Bev. d’Anthrop., mai
fémur. A la suite, il y eut une abondante suppuration avec néphrite, qui nécessita un long et pénible séjour au lit. Ce ne fut qu’au bout de six mois que la malade put essayer de marcher sur son membre opéré, et cela avec beaucoup de difficulté et en s’aidant avec des béquilles. Quinze mois après l’opération, on dut redresser sous chloroforme l’équinisme du pied, qui s’était produit pendant le long séjour au lit. Seulement alors, la marche devint plus aisée, et un an et demi après l’opération, la hanche opérée n’avait encore qu’une mobilité très restreinte; « mais la malade a gagné à notre intervention un membre placé dans la rectitude et dans une position moyenne entre l’abduction et l’adduction )). La marche de la malade est encore défectueuse, d’après Kirmisson, parce que le membre droit se trouve, par suite de sa luxation, en flexion marquée avec adduction, et le chirurgien se propose de faire une ostéotomie sous-trochantérienne pour rétablir le parallélisme des deux membres! On peut contester que cette façon d’agir soit conforme aux idées de HofFa.
Dans un second cas, qui concernait une fillette de six ans, Kirmisson perfora le bassin en creusant le cotyle et introduisit un fragment osseux dans la cavité pelvienne sans pouvoir le retirer. La réduction se fit aisément. Comme complication, il y eut une élévation de température, allant jusqu’à 39°, 2, et de la lymphangite. L’enfant put commencer à marcher trois mois et demi après l’opération, et continua à boiter un peu à cause de la persistance d’un raccourcissement de 1 centimètre. En somme, ce cas doit être considéré comme un succès.
Un troisième cas (fillette de dix ans, atteinte d’une luxation droite avec raccourcissement de 6 centimètres) offre les particularités suivantes, dignes d’être mentionnées : perforation du bassin dans l’évidement cotyloïdien, correction du raccourcissement, qui ne fut plus que de 1 centimètre immédiatement après la réduction, bonne cicatrisation. Mais, deux mois et demi après l’opération, le raccourcissement était de 3 cent, et demi, et six mois plus tard il avait atteint 4 centimètres. La claudication, quoique un peu corrigée, persiste. Nous sommes évidemment ici en présence d’une récidive de la luxation, et l’on doit s’attendre à voir le raccourcissement encore augmenter.
La quatrième observation concerne un enfant de cinq ans et demi, atteint d’une luxation double, dont Broca avait opéré le côté droit et Kirmisson le côté gauche trois mois plus tard. Cette fois encore, le bassin fut complètement perforé. A gauche la réduction se maintint, mais à droite la luxation se reproduisit entièrement peu après l’opération.
La cinquième observation a trait à un enfant de trois ans et demi, porteur d’une luxation du côté droit. Kirmisson perfora le bassin et fit la réduction sans difficulté. Les suites opératoires furent très mauvaises : suppuration abondante avec température atteignant jusqu’à 40°, 2 et formation d’abcès dans la portion supéro-externe de la cuisse; six mois après, il y avait encore au niveau de la cicatrice, une fistule; le membre avait conservé cependant une bonne attitude, la tète restait en place et l’articulation jouissait de ses mouvements. Cette observation est incomplète, d’ailleurs, et le résultat fonctionnel n’est pas indiqué.
La sixième observation est très décourageante. 11 s’agit d’une fillette de douze ans, porteuse d’une luxation bilatérale : on fit l’opération du côté gauche, où le grand trochanter était à 6 centimètres au-dessus de la ligne de Nélaton-Roser. Le cotyle se trouvait marqué par une petite dépression peu profonde; en le creusant, l’opérateur perfora le bassin. Il ne put y placer la tête fémorale, en dépit de tous ses efforts et malgré qu’il eût sectionné à ciel ouvert les parties molles situées à la partie antérieure de la hanche. Il se produisit une hémorragie, qui mit fin à toute tentative nouvelle de réduction et qui força le chirurgien à laisser l’opération inachevée. La petite malade fut « dans un véritable état de choc », qui nécessita des injections d’éther. Le jour suivant, le pouls était petit et fréquent, le ventre ballonné et douloureux, il y eut des vomissements et l’enfant succomba vingt-six heures après l’opération! L’autopsie permit de constater, « dans toute la demi-circonférence antérieure du bassin », un gros épanchement sanguin, que traversait le nerf obturateur à la façon d’un cordon isolé. La •source de l’hémorragie était vraisemblablement l’artère obturatrice. En outre, il y avait une fracture esquilleuse du bassin. Les intestins baignaient dans une sérosité sanglante.
Ces observations de Kirmisson sont loin d’être encourageantes. Sur sept opérés, il n’y a eu qu’un seul succès incontestable (obs. II), sans réaction fébrile; trois fois les suites opératoires furent mauvaises et enfin il y a eu une mort avec choc, hémorragie et péritonite septique! D’après une communication plus récente l, Kirmisson a eu sur sept interventions deux morts.
Kirmisson a modifié d’une façon insignifiante le procédé de Hoffa en substituant à l’incision de Langenbeck une incision en arc de cercle à convexité postérieure. Quant à la perforation complète du bassin, conseillée par cet auteur dans l’évidement du cotyle, je la considère comme une inutile aggravation d’une opération déjà très sérieuse! Elle est inutile, puisque, jusqu’à l’âge de dix ans et même au delà, l’épaisseur de la paroi pelvienne au niveau du cotyle est suffisante pour permettre d’y creuser une cavité cotyloïde assez profonde. Quand, chez les enfants plus âgés, il arrive qu’on perfore le bassin, je considère la chose comme une complication regrettable, et vraiment, des faits rapportés par Kirmisson, je pense qu’on doit plutôt conclure que c’est un accident à éviter.
Le même chirurgien, en se basant sur son expérience, considère l’opération de Hoffa comme une intervention d’une « terrible gravité ». Et pourtant, la modification par lui proposée donne à ce reproche encore plus de poids.
Kirmisson se trompe complètement, quand il croit que Hoffa creuse son cotyle artificiel en dehors de sa place normale et au niveau du bourrelet que forme le rebord cotyloïdien postérieur. Hoffa, au contraire, a insisté à plusieurs reprises sur la nécessité de conserver autant que possible le rebord cotyloïdien postérieur et de creuser la nouvelle cavité au niveau même du cotyle rudimentaire préexistant.
Récemment, Dénucé a publié un cas opéré par le procédé de Hoffa avec persistance d’un raccourcissement de 2 cent, et demi2. Quand j’aurai rappelé le cas de Lejars3, qui a combiné sans