre s et €. On ne le trouvera pas ailleurs.
Si l'origine qu'attribue M. Herzog à *commenquer est
condamnée par la géographie linguistique, elle ne Test pas moins par la phonétique, sous le couvert de laquelle elle a été imaginée.
*Commenquer, en temps que contamination de commencer avec enkar, ne peut phonétiquement se justifier dans aucun des parlers au nord de la limite du k non palatalisé, carie son k, quelle que soit l'époque de son arrivée dans la langue, s'est naturalisé en ts, etc. C'est ce que nous allons démontrer tout cà l'heure : trank -f- are y devient trautsa1. Kumentsa y pourrait renfermer un inchoare ; commenquer ne le peut.
Co.mmenq.uer, en temps que contamination de commencer avec enkar, ne serait phonétiquement justifié qu'au point 626, qui, quoique dans l'aire du k non palatalisé, représente un parler tout aussi mélangé que 807, 709, 811. Faudra-t-il croire à l'existence de deux commenquer, celui de M. Herzog et le nôtre ? Va-t-on nous annoncer, au nom de la phonétique, que le type provençal de inchoare s'est totalement perdu dans la langue du Midi, sauf dans le poste frontière le plus avancé que représente 62e ?
Commanquer n'a pu naître de commencer que dans un milieu triplement conditionné au point de vue phonétique, que dans une région où alternaient :
€ et s (= fr. 5) e et à (== fr. à) e etk (= fr. e).
Dès que l'une ou l'autre de ces alternances vient à manquer, commanquer n'existe pas.
Ainsi, par exemple, la limite orientale de commanquer s'arrête aux points 807, 811, parce qu'à ces points s'arrête