‹ Pathologie et thérapeutique verbalesChapitre 58 sur 80 · I. — Point de départ de l'enquête : l'ombre > le lombre · texte numérisé non relu

I. — Point de départ de l'enquête : l'ombre > le lombre

a Saint-Pol

On lit dans le Lexique Saint- Polois d'Edmont l'article suivant : « fôb, lobr ou Top, + s. m., ombre (au propr.) s'Mr o lobr. — Au fig. s' fer met ô lôp, se faire mettre en prison. — Dans toutes les autres acceptions on empioie les formes ob, bbr, ojj. M ê par d'esn lp ; di nfe pà ïob d'œ dut. — Voir aussi ôbràj. »

Cet article m'apprend que le mot ombre est devenu lombre et est du genre masculin dans sa combinaison avec la préposition à : à l'ombre > au lombre. Les exemples me montrent qu'il s'agit de sa combinaison avec \'d répondant à la question^ : s'asseoir à l'ombre et figurément se faire mettre à F ombre ; « dans toutes les autres acceptions » on emploie la forme ombre, et non la forme lombre.

Ces renseignements ne me suffisaient pas : je voulais savoir si ombre, ne devenant pas lombre masculin, était bien aussi masculin, comme le fait supposer la tête de l'article {lombre, + s. m.), ou s'il était féminin — les exemples il a peur de son ombre et ça ne fait pas l ombre d'un doute ne me renseignant pas à ce sujet.

Je me renseignai donc auprès d'Edmont. Voici ce qu'il m'a répondu :

« Chez les vieillards, ôb, ôbr,ôp restent généralement masculins, avec agglomération de l'article : m fe du lôfi ; chez

les jeunes, on trouve encore la forme lob et ses variétés employées au masculin, mais seulement dans cette phrase : s'met o lop ; dans tous les autres cas, ôb, ôp, ôbr ne sont plus employés qu'au féminin, et sans agglomération de l'article : €a je d l op. — ed ôp à sàloj. »

Je ne puis être mieux renseigné, et de ces informations complètes je conclus ce que conclura tout le monde :

Chez les vieillards de Saint-Pol, ombre féminin était devenu lombre masculin partout où ils employaient ce mot. Dans la génération qui les suivit, V ombre masculin n'existe plus que dans la combinaison d'ombre avec la préposition à, celle-ci répondant à la question où; ailleurs ombre est ombre, et il reste féminin.

La nouvelle génération suit encore la tradition de l'ancienne dans « à l'ombre » > au lombre, elle ne la suit plus dans ça fait du lombre, mais dit ça fait de l'ombre.

Comme lombre masculin a été vraisemblablement l'unique représentation d'ombre féminin dans le vieux parler de Saint-Pol, que au lombre existe encore dans le parler qui a suivi, il est vraisemblable que c'est sous l'influence du français qu ombre féminin a éliminé lombre masculin, mais n'a pas triomphé encore dans au lombre pour en faire définitivement à l'ombre. Il est vraisemblable que l'état du parler de Saint-Pol chez la génération actuelle ne représente pas la somme des évolutions linguistiques qui se sont produites à Saint-Pol, que, lorsque nous étudions un parler isolément, nous devons constamment avoir en vue cette possibilité. Les monographies de patois considérés isolément en tiennentelles toujours compte ?

Mais, passons, puisqu'ici, à Saint-Pol, l'état relevé par Edmont nous permet la reconstitution d'un passé. Souhaitons qu'ailleurs il en soit toujours ainsi !

En tout état de cause — et c'est la seule conclusion certaine que je veuille tirer de l'état où se trouve le parler de Saint-Pol actuellement — il se peut — abstraction faite du parler vieilli où lombre masculin est permanent — qu'ombre- ait deux vies parallèles, qu'il soit masculin avec agglutination de l'article défini

dans son contact avec à répondant à la question où, et qu'il soit féminin sans agglutination de l'article défini en dehors de son contact avec la préposition à. Cette constatation est d'un grand poids pour tout ce qui va suivre.

