Gênéahçù des noms qui désignent l'abeille
menacé de le devenir, « virgo », par un crochet brusque, se détourne, fait volte-face et rejoignant virgo, apparaît à nos yeux sous la forme vierge, qui, avec sa diftongue ie, participe de virgo et du verge redouté ou repoussé1.
Vous pensez peut-être que le provençal, ayant verge intact de toute collision, l'a gardé, que vous trouverez intacte la tradition provençale dans le provençal actuel. Ce serait le cas, si le provençal moderne était le fils légitime du provençal ancien. Détrompez- vous : dans le dictionnaire de Mistral, la proportion des formes ver g., à celles de vierg.., dans « vierge » et ses dérivés, est de 5 à 29, sans tenir conte du nom de femme Viergino « Virginie », ni du tabac de Virginie, qui, après avoir passé par Paris, est devenu du tabac de Vierginîo « pays d'Amérique » (comme la « virgule » : viergulo, virgulo, tandis que toute la dérivation de « viridis » est indemne de diftongaison — sujet fonétique à méditer2!).
Mistral dit vierginau pour « virginal » que dit le français : la langue de Mistral est plus parisienne que celle de Paris, elle a souffert d'un mal qui était inconnu au proven-
1 . [Dans mon Manuel de phonétique, que M. Gilliéron ne connaissait pas, j'explique vierge, au § 119, par la fusion de l'ancien proparoxiton populaire ver gène et de la forme savante virgene. On rencontre en effet la forme viergene. Mais je ne fais aucune difficulté d'admettre que, pour la raison indiquée par M. Gilliéron, verge, issu de vergene, a pu subir directement l'influence du latin virgo.'] — L. C.
2. Si Virgile se présentait sous le même aspect que virgule — « virgule » est étimologiquement considéré comme l'est vergula provençal, qui devient, de fait, en provençal de Mistral, soit virgulo, soit viergulo — il deviendrait Viergèli, Virgile. Il ne devient pas Vierg.., parce que, pas plus que Virgile n'est français, Vergile n'est provençal. Il sera. . . ce sous la forme de quoi on nous le présente :
Vergéli, Virgile et Bergil en gascon (où il affecte la forme la plus populaire !), et l'adjectif de Mistral sera vergelian « virgilien » (et non viergelian comme est vierginau « virginal »).
Il a suffi que le gascon eût b au lieu de v pour que Virgile et vierge y
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ça] et elle en a souffert dans des mots où le parisien n'en a pas souffert ; elle donne une forme populaire à un mot qui ne l'a pas en français.
L'emprunt de la forme française vierge en remplacement de la forme provençale — alors que celle-ci ne peut guère avoir cessé d'exister dans le peuple — me paraît prouver que l'oreille provençale a partagé la répugnance de l'oreille française, à la suite de la pénétration du français en provençal. Verge répudié pour raison nationale est sauvé par le traitement gascon du v (berge).
Mais — admettant que l'on ajoute foi à mon explication — vierge n'est, sans doute, direz-vous, qu'un cas singulier dans l'histoire de la langue française, un cas de nécessité unique — admettant encore que l'on ajoute foi à la substitution lexicale et à l'analogie comme moyens propres à réparer la langue.
J'ai dit la détresse de la langue en face d'un mot irremplaçable, j'ai prétendu que cette, condition lexicale était nécessaire, pour que joue la fonétique artificielle en lieu et place des moyens habituels, ausquels a recours la langue en détresse.
Je n'ai pas pris au sérieux — on a dû s'en douter — toutes les opérations provençales dont témoigne le dictionnaire de Mistral, et dont nous aurons encore l'occasion de constater la nature fantaisiste.
affectent une forme plus régulière, plus populaire que dans la langue mistralienne !
Si le pays de Virginie devient Vierginîo en provençal de Mistral, alors que Virçih n'évolue pas dans ce sens, c'est que la transparence fonétique joue un rôle dans Virginie qu'elle ne joue pas dans Virgile.
Il me faudrait donc, pour convaincre de la nature de la fonétique artificielle, trouver quelque autre cas de mot apparemment irremplaçable au moyen de la substitution et de l'analogie, et remplacé par quelque forme due évidemment à la fonétique artificielle; mais il faudrait que ce remplaçant fût originaire, autentique, et non contrefait.
A la place d'un mot semblable à vierge, j'ai trouvé toute une famille de mots qui lui étaient semblables, et j'ai cru tout d'abord que, conformément à ce que je cherchais, cette famille me permettrait de démontrer, comme vierge, la vérité de latèse d'après laquelle la langue a eu recours à la fonétique artificielle seulement lorsque toute autre médication venait à lui faire défaut.
Il s'est trouvé que mon segond cas était tout autre que le premier : la fonétique artificielle s'y montre bien aussi comme conciliatrice de deus éléments disparates {verge : virgo >> vierge) ; mais, dans mon segond cas, elle n'est pas une médication, elle n'a rien de térapeutique, elle crée un troisième milieu à côté des deus autres, parallèlement à eus, et, dans cette condition, elle acquiert une importance beaucoup plus grande. Elle prent place à côté de la fonétique fisiologique, à laquelle elle pourrait fort bien avoir à disputer des postes, que cette dernière pourrait n'occuper qu'indûment, au détriment de la première, et en vertu d'un accaparement illégitime, sanctionné par les fonéiiciens.