Cf. page
article, où je tentais d'expliquer l'origine à'-estne indépendamment de son existence dans l'ordinalité ancienne (centesme) .
Si j'ajoute ici d'autres considérations qui me font rejeter toute tentative d'expliquer le suffixe ordinal -ième autrement que par -issimum, c'est que ces considérations ont trait à l'action analogique, et que la nature de cette action me semble devoir être soumise à un examen plus sérieus que celui qui en a été fait jusqu'ici. (Voir : Analogie réparatrice dans le précédent fascicule de cette Revue.)
Treïsme, s'il a existé dans la région qui paraît avoir donné la langue littéraire de la France, montre qu'à l'époque française il n'a jamais été « treizième », et que, par conséquent, il avait, bien moins que disme, qui a signifié « disième », une puissance analogique. En effet, non seulement il n'a pas eu pour successeur treçisme « Epifanie », mais il a encore perdu le d qui le rattachait à « decilïium » et pouvait seul en faire sentir l'étimologie. Comment, dans de pareilles conditions, aurait-il pu servir ou contribuer à servira former une ordinalité?
Il ne pouvait pas .plus servir de point de départ pour -isme ordinal que Caresme ne le pouvait pour -esme ordinal, Carême n'ayant jamais été « quarantième », ayant tout au plus pu être « quarantaine » à l'époque où l'ordinalité en -esme s'applique aus cardinaus — si toutefois, étimologiquement, il a été jamais senti plus que Noël ou Pentecôte.
Le d que tredecima a perdu à une époque antérieure à la date de l'apparition du suffixe ordinal -isme, il l'a perdu en dépit de sa prétendue conservation dans *ondisme et *quindisme, qui ont été impuissants à sauver de la broyeuse fonétique le d de tredecima .
*Ondisme, *qaindisme sont ou seraient de parfaits ordinaus à côté de tre(d)isme.
PATOLOGIE ET TERAPEUTIQ.UE VERBALES IOI
L'ordinalité de ro à lé apparaît ainsi sous le jour d'une vie latine fonétiquemenl régulière, et, par là-même, disparate, puisque decimum y affecte deus formes différentes (-isme et distne) : il témoigne par là que son individualité étimologique est atteinte, sinon éteinte — il fait fi de sa prétendue vertu analogique, au lieu de la concentrer à rencontre de la fonétique qui la disperse.
le vois dans l'ordinal ondisme qui réclamerait un ordinal tredisme une action analogique bien plus indiquée morfologiquement que dans ondisme se substituant à *ondisme (créé, par hipotèse plausible, pour le faire collaborer, dans la production de la nouvelle ordinal ité, de concert avec distne, qu'il abandonne en devenant ondisme).
Je vois dans ondisme :
soit une forme parfaitement apte à poursuivre la voie fonétique qui s'offre naturellement à elle (^>*ondisme) — le suffixe ordinal -isme (quelle que soit son origine) venant à supplanter l'ancienne ordinalité latine ;
soit — distne « decimum » devenant disisme — une forme qui devrait être *ondisisme, c'est-à-dire undecim -jecimum, puisque notre contradicteur reconnaît dans le suffixe ordinal -isme subséquent un reste de decimum.
D'ailleurs, je ne comprens pas, a priori, qu'un isme constituant le radical d'un ordinal à l'égal de iers (tiers), art (quart) puisse exercer une analogie sur d'autres ordinaus. Il faut pour cela que cet isme soit une partie détachable de distne : c'est ce qu'il devient dans notre conception (cf. aussi les ordinalités segondaires premier, premerain, dernier). Selon notre explication, c'est grâce à la naissance imprévue d'-issimum > isme dans l'adjectif qualificatif que Y isme de decimum est interprétable comme un suffixe (d. pouvoir, pleuvoir, où le peuple reconnaît voir, et dont les participes passés sont pouvu, pleuvu) et que, comme tel, il s'applique
au cardinal decem d'alors et, au même titre, à tous les cardinaus d'alors, l'ordinalité entière étant sentie, grâce à -isme suffixe, comme une superlativité naturelle, comme une superlativité ordinale aussi naturelle que la superlativité qualificative.
