I. — POMMETTE « POMME DE TERRE » LORRAIN
Il n'existe dans la Gaule romane qu'une seule aire où le diminutif de pomme a servi à désigner la « pomme de terre ». S'il y a désigné la « pomme de terre », c'est qu'il n'y était pas senti comme diminutif. Cette aire est enclose dans celle de la transformation du suffixe ette français en atte-otte, transformation qui a altéré la valeur sémantique de ce suffixe, en le confondant avec ceux dont il prenait la forme.
Ce n'est donc point de pommette « pomme de terre » que je veux parler ici, car pommette « pomme de terre » n'a jamais existé; mais de ses représentants pommatte-pommolte, dépouillés de sa valeur diminutive.
On me permettra cependant, pour des raisons de commodité, et la distinction entre pommette diminutif et pommatte-pommolte non diminutifs étant bien établie, de réunir ces deux dernières formes sous l'appellation de pommette « pomme de terre » dans l'article qui suit.
Il est évident que pommette « petite pomme » ne pouvait désigner la « pomme de terre », qui n'est, en aucune façon, une petite pomme ' — pas plus d'ailleurs qu'une « gentille pomme »
i. Je demande pardon aux géographes linguistes de leur imposer ici, en note, la lecture d'une justification dont ils n'ont que faire.
Voici les preuves matérielles de l'antériorité de pommette « pomme déterre» à. pommette « (petite) pomme » dans la concomitance des deux — car l'aire dont nous avons à parler est caractérisée par un pommette signifiant à la fois « pomme » et « pomme de terre », et un pommeiier qui désigne le « pommier » :.
i° Si pommette « (petite) pomme » était antérieur, il existerait géographi-
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(caritatit). Il ne le pouvait pas, tant que coexistait d'une façon latente ou réellement pomme « pomme ». Il ne le pouvait que si pommette ne signifiait pas ou nécessairement ne pouvait pas signifier « petite pomme ».
Notre pommette équivaut donc à «(tubercule) qui ressemble à la pomme », comme poirette, dans la même aire, équivaut cà « (tubercule) qui ressemble à la poire ». C'est là le résultat d'une faculté acquise par le suffixe ette en devenant atte et otte.
Lors de l'introduction de la pomme de terre dans les Vosges, atte-ottc avaient perdu leur valeur diminutivisante comme suffixes générateurs patois {pomme >> pommatte, qui n'est pas une « petite
quement en dehors de pommette « pomme de terre». Or, il n'existe qu'en un seul point (140) en bordure de l'aire à pommettes concomitants, où il est le reliquat d'un état de choses antérieur où les deux pommette coexistaient.
20 Si pommette « (petite) pomme » était antérieur, poirette adjacent serait « (petite) poire ». Or, poirette n'est que « pomme de terre » et n'est ni « petite poire », ni « poire ».
30 Si pommette « (petite) pomme » était antérieur, il aurait eu une évolution inverse de celle dont témoignent les trois points suisses, où pommette ne désigne que la « pomme de terre », et non pas la « pomme », et il faudrait admettre que pommette de Suisse s'est développé indépendamment de pommette vosgien, ce qui est inadmissible — le territoire qui sépare pommette suisse de pommette vosgien a, selon toute vraisemblance, eu autrefois une concomitance des deux pommette, dont il est revenu, soit, au moins et certainement, un pommette à l'état sémantique de celui de la Suisse, c'est-à dire « pomme de terre ».
4° Si pommette « (petite) pomme » était antérieur, il aurait donné un pommetier qui n'auraii pu être que « pommier à petites pommes », lequel aurait eu, parallèlement, un pommier « pommier (à pommes non petites)». Or, il n'existe, dans l'aire à concomitance de deux pommette qu un pommetier qui est un c pommier (à pommes non petites) », sauf au point 68, où «pommier» est assurément un emprunt français (le pommier y est un arbre apommes et ces « pommes » y sont des pommettes). Poirette ni point de poiretier, pas plus que pommette suisse n'a donné de pommetier. Quant à la forme métier, soi-disant « pommier » (78, 86), elle signifie autre chose que « pommier » et va être interprétée comme confirmant l'existence de pommetier « pommier ».
