T U E N T E - S E P T 1 É M E LEÇON
d'autre part un seul petit disque peut continuer à augmenter malgré le traitement, de nouvelles taches se développer et alors la maladie arriver à durer plusieurs années. De plus, on ne doit pas oublier de dire au malade que, si spontanément ou par l'eflet du traitement, de nombreuses taches peuvent disparaître sans laisser de trace, il restera sur la plupart des régions atteintes des cicatrices superficielles et des télangiectasies.
Parmi les moyens et les méthodes de traitement qui peuvent être mis en pratique, il faut choisir ceux qui n’occasionnent pas plus de difibrmités et de lésions de la peau que la maladie elle-même. On emploiera donc, en premier lieu, les topiques légers, agissant d’une façon superficielle; on n’aura recours à des moyens plus énergiques que si les premiers n’ont pas agi, et on reviendra à ceux-ci dès que l’on aura oblenu un peu d’amélioration, c’est-à-dire dés que l’on verra la décoloration et l’atraissement du bord des disques.
Ce seront d’abord des lotions avec l’esprit de savon de potasse, que, du reste, on devra employer pendant toute la durée du traitement, concurremment avec d’autres médications, et qui peuvent parfois, à eux seuls, aboutir au résultat voulu. Le savon mou de potasse a une action plus énergique, on l’étend sur de la flanelle, que l’on applique sur les disques de lupus fortement infiltrés. Enfin, on a recours à des savonnages avec le savon de naphtol et de soufre ou à la cautérisation avec une solution concentrée de potasse, 1 sur 2 d’eau distillée, ou avec l’ammoniaque, l'acide acétique ; l’acide chlorhydrique sera utilisé en dernier lieu.
Lorsque l’on a réussi par l’un de ces topiques (que l’on a appliqués avec un pinceau dur sur les portions périphériques du lupus) à aviver les bords d’où il suinte alors un peu de sérum et de sang, on voit qu’au bout de peu de jours ils tendent à pâlir, à s’afl'aisser, et alors on peut compléter la guérison à l’aide de simples lotions au savon.
Des applications méthodiques de pâtes sulfureuses, de goudron, d’iodure de soufre, de mélanges de soufre, d’esprit de goudron et de savon, ou au lieu de goudron 1 p. 100 de naphtol, de teinture d'iode, de glycérine iodée, d’après les formules et les méthodes indiquées à j)i‘opos de l’acné (voir t. P*', p. 747), déterminent chaque fois une réaction inflammatoire et une tuméfaction qui disparaissent au bout de (juehjues Jours, et amènent souvent une amélioration si notable, que l’on n’a i»lus qu’à employer les lotions savonneuses simples j)our obtenir une guérison complète.
Je n’ai pas observé grand résultat à la suite de cautérisations à l’acide phéid(jue et à l'acide salicylique, ni après l'emploi de l'onguent de Uochard, de la pommade au j)récipité blanc ; (juant aux caulé-
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risalions avec l’acide sulfurique ou nitrique, le chlorure de zinc, l’acide cliromique, d’une manière générale il ne faut pas les employer. Par contre, nous avons obtenu de remarquables résultats à la suite d’applications d’emplâtre mercuriel sous lequel nous avons vu disparaître en peu de jours ou de semaines, non seulement le lupus érythémateux discoïde, mais encore le lupus disséminé, et s’améliorer rapidement les lésions douloureuses des doigts.
La pommade à la chrysarobine et à l’acide pyrogallique est aussi très efficace, tandis que l’enveloppement dans du caoutchouc (gants), semble n’agir que par le ramollissement qu’il détermine.
Le raclage à l’aide de la curette, ainsi que la scarification punctiforme et la scarification linéaire simple ou avec cautérisation consécutive, par exemple, avec le chlorure de zinc (Th. Veiel), ont été souvent efficaces, surtout dans les cas d’infiltration profonde et d’eclasie vasculaire. Quand il survient une poussée aiguë avec symptômes inflammatoires, gonflement douloureux, formation de nodosités dans la profondeur, j’ai obtenu souvent une régression spontanée de la plupart des taches par l’application de vessies remplies de glace ou de compressés d’acétate de plomb ou encore de liqueur de Burow. On pourrait recommander dans le même but les douches froides et les bains froids.
