PLUS COMPLÈTE
Dans l'étude qui précède, je ne me suis servi que de mes 'documents habituels qui sont, outre l'Atlas, les quatre dictionnaires Littré, Général, Godefroy, Meyer-Liibke.
Au moment où je la termine, M. Jud m'envoie toute une cargaison de matériaux pouvant concourir à élucider la question de mélier — envoi que je n'attendais pas et que M. Jud m'a fait à la suite d'une communication que je lui avais faite concernant le mali wallon, soi-disant = *melarium. Il a bien voulu déta-
cher ces matériaux de son immense répertoire des patois romans que compose le relevé de tous les lexiques romans parus.
Les matériaux qu'il m'envoie, les uns très vaguement localisés, les autres bien déterminés géographiquement, montrent que le mélier, que je dis être originairement un « néflier » existe de la Wallonie jusqu'en Savoie, celle-ci y comprise.
Que signifie le mélier attesté dans ces matériaux ?
Mélier désigne en Lorraine le « pommier (cultivé) », ainsi que le dit aussi l'Atlas. C'est ce qu'il signifie aussi en Wallonie, comme le dit le dictionnaire de Meyer-Lùbke — témoignage de la parenté du wallon avec le lorrain.
Quelle était sa vitalité en Wallonie ? Le mot semble y avoir été éphémère, en coexistence avec pommier, puisque Edmont ne l'a signalé en aucun point de ses relevés. Le pommier sauvage y porte le nom du pommier cultivé : sauvage mélier, et les dictionnaires wallons qui renferment ces indications, n'ont aucun terme se rattachant à mélier pour en désigner le fruit.
En Suisse et en Savoie, le mélier est soit un « pommier sauvage )> soit un « poirier sauvage », soit — ainsi dans le glossaire de Bridel — un « pommier sauvage » en même temps qu'un « néflier ».
Le glossaire de Bridel donne même à mélier Tétymologie que Meyer-Lùbke donne à- mali wallon, ce qui n'est pas pour en confirmer l'exactitude : un *melarium, qui est en même temps un « néflier » et un « pommier sauvage », et qui n apparaît, dans les textes anciens de ia France qu'avec la valeur de « néflier », n'est pas un « pommier (cultivé) », devenu « néflier » et devenu « pommier sauvage ». Se trouvera-t-il un savant pour dire que ce mélier n'est pas un mespilarium ?
Cette signification de « pommier sauvage » qu'a mélier en Suisse et en Savoie ne laisse pas d'être troublante pour l'étymologiste. En effet : si notre mélier « néflier » des Vosges a, comme nous l'avons dit, servi à spécifier la pommette équivoque, parce que pouvant désigner la « pomme-fruit » et en même temps la « pomme de terre » (> pommette de mélier), mélier pourrait avoir désigné le « pommier sauvage », qui porte de « petites
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pommes », donc des pommettes, et les pommettes de mélier seraient simplement des « pommes du pommier sauvage » qui seraient devenues des « pommes du pommier cultivé », en même temps que le « pommier sauvage » serait devenu « pommier cultivé ».
Tout ce que j'ai dit sur la naissance de pommette de mélier (== « pomme qui est semblable au fruit du néflier » — et non « pomme de terre » — « pomme qui est semblable au fruit du néflier » et non du « « pommetier », parce que celui-ci est aussi équivoque que pommette, le fruit, et que l'on veut précisément lever cette équivoque), tout mon échafaudage de raisonnements s'écroulerait donc.
La pommette du pommier sauvage serait devenue celle du pommier cultivé, et le pommier sauvage serait devenu le pommier cultivé.
Nous voilà en bonne posture, et l'envoi de M. Jud nous meta nouveau sur la sellette !
Si nous voulons persister dans notre façon de voir, ne pas nous incliner devant l'éloquence persuasive de cette déduction si simple et si naturelle en apparence, il nous faut démontrer qu'elle est trompeuse, il nous faut démontrer qu'elle se heurte à des invraisemblances, sinon à des impossibilités, et que, d'autre part, l'état lexical des parlers qui autorisent cette déduction est explicable autrement et vraisemblablement.