5° 11 serait absolument ridicule de croire qu'un pommette (diminutif ou formation par suffixe atte-otte, peu importe) ait été partout utilisé où il existait pour être « pomme de terre », alors que la langue a trouvé, en dehors de notre aire, dix, vingt manières différentes de dénommer ce tubercule.
pomme »). Ils ne l'avaient perdue que partiellement et diversement comme suffixes calqués sur le français dans des mots empruntés au français, et où la diminutivité était sentie aussi bien chez l'emprunteur que chez l'emprunté (fourchette >> fourchatte, fourchotte, senti ou non senti comme « petite fourche » servant à table). De cette double vitalité d'atte-otte résulte le traitement varié du suffixe — ittum, selon les mots, selon les parlers, voire même selon les individus : j'ai parlé de cette variabilité dans un article précédent, à propos de mouchette et â'esselte dans l'Est de la France.
Il en a été, en effet, de même de mouchette qui, dans la même aire atte-otte, où il a cessé d'être ou de pouvoir être interprété comme « petite mouche », peut se maintenir dans l'état sémantique d' « abeille », état qu'il ne peut pas conserver sous sa forme primitive en -et te.
De même que mouchette « abeille » ne pouvait vivre dans une aire où mouche « mouche » existait, et où mouchettepeut être ou devenir « petite mouche o1, de même pomtnette « pomme de terre » ne pouvait vivre dans une aire où pomme « pomme » existait, et où pommette peut être ou devenir « petite pomme ».
Mouchette « abeille » et pommette- « pomme de terre » ne peuvent vivre que dans une aire où ette a cessé d'avoir une valeur diminutive. C'est le cas de l'aire atte-otte \
Aussi bien, l'aire de mouchette « abeille » — y compris celle d'essette « abeille » — est-elle, grosso modo, celle de pommette « pomme de terre » — y compris celle de poirette « pomme de terre » — à cette différence près cependant, que cette dernière nous apparaît plus déchiquetée, déchiquetée sans doute par le retour à un état stable (français) d'un état instable, plein d'équi-
1 . De là l'explication qu'en allemand un sujet de Weismes (près du point 191 de l'Atlas) donnait à M. Jaberg : « il y a plusieurs espèces d'abeilles, les abeilles qui volent dans la chambre, les abeilles qui piquent les vaches, etc. » Ce sujet de Weismes ne pouvait plus éloquemment confirmer la^valeu-r— de-nies explications relatives aux points 191 et 184 {Abeille p. 129 et suiv.).
2. Il yen a, en vérité, une autre, où pommette est le résultat d'un accident arrivé à pomme de terre (voir II, ci-après).
voques, où lesparlers s'étaient laissés sottement entraîner, et que nous avons à décrire. Mouchette « abeille » n'a pas été exposé, et n'a pu l'être, à subir les avanies qui attendaient pommette.
A défaut d'une carte que nous ne pouvons adjoindre à cet article, orientons tout d'abord le lecteur en quelques mots.
L'aire pommette « pomme déterre » recouvre presque en entier le département des Vosges et la partie méridionale de Meurtheet-Moselle. Elle se prolonge au sud jusqu'en Suisse, il est vrai; mais ce prolongement étant resté à un état lexical peu compliqué, ou y étant retourné, c'est plus particulièrement de l'aire comprise dans les deux départements ci-dessus indiqués que nous aurons à parler, c'est là que l'aire est en pleine ébullition, en plein travail d'enfantement, travail dont nous allons pouvoir suivre toutes les vicissitudes depuis l'origine.
Pommette (c'est-à-dire pommatte-pommotte, nous le répétons pour la dernière fois) est né pour être « (tubercule) ressemblant au fruit qu'est la pomme », comme poirette, dans notre région, est né pour être «(tubercule) ressemblant au fruit qu'est la poire ».
La dénomination de poirette pour « pomme de terre » n'a donné lieu — à l'encontre de celle de pommette — à aucune confusion : la pomme de terre est une poirette dans l'aire atte-otie, qui le maintient dépouillé de toute idée diminutive, comme, en dehors de l'aire atte-otte, au sud, elle est naturellement une poire de terre (62, 60, 70).
Tout autre que celui de poirette est le sort de pommette.