Est-ce la masculinisation d'ombre qui aurait eu pour suite immédiate et nécessaire la naissance d'au lombre, lequel aurait persisté dans la langue courante de Saint-Pol, malgré qu'ombre soit fémimin, en tout emploi autre que au lombre, cet ombre étant resté féminin ou l'étant redevenu sous l'influence du français? Si ombre est resté féminin, pourquoi n'est-il pas resté féminin en contact avec à ? Pourquoi ne dit-on pas à V ombre ? S'il est devenu féminin sous l'influence du français, pourquoi n'est-il pas féminin en contact avec à ? Pourquoi ne dit-on pas à l'ombre} Un ombre masculinisé ne peut alors avoir été masculinisé que par analogie à un autre mot dont il reçoit l'impulsion. Cet autre mot n'est pas lumière, son opposé, qui est féminin. Et d'ailleurs, le soleil masculinise-t-il la lune ? Ne riez pas : n'a-t-on pas prétendu que la nuit était devenu le nuit sous l'influence de le jour, ces deux mots étant souvent conjoints ' ? Conjoints, oui ! comme deux substantifs qui ne gagnent qu'à être différents de genre, grammaticalement aussi distants que possible, qui doivent différer 1 un de l'autre comme le jour de la nuit, comme un homme d'une femme, comme le soleil de la lune.

S'il est ridicule de supposer qu'ombre est devenu masculin, a donné comme tel au lombre, qui est resté, tandis que lombre redevenait ombre et substantif féminin partout ailleurs que dans au lombre, c'est donc qu'ombre est devenu masculin par le fait de au lombre, c'est donc que ce n'est pas ombre qui, par analogie, est devenu lombre masculin, c'est donc que c'est au qui a obligé ombre à devenir lombre masculin, c'est donc qu'au exerce une puissance analogique.

Je suppose qu'aucun Allemand ne prétendra que Tag a exercé une puissance analogique sur Nacht, parce que des Tags a provo-

1. Je l'aidit moi-même, Pathol et thèrap. verbales, I, p. 18. Je me rétracte de cette grave erreur.

que des Nachts, Nachts ; mais je soupçonne fort que c'est aux Allemands que nous devons l'immense majorité des explications par une action analogique qui aurait joué à tort et à travers dans notre français et qui se ferait sentir de substantif à substantif. Ils savent que des Nachts n'a point ébranlé le genre de Nacht, qui, par ailleurs, est assez solidement assis pour qu'il ne soit pas contaminé par un contact exceptionnel de Nacht avec le des de des Nachts; car leur langue est assez riche et cultivée pour que die Nacht contre-balance victorieusement l'action masculinisante de des Nachts (cf. allerorts, mais aller seits qui n'a pas fait Seite masculin). L'allemand actuel qui dit des Nachts, mais die folgende Nacht est exactement le saint-polois qui dit au lombre, mais ça fait de V ombre.

Si le saint-polois ne dit plus ça fait du lombre, c'est que le français l'a assagi — imparfaitement, puisqu'il dit encore au lombre — en l'enrichissant de son ombre féminin qui, en saintpolois, avait perdu pied dans lombre, l'« ombre » étant, dans ce parler appauvri, trop imparfaitement doté pour réagir contre la masculinisation résultant de l'emploi le plus fréquent et qui était celui de au lombre, opposé à au soleil (être, aller, dormir au soleil > être, aller, dormir au lombre).

L'allemand qui dirait der Nacht serait exactement le saintpolois des vieillards qui disent ça fait du lombre, et qui nous donnent un témoignage d'une action masculinisante qui aboutit, et a été ensuite neutralisée par la venue du français.

Mais le saint-polois, où l'action masculinisante d'au est absolument parallèle à celle du génitif masculin allemand, nous offre un autre enseignement précieux : il nous montre comment naît l'agglutination de l'article défini au substantif. Sous la pression de au soleil, à Vombre est appelé à devenir la formule au ombre ; il ne peut réaliser cette formule qu'à une condition, c'est que ombre commence par une consonne, puisque au n'a de raison d'être que devant consonne, puisque à V n'est devenu au que devant consonne. Cette consonne, quelle sera-t-elle ?

