I. — CLAVELLUS
Voici ce que disent MM. Gauchat et Jeanjaquet de ma petite brochure où j'entendais établir que les phonéticiens promulguent des lois phonétiques en prenant pour base des mots — tel clavus — qui n'ont pas existé dans les régions pour lesquelles elles sont promulguées. Je cite d'abord le passage critique en entier, pour, ensuite, en paraphraser chacune des parties qui me paraissent — disons pour le moment — contestables et que je souligne ici :
« La rencontre phonétique, au midi de la France, de clavis et clavus, devenus tous deux claus, à une époque où l'article n'était pas encore assez usuel pour les distinguer, aurait fait
Et puis : « Quiconque parcourt le pays en quête de patois rencontre des régions entières où personne n'est plus en état de le renseigner, même dans les cantons restés le plus longtemps fidèles à la langue des ancêtres. Une enquête générale sur la prononciation des patois locaux, comme nous l'avons faite en 1899, présenterait aujourd'hui de nombreuses lacunes » (ibid). Et n'en présentait pas en 1899 ? Cf. Une langue qui s'en va de Cornu. Et permettrait de distinguer ce qui était juste autrefois de ce qui est faux aujourd'hui ?
l'hypnotisme phonétique en suisse 69
naître clavellus non diminutif dans le sens de « clou ». A l'aide de l'Atlas, M. G. fixe les limites de ce phénomène. Se basant sur le verbe romand clouler, sur l'apparition isolée chez nous de çlavel et sur les affinités entre patois, il conclut que la Suisse romande est aussi comprise dans ce domaine. Le mot clou, bien représenté chez nous, serait d'importation française et aurait remplacé un ancien clavel. Nos patois participeraient par conséquent à la phonétique — v final > u. Toute la base de ce travail nous semble avoir encore besoin de preuves historiques et nous n'avons jusqu'ici rencontré aucun exemple du passage de -vi-u dans nos patois1. »
« A l'aide de T Atlas, M. G. fixe les limites de ce phénomène. » Tous les parlers des points situés au sud d'une ligne droite tirée de l'embouchure de la Loire au département des Vosges ont eu clavel « clou » < clavellus et le type clou < clavus y est d'importation française.
« Se basant sur le verbe romand clouler » (... « il conclut que la Suisse romande est aussi comprise dans ce domaine »).
Selon MM. G. et J., on aurait en Suisse le représentant phonétique authentique de clavus. Que l'on n'y ait pas le représentant authentique du verbe latin clavare « clouer », cela n'a rien d'étonnant : clavare allait-il être senti comme venant de clavem et signifier « fermer à clef » ou comme venant de clavum et signifier « clouer » ? Nous savons que, dans le Midi, clavare « fermer à clef » s'est produit, et, que plus tard, quand clavellum s'est dédiminutivisé et est devenu clau, celui-ci a donné un
1 . « Le mot ryà, que cite M. de Wartburg dans son compte rendu, remonte certainement à rivale et non à rivu, qui est du reste un autre cas que clave. »
clavar « clouer » en conflit avec clavar « fermer à clef ». Il fallait donc que « clouer » fût un dérivé roman de « clou ».
Nous savons, d'autre part, que, du jour au lendemain, « clou » se constitue un verbe : clavellum a donné clavellare, clavet a donné claveter, clavet dédi min uti visé en clau produit claver, clou a donné clouer, l'éphémère clouk a donné clouker.
Si clou est autochtone en Suisse, c'est clouer que nous devrions y avoir (comme en fr. clou > clouer, trou > trouer) et on l'a. Mais il se peut que la terminaison de clou ait causé à son dérivé verbal un dépérissement de sa personnalité, de son intégrité, le suffixe verbal s'empêtrant dans la terminaison du substantif. Dans ce cas, nous nous attendrions à une réfection phonétique par la consonne v — elle existe, même en Suisse — ou par les sons w et y — elle existe également.