Tandis que poire restait « poire » et que poirette devenait « pomme de terre », que cet état est resté jusqu'à nos jours (57, 56, 55), le sort de pommette « pomme de terre » a été conditionné par celui, ou semblablement à celui de pomme de terre en français — celui-ci, il est bien inutile de le rappeler, est le mot qui est appelé à triompher de tous les autres dans la Gaule romane, malgré son imperfection, sa propension à l'équivoque.
On avait donc, parallèlement à
poire « poire », poirette « pomme de terre » : pomme « pomme », pommette « pomme de terre. »
C'est l'état que nous présente l'extrémité méridionale de l'aire atte-otte (74, 72, 73), C'est l'aire essette « abeille » diminuée de 64, 71 et augmentée de 74 (où nous avons mouchette « abeille »).
Mais, avons-nous dit, pommette « pomme de terre » a été conditionné par pomme de terre français. Et comment?
En français « pomme de terre » est devenu familièrement, et par abréviation, pomme: nous disons des pommes frites (qui sont des pommes de terre), un bifteck aux pommes (où pommes sont des pommes de terre), et ces abréviations familières, établissant une confusion entre la « pomme » et la « pomme de terre », ont évoqué des protestations thérapeutiques qui se traduisent unilatéralement par des expressions telles que pommes-pommes, pommesfruits, pommes de F air (y. Abeille) I.
La collision des deux pomme en un seul par imitation du français, ou par parallélisme au français, se produit en vosgien, où l'on a pommette = « pomme » et « pomme de terre », et elle s'accentue, se propage, en vosgien, englobe le « pommier » lui-même qui devient un pommetier — conséquence d'ailleurs infaillible. Il en résulte que pommette, qui a été créé pour être « pomme de terre », et qui est exclusivement « pomme déterre » en certains endroits (v. ci-dessus) fait de la pomme une « pomme de terre » et du pommier un « arbre à pommes de terre ».
Si vous me demandez pourquoi c'est à pommette, et non à. pomme, qu'est échue la primauté dans l'évolution, je vous répondrai : pommette est le terme patois qui, dans le territoire atte-otte, représente pomme français en collision sémantique, et, dans l'aire atteotte, on parle patois, pour le moment du moins. Nous avons encore ici l'âme sémantique française sous une enveloppe patoise; à bientôt l'âme française sous une enveloppe française, et alors
1. J'y ajoute pommes en Vair, entendu, dans un restaurant parisien, de la bouche d'un garçon.
vous serez en droit de me demander pourquoi pomme n'a pas primé pommette dans l'évolution qui devait s'accomplir. C'est en patois que se produit l'évolution française, et ce n'est pas encore en français provincial : celui-ci reproduirait exactement l'étape littéraire pomme exclusivement « pomme », pomme de terre « pomme de terre », pommier « pommier ».
Au risque de me répéter inutilement, j'insiste sur ces faits que j'ai eu beaucoup de peine à rendre compréhensibles à mes auditeurs de l'École des Hautes-Études.
Si, en français, h pomme est une « pomme » et une « pomme de terre », en patois, la « pomme de terre » étant une pommette, la « pomme » est aussi — par imitation du français — une pommette, et le « pommier » est un pommetier.
Si, en patois., c'était pomme qui, comme en français, signifiât « pomme » et « pomme de terre», et pommier « pommier », ce patois ne serait plus un patois, ce serait du français. Voulant parler patois, je dois nécessairement faire de pomme : pommette, et de pommier : pommetier.
Je parle en patois et je pense en français.
En scrutant l'état sémantique de pommette et de poirette, je m'aperçois tout-à-coup que cet état jette une vive lumière sur moitchette « abeille » qui a le même habitat, et fait entrevoir une nouvelle explication étymologique de moiwhette. L'examen de cette explication exigeant une assez longue discussion, je le relègue dans un appendice que l'on trouvera à la suite de : I « Pomme de terre » lorrain.
Des constatations qui précèdent, il résulte que, géographiquement pommette « pomme » et pommetier « pommier » ne doivent et ne peuvent se trouver à l'état normal que dans l'aire pommette « pomme de terre ».
