‹ Pathologie et thérapeutique verbalesChapitre 57 sur 80 · C. — Superlativité absolue D'-isme et v>-issime · texte numérisé non relu

C. — Superlativité absolue D'-isme et v>-issime

La superlativité en -isme, pas plus que, plus tard, la superlativité en -issime, n'a jamais été une superlativité relative en français, comme elle l'a été primairement en latin. Si tentant qu'il soit d'en dériver la superlativité ordinale, ce n'est donc pas à la superlativité relative (« le plus grand » : « le plus .. de dis ») qu'elle remonte, c'est à la superlativité absolue (« l'extrêmement grand » : « l'extrême de dis »), et cette origine explique la longue concomitance formelle de la superlativité qualificative avec la superlativité ordinale mieus que

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ne le ferait une origine de la superlativité exclusivement relative . qui est plus éfémère (« le plus grand » > « le très grand »).

Si la superlativité relative avait existé en français, on n'aurait pas hésité à faire remonter la scission, qui s'est produite entre -isme superlatif qualificatif et -isme superlatif ordinal et qui est survenue en -ième, déjà à l'évolution de la superlativité relative à la superlativité absolue, évolution toujours imminente dans l'adjectif qualificatif, évolution que Ton aurait pu croire incompatible avec toute conception de l'ordinalité. On n'aurait pas hésité à faire précéder la disparition naturelle d'-isme, superlatif qualificatif inutile, démodé, de cette scission résultant d'un désaccord sémantique.

Il n'en est rien : -isme est le résultat d'une tentative d'établir à côté de la superlativité qui a recours à des adverbes, une superlativité simple et absolue. Celle-ci ne pouvait naturellement être que d'essence savante, et elle a échoué, parce qu'elle n'avait aucun caractère d'urgence, pas plus que, plus tard, la superlativité en -issime. Elle meurt de son inutilité, n'est pas même parvenue à contrebalancer la formation populaire pnr l'adverbe, qu'elle n'avait d'ailleurs entamée ou effleurée que dans quelques éléments. La superlativité qualificative étant morte, la superlativité ordinale reste seule titulaire à3 -terne, qui ne saurait dès lors plus se prévaloir que de son caractère d'ordinalité. Dès lors, il émanera à'-iême, exclusivement ordinal, des formations exclusivement ordinales (ultime huitième, tant >> tantième, quant >> quantième) .

C'est ainsi que la langue savante, par une de ses créations éfémères, a procuré une famille morfologique à la langue commune qui en avait un pressant besoin et qu'elle était incapable de former, une famille en lieu et place d'une

cohue de mots dépareillés faisant tous la même fonction grammaticale.

Les patois, indigents, se sont emparés de cette bonne aubaine.

-Issime d'-issimum superlatif qualificatif montre, ' par sa forme nouvelle et plus servilement calquée du latin, par sa double provenance de l'italien et du latin, qu'il ne peut être considéré comme le continuateur direct à'-isme en fonction de superlatif qualificatif, pas plus qu'il ne peut être considéré comme la preuve d'une opportunité urgente de superlativité qualificative simple à côté de celle exprimée par des adverbes. Il est le renouvellement de la tentative dont témoigne -isme, mais un renouvellement qui ne laissera pas dans la langue une trace ineffaçable comme l'a fait -isme.

D. — *Seximum.

La forme sisme « sisième », que le D. G. dit avoir pu, de concert avec disme, donner naissance à l'ordinalité en -isme, viendrait d'après lui de *seximum. Il s'explique ce seximum, je suppose, comme une forme née analogiquement à septimum : celui-ci a, en effet, exercé une action analogique sur les unités ordinales qui le suivent numériquement.

Mais ce sisme avait une forme concurrente venant de sextum, qui est latin, et fait partie de l'ancienne ordinalité . Sisme « sisième » serait donc créé en marge de l'ancienne ordinalité, serait plus récent que siste et plus ancien que si {isme.