Si les types clouer et clouver sont possibles en Suisse, pourquoi y a-t-on eu recours généralement à un type clouter, qui est à clouât que caillouler « jeter des pierres à quelqu'un » est — correctement — à caillou, alors que clou n'a jamais eu d'/ dans sa famille ? Pourquoi a-t-on eu recours à un type clduler qui est à clou ce que, en français, chauler est à chaux ? Ne serait-ce pas que quelque claveler a servi de modèle à clou > clouler ? Pourquoi d'éphémères chut (singulier analogique de clous), cloutr (né d'une fausse régression, comme flûtre de flùle) donnent-ils clouter et cloutrer et ces verbes se trouvent-ils en contact géographique immédiat avec notre clouler ?
Des types tels que d'outrer- fliltrer, clouter-ergoter sont en contact géographique immédiat avec clouler -caillouler, et clouler, en contact, d'autre part, avec clouer, clouver valaisans, serait un dérivé roman parfait et authentique d'un clavus latin ! !
A la nomenclature ci-dessus comprenant des verbes dérivés instantanément du substantif clou, quel qu'il soit, j'ajoute : l'éphémère chut a donné clouter, le plus éphémère cloutr a donné cloutrer, et l'inexistant cloul a donné clouler — à moins que ce ne soit claveler qui l'ait. donné. Ces verbes sont à clavus latin ce que l'argot ostau « prison » est au latin hospitale .
Mes « preuves historiques » réclamées par MM. G. et J., je
LHYPNOTISMB PHONÉTIQ.UE EN SUISSE 71
les trouve dans la compacité géographique des parlers clouter, cloutrer, clou 1er, qui, pour donner à un mot dévoyé un verbe, ont recours à tous les suffixes verbaux susceptibles d'être appliques à un thème vocalique sans tradition familiale, et qui a besoin de conserver son aspect intégral — condition qu'exigent les parlers populaires modernes aussi bien que l'exigeait la langue littéraire (choir, choxais, chu > tomber, tombais, tombé', quérir, guis > chercher, cherché, etc. etc.). Je n'ai que faire des types latins clavum -f- tare, clavum -f trare, clavum -|- (e), (a), (o)lare.
Je doute fort que MM. G. et J. trouvent dans les documents que nous fait connaître leur bibliographie quelque révélation mosaïque appelée à renverser les données que fournit la géologie sur la genèse de clouter, cloutrer, clouler et leur rattachement à un légendaire clavus. J'ai pu croire autrefois que la géographie linguistique était à la portée de tous, je me trompais : elle n'est pas à la portée de ceux qui savent trop de choses pour en apprendre d'autres, et c'est une expérience que je puis faire tous les ans à l'Ecole des Hautes Études.
« Sur T apparition isolée che~nous de clavel » (... « il conclut... »).
Il s'agit, entre autres, d'un clavelè qui signifie « couvert de boutons » ou — d'un pré — « couvert de taupinières ». MM. G. et J. ne contestent pas la présence de clavel comme « apparition isolée » dans leur champ d'études.
Sous quelle forme pouvait se présenter un clavellum disparu, sinon sous forme « d'apparition isolée », c'est-à-dire de mot échappé grâce à une sémantique séparée ou distante de la primitive ?
Dans l'Ouest et au Centre, clavellum échappe à « clou » grâce à sa spécification de « clou de ligne, hameçon ».
En Auvergne — c'est M. Dauzat qui nous l'a appris dans son compte-rendu de mon article — grâce à sa spécification de « clou de couteau ».
Donc, vraisemblablement pour MM. G. et J., ces régions, et la leur, ont emprunté à une certaine époque un clavel au Midi, qu'ils ont fait servir à un « clou spécial » .
Que le « clou » et le « clou de ligne » aient eu besoin d'un clavel pour être un clavel « hameçon » et un clavel de ligne « hameçon », cela dépasse mon entendement.
Que « clou » de couteau n'ait pu être un « clou » de couteau qu'après avoir emprunté clavel au Midi et l'avoir dépouillé de son sens général de « clou », cela dépasse mon entendement.
Que seuls les champs « cloutés » aient passé en Suisse après que la Suisse en eût dépouillé ce qui rappelait un « clou », cela dépasse mon entendement.
Pêcheurs, couteliers, paysans ont eu besoin de « clous » qu'ils ont empruntés au Midi, en dépouillant ceux-ci de tout ce qui sémantiquement leur était superflu, en les spécialisant, en les taillant à leur guise, semblablement aux lettrés qui ne prennent du mot latin que ce qui leur convient de prendre (cf. préparer, lapider et dilapider)... ! !