Examinons donc successivement tous les cas divers où se présente l'évolution de « pomme » et de « pommier » à « pomme de terre » et à un type lexical pommetier, qui se trouve être seulement « pommier » matériellement, mais pouvait être lexicalement un « pomme de terrier », un « plant de pommes de terre », terme dont la langue ne paraît pas avoir eu besoin, pas plus que de
ôô PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE VERBALES
haricotier ou de f évier. L'individualité sémantique de pommetier comme arbre était d'ailleurs solidement établie par toute la famille des arbres fruitiers qui est constituée comme lui.
Les point 162, 150, 160, 180, 89, 69, 59, 77, 88, 87, 85, 76 constituent le principal groupement. En infligeant sa forme à « pommier », pommette « pomme de terre » a accaparé complètement la famille de « pomme ». La pommette « pomme » est formellement une « pomme de terre », qui, pour être vraiment, et sans équivoque possible, « pomme déterre », devient pommette de terre, c'est-à-dire « pomme de terre + de terre ». Le « pommier » devenu pommetier est étymologiquement un arbre qui porte des pommes de terre.
Point 58. Je le choisis entre plusieurs autres qui présentent le même état, parce que, interprétable de deux manières, il est adjacent à l'aire en travail et qu'il peut être le type de plusieurs autres qui avoisinent celle-ci. Je le considère comme présentant — à l'égal des points 74, 72, 73 — un état stable et de tout repos, qui peut être originaire et à la base de tous les bouleversements ultérieurs, qui peut représenter l'étape initiale d'où est ensuite née la confusion de la « pomme » avec la « pomme de terre » ; mais il peut aussi représenter un état postérieur, être le résultat d'un retour à la stabilité. Il a pomme « pomme », pommier « pommier », la « pomme déterre » y est une pommette.
A-t-il été sincère de tout temps, est-il un représentant réel de l'étape initiale, ou ne serait-il qu'un restaurateur plus heureux que le point 68, qui dit bien pommier « pommier », mais où la « pomme » est une pommette et la « pomme de terre » une pommette de terre ?
Pommier pour pommetier n'est pas'le résultat d'une assimilation incomplète à l'état sémantique français de pomme = « pomme » et « pomme de terre » — assimilation que je ne comprendrais pas — mais bien le résultat de l'abandon incomplet d'un état équivoque, dont le patois cherche à se défaire, et qui est parallèle à l'adjonction d'un complément^ mélier — voir ci-dessous) à pommette équivoque — abandon dont je comprends bien la nécessité.
La situation géographique de ces deux points justifierait d'ailleurs pleinement le mélange constaté, si le premier point toutefois n'est pas le représentant de l'étape initiale, le type d'une roule d'autres points avoisinant l'aire à confusion complète.
Le point 140 est, à en croire le sujet d'Edmont, et conformément à sa situation en bordure de l'aire, un bel exemple de mélange: il n'appartient catégoriquement à notre aire que par pommetier ■« pommier » ; la « pomme » y est pomme ou pommette, la « pomme de terre » pomme de terre.
Le point 78, en pleine aire pommette « pomme » et « pomme de terre », distingue pléonastiquement ce dernier sens en disant pommette déterre. En cela il se comporte comme les points voisins : il les distingue pléonastiquement, puisque pommette signifie déjà « pomme de terre » — le point 78 ne peut résister à l'ambiance qui l'entoure — mais, par un double pléonasme, il distingue la pommette du pommier en l'appelant pommette de mali (jnali = métier francisé).
Que désigne ce mot métier ? Ici nous nous voyons obligé d'entamer une longue discussion.
Mali est la forme sous laquelle se présente à nous mélier, en deux points seulement, et c'est sous cette forme qu'elle figure dans le Dictionnaire étymologique de Meyer-Lùbke, qui la signale comme wallonne, alors que, dans le dictionnaire de Grandgagnage, elle figure sous la forme meléie — l'auteur de ce dictionnaire wallon ne nous donne pas le nom du fruit que porte cet arbre fruitier (!).
