Cornu, Phonologie du bagnard dans Romania, t. VI
Retournons à la phonétique, si MM. G. et J. en reconnaissent l'autorité : comment se fait-il que vaisselet, qui garde le t final de -ittum dans les vallées adjacentes et qui le garde tout aussi intact en bagnard, ait perdu son t final dans la seule forme achyè (tsaet « chalet », muet « mulet », munet « petit moulin à fouler les pommes »,/we/, « palet, qui recouvre la colonne appelée grè, et empêche les souris de pénétrer dans la grange ») ?
Comment se fait-il que les // de vascellittum, en tombant, produisent un effet qui n'est point celui que je constate dans tsandeey «'chandelier », ou dans vêa « ville », vèâd^o « village », etc. ? Enfin, comment se fait-il que le latin vascellittum ne soit régulièrement représenté en bagnard que par les deux sons ae}
Les lois phonétiques qui font de vascellittum un achyè bagnard sont, on le voit, d'une complaisance insoupçonnée, et je doute que le doyen Bridel en eût usé avec plus de sans-gêne.
Qui ne serait pas émerveillé des progrès qu'a faits la phonétique depuis quarante ans ? Achyè était alors interprété comme un produit anormal de apiarium, et il est en réalité quelque chose de bien approchant (apes + arium). Quarante ans plus tard on est arrivé à substituer à apiarium un vascellittum dont achyè est la parfaite image phonétique, dit-on.
Du coup, grâce à cette belle trouvaille étymologique, la forme aveille, sans doute « bien représentée » devient une héritière, légitime d'apicula latin et peut servir, dans un Atlas phonétique, de base solide pour établir la parfaite régularité d'évolution de cinq ou six sons latins à travers vingt siècles de latinité (!)
Achyè « rucher » l est bel et bien un jalon qui, en alignement avec é (a) « abeille » fribourgeois, et é « abeille » de la région française limitrophe du Jura bernois qu ester « rucher » fait sûrement revivre, et de concert avec ces deux autres jalons, démontre
i. Assier représente un dérivé de es, avec s sourde, tandis que ester représente un dérivé de es, avec s sonore, ce qui est absolument conforme à la diversité phonétique de Vs finale dans les deux régions. Voir p. 63, note 3. Axyê (graphie de Cornu) est aussi correct que baxyè « baissier », exin « essaim », laxyè « laissier », etc.
LHYPNOTISME PHONETIQUE EN SUISSE 8l
la présence ancienne d'apis sur toute l'étendue de la Suisse romane, jusqu'à la limite de la langue germanique. Apis forme le sous-sol d'alluvions venues, les unes du territoire de la langue d'oui, les autres du territoire de la langue d'oc, ces dernières étant postérieures et, partiellement, superposées aux premières et n'ayant pas pénétré dans les vallées supérieures du Valais romand, où elles ont claquemuré, comme dans une souricière, un mouchette de la langue d'oui qui y a persisté en un groupe de parlers étroitement unis entre eux, conservateurs, et ne faisant qu'un.
Achyé = vascellittum. Est-ce là un échantillon conforme aux étymologies qui résulteront des délibérations des trois rédacteurs, lorsqu'ils seront groupés autour du tapis vert pour établir définitivement l'historique des mots bien représentés chez eux. Un peu plus de tenue scientifique serait de mise, et même un peu de sérieux, si vraiment ils croient que leur tâche étymologique en comporte. Le xixe siècle est passé, nous sommes au xxe.