Siste est copieusement attesté dans Godefroy ; sisme « sisième » ne l'est pas du tout, et sisme y figure parmi les douze formes de « sètième », avec sime et syme, qui sont

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les tonnes de si suit' plus conformes à la prononciation d'alors. Nous nous posons donc la question suivante : Sismt « sisième » a-t-il réellement existé, contrairement à ce que nous pourrions conclure du silence de Godefroy ?

Que *seximum soit une forme inventée par D. G., qui L'accompagne prudemment d'un astérisque, cela ira de soi, si sismt « sisième » n'a pas existé ; car *seximum a été fait pour expliquer sisme « sisième ». Mais, d'autre part, nous ne pouvons croire que le D. G. ait inventé ce' sisme « sisième », ou ait été la dupe de quelque interprétation erronée. Aussi bien, allons-nous voir qu'il aurait fort bien pu exister, si même il n'a pas existé, et que la possibilité de son existence n'autorise pas la création *seximum.

Alors, sisme a pu être « sisième » et « sètième » ? Parfaitement.

Septimum devenait régulièrement sème, qui ne pouvait devenir fonétiquement sime; par contre, *seximum devenait régulièrement situe, qui ne pouvait devenir fonétiquement sème. Et cependant sime et sème se rencontrent.

Si di(s)me « decimum », interprété comme étant di(j)me o dissimum », devenait de(s)me « *desimum », pour aboutir, par la fusion des deus dernières formes (fonétique artificielle) à die{s)me '■

Si(s)me « *seximum », interprété comme étant si(J)me « *sissimum », devenait se(i)me « *sesimum », pour aboutir, par la fusion des deus dernières formes, à sie(s)me.

Mais, ce si(jyne-se(j)me-sie(J)me devait signifier « sisième » (et non « sètième »). Et ce si(syne'Se(s)me-sie(s)me est d'une absolue inutilité à côté des formes de sextum, est en marge de l'ordinalité ancienne, aussi bien que de la nouvelle en -tsme (si^isme).

Donc si(s)me >> sème « sètième »■ est une impossibilité.

Mais, si, par contre. de(s)me « *desimum » était le coi-

latéral de di{s)me « *dissimum », ainsi qu'a été interprété di(s)me « decimum » :

semé (ou se(s)me, ce qui revient au même) « septimum », devait pareillement avoir pour collatéral si{s)me « *sissimum » (= le prétendu *seximum, alors qu'il signifie « sètième ») et se(s)me est censé avoir été *sesimura.

Que sisme de se{s)me « sètième » ait pu être conçu comme l'ordinal de sis, ait pu avoir été employé, par erreur, pour « sisième », cela est bien naturel : disme étant l'ordinal de dis, sisme apparaît comme l'ordinal de sis . Confondu avec sisme « sètième », étant sisme et sesme, comme l'était aussi sème « sètième », quelle vie peut-il avoir eue? Je ne saurais le dire.

Ce sisme « sisième » n'a rien à faire avec un *seximum, doublure de sextum ; il est une forme de septimum, qui, fort malencontreusement, lors de la création de la nouvelle ordinalité en -isme-esme-iesme, a pris l'aspect d'un ordinal de sis.

Sur les douze formes de a sètième » signalées par Godefroy (setme, sedme, sepme, sesme, semé, seime, sietme, siesme, sieme, sisme, sime, symè), huit conviennent aussi bien à <( sisième » qu'à « sètième », et les quatre autres ne se distinguent de « sisième » que par des consonnes muettes, plus ou moins ethnologiques.

Sisme, disme, soi-disant promoteurs de l 'ordinalité en -isme, selon le D. G., en sont, au contraire, les victimes.

Les formes desme, diesme, sesme, siesme, entraînées dans l'évolution d'-isme ordinal, dénotent la non-instantanéité du remplacement de l'ancienne ordinalité par la nouvelle. La possibilité d'une confusion pareille à celle de sisme-sesmesiesme ^ « sisième » et « sètième » laisse entrevoir dans le remplacement des cas d'urgence plus ou moins pressante.

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Si -isme ( > esme3 iesmè) n'est pas -issimum, nos contradicteurs ont à résoudre le problème suivant : comment sismei sesme, siesme ont-il pu signifier à la fois « sisième » et « sètième — ou « sètième » seulement ?

