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Essette-mouchette dans l'est du domaine gallo-roman

cinable, si essette, au nom de la phonétique et au nom de la géographie linguistique, ne peut être un diminutif de es « abeille » (qui serait é%ette-è jette), et ne peut être qu'un es figé, paralysé, phonétiquement rigide +.. disons, si l'on veut, quelque chose qui aboutit par accident à ette, mouchette, dans la même aire atte-otte ne sera-t-il pas aussi un mouche + .. quelque chose qui a abouti à ette ? Et ce quelque chose qui peut « s'accrocher » à mouche aussi bien qu'à es, qu'est-ce, sinon ep, lequel s'est associé, dans l'Ile-de- France même, à mouche et à (e)s et qui y a produit mouchette (camouflage parallèle à mouche d'yet < mouche-guêpe), mais non pas un essette qui serait, dans l'Ile-de-France, une anomalie phonétique comme diminutif â'e(s), et qui l'est réellement dans le Jura bernois où apis se présente dans des conditions phonétiques identiques à celles où il est dans l'Ile-de-France.

Pommette et poirette sont des « tubercules qui ressemblent

à la pomme et à la poire » et n'ont jamais été de « petites pommes » et de « petites poires », nous vous le concédons. Mouchette est un « insecte qui ressemble à la mouche », nous vous le concédons encore, en tant qu'il s'agit de mouchette actuel, concomitant de pommette et de poirette. Mais, venant de mouche-ep incompris, mouchatte lorrain a dû nécessairement passer par une forme mouchette française, puisque, vous venez de le démontrer (^ar essette), mouchatte lorrain n'est pas né spontanément pour être « insecte ressemblant à la mouche », comme poirette est né spontanément pour être « tubercule ressemblant à la poire ». Mouchette est nécessairement apparu comme « petite mouche ».

= Cela est parfaitement vrai, je ne le conteste pas. Mais, mouchette naissant de mouche-ep était-il viable, était-il propre à désigner une (f abeille » ? Il ne l'était pas, puisque, partout ailleurs où il est né, il a dû disparaître à cause de son impropriété sémantique, puisqu'il s'est dédiminutivisé en mouche (>- mouche à miel).

Etant mouchatte- mouchotte, de par les lois phonétiques — il est mouchatte « jeune d'abeille » dans le Psautier de Metz et non « abeille » — il a pu se maintenir en lorrain, parce que ette, aije dit, rejoignait des suffixes atte-otte qui n'étaient point des suffixes diminutifs, et, par là, gagnait leur valeur sémantique et perdait sa valeur diminutive.

Quelle était la valeur qui remplaçait la diminutivité perdue

et que uous voyous aboutir à « tenant de », ainsi que le prouvent pommette, poirette, créés de toutes pièces de pomme, et de poire et n'ayant jamais été « petite pomme, petite poire », mais seulement « tubercules tenant de la pomme et de la poire » ?

Ce ne sont pas, comme vous l'avez prétendu, les syllabes finales de carotte ou de tomate, plus récent, qui n'étaient pas des suffixes, qui ne pouvaient pas constituer des mots analysables comme « tenant de » car, « tenant de », loin ; ce ne sont pas des syllabes qui peuvent avoir donné au suffixe cite >alte, otte une autre valeur que celle qui lui revient étymologiquement. D'ailleurs le français n'apportait-il pas au lorrain, continuellement, des diminutifs en-ette, que celui-ci accueillait très diversement : il les accueillait tels quels (clarinette), les assimilait phonétiquement à des degrés qui, selon les mots, varient d'une unité patoise à la presque totalité des patois de l'aire alte-otte ? Bref, nous ne voyons, en aucune façon, la raison pour laquelle ette devenant atte-olte devait perdre sa valeur de suffixe diminutif pour aboutir à un état sémantique que nous reconnaissons être incontestablement celui de « tenant de » dans pommette et poire 1 te.

= J'avoue mon erreur sans réticence : carotte, tomate, ou tel autre mot avec lequel ette faisait rencontrer pommette et poirette, n'ont pu, en aucune façon, faire dévier la valeur sémantique de ette, que l'apport constant du français dans des mots témoignant manifestement d'une diminutivité devait d'ailleurs contribuer à maintenir. Et cependant, nous avons à nous rendre compte de son évolution partielle de « petit » (ou de « gentil », si l'on croit à la possibilité d'une caritativité ) à « tenant de », « de la nature de », « ressemblant à », état sémantique de pommette, poirette, si toutefois nous ne voulons pas abandonner la partie et déclarer insoluble le problème qui se pose.

Or, je ne le crois point insoluble, et j'y trouve une solution que je crois très plausible, une solution qui explique un suffixe atte-otte ayant une valeur diminutive (qu'il tient plus particulièrement du 1 tançais), ou ayant celle de « tenant de », une solu-

tion qui explique, par conséquent, la variété des produits de *ittum latin dans l'aire atte-otte et dans les mots qui y ont vu le jour et dans ceux qu'elle a empruntés au français. Cette variabilité dans la création de mots et dans l'adoption de mots français n'est-elle pas le nœud du problème ?