Il est invraisemblable que l'arbre et le fruit sauvages donnent leur nom à l'arbre et au fruit cultivés. C'est l'inverse qui se produit régulièrement : le pommier sauvage n est pommier que parce qu'il est la souche du pommier cultivé, comme le prunier sauvage n'est prunelier que parce qu'il a paru être la souche du prunier, comme le poirier sauvage n'est poirier que parce qu'il est la souche du poirier cultivé, et de même la pomme du pommier sauvage n'est pomme que parce que pomme est le fruit du pommier cultivé, etc., etc.
C'est mélier qui existe en Wallonie et dans les Vosges, et le fruit de cet arbre y est lexicalement absent. Or, c'est le fruit qui donne le nom de l'arbre fruitier et non l'arbre qui donne le nom du fruit : prunelle >> prunelier, belosse > belossier, pomme >> pom-
mier, et même, malgré l'obstacle de la dérivation que présente ce composé, cul-de-chien > cul-de-chenier , etc., etc. Pourquoi le mélier « pommier sauvage » ne porterait-il pas des mêles en Wallonie et en Lorraine?? Sinon, parce que la mêle est un fruit inconnu, ou passant inaperçu, et qui ne peut faire valoir ses droits adverses de ceux de la pomme.
Si la « pomme » du pommier cultivé est, dans les Vosges et en Wallonie, une pomme de mélier, c'est-à-dire soit de « néflier », soit de « pommier sauvage », c'est que la pomme a subi lexicalement une avanie qui lui est particulière, et contraire aux noms des autres fruits, que le pommier a subi lexicalement une avanie qui lui est particulière et contraire aux noms des autres arbres fruitiers.
C'est la misère lexieologique passagère de pommier et de pomme qui a fait la fortune momentanée de mélier « pommier », qui a duré jusqu'au moment où le français intervient et impose à nouveau son état lexical et littéraire.
Il est invraisemblable, au plus haut point invraisemblable que, en Wallonie, où l'on a mélier sémantiquement identique à celui des Vosges, le « pommier sauvage » ait été un mélier, pour devenir ensuite un « pommier cultivé », et que celui-ci qui est = « pommier sauvage » devenu « pommier cultivé », devienne mélier-sauvage == « pommier sauvage > pommier sauvage cultivé >> pommier sauvage cultivé sauvage », ce qu'il est dans tous les dictionnaires wallons qui nous donnent un mélier « pommier cultivé », qu'Edmont n'a pas retrouvé dans son enquête. J'ai dit que cela était invraisemblable, je me reprends en disant que cela est impossible, et parfaitement démonstratif de mélier « pommier cultivé » < néflier (= *mespilarium) et de l'absence, en Wallonie et en Lorraine, de mélier = « pommier sauvage », lequel pommier sauvage — je le rappelle — se caractérise lexicalement par le fait., qu'il ne porte pas de fruit du même nom que lui.
Pourquoi la Wallonie, où pommette « pomme » n'est pas attesté, présente-t-elle le même état lexical que les Vosges : mélier « néflier » > « pommier cultivé » ?
11 faut nécessairement que « pomme » et « pommier » y aient présenté un état lexical équivoque, semblable à celui que nous avons constaté dans les Vosges. Au lieu d'être, comme celui des Vosges, pomme « fruit », pommette « tubercule », il peut avoir été pomme « fruit », pomme « tubercule ». Et cette dernière équivoque, wallonne, n'est-elle pas précisément à la base de la première, vosgierme ?
L'équivoque vosgierme se traduit en patois, l'équivoque wallonne ne se traduit pas en patois, ne peut se traduire en patois, parce que le wallon — qui est en dehors de l'aire atteotte — ne saurait avoir pommette « pomme de terre », ne saurait avoir pommette « tubercule ressemblant à la pomme », ne peut avoir que pommette « petite pomme », ne peut avoir qu'un ette diminutif.