Mali est, selon M.-L., un dérivé de melum (grec) qui désigne la « pomme ». Mali (mélier francisé) est la parfaite image phonétique du gréco-latin *melarium. C'est aussi le produit le plus saugrenu de l'envoûtement phonétique, qui fait fi de toutes les données historiques, et un grotesque défi au sens commun. En effet, mélier « pommier » n'existe à la connaissance de M.- L. qu'en Wallonie. A la mienne, que je puise dans l'Atlas, il n'existe qu'en nos deux points vosgiens, où le nom de son fruit est inconnu, et à l'extrémité orientale des Alpes maritimes, où il apparaît, ainsi que le nom de son fruit qui est la « pomme ». Je
n'en trouve aucune trace dans Godefroy, pas plus que M.-L. ne paraît en avoir trouvé, puisque, comme produit français de melum, seul mélier figure dans son dictionnaire. Situer melarius au pied des Vosges, c'est confondre cette chaîne de montagnes avec l'Ararat de biblique mémoire. Étrange existence géographique et historique!
C'est porter un grotesque défi au sens commun que d'admettre qu'un arbre fruitier, tel le mélier, qui est un pommier y mot dérivé de pomme ait crû au pied de l'Ararat vosgien, sans y laisser le nom du fruit qu'il portait. Le mélier, en effet, n'y porte pas de mêles.
Mélier « pommier » n'a donc pas seulement une étrange existence géographique et historique, il a aussi une existence économique étrange : s'il ne porte pas de mêles — à la différence du quatrième officier du cortège funèbre de Marlborough — il porte des pommettes, qui sont des « pommes » et des « pommes de terre ». Et c'est dans ce milieu économique que *melarius s'est conservé !
C'est dans ce milieu que l'attend la géographie linguistique, qui va lui restituer le fruit dont il est démuni.
Les mêles du mélier que seraient-elles, si elles existaient ? Elles seraient des « nèfles » qui croissent sur le mélier, lequel est un a néflier ».
Et pourquoi le « néflier » remplace-t-il le « pommier » ?
Puisque pommette vosgien, quoique équivoque — à l'égal de pomme français — peut continuer à désigner et la « pomme » et la « pomme de terre », pourquoi \tpommetier ne pourrait-il pas continuer à désigner le « pommier » ? Il n'a pas à se différencier d'avec Y « arbre à pommes de terre » qui n'a aucune existence économique et par conséquent aucune existence lexicale possible.
= Aussi, « néflier » ne remplace-t-il pas, du moins originairement, pommetier, il ne le remplace que dans l'appellation du fruit, dans l'appellation de la « pomme » qui est en vosgien pommette, c'est-à-dire et « pomme » et « pomme de terre » et qui exige un complément différenciant ces deux sens. Pommette de terre « pomme de terre » appelle fatalement — dans le même
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parler facultativement, mais obligatoirement dans un parler à thérapeutique adverse — un pommette. . . d'autre nature que de terre. Sera-ce pommette de l'air, pomme-fruit comme à Paris, où ils sortent d'une imagination citadine, littéraire, étymologique ? Evidemment non ! Encore moins pommette-pommette qui n'a aucune vertu thérapeutique, pas plus, en réalité, que n'en a pomme-pomme (pomme familier > pomme -f- « pomme littéraire ») à Paris : des équivoques pour lever une équivoque. Ce sera une « pomme », un fruit ressemblant au fruit auquel la pomme ressemble le plus, ressemblant au fruit du néflier, ce sera une « pomme de néflier » une pommette de niait, et le « néflier», le mali, le mélier deviendra lui-même un « pommier »
Sans que la « pomme » devienne une « nèfle », sans que
la pomme devienne une mêle ?
=== Sans que la « pomme devienne une « nèfle », sans que la pomme devienne une mêle.
Car mêle « nèfle » avait disparu, ou était en train de disparaître, et cette mort, ou cette agonie de mêle « nèfle » est une condition nécessaire pour que le « néflier » puisse participer à l'évolution du « pommier » en « néflier ».
Absolument comme il est nécessaire que truffe « truffe » ait une existence entre la vie et la mort, pour que ce type lexical puisse servir 2. désigner la « pomme de terre », comme c'est le cas dans un immense territoire gallo-roman. A vitalités égales, la truffe « truffe » et la truffe « pomme de terre » ne pouvaient s'échanger. Pas plus que topinambour « topinambour » et « pomme de terre ». C'est une erreur grave que de croire que truffe « pomme de terre » est né dans un pays de truffes, le contraire est plus rapproché de la vérité.
