J'invite le lecteur à admirer la notation d'Edmont
Ici se présente le problème que nous croyions avoir résolu ou « solutionné » r dans la Généalogie des mots qui désignent l'abeille (p. 7) et que, en le complétant, nous « résolvons » ainsi : pomme de tierre était impossible, puisqu'il était « pomme de montagne, de tertre ». Aus points 281 et 282, ci-dessus mentionnés, tierre ne saurait guère avoir désigné « montagne, tertre », et voilà pourquoi on y a trouvé pomme de tierre dans l'aire de ter « tendre ». Au point 282, à la question « terre », on a répondu à Edmont ter; au point 281, on lui a répondu ter ettyer.
Et ce tyer est, d'après l'Atlas du moins, dans tout le nord de la langue d'oui, dans tout le wallon, qui possédait cette forme bien régulière, bien fonétique, ... le seul témoin autoctone de terra latin, la seule arche du pont qui relie encore, à cet égard, le wallon au vosgien, — où « tertre » n'a pas été en collision avec terra, — lequel était autrefois d'un seul tenant avec le wallon, et où cette forme a été préservée de la catastrofe qui s'est produite en Wallonie.
Tierre ayant été remplacé par terre, pomme de terre devenait possible en Wallonie, et même n'était pas menacé, puisque, généralement, la préposition de allait y apparaître sous des formes telles que di, du, etc. De là les conclusions :
1) ou pomme de terre s'est présenté à une époque où tierre n'était pas encore devenu terre ;
2) ou bien le wallon est tombé dans la confusion constatée
1. « M. Caillaux n'est point un musicien. Mais c'est un styliste. Il parle dans un style choisi, irréprochable et classique. Son langage, qui est toute correction, ne se débraille pas. On ne trouvera jamais chez lui la lourde faute de français, ni l'expression maladroite, infidèle ou barbare. Il ignore le patois administratif. Il ne dira point qu'il solutionne des problèmes. Il parlera seulement français. S'il doit employer un mot illégitime ou d'argot, il s'excusera au préalable, avec mille précautions » (Petit J)ari<i>>iit 21 février T920).
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à Saint-Pol (pomme-ter), et, alors, a eu recours à un remède — équivalant en efficacité à celui de Saint-Pol (réfection de pointue de terre) — qui oppose l'ancien matériel lexical {patate, truffe, etc.). Selon cette hipotèse, pom'd'terre serait entre dans le parler, avant qu'il ait été remédié uniformément au heurt de trois consonnes par l'introduction d'un son vocalique (<//, du, etc.); il autait sombré avant d'avoir éteint, durant sa vie, éfémère comme nous l'avons dûment constaté, l'ancienne terminologie que l'on réhabilite — ce qui valait bien autant qu'une réfection de pomme de terre, d'autant plus que celle-ci ne pouvait pas partout en Wallonie rester préservée d'une rechute.
res-
De l'analogie, en dehors de celle qui a pour But de taurer le lexique, il restera fort peu de chose sans doute, si l'on veut nous concéder — concession bien naturelle — que l'isolement est, dans la vie lexicale, un état patologique, et, par conséquent, le ralliement un état réparateur.
C'est sous ce jour d'état patologique que m'apparaît la multiplication, l'éparpillementdes formes verbales, représentant en des actions diverses, une même fonction. A cet état patologique, il pouvait être remédié par l'analogie, et l'histoire de la langue nous en retrace abondamment les effets.
C'est sous ce jour que m'apparaît notamment la multiplication des formes des verbes irréguliers au parfait défini et à l'imparfait du subjonctif, où l'état' patologique était le plus sensible, disons même le plus intolérable. D'ailleurs, cette multiple représentation n'était-elle pas, souvent, inopérante dans ses fonctions verbales de tens (dans je dis et je dis, je ris et je rist dans presque tous les verbes en ..//) ou, parfois, inconséquente (Je vis, mais je pourvus).