Ce ne sera certes pas Y s qui pourrait naître de « les ombres de la mort, du mystère, des enfers, du trépas, de la nuit » (!). Ce ne

sera certes pas l'a qui pourrait sortir de « passer comme une ombre » ou de « une ombre de la mort » (!), et qui donnerait le nombre Q.). Ce sera 17, le plus intime — sinon l'unique — compagnon d'ombre dans un parler patois, et non cornélien. Ainsi naît lombre d'ombre par l'intermédiaire de au (l)ombre.

Mais alors, direz-vous, il fallait que ombre saint-polois fût un mot isolé, pour être à la merci de l'influence de au, contraction d'une préposition avec l'article, sans qu'il y ait réaction semblable à celle que dénote die Nacht vis-à-vis de des Nachts, forme masculinisante produite par la puissance de des.

Ombrage, ombragé, ombrager, ombrageux, ombrelle— qui ne rappelle pas plus immédiatement une « ombre » que dentelle ne rappelle une « dent » — ombrer, ombreux n'étaient-ils pas là pour ne pas laisser tomber ombre féminin dans lombre masculin?

La meilleure réponse que j'aie à faire à cette question est de soumettre au lecteur tout ce que je trouve de cette famille de mots dans le Lexique Saint-Polois. Il y verra l'usage que le saintpolois fait de cette famille qui lui est parvenue sur le tard.

ôbràj, -f-, s. m., ombre, avwar par iïesn ôbràf. Voir lob àjœw, œ{, -f-, timide, craintif, intimidé, al ne pu si àjœ{ k'el fur Val Ô àrive.y. — On emploie aussi dans le même sens la forme ôbiAo, œ{. fhwe for ôbrœ{ d'h mMse-lo, je m'intimidais facilement à la vue de ce médecin-là.

Ces exemples nous montrent ombrage, ombreux, ombrageux français pénétrant en saint-polois — sans doute en compagnie de ombre féminin supprimant le lombre de la génération actuelle — et interprétés avec la même inconscience que celle qui a présidé à la naissance de le lombre. Ce ne sont certes pas ombrage = « ombre » (même exemple pour l'un et pour l'autre de ces mots), ombreux = « ombrageux », ombrageux = « ombreux » qui ont pu sauver ombre de l'emprise de au soleil; car leur emploi en fait plus que vraisemblablement des mots récents, et rien ne nous dit, d'autre part, que les vieux ne disent pas lombrage, lombrageux, lombreux (s'ils ont besoin de ces mots).

Ainsi donc, pour qu'un substantif subisse un changement de genre sous l'action analogique d'au, que, d'autre part, sous cette même influence, et pour être propre à la subir, il s'agglutine l'article défini, lorsqu'il commençait par une voyelle, il fallait que cette action analogique ne fût pas victorieusement contrecarrée par les emplois autres que celui où il hante au et par sa famille lexicale.

Malheur aux isolés, ils sont à la merci de l'analogie !

Plus un parler est pauvre et isolé, plus il est exposé aux accidents tels que ceux dont il est parlé ci-dessus, lorsqu'il éprouve le besoin d'emprunter à une langue plus riche et de lui emprunter les mots en quelque sorte « au détail », je veux dire par là, sans être accompagnés de leur famille, qui en garantit plus ou moins la fixité (entour, entourer, entourage, etc.).

En théorie, le français peut être sujet aux mêmes accidents que ceux que nous révèlent les parlers pauvres et isolés. Le français n'a-t-il pas aussi ses mots pauvres et isolés ? Mais, en réalité, sa richesse sémantique et lexicale le préserve davantage des écarts grammaticaux et formels qui sont fréquents dans les parlers populaires et qui foisonnent dans le langage des enfants.