Mouche-ep, interprété comme étant monchette, lequel est une impropriété sémantique criante en tant que désignant l'« abeille » — il a été rejeté partout ailleurs — ne fait que contribuer en lorrain, où il allait séjourner et rester, à la propagation d'une évolution sémantique de « petit » à « tenant de », car il n'a été maintenu lui-même que grâce à la possibilité de cette évolution appliquée à lui-même. La mouchette y devient, pour être une expression possible et adéquate à « abeille » un « insecte tenant de la mouche », de « petite mouche » qu'elle paraissait être.

En désertant, par l'adoption d'une forme autre que et te, la grande communauté des parlers d'oui, et relâchant ainsi un lien, de nature morphologique aussi bien que phonétique, qui l'unissait à cette communauté, le lorrain a dû trouver, dans la famille même de ses mots en etle, un élément qui l'a détourné de la diminutivité en ette, et qui a fait triompher la valeur sémantique de « tenant de » de celle — d'ailleurs non éloignée - — de la diminutivité. Diminutivité, descendance >> parenté.

En français, le mot vignette pourrait être l'exemple typique d'un mot évocateur de simple parenté, sortant de la diminutivité formelle. Vignette ne pouvant être allégué comme mot évocateur dans un patois, et étant d'ailleurs presque isolé, nous faudra-t-il rechercher dans les textes lorrains des indices d'une lexicalité propre à faire triompher de la diminutivité la sémantique « tenant de » ? Je ne crois pas que cela soit nécessaire, et je crois que nous en savons assez.

Aussi bien, ette n'a-t-il pas été seul à évoluer à atte-otte. La forme masculine de ittum, en particulier, était at-ot, de sorte que l'adjectif notamment présentait,, à côté d'un masculin at-ot, un féminin atte-otte'. Or l'adjectif en at-ot comprenait une copieuse

i. C'est même, parfois, sous la forme masculine pomat, pomot que se présente notre pommette. Dans notre longue discussion, nous avons dû négliger ce

genre de détails.

l ANTASMAGORIE ÉTYMOLOGIQUE

collection de formes qui pouvaient fort bien être analysées par notre « tenant de ». se réfléchissant naturellement sur la forme féminine (longuet, jeunet, doucet, follet, brunet, suret, etc. etc.) et lesubst. end est loin d'être toujours un diminutif (onglet, poignet, bracelet, chevalet, plumet, cornet) et doit être analysé par une formule équivalant à peu près à « tenant de ».

Primitivement concurrent timide de ette diminutif — ce qu'il est même en français — ette « tenant de », ette désignant une parenté devient, grâce à l'isolement phonétique, qui lui garantit une certaine indépendance dans l'évolution sémantique, l'émule de ette diminutif, et son essor est tel qu'il finit par triompher de celui-ci, au point que ses créations, autrefois équivoques et intolérables, sont devenues non-équivoques et légitimes {pommette, poirette, mouchette)1.

En face d'un mouchette impropre à désigner l'abeille, la langue se trouvait devant deux alternatives : ou bien, s'il s'imposaît à elle comme « petite mouche », elle devait l'écarter, en faire un mouche à spécifier (mouche à miel), ou le garder s'il pouvait se présenter à elle comme ayant un suffixe ette, signifiant « tenant de » d'après des précédents tels que ceux que j'ai signalés; car bien qu'essentiellement diminutif, ette ne l'est pas exclusivement,

i. Echappé à la surveillance du français, qui maintient ette dans sa valeur étymologique de diminutif, le lorrain vole de ses propres ailes vers un nouvel horizon sémantique. Il y est guidé par la valeur qu'il trouve dans certaines des formations par ette, qui sont restées sans écho, ou du moins sans essor analogique appréciable, dans le français et dans les parlera fidèles à la nature diminutive de ette et de ses correspondances phonétiques ne détournant pas les diminutifs de leur valeur diminutive.

L'aire gasconne, qui, par son état inverse {et, ette dédiminutivisable) présente une possibilité d'indépendance morphologique semblable, est seule comparable à notre aire atte-otte. Si clavet « clou » (improprement diminutif) peut sous 1 influence du français y abouiir à clau - clou ,,, le français - à moins que ce ne soient les parlers voisins - lui interdit de faire de kastet « château » un kast « château » ; mais le français n'a plus d'autorité sur elle, s'il s'agit d'un mot inconnu au lex.que français : aussi l'aire gasconne fera d'avrillette « fleurette du mois d'avril », librement un avrille « fleur du mois d'avril » (ballet « violette »> bnulet » fleurette d'avril » > briul « fleur d'avril » = diverses fleurs d'avril).

et ses deux parts ont été diversement dotées en gallo-roman. Mouchette est évacué dans un camp d'ette où il est à sa place.

