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Bouter et metter

Si foutre n'a pas agi analogiquement sur mettre sans l'intermédiaire de boutre, s'il n'a pu déclasser mettre, par contre bouter, verbe de la ire conj. en ..er, a déclassé mettre et en a fait metter.

La situation géographique de metter nous montre que bouter ne pouvait avoir d'action analogique sans la complicité de la phonétique — nouvelle preuve que mettre était bien incapable de produire boutre. —

En effet, bouter ayant été partout en concurrence avec mettre, si la relation sémantique eût été suffisante pour produire le déclassement, metter pourrait se trouver partout dans l'« aire du conflit ». Cela n'est pas : comme mettu ne se trouve que cohérent avec bouter et boutre, mette est cohérent avec bouter ; la complicité phonétique, où existe metter, consiste en un rapprochement de bouter, qui, d'abord dans ses formes faibles puis dans toutes, réduit son radical jusqu'à b(et); b(e)tez, par exemple, se trouvait opposé à m(e)tez ; la condition phonétique nécessaire à la contamination n'existait qu'à l'est de notre « aire du conflit », aussi la contamination n'existe-t-elle qu'à l'est.

Dans la partie orientale de 1' « aire du conflit », la création metter a protégé bouter du contact délétère avec foutre, qui aurait produit boutre et sa suite.

Dans la partie occidentale, l'aire bouter, déjà percée de part en part par le produit de boutre (c.-à-d. mettu), reste à la merci de foutre, si toutefois ce mot possède encore les conditions voulues, c'est-à-dire sa vitalité ancienne non

entravée par le bon usage et par sa tare qui entraîne la chute de boutre. Nous pourrions alors prévoir pour r« aire du conflit », dans un avenir qui précéderait son immersion sous les flots de mis du Nord et du Sud, une division en deux aires contiguës :

METTRE-METTU OU MIS, à l'Ouest METTER-METTÉ, à l'Est

avec exclusion dans les deux de bouter, qui aurait bien de la peine à résister à l'envahissement de metter et la menace venant de l'influence du concurrent mettre.

Bouter, le dérivé du subst. bout (voir ci-dessus 2), les dérivés et composés de bouter primitif peuvent, bien entendu, survivre à ce dernier, lorsqu'ils sont à l'abri de l'action analogique de foutre.

Nous ne nous dissimulons pas les lacunes que présentent nos informations. Nous aurions voulu pouvoir établirexactement la sémantique de chacun des mots en conflit, rechercher notamment jusqu'à quel point mettre, à sa sortie hors du conflit avec bouter et foutre, au moment- où il réoccupe des postes qui lui avaient été enlevés est un mettre autochtone ou un mettre littéraire.

L'Atlas ne saurait nous renseigner à cet égard : non seulement la carte j'ai mis un verrou ne représente qu'une faible.part sémantique de mettre, mais les secondes formes sont des réponses qui n'ont pas été provoquées ou ne l'ont pas été partout x.

Toutes les possibilités de concomitance sont représentées dans notre carte. Nous n'y trouvons aucun mélange qui ne puisse s'expliquer par le contact des patois entr'eux.

1. Celles qui ont été provoquées sont, selon notre coutume, mises entre crochets .

Les points de la Dordogne où un bouté se rencontre avec un mettu qui, d'après nous, repose sur un boutu — excluant bouté — , lequel boutu repose lui-même sur un foutu — excluant bouté — ne paraissent pas exiger d'autre explication que 684 qui a fiché et mettu> ou 958 qui a mette et mettu, ces deux derniers points étant à la limite d'aires.

Cette concomitance de mots, cette réunion de toutes les possibilités de mélange, qui ne peut être l'œuvre d'une sémantique variée de verbes en concurrence sont précieuses pour la compréhension de la carte. Elles confirment que mettu, par sa situation géographique, est un tributaire de bouter, que ce tributaire est encore en constante relation avec bouter (bouté dans l'aire mettu). Cette constante relation paraît nécessaire à son maintien.

Notre carte nous met en présence de deux aires envahissantes de mis : celle du Nord qui a perdu de nombreux mettu ' sous une influence littéraire, survenue à une époque récente où foutre et boutre, parleur proscription, avaient cessé de l'appuyer, et celle du Midi qui est également le résultat d'un nivellement, sinon d'origine littéraire, tout au moins dialectale. Toutes deux, avançant l'une vers le Midi, l'autrevers le Nord 2, viennent se rejoindre en pleine « aire du conflit », où seule la présence de bouter leur offre encore quelque résistance.

L'Atlas était condamné au procédé consistant à demander l'équivalent patois du mot français. Ce procédé est évidemment défectueux, puisqu'il ne saurait y avoir conformité sémantique complète entre un mot français et un

1 . Cela ressort de la situation géographique des mettu qui y sont restés.

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