Un enfant entendant dire souvent er ist solid interprète ces mots comme s'ils étaient er ist so lid, d'où résulte pour lui er ist Uà = « il est solide ». Fréquent chez l'enfant, ce fait peut se produire aussi dans une langue littéraire, mais combien moins fréquemment (cf. merle oriot >> loriot, il y a belle heurette > il y a belle lurette).

Il se peut que quelque mot isolé, technique, et surtout étranger, tel que ïingot soit traité par les Français qui l'ont mal appris, comme il le serait par l'enfant qui apprend sa langue par étapes, et devienne le lingot. Ces mots-là n'offrent qu'un intérêt médiocre : ce sont des fautes patentées, des anomalies inorganiques. Tout autre est le lombre <Z ï ombre. Tout autre, en français, est lendemain, mot isolé, il est vrai, mais d'un usage général, qui perd tout à coup sa tradition indigène, paraît devenir le lendemain sans rime ni raison. Ceux-là ne s'expliquent que par une intervention pareille à celle que sont obligés de prétexter les drama-

Al RÉPONDANT AUX QUESTIONS OU ET QUAND 7

turges pour atténuer la gravité d'actes blâmables et indignes de leur héros et qu'ils doivent cependant soumettre au jugement de leurs auditeurs.

Si, en français, l'ombre n'a guère pu, comme à Saint-Pol, aboutir à le lombre, le français n'avait-il pas des mots qui, chez lui, se présentaient dans les mêmes conditions que ombre à Saint-Pol ? Et, comme il s'agit dans l'évolution l'ombre > le lombre d'une action analogique immanente d'au — et non d'une action analogique d'un substantif sur un autre substantif — le français, éminemment plus riche que le saint-polois en emplois de au et de son adversaire à /', ne doit-il pas nous montrer un déploiement plus considérable de cette action, dont il témoignera peutêtre d'une façon grammaticalement moins brutale, mais non moins représentative ?

En effet, les faits de Saint-Pol se trouvent également — et même multipliés — dans notre langue nationale.

Avant d'en faire, non pas un dénombrement, mais seulement un choix l , essayons d'abord de prouver que c'est bien dans au que réside la puissance analogique, et non dans le substantif qui le suit (II au soir ^> au nuit), puis, que cette puissance analogique inhérente à au est telle qu'elle s'est exercée — contrairement à l'essence même d'au, contraction d'un article avec une préposition — sur des mots invariables, sur des prépositions et des adverbes, espèces de mots non susceptibles par leur nature de se faire précéder d'un article (III auprès, autour, auparavant, aujourd'hui). Par là, j'aurai démontré la plénitude de la puissance d'au. Les chapitres qui suivront ne la montreront pas plus entière, mais sous d'autres faces.

1 . Ce choix a été fait dans des conditions qui excluent toute prétention à le faire passer pour autre chose qu'une collection fort incomplète d'échantillons. Il se compose de mots et d'expressions qui me sont venus à l'esprit durant mes dernières vacances passées à la campagne, sans que j'aie même pu recourir à un dictionnaire quelconque. De retour à Paris, je me suis contenté de me renseigner auprès du Dictionnaire Général et de celui de Littré sur l'histoire des mots et des expressions notés, sans chercher à en augmenter le nombre. Je n'ose donc espérer que mon choix renferme toutes les possibilités par lesquelles peut se manifester la puissance analogique d'au.

ô PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE VERBALES

IL — Ce n'est pas, dans le nord, le substantif qui a une

PUISSANCE ANALOGIQUE SUR UN AUTRE SUBSTANTIF; C'EST LA FORMULE GRAMMATICALE AVEC au ANALOGIQUEMENT PUISSANT I

au soir >> au nuit.

Au jour étant la locution typique de toute une famille qui répond à la question quand (au matin, au soir, au lever, etc.), au jour étant l'opposé direct de à la nuit, on serait disposé à croire que la locution au nuit du nord de la France a été évoquée par au jour. Il n'en est rien.

