‹ Pathologie et traitement de la luxation congénitale de la hancheChapitre 24 sur 64 · Th. de Paris · texte numérisé non relu

Th. de Paris

Lorenz. Luxation.

La luxation serait la conséquence de la rupture de l’équilibre musculaire, qui a lieu lorsque, un groupe musculaire restant normal, les muscles antagonistes sont frappés de contracture. Guérin appuyait sa théorie sur des observations tératologiques et sur l’existence de contractures et de luxations multiples par malformation des centres nerveux; et il généralisait ces observations exceptionnelles, dans lesquelles les rétractions musculaires peuvent avoir leur valeur étiologique , à tous les cas de luxation dans lesquels on n’observe ni rétraction musculaire ni lésion appréciable des centres nerveux. C’est à tort que la rétraction de certains muscles a été considérée par Guérin comme primitive et comme ayant causé la luxation. Ces rétractions sont, au contraire, secondaires et dues au rapprochement des points d’insertion des muscles, qui se trouvent ainsi raccourcis. Cependant Guérin a très bien vu que ces rétractions musculaires apportaient un obstacle h la réduction.

Il est hors de doute que les rétractions musculaires, si elles existaient chez le fœtus, constitueraient par elles-mêmes une condition favorable à la production d’une luxation. Car c’est un fait aquis que les contractures peuvent déterminer des luxations même chez les enfants plus âgés, dont les hanches étaient normalement constituées. J’ai observé, plusieurs années, une petite malade, qui, à six ans, a eu une paraplégie spasmodique à la suite d’une spondylite de la partie supérieure du rachis dorsal. Les cuisses se trouvaient fixées par contracture en adduction légère et en flexion extrême, de telle sorte que les genoux étaient en contact avec la poitrine et gênaient la respiration. On sentait la corde des adducteurs fortement tendue. Les tentatives de redressement, faites avec les plus grands ménagements, provoquèrent d’épouvantables douleurs et une augmentation de la contracture. Une trépanation du canal rachidien ne modifia pas l’état de la malade. Lorsque la disparition de la contracture permit à l’enfant de s’asseoir, on constata que les deux têtes fémorales étaient complètement luxées en arrière.

Yerneuil a proposé une théorie nerveuse qui se rapproche de celle de Guérin, et, en dépit des objections qui se sont

ÉTIOLOGIE

élevées de toutes parts, cet illustre maître et ses élèves ont défendu avec ardeur leurs idées jusqu’à ce jour. Pour Yerneuil comme pour Guérin, la cause de la luxation est dans la rupture de l’équilibre musculaire; mais Yerneuil se sépare de Guérin en niant la contracture musculaire.

D’après Yerneuil, certains groupes musculaires sont frappés de parésie ou de paralysie à la suite de poliomyélite antérieure aiguë, soit pendant la vie fœtale, soit à un Age plus avancé, alors que les autres muscles restent intacts. Il s’ensuit une rupture de l’équilibre musculaire, qui amène ici une luxation, comme ailleurs elle produirait d’autres difformités. Ainsi, pour Yerneuil, les luxations dites congénitales ne sont pas congénitales, mais représentent une affection acquise, qui n’est pas autre chose qu’une déformation paralytique. L’autorité et la conviction de son auteur 1 nous obligent à un examen plus approfondi de cette théorie.

La thèse de Yerneuil a été énergiquement attaquée par Bouvier et Broca, aussitôt après sa publication (1866). D’après Yerneuil, il faut, pour que luxation s’ensuive, que seuls les muscles pelvi-trochantériens soientparalysés, les autres muscles restant intacts. Non seulement Bouvier nie la paralysie exclusive de ces muscles, mais encore, exagérant en sens inverse, il se refuse à admettre leur atrophie.

Dans son rapport sur la première publication de Yerneuil 2, Yolkmann a montré que, dans la luxation congénitale, il n’y a pas paralysie des muscles, mais seulement atrophie par impotence fonctionnelle. En outre, il sépare des luxations congénitales les luxations paralytiques, qui existent réellement et que Yerneuil a eu le tort de confondre avec les premières. D’ailleurs, Yolkmann avait surtout en vue, dans sa critique, certains cas où la totalité des muscles est paralysée et où l’articulation ne fonctionne plus que sous l’influence de la pesanteur.

Dans ces cas, d’après Yolkmann, les enfants immobilisent leur articulation dans la position correspondant à la limite naturelle

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