‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 108 sur 214 · HUITIÈME ET NEUVIÈME CLASSE · texte numérisé non relu

HUITIÈME ET NEUVIÈME CLASSE

NÉOPLASMES

TRENTE-HUITIÈME LEÇON

Néoplasmes, généralités. — Division, néoplasmes de bonne nature : néoplasmes du tissu cellulaire ; chéloïde, cicatrice (processus de la cicatrice). — Jlolluscum fibreux. Xanthouie, fibrome, lipome, névrome. Dermato-myorae. Ostéome.

Les néoplasmes cutanés sont, pour une partie, aussi bien du domaine de la chirurgie que du domaine de la dermatologie ; ils ne sont pas toujours, en effet, limités anatomiquement à la peau et ils réclament alors l'intervention chirurgicale. La dermatologie est redevable d’un progrès notable à l’intérêt actif que, en raison des conditions ci-dessus, la science sœur (la chirurgie), devenue si pratique depuis (juelques années, voue à ce domaine spécial de la pathologie. En conséquence, l’exposé complet de la question des néoplasmes n’est ])as du ressort précis de la dermatologie, mais bien du domaine de la pathologie générale et de l’anatomie pathologique.

Ces deux parties de la science vous ont fait connaître, — en dehors de la conception ontologique de ces tumeurs depuis longtemps lixée, — les modifications que la théorie du néoplasme elle-même a subies jiendaiit la période où l’on s’efforcait de trouver dans l’état histologique du produit pathologique comparé avec celui des tissus environnants, le caractère d’une néoformation. C’est alors que Virchow édilhi sa théorie du néoplasme basée sur la division (prolifération) des corpuscules du tissu cellulaire. Ensuite, par des études d’histologie pathologique et expéi-imentale, on reconnut que cliaqiie espèce d’éléments de tissu, les épithéliums et les endothéliums, les cellules musculaires, osseuses et cartilagineuses, peut-être même la substance intercellulaire, sont susceptibles d’une prolifération endogène, d’une véritable néoformation, et que celle-ci s'accomplit sous rinfluence de rinlhimmation, par exemple dans l’épilhélium en

NÉOPLASMES.

présence du catarrhe. A mesure que l’on reconnut tous ces faits, l’histologie pathologique prit uu nouvel essor; la limite précédemment tracée entre l’inflammation, l’hyperplasie et la néoplasie, se trouva effacée plus complètement qu’elle ne l’avait jamais été, et il a bien fallu dès lors se convaincre que le terme « néoplasme » ne doit plus être conservé que comme conception clinique. Quels que soient d’ailleurs ses éléments constituants, qu’ils soient semblables à ceux du milieu dans lequel il se trouve (homœoplasie), ou dissemblables(hétéroplasie), le néoplasme représente seulement une formation pathologique qui, par un ensemble de particularités, telles que « contours extérieurs, conformation intérieure et végétation » (Rokitansky), siège, relations avec les tissus environnants et avec le paradigme de l'organe et du tissu affectés, rappelle en quelque sorte un corps étranger enclavé dans les parties.

Si donc, en considération de leur aspect et de leur marche cliniques, nous subdivisons dans la pratique les néoplasmes d’après Rokitansky et Hebra et à présent encore en néoplasmes de bonne nature (VIII® classe) et néoplasmes de mauvaise nature (IX® classe), nous aurons ainsi fait une déduction éloignée, mais logique et légitime. Au premier groupe se rattachent les néoplasmes qui peuvent, il est vrai, persister pendant des années, mais qui ordinairement n’exercent localement qu’une action destructive nulle ou peu considérable, et qui, en particulier, n’ont pas une influence nuisible sur l’ensemble de l’organisme; au second, ceux qui, non seulement détruisent les tissus localement, mais encore exercent (1) une action délétère sur l’organisme entier, ceux-ci formeront le deuxième groupe.

Outre cette classification qui se rapporte aux caractères cliniques qu’il importe de connaître avant tout, il y a encore une distinction à faire entre ces mêmes néoplasmes, d’après leur cai’actère histologique, distinction de nature à bien éclaii’er le sujet. Suivant ce caractère histo= logique, une série de ces néoplasmes est constituée sous le nom de néoplasmes de tissu conjonctif; une deuxième sous celui de néoplasmes vasculaires ; une troisième de tumeurs de granulation ou granulomes ; une quatrième enfin de tumeurs épithélioïdes, d’où il résulte par conséquent que les deux premiers groupes appartiennent aux formes les plus élevées du tissu, les deux derniers aux tissus d’organisation plus inférieure autrement dit aux tumeurs dites organoïdes.

De plus, le groupe des formes granuleuses se sépare des autres groupes sous le rapport étiologique, puisqu’elles sont — ce qui est un fait sinon avéré du moins probable — l'effet d’une infection locale ou générale par des micro-organismes pathogènes spécifiques et, par conséquent aussi, on pourrait les cai’actériser comme des maladies

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infectieuses chroniques (Neisser), des tumeurs infectieuses (Klebs), des tumeurs infectieuses de granulation (Ziegler).

Enfin il ne faut pas oublier que la dénomination préférée par l’anatomie pathologique de la plupart des formations citées ici comme « tumeurs » n’est entièrement juste, ni dans le sens clinique, ni dans le sens anatomique. Certaines de ces productions forment principalement des tumeurs comme les lipomes ; d’autres au contraire n’en présentent qu’à des périodes déterminées de leur développement, tels le xanthome, les syphilides, le mycosis fongoïde ; dans d’autres périodes* au contraire elles présentent des modifications qui se rapprochent cliniquement et histologiquement des processus inflammatoires, de sorte que dans ce cas la dénomination que leur a donnée Virchow de néoplasmes et de tumeurs inflammatoires est toujours très juste.

Dans le sens indiqué ci-dessus, les formes morbides quel’ondoitétudier ici, les néoplasmes, constituent donc un groupe naturellement homogène ; et il est rationnel que les élèves et les praticiens connaissent et conservent la signification de ces formes morbides, en ce sens; qu’elles représentent des formations de tissu qui se développent à la place et aux dépens du derme normal et ont un caractère destructif; ’ en effet dans leur sphère d’action et grâce à leur végétation, elles détruisent pour ainsi dire et absorbent le derme normal.

Mais en même temps ces formes morbides nous apparaissent comme autant d’invidualités pathologiques distinctes quant à leur cause, àleur mode d’évolution, à leur signification et à leur apparition cliniques et anatomiques, en un mot comme autant de processus morbides différents.

Le schème suivant donnera une idée bien claire et bien nette de ces rapports, abstraction faite toutefois de ce que j’ai, en raison de l'importance de leur malignité clinique, placé les sarcomes qui se rapprochent le plus des tumeurs de tissu conjonctif à côté des carcinomes.

Après avoir envisagé de ce point de vue général la multiplicité des propriétés cliniques et histologiques que présentent les maladies de la peau qu’il faut considérer comme des néoplasmes, nous étudierons avec plus d’intérêt et d’une façon plus intelligible quelques-unes d’entre elles.

CHÉLOÏDE.

CAassificalion des néoplasmes de la peau (1).

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