Lorsque Fétat patologique se présentait, non plus seulement sous forme de quelque individualité lexicale, pareille à celles dont il est question dans cet article, mais de catégories entières, d'une masse indivise, à laquelle il fallait porter remède — à une époque où la langue du peuple s'attribuait de plus en plus des prérogatives dans la direction de la langue, et trouvait trop compliquée, difficultueuse, fastidieuse et déraisonnable l'hétérogénéité des passés définis et impafaits du subjonctif des verbes irréguliers — cet état patologique se trouva en face de deux alternatives térapeutiques qui étaient :
I) L'analogie, d'origine exclusivement patoise, réparatrice de la diffusion formelle à tel, point que les formes les plus revêches du passé défini et de l'imparfait du subjonctif des verbes auxiliaires, elles-mêmes, s'y plièrent parfois (Jayis « j'eus », que fayisse « que j'eusse »). C'est l'état patologique des verbes irréguliers qui a été le foyer du mouvement ; mais ce mouvement, par l'identité des fontionsverbales de tens qui unit indissolublement les verbes réguliers aux verbes irréguliers, entraînait, simultanément et infailliblement, les verbes réguliers. Et ce qui — sans l'identité de fonctions — aurait pu n'être qu'un ample mouvement devait, nécessairement, devenir une révolution.
Or, cette révolution, si elle était possible dans des parlers populaires, qui se renfrognaient de plus en plus dans un milieu social ling-uistiquement inférieur, elle n'était pas possible dans le milieu parisien.
J'ays, je soyis, je chantis, fapercevis, que j'ayisse, que je soyisse, que je chantisse, que fapercevisse n'étaient pas possibles dans un milieu, si populaire qu'il fût, où, côte à côte avec lui, dans un monde lettré, on continuait — et continue jusqu'à nos jours — à dire j'eus, je fus, je chantai, etc.
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Malgré l'équivoque existant au singulier des présents de l'indicatif et des passés définis je finis, je fuis, etc., équivoque qui n'existait pas pour les autres conjugaisons, ce sont ces formes, avec celles du tipe je rendis, qui ont exercé l'analogie dans les parlers populaires de la province.
Il faut croire — faisant abstraction de la conjugaison en ..oir qui est morte, que le passé défini de la conjugaison en ..er avait le tort de ne pas présenter, comparée à l'impartait, une distinction assez nette pour une fonction qu'il importait de maintenir, et ne pas admettre, en faveur du chois qu'ils ont tait des verbes en ..ir et en ..re l'hipotèse d'un pont fonétique reliant l'état ancien à l'état nouveau .
L'analogie étant la seule ressource térapeutique pour sauver une fonction verbale de tens et de mode, et la langue parisienne ne pouvant s'y soumettre, par la faute de son incapacité émancipatrice, due, sans doute, à l'influence rétrograde et rétroactive de son milieu littéraire, il ne restait que la segonde alternative :
II) L'amputation des fonctions, leur éparpillement sur des représentations d'autres fonctions. Perte regrettable, peut-être, perte irréparable, qui, d'ailleurs, n'est pas encore consommée dans la langue exclusivement littéraire, mais s'y accentue tous les jours! Est-elle compensée par une plus grande simplicité, une plus grande clarté, une plus grande « compréhensibilité », et ces qualités ont-elles été acquises au détriment de la beauté du langage ? Je ne me permès pas d'en juger.
Les parlers populaires, humbles sujets de la langue littéraire, abandonnent de plus' en plus et les formes et les fonctions de ces tens. Un supplément de l'Atlas nous en montrera les restes tels que M. Edmont a pu encore les recueillir.
En présence d'une masse indivise, devenue inopportune,
et dont les éléments faisaient tous les mêmes fonctions, quoiqu'ils fussent tous formellement différents, les deus traitements que la langue a subis me paraissent les seuls indiqués, les seuls possibles, les seuls naturels, et leur application me paraît absolument conforme aus milieus où elle s'est faite.
L'intensité de l'inopportunité de multiples radicaus verbaus, tels que les présentaient les verbes irréguliers, se mesure à la violence des moyens térapeutiques employés pour les écarter. Ceus-ci sont caractéristiques de la crise subie par la langue.
Ces faits d'analogie et de suppression de fonctions étaient à prévoir, comme est à prévoir, à l'heure qu'il est, une revivification des fonctions par le déploiement de tens surcomposés ; la géografie linguistique aura encore, dans les français populaires^ de beaus trionfes à célébrer, en observant ce qui va se produire à cet égard.
Je considère l'analogie comme l'un des principaus facteurs de la térapeutique verbale, sinon comme le principal.
L'analogie a-t-elle d'autres fins, d'autres raisons d'être ?