Outre tous ces moyens, il faudra employer également des pommades anodines, du cérat, etc., surtout à la suite des cautérisations.
Au sujet du grand nombre de remèdes préconisés contre cette affection, il y a cette remarque à faire : tous peuvent, pour le moment présent, réussir ou échouer; et, pour un même cas, des remèdes qui, quelques mois auparavant, s’étaient montrés inefficaces, peuvent, après un nouvel essai, donner d’excellents ' résultats ; il faut donc essayer les uns et les auti*es, et revenir à ceux que l’on aura déjà employés précédemment.
Quant aux médicaments internes, on a recommandé dans ces dernières années comme efficaces l’iodure d’amidon (Mc Call Anderson), l’iodoforme (E. Besnier) et l’arsenic (Hutchinson), sans toutefois que d’autres auteurs aient pu constater ces résultats. A l’appui indirect de ce traitement local, il faut prescrire les remèdes qui au besoin, comme dans le cas de chlorose, d’anémie, de catarrhe pulmonaire et de tuberculose, peuvent agir d’une manière favorable sur la nutrition en général ; tels que le fer, l’arsénite de fer (eau de Roncegno), l'huile de foie de morue, un régime fortifiant, le séjour dans les montagnes pendant l’été, des cures d’air, d’hydrothérapie, les bains froids, etc.
Nous n'avous aucun moyen d’empêcher les récidives; heureuse-
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ment, dans beaucoup de cas, la guérison, une fois obtenue, est durable (1).
(1) 11 y a peu de choses à ajouter à tout ce que vient de dire le professeur Kaposi sur le traitement, souvent extrêmement difficile, du lupus érythémateux.
A côté de cas à évolution spontanée favorable, à guérison inattendue, à terminaison réalisée sous l’action des moyens topiques les plus anodins, on en trouvera de plus nombreux rebelles à tout, ou à presque tout ce que l’on peut faire.
Tandis que certains malades supportent à merveille les agents de réduction les plus énergiques, il en est d’autres qui ne tolèrent que les anodins, les calmants, les antiphlogistiques : toutes les tentatives de traitement effectif par les savons, les emplâtres, la scarification ou la cautérisation, sont suivies de réaction inflammatoire très vive, tenace, réclamant l’emploi prolongé des cataplasmes, des enveloppements humides, du Uniment oléocalcaire, de l’onguent de zinc, etc.
Quand on a épuisé la série des emplâtres et des topiques divers — voy. le texte courant, pp. 284, 285 — auxquels on ne peut, en réalité, rapporter que de rares et éphémères succès dans toutes les formes localisées et fixes, il ne reste en présence que deux médications véritables, les méthodes sanglantes, et les cautérisations ignées.
rt.) Méthodes sanglantes ; rugination ; scarification.
Pour ceux qui admettent, avec nous, la nature tuberculeuse du lupus érytbémateux, les méthodes sanglantes sont passibles du reproche d’exposer aux auto-inoculations opératoires ; toutefois, leur danger n’est pas, à noti’e observation, aussi accentué que dans le lupus tuberculeux typique ; et nous y avons recours, dans une mesure déterminée, en raison de l’extrême difficulté du traitement d’un grand nombre de cas.
La rugination trouve son indication, comme première application de traitement, une fois faite, dans les formes fortement crétacées; on a recours, ensuite, aux cautérisations au nitrate d’argent, aux scarifications, ou aux cautérisations ignées, etc. ; nous employons encore la rugination superficielle préa/nâ/e dans le lupus érythémateux, surtout au cuir chevelu, pour permettre de mettre l’acide lactique, ou d’autres agents curatifs, directement en rapport avec le tissu lupique. Les rugines, ou curettes, sont les mêmes ([ue celles dont nous nous servons dans le lupus vulgaire — Voy. ï Appendice des Traducteurs à la suite de la la quarante-deuxième Leçon.