L'application â'-isme, suffixe ordinal, a été complète conformément à la parfaite unité d'appétence chez les cardinaus — sauf chez l'unité, pour la bonne raison que l'unité est la seule cardinalité incapable de superlativité, et cette exception dans l'ordinalité nouvelle n'est pas la preuve la moins catégorique de la vérité de notre solution, d'après laquelle -isme -ième est un suffixe superlatif — celle à' -isme, suffixe qualificatif, est restée très incomplète conformément à une appétence très imparfaite chez les qualificatifs.
On^isme < *ondisme, quinzjsme <C *quindisme me paraissent des extravagances analogiques, en tant que on%e, quinze 4- undecimum, quindecimum .
Pour quel motif onze, quinze se seraient-ils substitués à ond, quind, alors que decimum était absolument logique dans ces composés ? Comprendrait-on en allemand — parallèle parfait, à mon sens — der fùnfahnsle à côté de der %ehnie ?
Decimum, sans une intervention imprévue et imprévoyable, n'est pas plus capable de fournir un suffixe -isme que bon ne saurait fournir le suffixe -on. *Ondime, *quindime ne le sont pas davantage, ond et quind n'étant rien de plus que d.
-Isme pourrait-il se détacher des formes hipotétiques *2-\-(d)isme « douzième », *6-\-(j£)isme « seizième », faites conformément à Ireïsme (qui s'est dérobé sémantiquement) ? Pourrait-il, détaché de «12 » et de « 16. » fournir des formes qui seraient deusième et sixième ?
Decimum devient disme, disme devient disisme ; donc :
PATOLOGIE ET TERAPEUT1QUE VERBALES IO}
disisme est fait sur dis, cardinal de l'époque;
onçisme est t'ait sur on%e, cardinal de l'époque ;
quinqsmeest fait sur quinze, cardinal de l'époque.
Il va parallélisme complet, selon nous. On nous dit, par contre :
disisme est fait sur dis, cardinal de l'époque; par contre,
onçisme remonte à *ondismet qui n'est pas devenu ondisismty mais onqisme, analogiquement à onze ;
quinçisme remonte à *quindisme, qui n'est pas devenu quindisismc, mais qniti~ismc, analogiquement à quinze.
On suppose *ondimei *quindime pour enrichir la série de decimum et, en même tens, on nous montre ce decimum en pleine déconfiture,
i) incapable de vivre consciemment dans tredecima,
2) incapable de vivre consciemment dans *ondisme et *quindisme, quoique se survivant dans dismc « dîme », de sorte que :
disisme est = dis + isme,
o)i~isme est = undecim + ecimum,
quinzjsme est = quindecim -f- ecimum.
L'ordinalité ancienne n'avait, dans son état formel disparate, aucun germe sémantique qui pût déterminer la voie fonétique que suivrait un adjectif qualificatif dans sa superlativité. Ni premier, ni prim, ni tiers, ni quart, ni disme, ni centesme, ni Caresme, ni treisme « Epifanie », ni quelque autre terme d'ordinalité alors présente ou passée, ne présentait à l'esprit une idée de superlativité, pas plus que, de nos jours, le suffixe ordinal -ième n'en présente une (ultime >» ultième, oui ! intime ]> intième, impossible !)
Lorsque la superlativité savante en -issimum >> isme (l'ipt saintième) disparaîtra, la superlativité ordinale, acquise par l'identité de (d)isme avec (saint)isme cessera, ipso facto, d'être sentie, et disième, aujourd'hui, ne serait pas plus
capable de guider fonétiquement une superlativité supposée d'adjectif qualificatif, que ne l'étaient disme et ses composés vis-à-vis de la superlativité éfémère d'-issimum > isme > -esme > -iesme.
En cherchant à multiplier les composés de disme- decimum, on n'augmente pas, par le nombre, sa capacité analogique : à nos yeus, on la diminue en y découvrant des formes où l'individualité de disme est obscurcie (treïsme, on^isme, quin%ismè), et, que disme soit isolé, ou accompagné, on ne lui donne pas, en le traitant comme un ordinal où isme constitue les 4/5 de son radical, la faculté de manœuvrer analogiquement vis-à-vis d'autres ordinaus, on lui donne bien moins encore la faculté, que lui donne notre explication, de manœuvrer vis-à-vis de l'adjectif qualificatif, à l'âme duquel il participe, et dont il va être finalement l'unique dépositaire, dépositaire inconscient, après qu'elle aura fui de l'adjectif qualificatif.
Disme est bien originairement decimum ; mais — par ethnologie populaire ou française — decimum est devenu *dissimum. Faillite de l'étimologie fonétique !