E. Quantième, tantième, ultième.

Au xvie s., le suffixe -ième, devenu exclusivement ordinal, reçoit quantième et tantième ' qui ne paraissent pas avoir jamais été quantime-quanteme et tantime-tanteme. Il reçoit tantième comme numéral fractionnaire, quantième comme ordinal corrélatif non seulement de notre premier (du mois), comme il l'est aujourd'hui, mais de toute autre ordinalité (du mois), comme il l'a été autrefois. L'opportunité de quantième se trouve aujourd'hui diminuée considérablement du fait que nous disons aujourd'hui le deus, le trois, etc. (du mois), et non plus le deusième, le troisième, etc. Aussi, en certaines provinces, le quantième est-il remplacé par le combien (du mois).

Un mot de la famille en -'une, à laquelle appartiennent intime, infime, sublime — incapables d'ordinalisation — s'est fait admettre lui aussi — capable d'ordinalisation — dans la famille des ordinaus en -ième : sa terminaison -ime, identique à celle du suffixe d'-issimum, appliqué auscardinaus, l'y a introduit, capable qu'il était d'exprimer une ordinalité double. C'est ultime qui, d'ordinal semblable à segond, devient par ultième un ordinal semblable à deusiême.

Il semblerait que, déjà au xme-xive s., il ait été entraîné dans l'ordinalité en -ième, dépourvue de superlativité, si j'en juge d'après la forme pénultième (D. G.). Il n'en est

1. Tantième, qui pourrait bien supplanter quote-part, ne figure pas dans le D. G. Pourquoi ?

rien. A cette époque, la forme pénultième était équivalente de pénultime (grandieme, deusieme : grandime, deusime), il n'est pas notre ordinal actuel pénultième, puisque nous trouvons au xve s. pénultime (D . G.) : il est *paenultissimum et *paenultesimum associés et fusionnés. "Notre pénultième actuel est étimologiquement le même que celui du xme-xive s., il n'est pas le même historiquement. Pénultième a deus origines différentes, l'une superlativoordinale, l'autre exclusivement ordinale.

Ultième, à côté d'ultime, grâce à « pénultime » et « antépénultime » a une raison d'être aussi légitime que deusieme à côté de segond (« Votre pénultième mari, madame ! vous avez donc été mariée bien des fois. Littré).

Nos mots d'aujourd'hui sont, sans doute, une segonde édition dultimum latin — ultime et ultième ne figurent pas * dans le Dict. de l'Académie, et Littré donne seulement du premier un exemple (xve s.).

Ultième peut fort bien être considéré comme une forme due à X analogie réparatrice, la fonne réparée coexistant avec la forme originaire ultime, qui reste opportune dans les cas d'ordinalité en marge de Tordinalité précise et complète en -ième. Ultième est à. ultime absolument ce qu'était dernier à derrain. On peut même regretter que derrain ne nous soit pas resté, comme ultime nous reste (« Mon fils est un des derrains de sa classe », et non : « des derniers »). On pourrait en dire autant de premerain coexistant avec premier.

Je ne sais pourquoi d'aussi jolis mots qu'ultime et ultième ne figurent pas dans le D. G., alors que Littré parle de tous deus.

Ultime n'est pas ultimum : il a été considéré comme étant *ultissimum, et, par conséquent aussi *ultesimum, est devenu ultième {pénultième du xme-xive s.) ; mais notre ultième actuel n'est pas *ultissimum-ultesimum, il est

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un ultime fr. postérieur à *ultissimum-*ultesimum, et

avant passe à ultième, lorsque le suffixe -ième était devenu exclusivement ordinal.

Par tantième et ultième, je complète toute la famille d' « cmc moyen » de mon petit dictionnaire des rimes, qui ne comprent, outre les ordinaus des cardinaus, que quantième, pénultième et antépénultième, faisant à cette famille une place à part, bien conforme à sa genèse particulière.

MAÇON. PROTAT FRERES, IMPRIMEURS

COLLECTION LINGUISTIQUE

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