Si donc le lorrain a pensé en français, mais parlé en patois, et s'il a dit pommette « pomme de terre » et pommette « pommefruit », le wallon pensant en français, mais ne parlant pas en patois autrement que le parisien, le wallon, dis-je, a dit pomme (( pomme déterre » et pomme « pomme-fruit », le wallon a dit comme le parisien, le wallon et le parisien représentant la base des confusions qui se produisent en lorrain, du fait que celui-ci possédait une variété de ette, dépouillée de sa diminutivité et signifiant « tenant de, ressemblant à » du fait que le lorrain possédait un pommette parfaitement apte à être « pomme de terre ».
C'est en français que le parler wallon a subi la confusion de la « pomme » avec la « pomme de terre », son mèlier patois a été une nécessité résultant de cette confusion, au même titre que dans les Vosges, et il a été remédié à cette confusion, le patois wallon se faisant l'écho du français wallon, de la même façon bilatérale {pomme de terre collatéral de pomme de l'arbre) et par la même voie (pomme de mèlier remplaçant l'impossible pomme de pommier, donnant mèlier = pommier cultivé, comme dans les Vosges pommette de mèlier (opposé à pommette de terré) donnant mèlier = pommier cultivé).
Pomme de mèlier « pomme-fruit » et mèlier « pommier » sont
des témoins de la lutte du patois avec le français pomme « pommefruit » et « pomme de terre ». Crompire, canada, truffe," cartouche, patate — tous termes excluant de Wallonie celui de pomme de terre — sont des témoins de la lutte des patois contre un pomme de terre envahisseur, triomphant en français wallon, mais ne pouvant pénétrer dans les patois à cause d'équivoques nées de la phonétique (= « pomme tendre » ou « pomme de montagne, de tertre » — Abeille p. 8).
Celui qui parle wallon et français — étape transitoire avant l'abandon complet du patois — peut dire, en un mélange inconscient de ses deux idiomes, qui réclament une thérapeutique différente : pomme de mélier et pomme de terre.
En Wallonie, plus que dans les Vosges, le terme de pomme de mélier était indiqué puisqu'en patois pomme de terre ne peut prendre pied, ne peut réclamer un opposé direct, ce que serait le pomme de l'air parisien, par exemple. C'est pomme seul qui existe pour le wallon, et l'opposé direct de ce pomme « tubercule » (sans complément de terre sous-entendu) est pomme-fruit, ou pomme d'arbre, ...pomme d'arbre susceptible de porter des pommes, . . .non pas pommes de l'arbre pommier (mot entraîné dans l'équivoque, complice de l'équivoque) mais pommes de mélier, qui est le seul « pommier » exempt d'équivoque.
Aussi, demandera- t-on peut-être : pourquoi l'état différent de pomme — « pomme de terre » dans les Vosges {pommette de terre) aboutit-il au même résultat qu'en Wallonie, c'est-à-dire à pomme de mélier ?
A cette question — impliquant comme possible une légère modification au point de vue exposé dans la première partie de cet article — je répondrai : qui nous dit que, avant d'avoir l'équivalent lexical de pomme de terre français, les Vosges n'ont pas présenté le même état lexical de « pomme » que le wallon ? Soit le caractère lexical (tierre « montagne ») soit le caractère phonétique (tenerum et terram> ter). A considérer la carte de a tendre », rien ne s'oppose à admettre le caractère phonétique wallon dans les Vosges, le seul caractère que nous pouvons soumettre à examen dans l'état de notre documentation (voir cartes tendre, vendredi etc.).
Et s'il en était ainsi, nous aurions la conception d'un mot pomme de terre ne pouvant s'imposer en wallon et en lorrain, provoquant en lorrain la greffe de atte-otte sur pomme, greffe impossible en wallon, évoquant dans le lorrain-français « pomme ressemblant au fruit du mélier » (>• mélier « pommier »), provoquant en wallon le maintien de toute l'équipe ancienne qui désignait la pomme de terre, et dans le wallon-français « pomme ressemblant au fruit du mélier ».