Ce n'est pas la mer montante qui s'est retirée et a laissé derrière elle des flaques d'eau, où frétillent de petits poissons : les flaques d'eau ont été apportées sur la grève par les petits poissons qui y frétillent.
« Le mot clou, bien représenté che% nous » (... « serait d'importation française et aurait remplacé un ancien clavel. »)
« Bien représenté chez nous ! » quoique incapable de fournir à son verbe un habit de son drap et le laissant endosser un suffixe récent de pacotille.
Que faut-il pour être « bien représenté » ? Changer son cl en ç, ou en sy ou en quelque autre son de rechange que l'on voudra ? La belle garantie d'autochtonisme !
Autant en a fait *exflagellum dont la première syllabe (qui est celle de excutere) est Là pour narguer les phonéticiens qui prendraient au sérieux les formes qu'a prises flagellum en Suisse,
ce mot que Ton persiste à y considérer comme un autographe que Jules César y aurait laissé \
« Clou » représenterait-il, par hasard, une loi phonétique que l'on a établie d'après lui seul ? Est-ce la phonétique qui permet de retracer l'histoire des mots, et ne serait-ce pas les mots qui permettent de retracer leur histoire et d'établir les lois phonétiques ?
Pour nous, il n'est pas certain du tout, que clou ait succédé immédiatement à cîavel — parallèlement, par exemple, à l'évolution économique du « clou forgé » au « clou fondu », du clou à la pointe.
Avant de prétendre que €0 est — clavus latin, il faudrait nous dire au préalable dans quelle relation ce clavus se trouve en Suisse avec tatsè qui lui fait concurrence, quoique, ailleurs, réduit sémantiquement à la valeur de « clou de soulier », à laquelle il peut être parvenu après avoir été « clou » en général. MM. G. et J. pensent-ils que le problème se trouve en entier, avec toutes ses données, confiné en Suisse ? Le mot clou, « bien représenté chez nous », ne l'est pas dans les parties du Valais où le patois est censé s'être le mieux conservé : l'Atlas le montre, et Cornu l'atteste dans le bagnard. Cornu donne deux exemples du traitement de ab, av latin. Ce sont clavem et trabem, et il parle, en un autre paragraphe, du mot de notre Atlas, de tatsè
1 . Pensez donc, il y a plus de 40 formes du mot fléau en Suisse : « peu de mots sont plus aptes à montrer la diversité des types auxquels peut aboutir dans nos contrées un même mot latin. » Il y a 14 *exflagellum. Il n'y a pas un flagellum « fléau » qui soit latin (Études de géogr. ling. p. 68). Ni flagellum « fléau », ni flagellum « fouet » supposés autochtones, n'auraient toléré une adultération par ex : a-t-on un type verbal esfleeller correspondant à excutere latin ? — Je dois dire qu'en 1916, lors de l'apparition du premier volume de leur Bibliographie, les auteurs paraissaient persuadés par notre démonstration : « le produit de fl dans le Jura bernois confirme l'enquête sur les patois de l'Ouest... Ces déductions sont un coup de massue pour les théories des néogrammairiens. » J'avoue très humblement que je ne connais pas « ces théories des néogrammairiens». Mais, si les néogrammairiens sont des linguistes dont font partie MM. G. et J., il faut avouer que le « coup de massue » a porté dans l'eau ou que le vent a tourné.
(Jacca ital.) qui signifie « clou en général, furoncle », autrement dit qui est = « clavus » latin.
Il y a en Suisse deux faits certains et que MM. G. et J. ne contestent pas : un clavellum et un « clouer » non étymologique, non phonétique. S'il y a place à côté de ces deux faits — excluant selon nous la possibilité d'un clavus autochtone, — qu'ils nous en disent la possibilité d'existence, autrement que par une explication dont *exflagellum est également susceptible .
De ces deux faits, je me suis contenté de conclure que la Suisse a eu clavellum qu'elle tenait d'une époque où elle marchait avec le Midi, et qu'elle a reçu un clavum roman aune époque où elle avait porte ouverte au nord-est ; car je ne puis comprendre la coexistence d'un clavellum non diminutif avec un clavum ni grammaticalement, ni... par aucune des évolutions économiques qu'a subies ou qu'a pu subir le clou. Ces évolutions économiques peuvent expliquer toutes les substitutions lexicales que l'on voudra... sauf celle d'un clavellum remplaçant un clavum dès les premiers siècles de notre ère.
