Loco cit
Adams a rassemblé 45 cas de luxation congénitale, dans lesquels on a noté la façon dont s’est fait l’accouchement. Ce travail lui a servi de base pour s’élever contre la théorie de la luxation obstétricale. Il faudrait, en effet, dans cette hypothèse, que l’enfant se présentât par le siège dans tous les cas de luxation, puisque ce n’est que dans ces conditions qu’on peut songer à la possibilité d’un traumatisme de la hanche. Or, Adams avait dans sa statistique 23 cas de présentation du sommet avec accouchement facile. Quant à moi, j’ai fait une enquête à cet égard, et ce n’est qu’accidentellement que j’ai pu relever soit une présentation du siège, soit un accouchement laborieux.
On a d’ailleurs fait observer avec raison qu’il est impossible qu’une lésion aussi importante qu’une luxation traumatique puisse passer inaperçue. Elle se révélerait tout au moins par des ecchymoses étendues, par du gonflement, par de la douleur, en un mot par tous les signes des luxations traumatiques.
Bien plus, les constatations anatomiques, faites à l’autopsie d’enfants atteints de luxation et morts immédiatement ou peu après la naissance, plaident nettement contre la théorie de la luxation traumatique. On devrait, en effet, trouver une rupture du ligament rond. Or celui-ci persiste jusqu’à la troisième année, et même plus longtemps dans quelques cas.
En faisant des recherches anatomiques sur l’articulation de la hanche du nouveau-né, recherches favorisées par la bienveillance du Prof. Zuckerkandl et qui ont porté sur un grand nombre de cas, j’ai souvent essayé de luxer une articulation, dont l’appareil ligamenteux avait été préalablement disséqué et mis à nu. Je tentais d’obtenir ce résultat en saisissant le bassin d’une main et la diaphyse fémorale de l’autre main et en refoulant violemment la tête fémorale en haut et en arrière, le fémur étant en adduction. Ainsi, j’ai pu me rendre compte que la tête soulevait fortement le faisceau postérieur de la capsule et que toute l’articulation changeait en quelque sorte de forme, sans que cependant il se produisît de luxation. Dans un cas où une longue macération avait diminué la résistance de la capsule, celle-ci se déchira à sa partie posté-
ÉTIOLOGIE
rieure, et pourtant ce fut seulement après avoir exercé une longue pression, que la tête sortit de la capsule. Ce qui m’a le plus frappé dans ces recherches, c’est l’élasticité des éléments de l’articulation. Cette élasticité est telle que cotyle, tête et col du fémur semblent être en caoutchouc, et c’est ce qui explique les modifications de forme, que peuvent éprouver les éléments de l’articulation.
Le fait est que la cavité cotyloïde est constituée chez le nouveau-né par du tissu cartilagineux. Elle fournit ainsi à la tête et au col, également cartilagineux, un réceptacle tout à fait élastique, qui se plie aux changements de forme les plus variés. C’est précisément cette malléabilité, qui protège dans une certaine mesure l’articulation contre une luxation traumatique. Dès lors que la hanche n’a pas pu être luxée par les moyens mécaniques mis en œuvre dans l’expérience que je viens de rapporter, comment une luxation postérieure pourrait-elle être produite par une traction exercée de haut en bas sur le membre ?
Dupuytren et Roser ont invoqué le mécanisme d’un traumatisme, en quelque sorte chronique, pour expliquer la pathogénie de la luxation congénitale. Roser notamment, qui, dans son enfance, avait, dit-on, eu à souffrir d’un traitement brutal pour une luxation congénitale et qui, de ce fait, s’est toujours intéressé d’une façon particulière à cette affection, a constamment soutenu, dès 1864 *, que cette affection reconnaissait pour cause une adduction exagérée du membre pendant la vie intra-utérine. Cet auteur explique d’une manière plus ingénieuse que satisfaisante la rareté relative de la maladie chez les garçons, par cette considération que, chez ces derniers, les mouvements réflexes, provoqués par la compression des testicules, s’opposent à une adduction permanente de la cuisse. Ainsi, le défaut de développement de l’utérus gravide et le manque de liquide amniotique causeraient de préférence une luxation chez les filles et un pied bot chez les garçons.
En ce qui concerne la compression des testicules, invoquée par Roser, il faut observer que ceux-ci ne sont pas en rapport
Arch. f. klin. Chir., XXIY.
avec la face interne de la cuisse, très fléchie, et ne peuvent par conséquent être comprimés dans l’attitude d’adduction en flexion.
Dupuytren avait déjà incriminé la flexion exagérée de la cuisse. Dans cette position, la tête fémorale appuierait sur la partie postéro-inférieure de la capsule, qui est plus faible à ce niveau. Il en résulterait une distension de la capsule, qui permettrait à la luxation de se produire à la moindre occasion.
Le renversement en dehors du rebord postéro-inférieur du cotyle, sous l’action du contact de la tête fémorale, me semble être une condition plus importante encore que la distension de la capsule. La nature cartilagineuse, et surtout la consistance absolument élastique et la plasticité de ce rebord, le rendent, en effet, susceptible de déformations tant permanentes que passagères.
Paletta dit d’une façon intéressante à ce sujet : « Ut existimarem, in acetabulo vitium esse querendum, idque eo magis, quod insigniore margine cartilaginea in infantibus præditum est atque segmenta, ex quibus cavitas componitur, nondum perfecte in osseam abierunt naturam ; hinc contra intenti capiti, si nisus vehementior accedat, facilius esse cessurum, atque sinum magis ampliaturam ».
Quant à moi, j’accorderais beaucoup plus d’importance au mécanisme de la flexion, invoqué par Dupuytren, qu’à celui de l’adduction, admis par Roser. D’après Schrœder1, la direction verticale des fosses iliaques favoriserait la production d’une luxation congénitale.
De tout cela, il résulte que les attitudes forcées de la hanche du fœtus doivent être considérées comme un facteur important de la luxation congénitale. Dans le même ordre d’idées, il n’est pas douteux que le genu recurvatum soit dû à une extension forcée et permanente de cette articulation. J’ai observé, dans la clinique Albert, une fillette de deux ans, qui avait depuis sa naissance un double genu recurvatum très prononcé. Un examen plus approfondi me fit également reconnaître chez elle une double luxation de la hanche. On était, dans ce