Historiquement et étymologiquement pommette de mélier lorrain, quoiqu'étant simplement « pomme de pommier » équivaut donc à « tubercule ressemblant à la pomme qui ressemble au fruit du mélier (lequel fruit était une nèfle autrefois connue et disparue de nos jours, elle et son nom) ».
Et d'ailleurs, vu l'étroite parenté qui existe entre le wallon et le vosgien, n'y a-t-il pas lieu de faire la part d'états inconscients, résultant de ces liens de parenté, autrement dit de faire la part de ce qui a été imitation non utilitaire ?
Mélier est la réplique à un pomme français qui est = « pomme » et « pomme de terre ». Mali est un mot patois que le français fait naître, le détournant de sa sémantique étymologique de « néflier » pour en faire un « pommier » qui lui est nécessaire à lui-même, et qui sans lui serait resté un « néflier » (ou devenu « pommier, poirier sauvages » — voir ci-après). Crompire, canada, truffe, cartouche, patate sont les résistances patoises opposées à un pomme de terre uniquement (abstraction faite de l'équivoque pomme apportée par le français) qui ne peut être pomme de tertre, ni pomme tendre. Mali « pommier » appartient à un autre langage que crompire, etc., le premier est né d'un patois pensé en français, les seconds sont d'un patois uniquement patois et répliquant à l'impossibilité d'admettre pomme de terre, qui serait soit « pomme tendre », soit « pomme de tertre »\
Français littéraire et français wallon s'enchevêtrent l'un dans
i. Cette répercussion immédiate d'un état parisien dans les provinces les plus reculées de la Gaule romane confirme la répercussion immédiate des mots parisiens qui désignaient l'abeille (mouche-ep, entre autres).
l'autre. Le vosgien qui fait pommette « pomme » de pomme « pomme » français ne démontre-t-il pas aussi cet enchevêtrement ? Le français littéraire s'incarne sémantiquement dans le patois, bien avant de triompher positivement et matériellement du patois.
La traduction de la pensée française en patois s'est manifestée en Wallonie comme dans les Vosges, — il serait même singulier qu'il en eût été autrement, vu les liens qui rattachent les parlers de ces deux régions — mais, ici, elle s'est manifestée à une étape lexicologique plus lointaine du français, étape née de la faculté qu'avait le parler de former de pomme, par le suffixe dédiminutivisé (>> atte-otté), un dérivé qui signifiât ce que seul pomme de terre pouvait signifier en Wallonie.
Le français se greffe sur un patois comme le poirier cultivé se greffe sur un néflier : dans l'arbre qui porte le fruit cultivé, où commence le poirier, où finit le néflier ; dans le français triomphant du patois, où commence le français, où finit le patois ?
Ainsi s'affirme, une fois de plus, l'étroite parenté originaire du wallon avec le vosgien, aujourd'hui détachés l'un de l'autre par une zone de parlers beaucoup plus francisés.
Ainsi s'explique la nature d'un métier wallon et vosgien, qui est un arbre fruitier ne portant pas le fruit que fait prévoir son nom, que, éphémère, Edmont n'a pas retrouvé en Wallonie, et qu'il n'a retrouvé qu'à l'état de relique dans les Vosges, parce que, en Wallonie, Edmont n'a eu affaire qu'à des sujets représentant le patois franc de conception parisienne — à moins que mélier n'y soit éteint actuellement — et dans les Vosges à certains sujets dont le patois était lié à la conception parisienne — à moins que pommette de mélier ne soit le représentant formé parallèlement à un pommette de terre (qui rendait pléonastique et inutile pommette de mélier}. Ces deux dernières possibilités, la première que j'ai exposée dans la première partie de cet article et la seconde dans celle-ci, me paraissent également plausibles : seule, la connaissance exacte de l'histoire de l'adjectif tendre et celle de tierre dans les Vosges déciderait laquelle des deux répond à la réalité.