Mon affirmation est bien moins osée, me semble-t-il, que celle — appuyée sur les formes phonétiques de clavum-*exflagellum — que clavus a existé de tout temps en Suisse.
Quant à moi, en prenant pour base l'Atlas, je n'arrive pas à faire concorder le traitement de cl dans clé — qui, entre parenthèses, révèle des formes bien singulières — avec celui de cl dans clou (72, 61). Après tout, Edmont peut avoir été la dupe d'un état de choses que Cornu a décrit dans Une langue qui s'en va \ tandis que MM. G. et J. ont pu consulter une langue qui ne
1 . Ce travail a paru sous les auspices de la Rédaction du Glossaire et dans son Bulletin (1913). Je ne connais pas la valeur des travaux scientifiques de Cornu ; mais je doute fort qu'il en ait fait un qui soit plus utile et plus précieux que ce petit article de quelques pages. Sachant bien que lui-même il représentait déjà un parler fortement entamé par le français, puisque, il y a cinquante ans, il donnait la primauté au patois de Gruyère, mieux conservé, et qu'il était arrivé à parler aussi couramment que le sien propre, il marque sa surprise de la déchéance où son parler est parvenu en moins de quarante ans
l'hypnotisme phonétique en suisse 75
s'en va pas. Aussi n'ai-je pas été surpris d'entendre M. Gauchat me dire, il y a quelques années : « l'Atlas contient beaucoup de fautes, il en contient beaucoup. » Je souhaite que l'atlas phonétique du Glossaire nous montre un synchronisme et une homogénéité des faits qui donnent un démenti aux prévisions que m'inspirent les lenteurs de l'enquête et la variété sociale et intellectuelle des informateurs. N'oublions pas qu'un laps de temps de trente-six ans seulement sépare le parler de Cornu de celui qu'il critique avec tant de raison, et que le premier se distingue du second à peu près comme un patois d'un charabia.
Je ne puis foire concorder le traitement de cl dans clavum avec celui de cl dans clavem, ai-je dit. Mais il y a mieux que
dans la bouche de ceux qui l'écrivent aujourd'hui et savent encore le parler. L'étranger, j'allais dire l'exil, où, en sa qualité de -linguiste, il n'a jamais perdu de vue le patois qu'il chérissait, avait fait de lui le seul de ses contemporains qui avait pu garder intact le patrimoine linguistique d'il y a un demi-siècle, sans le laisser aller à vau-l'eau sous l'influence journalière du français actuellement triomphant, sous une influence que les contemporains de son propre village subissaient bon gré mal gré et plus ou moins inconsciemment. Lui, à l'étranger, en conservait pieusement la vieille image.
Tandis qu'à Prague et à Graz il s'occupait de métrique latine ou de portugais, dans son pays, sa langue maternelle s'éteignait peu à peu. Une langue qui s'en va contient les adieux qu'il lui adressait à son retour au pays. Sous la sécheresse de la nomenclature qui les exprime, ces adieux, l'avouerai-je, m'ont vivement ému et m'ont fait songer aussi à tous ceux que la France a oublié, oublie et oubliera de faire.
Tel j'ai connu mon maître Cornu, il y a cinquante ans, lorsque, pour la première fois il me parlait de G. Paris et de phonétique patoise — nom et mot que j'entendais prononcer pour la première fois — tel, pendant la guerre, je l'ai retrouvé : rien, dans son être intellectuel, moral et physique ne trahissait qu'il eût jamais quitté son village du Jorat.
La mort de Cornu est une date dans l'histoire du patois de la Suisse romande. Il était le dernier représentant du patois du Jorat.
Dans une note que j'ai écrite le jour de son départ de chez moi (29 octobre J9r 5) et pour me rappeler au besoin ce que représentait Cornu dans l'histoire de la dialectologie, je trouve l'appréciation suivante qui venant de lui peut avoir quelque importance : « Bridel et Favrat ne parlaient pas patois ; il y a dans leurs travaux beaucoup de traductions du français. Moratel, par contre, le parlait et le savait bien. »
j6 PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE VERBALES
cela — et, à ce propos, je trouve que MM. G. et J. poussent la plaisanterie trop loin.