Le territoire picard disant hier au soir, hier au vêpre pour « hier au soir », le territoire wallon disant hier à la nuit pour « hier au soir », et ces deux territoires étant séparés par une zone où l'on dit hier au nuit l, il est hors de doute qu'au nuit a été évoqué, non pas par au jour, mais par au soir (auquel correspond au matin dans cette région 2) ; car cette zone hier au nuit ne laisse pas place à un seul hier à la nuit, qui n'aurait pas manqué d'exister si au nuit avait été provoqué par une autre locution qu au soir, vu que la masculinisation âe au nuit aurait été, dans ce cas, indépendante de « soir » et aurait dû avoir une aire non-coïncidente avec celle de nuit masculin.

Il en est résulté le nuit « la nuit » au point 292; et, dans les autres points où l'on a nuit féminin — même en Wallonie — il y a lieu de se demander : nuit est-il resté féminin parce que au nuit (cf. des Nachts) n'a pas entamé la nuit (die Nacht), ou y at-il eu retour de le nuit à la nuit sous l'influence du français, comme, à Saint-Pol, retour de lombre masculin à ombre féminin ?

En Savoie et en Suisse, l'évolution « soir » >> « nuit » n'a

1. Vermand (point 262 de l'Atlas), d'où Gosseu écrivait ses précieuses lettres patoises à un journal de Saint-Quentin, fait partie de cette zone : « Ein a vu eine furolle droit ch' flot d'ein bas ; ch' fossier y n'passe pus d'fois au nuit deins s'chimeintière sans vir ein gros lapin blainc aglouti... »

2. Réponse faite à pendant la matinée, à laquelle, seuls de toute la Gaule romane, trois points de cette région ont répondu par au matin.

pas affecté le genre féminin de nuit, ou, du moins, ne paraît pas l'avoir affecté.

C'est donc au soir qui a évoqué au nuit et provoqué le nuit (292), ce n'est pas au jour qui était son opposé direct. « Soir » n'étant point l'opposé de « nuit », mais, au contraire son synonyme, c'est d'au qu'émane l'action analogique, représentée ici par au soir, et représentant toute une famille (au matin, au jour, etc.).

La géographie linguistique interdit de croire à l'hypothèse que je résume ainsi : le jour : la nuit > le jour, le nuit >> au jour, au nuit, aussi bien qu'à cette autre : au jour : à la nuit >> au jour, au nuit > le jour, le nuit.

Ce n'est pas la transformation de la en le, autrement dit là neutralisation de l'article défini féminin qui a facilité, au nord de la France, la masculinisation de « nuit », puisque, en Savoie et en Suisse, l'évolution sémantique s'est produite sans affecter le genre de nuit : elle est donc d'ordre purement psychologique.

Si ce n'est pas « le jour » qui évoque « la nuit » — et cela est rendu certain pour le géographe linguiste — , alors que le premier est l'opposé direct du second, ce n'est pas — et cela est certain — « le soir » qui évoque « la nuit » ; car « le soir » est bien moins un opposé de « la nuit » que « le jour », et pas plus un opposé que « le matin », « le midi ».

C'est donc la formule grammaticale dans laquelle apparaît « le soir » qui met « la nuit » à la merci de « le soir », mais à la condition que « soir » et « nuit » soient synonymes. Cette formule grammaticale dans laquelle apparaît « le soir » est au soir, et fait partie intégrante de toute une catégorie de mots étroitement liés entre eux, et qui, pour répondre à la question quand, se revêtent tous de au : au jour, au matin, au soir, — en face desquels à la nuit est un isolé, qui se rattache aux premiers seulement quand il est synonyme de l'un d'eux, de soir, et ne peut le faire quand il ne l'est pas, ne peut le faire quand il n'est que l'opposé de « jour ».

C'est donc — et cela est certain pour moi — sous la pression

analogique d'au qu'est né au nuit, et il n'est même nullement nécessaire d'admettre que nuit féminin en patois ait nécessairement — il l'a fait partiellement — dû devenir le nuit masculin. Il n'est nullement nécessaire, d'autre part, d'admettre que c'est sous l'influence littéraire que le nuit serait redevenu la nuit.

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