Dans une étude précédente ÇPath. et thér. verb. Revue de phil. fr. 1920, p. 55), j'ai dit que l'introduction de la pomme de terre pouvait avoir eu une influence sur la place qu'occupe syntactiquement l'adjectif « tendre » à Saint-Pol. A cette assertion, que Ton a pu prendre pour une plaisanterie, j'ajoute celleci : l'apparition de la pomme de terre en Wallonie et en Lorraine a conditionné l'existence sémantique de « néflier », de « pomme », de « pommier », tels qu'ils existent dans ces régions ; l'apparition de la pomme de terre nous explique seule pourquoi le néflier y porte des pommes et non des nèfles.
Après avoir démontré l'invraisemblance — disons hardiment l'impossibilité — d'un métier, démuni de « mêles », désignant dans la langue transmise par les textes le « néflier », et jamais le « pommier » — pas plus que la mêle n'y est une « pomme » — d'un tnélier devenu « pommier sauvage » pour être ensuite « pommier cultivé », d'une pomme, étant « pomme cultivée », et venue de « pomme sauvage », il ne me reste plus qu'à montrer la vraisemblance de tnélier = « pommier sauvage, poirier sauvage », de la simultanéité sémantique de pommier sauvage avec néflier, de pomme sauvage avec nèfle (celle-ci timidement donnée par Bridel), en dehors de son immixtion dans l'histoire lexicale du « pommier » et de la « pomme » cultivés, en Wallonie et en Lorraine.
Vu la rareté du néflier cultivé, vu le peu d'importance économique du fruit du néflier sauvage, vu que le néflier sauvage devient plus souvent un arbre fruitier d'une autre espèce que le néflier, vu que seul le « néflier » portait un nom qu'on n'a eu que rarement a affecter à l'espèce cultivée, il présentait l'avantage d'un nom d'arbre-sauvageon différant du nom de l'arbre cultivé, auquel il sert de père nourricier.
On va chercher dans les bois, non pas un « poirier » pour greffer sur celui-ci un « poirier » : mais on y va chercher un « néflier », qui est du fait qu'il sera « poirier » un « poirier
sauvage » . Comme on va chercher dans les bois, non pas un « rosier » pour greffer sur celui-ci un « rosier », mais un « églantier », qui est du fait qu'il sera « rosier » un « rosier sauvage » I. Sur Y « aubépine » (qui est le pommier sauvage) se greffe le « pommier » (le poirier aussi, le cognassier aussi, qui se prête, de son côté, à la greffe des poiriers et des pommiers) : je ne comprendrais pas que la « pomme s'appelât pomme d'aubépine, comme je ne comprends pas que la « pomme » s'appelle pomme de métier (en tant qu'elle est nécessairement « pomme sauvage ») ; mais je comprends que Y aubépine, le mèlier soient tous deux des « pommiers sauvages », des « poiriers sauvages », voire même des « cognassiers », parce que la transformation du néflier en poirier, p. ex., est plus fréquente que celle en néflier, et que néflier a, comme avantage lexical sur les autres sauvageons, là où son fruit, sauvage ou cultivé, n'a pas d'importance économique comme h pomme ou h poire, voire le coing, celui de ne pas être déterminant de l'espèce greffée et, de ce fait, de ne pas présenter d'équivoque lexicale.
C'est ainsi que le mélier est « pommier sauvage », qu'il est — les pommettes de l'aubépine sont appelées poirettes en Suisse, p. ex. — « poirier sauvage », qu'il est, selon Bridel, en même temps « néflier » et « pommier sauvage 2, bref, qu'il est, grâce
i. Dans l'état que nous avons considéré comme impossible, mali « pommier cultivé », venant de mali « pommier sauvage n> et mali sauvage « pommier sauvage » des dictionnaires wallons seraient le pendant de : églantier (ou cul-dechien, ou gratte-cul — Voir la carte églantier) « rosier cultivé », et églantier sauvage « rosier sauvage » (■< rosier cultivé <^ rosier sauvage).
