‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 101 sur 214 · ATROPHIE SÉNILE DE LA PEAU · texte numérisé non relu

ATROPHIE SÉNILE DE LA PEAU

I variant du brun pâle au brun foncé, elle est sèche, couverte de rides,

: desquamant (pityriasis des tabescents) ; elle présente souvent sur le tronc, le cou et les bras de nombreuses productions verruciformes plates (v. t. II, page 46), disséminées, dont la dimension varie d’une lentille à celle d’un centime, brun jaune sale, et que l’on peut facilement casser en petits fragments et détacher avec l’ongle. Leur base ; est constituée ou par la peau lisse, ou par un groupe de papilles qui forme une saillie mamelonnée, végétante, saignant facilement ; ou bien i ces productions constituent l’expansion d’un prolongement épider- I mique qui sort à travers l’orifice élargi d’une glande sébacée, et elles J sont formées par une agglomération de cellules épidermiques conte- , nant des granulations graisseuses. Habituellement la peau des vieillards, par suite de la diminution du pannicule graisseux, est moins I étroitement adhérente aux tissus sous-jacents, et peut être soulevée en larges plis.

Cet état de la peau sénile, tel que nous venons de le décrire, est le résumé d’une somme de modifications anatomiques qui intéressent i la plupart des éléments de la peau dans le processus de régresssion ;i sénile, et qui correspondent en réalité à celle de la métamorphose régressive qui atteint aussi d’autres organes et d’autres systèmes.

I Ces modifications anatomiques peuvent être distinguées en : 1“ des- \ siccation, et 2” dégénéi'escence.

La dessiccation.! induration (Paget) ou atrophie simple de la peau, (Virchow), a pour signe caractéristique le manque de sucs et la condensation du tissu ; de plus, la reproduction amoindrie des éléments ' nouveaux a pour conséquence la réduction et le dépérissement de tout l’appareil cutané. La couche épidermique rétractée passe d’une façon uniforme et sans former de prolongements distincts au-dessus des papilles aplaties. Le chorion aminci renferme des corpuscules de tissu conjonctif petits, ratatinés, misérables, à côté de faisceaux fibreux ) pigmentés; ses aréoles devenues plus étroites contiennent un liquide ! peu abondant et pauvre en cellules ; les vaisseaux sont en partie ; détruits (Kôlliker), ou présentent des dilatations anormales (Neumann), et sont remplis de débris de pigment. Dans beaucoup de follicules pileux, la papille est atrophiée, le poil manque ou bien c’est un poil follet, les cellules de la gaine externe de la racine ont pris la I consistance cornée et dépriment, par places, le follicule; beaucoup de I glandes sébacées sont dilatées, particulièrement dans quelques-uns de leurs aciui, qui sont remplis de débris épidermiques accumulés par couches ; les cellules adipeuses sont molles ou bien elles manquent par séries, de façon qu’à leur place on ne trouve que le réseau trabéculaire à forme rhomboïdale du tissu conjonctif.

La seconde variété de l’atrophie sénile a surtout le caractère de dégénérescence, en ce que les éléments de la peau subissent une métamorphose organique qui consiste en un amoindrissement de leurs propriétés végétatives et fonctionnelles. Ainsi les fibres de tissu cellulaire paraissent troubles par suite de la présence de granulations, ou bien leurs contours devenant confus, elles se transforment en une masse plus homogène, indurée, ou même cassante, états qui sont connus sous les noms de gonflement vitreux, dégénescence amyloïde, colloïde, hyaloïde, cireuse, lardacée, graisseuse (Rokitansky, Virchow, Weber);

Dans un cas de papules jaunes, transparentes, mollusciformes de la face qui l'appelaient le milium-colloïde d’E. Wagner (v. t. 1®% p. 211), E. Besnier a constaté la dégénérescence colloïde du tissu conjonctif du derme (1).

h' atrophie circonscrite idiopathique de la peau s’observe sous forme de traînées longues de plusieurs centimètres, large de 2 à 5 millimètres, blanches, formant une légère dépression au-dessous de la peau normale environnante, ressemblant à des cicatrices, ou à des taches ayant le même aspect, dont la dimension varie de celle de

(1) Voy. E. Wagner, Das Kolloid-Milium der Haut, Arch. d. fJeilk., T. Yll, p. 403, 1806; E. Besnier, S. un cas de dég. colloïde du derme, aff. non décrite, non dénommée, ou improprement dénommée colloid milium, Ann. de üermat. et de Syph., H® série, T. X, p. 401, 1879, et Gaz. hebdom., 1879, p. 043; Feularü et Balzer, Nouveau cas de dégén. colloïde du derme, Ann. de Dermat., 2® série, T. VI, 1883, p. 342; 1*'^ Édit., T. I, p. 234, 7iote 1, et dans l'édition présente, ï. I, p. 204, note 1, p. 211, note 1 ; Pièces du Musée de l’Hôpital Saint-Louis, n”® 014 et 1019; et Cf : R. Liveing, Rem. on colloid degener. of the skin, The B rit. med. Journ., 1880; H. Leloir et E. Vidal, Traité cit., 2® Livr. Colloid-Milium, p. 123, Dégénérescence colloïde nodulomiliaire (H. Leloir), Hyalom der Haut (H. Auspitz); L. Piiilippson, Die Beziehungen des Kolloid-Milium (E. 'Wagner), der kolloiden Degeneration der Cutis (Besnier), und des Hydradenom (Darier-Jacquet) zu einander, Monatsh. f. prakt. Dermat., 1890, T. XI, pp. 1 et suiv.

Leloir et Vid.vl proposent la dénomination de Hyalome; il nous paraît plus simple de conserver les termes de Wagner en les rectifiant, et de dire colloïdome miliaire.

Le diagnostic du colloïdome miliaire ne présente pas de difficultés pour un observateur prévenu, qui reconnaîtra aisément les petites élevures miliaires brillantes, vésiculoïdes, jaune-citron, transparentes, jamais hématiques, inégales, irrégulières, distinctes, même quand elles coalescent, ne donnant à la piijûre d’aiguille qu'une gouttelette de sang, et, quand on les écrase, une matière gélatineuse translucide, qui suflisent ïi individualiser objectivement cette affection rare.

Ces caractères dilférencient nettement le colloïdome miliaire, des Idradénomes de Darier et Jacquet — voy. plus loin les notes du

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