Alors mêle aurait disparu, et mélier se serait conservé
sous le couvert de la sémantique » pommier » ! Comment comprendre cette divergence dans la disparition du nom de l'arbre et de celui du fruit ? La disparition de mêle n'entraîne-t-elle pas immédiatement celle de mélier, qui en vient lexicalement comme pommier de pomme ? Enfin, pourquoi mêle disparaît-il — et pourquoi disparaît-il antérieurement à mélier, laissant jouer à mélier
un rôle que, parallèlement, .il ne pourrait plus jouer s'il y était appelé, c'est-à-dire être une « pomme », comme mélier est un « pommier », ou alors être une « nèfle » alors que néflier serait un « pommier. » ?
= Mêle a disparu des Vosges (et d'une région avoisinante beaucoup plus étendue), parce qu'il s'est télescopé avec un autre mot qui est mêle <C merula et qui était féminin comme mêle < mespila.
Nous vous arrêtons : sur quoi vous basez-vous pour établir ce télescopage ?
===== Je me base, d'une part, sur les formes de « merle », qui phonétiquement sont absolument contradictoires, qui présentent, au point de vue consonantique une r (merle) qui ne peut être là, moins que dans tout autre pays gallo-roman, d'origine autochtone, au point de vue vocalique, une inextricable diversité témoignant d'emprunt, et, par contre, au point de vue consonantique, une apparence plus conforme à une régularité phonétique précisément aux points 86 et 78 qui ont mélier « pommier » et où l'on a mel « merle ». Je me base aussi sur la nécessité qu'a éprouvée le point 57 d'accompagner du complément des bois la forme myel « merle », sur la présence de mêlette au point 89, d'oiseau à bec jaune au point 87..
Mais, je me base surtout et avant tout, sur le fait que dans toute la région où je prétends que merula s'est télescopé avec mespila, nous avons un substitut de mêle « nèfle », dont la présence ne peut être due à un hasard, car, ni ce substitut, ni n'importe quel autre substitut de « nèfle » ne se présente ailleurs dans le domaine gallo-roman.
Ce substitut qui ne se présente que dans l'Est de la France, pénétrant, il est vrai, jusqu'aux confins du département de l'Yonne — la carte de l'Atlas est incomplète au nord et au nord-est — ce substitut est cul de chien « nèfle ». Il n'est naturellement pas plus latin que ne l'est gentem de armis ad caballum « gendarme à cheval ». Il se révèle donc comme une expression moderne, d'une allure quelque peu argotique, susceptible peut-être d'expansivité géographique, je le concède ; mais il témoigne — évidemment
selon moi — que, dans l'Est de la France, il a fallu donner un coup de fouet à l'imagination pour qu'elle créât un mot nouveau pour « nèfle », un coup de fouet consécutif d'une équivoque — coup de fouet inutile ailleurs et équivoque n'existant pas ailleurs ou y étant traitée d'autre façon (voir Abeille).
Milier « néflier » assistait, formellement impassible, à l'enterrement de mêle a nèfle ». Le milier , qui portait des mêles, porte dorénavant des culs de chien.
■ Le mélier des points 86 et 78 ne porte pas des culs de
chien, il porte soit des pommettes(86) x, soit des pommettes de mélier (78), lesquels deux sont des « pommes-fruits « et ne sont pas des « nèfles ».
= En effet, dans la moitié orientale du département des Vosges, où existe mélier « pommier », les « néfliers » ne portent pas des culs de chien, que l'on n'y connaît pas, pas plus qu'on n'y connaît le « néflier », l'arbre qui les porte : cette moitié du département des Vosges est, dans l'Atlas, occupée par des points d'interrogation. Mélier est là pour nous dire cependant que le fruit de l'arbre était connu, puisque la « pomme » y a été trouvée semblable à la « nèfle », et la moitié occidentale des Vosges nous dit que le substitut de mêle est un cul de chien, que l'arbre qui porte ce fruit est lui-même un cul de chien et n'est plus un mélier, la moitié occidentale des Vosges nous présente un nom de fruit sans nom d'arbre particulier — cul de chenier apparaît timidement plus au sud — la moitié occidentale des Vosges nous apporte. . . le nom du fruit, que raéf/zW- ne nous apportait pas et elle n'a pas le nom de l'arbre qui est mélier et que la moitié orientale des Vosges (représentée par les points 86, 78) nous a donné. L'arbre qui était sans fruit nous fait rencontrer le fruit qui est sans arbre.