2. Le glossaire de Bridel donne pour le fruit du mêlei « pommier sauvage, néflier » une forme à l'existence de laquelle il est impossible de croire, pour des raisons phonétiques et grammaticales (mêlé, s. f., « pomme sauvage, nèfle ». En ce dernier sens, on dit plus souvent niblla »).
Le glossaire de Blonay de Me Odin, effectivement, rétablit une réalité phonétique et grammaticale : mêlai, français vaudois mêlai, s. m., « pommier sauvage » et (6 pages plus loin !) mêlé, français vaudois melet, s. m. « pomme sauvage » (il n'est question ni de « nèfle », ni de « néflier »).
L'erreur de Bridel et le relevé de M« Odin, nous fournissent la preuve que le mélier ne porte pas de mêles « nèfles » — fruit que porterait nécessairement le
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à son importance économiquement et géographiquement restreinte et l'heureuse condition lexicale qui en résulte, le sauvageon par excellence du pommier et du poirier-, alors môme qu'il ne serait pas effectivement le sujet sur lequel ceux-ci se greffent.
Il y avait opportunité à ne pas donner au pommier cultivé le même nom qu'à L'arbre ou l'arbrisseau sur lequel on le greffe, comme il v avait opportunité à ne pas donner le même nom au rosier cultivé qu'au rosier sauvage, dont le nom le plus répandu et originaire est églantier, rosier sauvage étant étymologiquement et chronologiquement parallèle à celui de pommier sauvage.
On voit que les matériaux que m'a envoyés M. Jud sont de natureà modifier quelque peu les termes dans lesquels j'ai exposé
mélier, s'il était « néflier », conformément à la formation du nom des arbres fruitiers d'après celui du fruit qu'ils portent — ni de mêles « pommes sauvage 3 „ — fruit que porterait nécessairement le nieller « pommier sauvage » ; mais que le niélicr porte un fruit qui ne lui revient pas par droit étymologique et ne peut, par conséquent, ..qu'être lexicalement un dérivé âe mélier « pomme sauvage ». C'est ce qu'est le mêlé (fr. vaud. melet) de Me Odin, ce qu'est sans doute lemêlê, soi-disant substantif féminin de Bridel, et soi-disant « nèfle ». Comment un étvmologiste résisterait-il à la tentation de voir dans melet « pomme sauvage » un authentique *melittum « petite pomme » ?
M. Jud constate lui-même que, dans un Dictionnaire des noms wallons des plantes des environs de Spa, le « pommier cultivé » porte, à côté de son nom régulièrement phonétique de pomi% celui de mêlé, « dont le suffixe ê est tout-àfait isolé, le suffixe ariu aboutissant toujours à i ». Preuve que métier est un mot voyageur qui n'a même pas été assimilé dans les environs de Spa — il ne produit pas de mêles ! — que, exceptionnel et éphémère, il est une de ces curiosités particularistes qui attirent l'attention des amateurs patoisants -(cf. mardi dans abeille p. 226), qu'il devait presque nécessairement échapper aux investigations d'Edmont et devait presque infailliblement induire en erreur les savants étymologistes ne s'ofïusquant pas de trouver. ..un arbre fruitier qui ne porte pas de fruits.
je cherche en vain dans tous les matériaux que m'a envoyés M. Jud un seul fait qui contredise la valeur des preuves que je fais valoir en faveur de mon explication, et, si l'on trouvait exceptionnellement mêle « pomme sauvage », je ne serais pas embarrassé pour l'expliquer exceptionnellement comme une possibilité ne s'opposant pas à mon explication, vu la nature particulière de l'existence économique de la nèfle.
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mon point de vue dans la première partie de cette étude : j'ai cru cependant ne devoir rien changer à celle-ci. Il me semble qu'il serait téméraire de vouloir faire les parts exactes du facteur économique et du facteur lexical dans la disparition de mêle « nèfle ».