Les scarif cations conviennent, comme début de traitement, aux formes fortement vascularisées ; et leur indication se présente encore au cours du traitement, lorsque, ainsi que l’a précisé Brocq, l’action des cautérisations paraît se ralentir, et mieux, selon nous, quand les tissus malades ont été détruits par le feu, et ([u’il ne reste plus qu’â décolorer ou â améliorer les cicatrices obtenues. Selon le précepte de Vidal, les scarifications doivent être profondes, atteindre toute l’épaisseur du derme, sans la dépasser. Elles doivent
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Suite de la 7iote des Traducteurs.
j' être exécutées correctement avec toutes les précautions que nous I avons déjà exposées — T. I", note 1, p. 737 et que nous repro- I duisons plus loin, avec les détails nécessaires, dans les 7iotes sur le traitement dn lupus vulgaire — non seulement pour arriver rapidement à la guérison, mais pour obtenir des cicatrices aussi belles que possible. Le médecin qui exécute ces opérations sur le visage doit, au préalable, s’être renseigné exactement sur leur application, s’il a î souci de l’intérêt des patients, et de sa propre responsabilité.
Mêmes remarques pour Yélectrohjse ; et pour la destruction électro- I caustigue, qui se fait à l’aide des aiguilles fines par le procédé de la pénétration — tatouage caustique — ou de la scaritication linéaire, scarification ignée. Quelques cas de lupus acnéique rebelle ne peuvent être sûrement réduits que par ces derniers moyens. Lescicatrices, assez apparentes d’abord, s’améliorent, et se mettent de niveau dans l’année i qui suit les cautérisations. Pour le lupus érythémateux, nous rejetons absolument le thermocautère, à cause des destructions inutiles qu'il I fait par rayonnement; aujourd’hui, où l’électrocaustique a un outillage j simplifié à l’extrême, chacun peut y avoir recours.
Sur le cuir chevelu, nous ne pratiquons que rarement la scarification, et plus rarement encore la cautérisation ; dans un assez grand nombre de cas, nous avons pu arriver à la guérison à l’aide de l’acide lactique par des applications réitérées, après rugination préalable à la curette. Les cicatrices sont lisses, superficielles, et les follicules non encore détruits ne sont pas altérés.
Sur \du partie rouge exposée des lèvres, on peut pratiquer avec succès les scarifications sanglantes; mais le plus habituellement nous obtenons plus vite, et plus simplement, le résultat à l’aide des cautérisations linéaires ou ponctuées faites avec les aiguilles fines de l’électrocautère. La réparation s’y fait à merveille.
Mais, dans les cavités narinaire, nasale, oculopalpébrale, bucco- ‘ pharyngée, et sur toutes les surfaces muqueuses en général, l’acide lactique, et mieux les cautérisations galvaniques, telles que nous les pratiquons, constituent une médication infiniment supérieure à la méthode sanglante, que nous excluons généralement pour ces surfaces.
Quant à la médication interne, laquelle est toujours insuffisante à elle seule, l’huile de morue créosotée ou non, à haute dose, et l’iodoforme jusqu’à 1 gramme par vingt-quatre heures pendant l'hiver — Voy. E. Besnief, le lupus et son traitement, Ann. de Dermat. et de Syphil., 2'* série, T. I, 1889, p. 688, 697 — le fer et l’arsenic liendant l’été, en constituent, avec les sulfureux intus et extra, les agents essentiels. Les eaux de Salies, Salins, Kreuznach, d’Uriage, toutes les eaux sulfureuses, les eaux salines et arsenicales de la Bourboule, etc., peuvent réclamer le traitement général des sujets atteints de lupus érythémateux. Ernest Besnief. — A. Doyon.