Les points d'interrogation qui occupent la moitié orientale du
1. Je considère l'état de ce point 86, où d'ailleurs pommetier coexiste avec mélier, comme étant sorti — ainsi que bien d'autres sans doute — de l'état lexical où se trouve actuellement le point 78 ; car mélier n'y a de raison d'être que par pommette de mélier « pomme » (> pommette tout court dans son ambiance géographique).
département des'Vosges témoignent que la « nèfle » et le « néflier » étaient autrefois connus des gens qui parlaient alors patois, et ne le sont plus actuellement des gens qui représentent le patois d'aujourd'hui, que le « néflier », moins oublié que la nèfle, à cause du rôle utilitaire qu'il jouait dans l'histoire de la substitution d'un « néflier» comme complément d'un pommette, qui était une « pomme » en même temps qu'une « pomme de terre », a pu survivre jusqu'à nos jours, mais uniquement comme « arbre portant des fruits semblables à la nèfle », uniquement comme « pommier »
Et vous croyez que l'histoire économique de la « nèfle »
vous autorise à traiter le nom de ce fruit et celui de son arbre avec autant de sans-gêne, d'élasticité, à les faire paraître et disparaître, eux et leurs noms, au gré de vos combinaisons lexicologiques ?
= J'en suis persuadé. Pensez à la « truffe ».
La « nèfle » et le « néflier » sont des parias dans l'arboriculture. Ils sont loin d'être connus partout dans la Gaule romane. J'avoue que moi-même je n'ai appris à les connaître matériellement et lexicalement — encore matériellement ne s'agit-il que du fruit — qu'à Paris. La presque totalité des Suisses, tous ceux qui n'ont pas voyagé, enltalie notamment, répondraient à Edmont ce qu'ont répondu à sa question les habitants de la moitié orientale des Vosges (voir la carte).
Aussi « nèfle » et « néflier » sont-ils, à n'être considérés qu'économiquement, des mots voyageurs par excellence.
D'autre part, au même point de vue économique, ils se scindent en arbres et fruits cultivés ou sauvages, à telle enseigne que certains parlers (tel 354) ont des formes qui remontent soit au mespilus latin de M.-L. (les sauvages) ou à son *nespilus (les cultivés). Un autre parler n'a-t-il dûs mesplier, d'une part,, et nesple d'autre part, et c'est un représentant plus véridique que bien d'autres de l'état économique où se trouvent la nèfle et le néflier.
« Nèfle » et « néflier », sont, en outre, des parias phonétiques en ce sens qu'ils se sont rencontrés dans l'une quelconque de leurs formes vagabondes avec d'autres mots, qui les ont obligés à
rebrousser chemin, ou avec lesquels ils se sont colletés. N'avonsnous pas eu l'occasion de signaler le télescopage de mel « nèfle » avec le même mot mel « merle», si bien que le mélier « néflier», qui, dans les Vosges, est un « pommier » et empêche celui-ci d'être un « arbre à pomme de terre », est devenu un « merle », amateur de nèfles, au point 289 {Abeille p. 301) ? N'avons nous pas vu se créer taon-nèfle pour désigner la « guêpe » (Abeille p. 209) et, d'autre part, un merp « guêpe » (295) qui, formellement, tient davantage de la nèfle que de la mouche piquante.
On pouvait au xixe siècle excuser les savants qui établissaient des lois phonétiques d'après des mots pareils à merle et à nèfle et rechercher des étymologies de mots tels que'mélier « pommier » ou « merle » en appliquant des lois déduites des états phonétiques de merle et de nèfle. Au xxe siècle ces savants s'exposent au ridicule.
Ainsi le « néflier » ne serait pas devenu « pommier » en
Lorraine, si à Paris, la « pomme de terre » avait été dénommée autrement que la « pomme »...
