VI. — POMMETTE > POMMET
Voici un fait absolument identique : pommette originai-
rement = « pomme de terre «, puis « pomme », est devenu pomme t masculin.
Dans l'article précédent « Fantasmagorie étymologique »,
vous paraissiez n'attacher aucune importance à cette masculinisation de pommette.
== En effet, sachant que, d'une part, dans le nord de la France, pomme apparaît et dans « pomme » et dans « pomme de terre » sous la forme concurrente pon masculin, d'autre part, que cette forme masculine existait autrefois et existe encore aujourd'hui dans le Midi — ainsi d'ailleurs que poire masculin — je m'imaginais avoir aflaife à un problème ne se rattachant pas exclusivement à l'aire atte -otte, par conséquent, à un problème étranger à mon sujet. Culat « culotte » m'a montré que le problème qui se pose à nous dans le Midi, est indépendant de celui de pommette ^> pommet masculin — mais se rattache à pon « pomme » wallon, ainsi que nous allons le voir dans le chapitre suivant.
Pommette ;> pommet est un fait identique à culâtte >> culat. C'est ce second qui me fournit l'explication du premier. L'article précédent (Fantasmagorie étymologique) n'étant pas encore entre les mains de l'imprimeur, j'aurais pu le modifier en conformité avec la nouvelle donnée. Si je ne le fais pas, c'est que je ne vois aucun inconvénient à ce que vous vous rendiez compte des tâtonnements qui précèdent... soit mes erreurs,... soit mes vérités. Je crois ainsi m'être excusé d'avoir inconsciemment commis une faute que j'ai reprochée à mon ami Jaberg en excluant
pommei « pomme » de mon enquête, comme il a négligé de prendre en considération l'aire valaisanne de manchette « abeille » en expliquant celle de manchette lorrain. J'avoue d'ailleurs que j'ai trop souvent à rétracter mes erreurs. A vous de juger si je les redresse, ou si, au contraire, je m'enferre dans de nouvelles.
Pammet « pomme » est né par un accident phonétique survenu à potnmette de terre, ou plutôt est né d'une forme de la phonétique syntactique, et c'est sur la forme apprêtée par la phonétique qu'un concurrent masculin de « pomme de terre » a pu lui imposer son genre.
P(am)mat(tc) d(e) terre, so\t pm a tdterre, mot composé tendant à devenir simple conformément à sa sémantique simple, présente trois dentales successives qui peuvent se fondre en une seule, quand le mot n'est pas contrarié par une résistance de nature étymologique. Donc : pmaterre va pouvoir apparaître comme un masculin, s'il est à la merci d'une influence masculine. C'est ce qui pouvait arriver, et ce qui est partiellement arrivé dans la région vosgienne. Est-ce, dit le Vosgien, pmadter ou pmatdter ? Il en est résulté le pommet de terre, forme qui peut naturellement amener pommet « pomme ».
Que pommet « pomme » soit secondaire et non primaire dans l'évolution de pommette à pommet, cela ne résulte pas seulement du fait que seul, en la situation syntactique qu'offre pommette de terre, se pouvait produire l'apprêt phonétique nécessaire à la possibilité d'une masculin isation, cela est mathématiquement démontré par le fait que :
Le masculin pommet, né inopinément dans pommette de terre sous l'influence masculinisante d'un autre « pomme de terre » — il va se révéler qu'il s'agit de canada —
1) existe en six points (68, 86, 87, 88, 160, 180), où il est resté logiquement et fidèlement limité à son lieu d'origine (« pomme de terre ») ;
2) n'existe que concurremment avec le féminin au point 89, où il ne prévaut pas encore, ou, bien plus probablement, il résulte de sa situation géographique intermédiaire entre les six points qui ont pammet de terre et le point suivant (180) ;
l66 PATHOLOGIE ET THÉRAPEUTIQUE VERBALES
3) n'a entraîné pommette « pomme » pour en faire pommet « pomme »... qu'en un seul point (180) et en un point douteux (88), ce point douteux étant géographiquement et lexicalement le pendant du point 89 ci-dessus.
Quel est le terme de « pomme de terre » qui a provoqué certains Vosgiens à opter pour kmadter de préférence à kmatdter, à faire pommet de pommette ? Je vous prie de me laisser remettre cette question au chapitre suivant qui va nous fournir de nouvelles données.