Ils ont publié, il y a quelques années, un spécimen de leur futur Atlas phonétique (ou linguistique ?). Or, ce spécimen, assez luxueux, nous donne la carte coloriée de cl latin initial d'après l'unique type clave (n° 65). Un type unique, pensezvous, ne doit prêter ni à variation, ni à doute — il doit même concorder avec clavum « bien représenté », là où celui-ci ne fait pas place à iatsê « clou ». Détrompez-vous : le cl de clavem, le cl de l'unique type, est représenté par des kl, Jéy douteux (accompagnés de ?), par des kl et kl concomitants et par e? -cy, cy, sy mélangés, au choix, et sous la même couleur (jaune).
Il est évident qu'en vue d'un Atlas phonétique une langue qui s'en va doit faire place à une langue qui ne s'en va pas, et cette substitution doit se faire en partant de mots « bien représentés » et que nous fourniront les lois phonétiques que nous aurons établies, ... établies d'après des mots « bien représentés ».
« Nos patois participeraient par conséquent à la phonétique — v final > -u. »
J'avoue que je n'ai point examiné si la Suisse offrait des exemples du -v final >> -u, ayant pour habitude de faire de la phonétique avec des mots et non vice versa : quand ces mots viennent à manquer — tel clavus — je n'en tire pas de conséquence phonétique.
Mais où j'ai grandement manqué, c'est lorsque je me suis laissé entraîner à écrire la malheureuse phrase : « cette aire [de clavellum] était en même temps celle de la loi phonétique av final >> au ».
Non pas que je sois persuadé par la simple affirmation de MM. G. et J. — non accompagnée d'un seul exemple autre que clou en litige — de l'inexistence du passage de -v à -u. Je ne sais absolument rien d'autre que le non-autochtonisme des formes suisses représentant clavum latin.
Mais il était bien imprudent de ma part de lier géographiquement au sort de clavellum la transformation de av final en au.
En effet, à l'époque où, selon moi, « clou » et « clé » se sont télescopés, qu'était le latin ? Évidemment une langue encore peu différenciée, puisque nous voyons un territoire immense
— l'aire clavel « clou » du Midi — ne savoir trouver d'autre solution au télescopage de clavis avec clavus qu'en clavellus
— on ne me dira pas que clavellus était l'unique ressource s'offrant à l'imagination et s'imposant unanimement — ou bien, autre possibilité, Taire clavel est le résultat d'un nivellement postérieur au télescopage.
Quelle que soit l'alternative à laquelle on s'arrête — il n'y en a pas d'autre — il est évident que, à ces deux époques, la substitution consciente et nécessaire de clavellus à clavus a « pu » rayonner sur des régions où la substitution n'était ni consciente ni nécessaire.
C'était une erreur de ma part de prétendre que cette aire [de clavellus] était en même temps celle de la loi phonétique av final ;> au.
Cette erreur, que je reconnais comme possible, comme probable même, est devenue chez MM. G. et J. un article de foi : pas de loi -v > -//, donc pas de clavellus.
De là, : « toute la base de ce travail nous semble avoir encore besoin de preuves historiques et nous n'avons jusqu'ici rencontré aucun exemple du passage de -v à -u dans nos patois. »
Est-il bien téméraire de croire que, durant quelque dix siècles, il a pu se produire des faits historico-linguistiques qui ont pu faire déborder géographiquement un mot né d'un accident lexical au delà des limites où il faisait une fonction de substitution nécessaire. La compacité de clavellus est là pour justifier ce point de vue.
De ces époques, je n'ai point de « preuves historiques » à alléguer. Peut-être pouvons-nous en attendre du Glossaire des patois de la Suisse romande : celle qui résulte de clavum-*exflagellum ne nous dit rien qui vaille. L'alléguer, c'est nous montrer que des problèmes d'une importance primordiale, lorsqu'il
s'agit de faire un dictionnaire phonético-étymologique ou tout simplement historique, ne se sont pas même présentés à l'esprit des rédacteurs du Glossaire.