IV. — Le verbe traukà « trouer
(Carte I).
Dans ce qui suit, traucare est considéré comme un type latin, trauc + are comme une formation faite d'après le substantif.
revivification formelle des mutilés phonétiques par l'adoption de consonnes disparues de l'usage était nécessairement inapplicable dans les pariers non soumis à l'influence directe de la langue littéraire. Si la forme œ « œufs », dans la langue populaire de Paris, fait place a à'f dans deux œufs, p. ex., elle s'est maintenue dans une douzaine d'œufs, deux œufs sur le plat, parce que douzaine (on vend les œufs par douzaine), sur le plat atténuent l'équivoque que peut produire œ dans d'autres cas ou l'effet de sa mutilation, font, en quelque sorte, partie intégrante de la sémantique d'ŒUFS et qu'ils prolongent ainsi la vie de ce mot. Certains pariers provinciaux, par contre, où la même mutilation s'est produite, ont recours à un mot nouveau, à cocon, etc., et en font encore exactement l'usage d'à^en regard d'eé (un cocon, deux cocons; mais une douzaine D'à?).
Si traucare était un verbe latin nous devions le trouver sous la forme trauka dans l'aire de c =k et non sous la forme trauga. Il devait se comporter non comme jocare ou locare, mais comme auca et son dérivé qui a le même accent que traucare. C'est en effet trauka que Ion trouve dans l'aire de c = k; la phonétique nous permet d'y admettre l'existence de traucare r.
Mais, si, au nord de la limite de c = k, dans la zone où c se palatalise, nous trouvons régulièrement le type autsa (type sous lequel nous comprenons tous les produits de auca avec c palatalise) et trauka alternant avec trautsa (type sous lequel nous comprenons tous les produits du verbe traucare ou trauc -|- are avec c palatalise), si nous n'y trouvons jamais le C de auca conservé simultanément dans un seul et même parler avec le c palatalise dans traucare ou trauc + &r6, nous en concluons forcément que dans cette zone de C palatalise nous avons à faire à trauc -fare et non à traucare, que trauka y est un dénominal, comme trouer, d'après le Dictionnaire général, est un dénominal de trou.
Voici un tableau qui expose clairement ces faits ; nous y avons fait entrer tous les trauka-tr autsa situés au nord de la limite maxima de c = k :
i. Deux parlers duMédoc, 549 et 650, ont trauga, et non trauka. On ne saurait raisonnablement revendiquer pour ces formes limitrophes un type latin particulier (traucare traité comme jocare), alors surtout que ces points ont auka. Il s'agit sans doute d'un accident survenu tardivement à la consonne entre deux voyelles.
trouer
trhbkâ
trâokâ
trtm
trtihh
trâokà
traûka
/yr.///;.)
trôusà
fr$M
tmïkâ
trykà
Uiihà
t rai sa
trùtsa
oie fem. ; oie mâle
hbSb\ âè
âo!o ; (76
cïotso ; là
autsb ; «0
âoSb ; flo
âûtsà ; />(/it/('
()//tV); (1/5(7r
âôio; aêsar
tfiitsè ; #S/jâr
tiùlso ; «foîr
ai) lia , ykâf
àitsà ; ifktii
âtsô ; dftgi
otsb; d%à
trouer
lui';.)
triitsâ
trâiihà
troûtsà
trifitlià
trçûish
troûteyâ
trkitsti
tréiiteyâ
tràûtêâ
trâûkâ
tréktir
trukâr
tnjMr
oie fem. ; oie mâle
(fût sa ; iftsar
fyûlsà ; —
àiitsà ; — Mtsà ; ûtshi
qûtsô ; —
qûteyô ; —
whyô ; —
âtïteyô ; —
Cyo ; —
Htit-et ; —
wâ ; —
wtis; —
Légende : + = k dans trauc + are et palatal, dans auca. =|= = palatal, dans les deux.
5 = k dans trauc + are, palatal, dans auca, k dans son dérivé, qui est encore moins autochtone que auca.
Traucare aurait dû devenir uniquement trautsa dans la zone au nord de la limite maxima de C = k. Son double traitement, qui exclut une participation régulière à la loi à laquelle obéit auca suppose nécessairement un autre point de départ et celui-ci ne peut être que trauc -\- are. Or, si la phonétique est incapable de reconnaître si le trauka de Faire de c = k est un traucare ou un trauc -|- are, la géographie linguistique vient poser des questions dont elle soumet la solution au simple bon sens : n'étant pas latin au nord de la limite de c = k, à 617, par exemple, serat-il latin à 618 ? Parce que la limite de C — & sépare 617 de 618? Parce que la limite de c = k renverse les rapports d'un substantif avec son verbe et les renverse partout, de l'Océan aux Alpes ? Mystérieuse coïncidence d'une loi phonétique avec un fait morphologique!
Laissant momentanément de côté tout ce qui s'est produit ou a pu se produire dans l'aire de c = k, nous revenons aux faits que nous enseigne la zone septentrionale.
Trauc -+- are y est notre point de départ, nous considérons ce type comme une base assurée.
Si, malgré l'invraisemblance d'une chute du c final dans trauc antérieure à la palatalisation du c dans trauka, l'on voulait tenter l'explication du maintien et de la palatalisation de c dans trauka (trauka et trautsa') par des états chronologiques différents des parlers quant à chacun des deux phénomènes (chute et palatalisation), qu'on veuille démontrer qu'à 609, par exemple, le k de trauka était antérieur à la palatalisation et l'a par conséquent subie, tandis qu'à 617, par exemple, le point immédiatement voisin, le k de trauka était postérieur à la palatalisation et n'y pouvait plus participer, que 705, comparé à 8o5,estdansun rapport inverse, et ainsi de suite sur toute l'étendue orientale de la zone, — on établirait une bigarrure de dates
chronologiques et, d'autre part, une intégrité phonétique qui étonnerait singulièrement dans la patrie de commanquer « commencer» et de clore « rentrer », où viennent se brouiller et se culbuter les caractères du Nord et ceux du Midi, où l'aire enclose par la ligne maxima et la ligne minima de c = k nous donne le tableau suivant :