Plus un mouchette « abeille » était récent en Lorraine, autrement dit, plus un mouchette « abeille » était rapproché de l'époque où pommette zt poirette pouvaient être conçus comme « pommes de terre », plus il avait de chances d'être toléré par la sémantique, car les créations mouchette, pommette, poirette nous montrent la valeur d'ette « venant de » en progression. Ce qui revient à dire qu'un mouchette « abeille » né de mouche-ep avait à priori plus de chances qu'un mouchette « jeune abeille d'essaim » antérieur > mouchette « abeille », de n'être pas en contradiction, désastreuse pour lui, avec ette diminutif.

Si mouchette « abeille » n'est pas évacué, c'est qu'il a été converti sémantiquement, qu'il n'a pas voulu, ou n'a pas pu se convertir phonétiquement et que les circonstances sémantiques de ette lui ont permis d'esquiver la conversion phonétique.

N'avons-nous pas vu mouchette << mouche ep traqué par la sémantique offensée être converti sémantiquement en « ruche », d'après des mots du genre de cachette, coudrette, et, seulement à cet état sémantique de « ruche », obéir machinalement à l'impulsion d'autres parlers, qui faisaient de mouchette « abeille » mouche, faire mouche « ruche », comme, sous l'impulsion des parlers qui faisaient de mouchette « abeille » mouche, un patois wallon faisait machinalement de mouchette « moucheron » un mouche « moucheron » ?

Mouchette « insecte ressemblant à la mouche » et mouchette « ruche » (> même abeille, ruche ») sont deux tangentes par où s'esquive mouchette diminutif impropre à servir d'« abeille », et doublement interprétable selon le milieu lexicologique où il se trouve, selon que elte peut indiquer une parenté ou selon qu'il peut indiquer un « contenant ».

Mouchette changeant de camp, entrant dans le camp de ette — « tenant de », contribue à renforcer ce camp, où, lors de l'introduction de la pomme de terre dans les Vosges, allaient pénétrer pommette et poirette « pomme de terre », sans que la sémantique s'en offusque, sans qu'elle y oppose un veto qu'elle a peut-être

oppose, mais vainement, au moiiehette primitif qui s'était présente sous forme de diminutif, et qu'elle n'a laissé vivre qu'en lui imposant une condition sine qua non

Il v a eu, dans l'aire atte-otte, concurrence sémantique de ette — « tenant de » avec ette diminutif — basée sur d'autres mots que carotte et tomate (!) Cette concurrence était assez accusée au temps de mouche-ep pour que le mouchelte qui en résultait pût se rattacher ïette « tenant de ». En patois, ette « tenant de » a triomphé au point que pommette et poirette patois — non concurrencés par pommette et poireUt français — ont eu entrée libre avec le sens de « pomme de terre » que la sémantique patoise ne leur interdit pas, et qu'il est réservé au français de leur interdire (pommeticr redevenant^;;//// ter, pommette « pomme » redevenant pomme). Nous allons voir, que, dans le Valais, pommette est né accidentellement de pomme de terre — accident semblable à celui de mouche-ep > moiiehetfe — et que la sémantique offensée par ce pommette indûment diminutif, puisque désignant la « pomme de terre », l'a expulsé.

Ainsi, je m'explique que la diminutivité existe encore dans l'aire atte-otte — indéracinable du fait que le français l'y apporte, lui qui a substitué son âme sémantique à celle de nos patois, et les a obligés à créer, d'après elle, pommette « pomme » et « pomme de terre », pommetier « pommier » — ; mais que cette diminutivité y soit contrariée par une sémantique « tenant de », d'essence toute patoise.

Je m'explique que la diminutivité produise une inextricable contusion phonétique, selon les interprétations que les parlers et les individus font de ette, lorsqu'ils créent des mots nouveaux et lorsqu'ils les reçoivent du français.

Je m'explique que Yonglette puisse être l'« onglon » du porc comme un terme signifiant « ce qui tient lieu d'ongle » (cf. onglet en français). Je ne me l'expliquerais nulle part ailleurs.

Je m'explique que feuillette soit en lorrain « feuille », et je trouve même feuillette plus approprié que feuille à désigner en même temps la feuille de la rhubarbe et la feuille du rosier. Je ne me l'expliquerais nulle part ailleurs.

lié PATHOLOGIE ET THERAPEUTIQUE VERBALES

Je m'explique que fourchette soit diversement traité, selon qu'on la conçoit comme une « petite fourche », ou comme un « ustensile de table ressemblant à la fourche ».

Je m'explique que clarinette ne soit conçu ni comme « petite clarine », ni comme quoi que ce soit qui ressemble à une « clarine », et que le lorrain, en l'acceptant tel quel sans y rien changer, laisse au français la responsabilité de l'avoir créé. Je m'explique qu'ailleurs il ait pris des formes patoisées à croire que ce mot est « bien représenté ».

Enfin, je m'explique l'étrangeté que présente, au premier abord, le tableau phonétique de-ittum latin dans l'aire atte-olle.

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