= . . . et si le suffixe ette n'était pas devenu atte-otte, et si la pomme de terre avait été introduite dans les Vosges un siècle avant ou un siècle après l'époque où elle y a fait son apparition, et si. . ., et si. . . Comme, si clavis et clayus s'étaient télescopés au nord de la Loire, ainsi qu'au midi, nous ne dirions pas fermer pour clore, ni affirmer pour affermer, ni (probablement) le clou de la fête, ni . . , ni . . ; et le provençal de Mistral ne dirait pas afiermà « affirmer », ni fier marne n « firmament », ni Fier min « Firmin », ni. . , ni. .
J'ai prétendu que mel « merle » s'était télescopé avec mel « nèfle » dans le département des Vosges, et même en un territoire beaucoup plus étendu que celui de l'aire atte-otte. Il ne s'ensuit nullement que ces deux mots aient été des produits phonétiques réguliers de merula et de mespila.
Une étude attentive de la phonétique de cette région abouti-
rait, je crois, à constater que le vosgien, en particulier, se serait comporté comme le wallon à legard de ces deux mots, s'ils avaient été de tout temps indigènes, et que des deux formes qui se sont télescopées dans le département des Vosges aucune n'est autochtone. Les caractères phonétiques qui apparentaient les parlers des Vosges à ceux de Wallonie ont été en s'effaçant peu à peu et continuellement : la conservation de Vs devant consonne, la diphtongaison de Ye entravé, l'assimilation de r à /.
Et pourquoi, je vous le demande, les collisions homonymiques intolérables n'auraient-elles lieu qu'entre mots du pays ?
Parce que l'homonymie est le résultat inconscient de lois physiologiques, parce que l'inopportunité delà collision préviendrait l'intolérabilité de l'homonymie ?
Mauvaises raisons ! Golfe, mot étranger, n'a point obstrué le passage à golf (jeu) étranger. Je ne dirai pas que la concomitance de ces deux homonymes provoquera une substitution, mais mettez à leur place mêle « merle » et mêle « nèfle », qui, par leurs rapports réciproques, sont plus susceptibles de contamination sémantique, et vous ne serez pas étonné qu'il y ait brouille entre eux. « Nèfle », apparaissant dans les Vosges sous sa forme mêle, trouvera-t-il en mêle « merle » un obstacle à s'infiltrer économiquement ? Evidemment non! quitte ensuite à se démêler d'avec lui.
C'est précisément ce démêlement que j'ai tenté de retracer dans le département des Vosges. Et cette collision intolérable de mêle « nèfle » avec mêle « merle » aurait été précédée de collisions antérieures où « merle », par exemple, serait l'un des adversaires évincés, puisque « merle » peut ne pas être un produit phonétique de merula dans les Vosges ? Je cherche vainement une raison pour laquelle ce fait ne pourrait pas s'être produit, et je n'entends nullement avoir retracé l'histoire complète des collisions où « merle » a été engagé dans les Vosges, l'avoir retracée sans lacune depuis la latinité.
La linguistique n'est pas près de pouvoir fournir à la phonétique des matériaux que celle-ci puisse utiliser les yeux fermés pour établir sûrement les lois de la transformation phonétique du latin en toutes les variétés que présente le français.
Pommette « pomme » est un mot français patoisé.
Pommetier « pommier » est un mot français patoisé.
Pommette de métier « pomme de néflier» témoigne d'une thérapeutique patoisé appliquée à un pomme sémantiquement français et formellement patois.
Pommette a pomme », pommetier « pommier », pommette de métier « pomme de néflier », méfier « pommier » différent des mots français que le patois adopte en leur faisant subir une simple conversion formelle adéquate à son état phonétique correspondant (champignon > campignon , quintal > quintau, nécessité >> nécissita) uniquement par le fait qu'ils sont obligés, pour être patoisés, de revêtir une forme morphologique autre, ce qui est exceptionnel dans le transfert du français au patois, ce qui est particulier a la famille de pomme. . . grâce à la dénomination de pommette pour désigner la « pomme de terre », dénomination déplorable pour des parlers qui allaient se transformer, sémantiquement, en parlers parisiens, tout en restant, formellement, des patois.
C'est la langue de Paris qui est la cause directe et efficiente de ces évolutions lorraines.
Non, vraiment, les patois ne sont pas ce que l'on dit qu'ils sont.
le mélier a la lumière d'une documentation