LÈPRE TUBERCULEUSE
1® La lèpre tuberculeuse (i), {lepra tuberosa), débute par la formation de taches arrondies ou irrégulières, de l’étendue de l’ongle, d’une pièce de 5 francs en argent ou de la paume de la main, d’abord rouges, pâlissant sous la pression du doigt, puis brun grisâtre, couleur sépia ou bronze. La peau y est lisse, luisante, comme recouverte d’une couche huileuse, ou bronzée et épaissie (infiltrée), plane ou un peu proéminente et douloureuse à la pression. Ces tâches sont répandues d’une façon irrégulière sur le tronc, les membres, le visage, les mains et les pieds, la paume des mains et la plante des pieds.
Pendant des semaines et des mois, on n’observe que ces taches et ces infiltrations superficielles; elles peuvent changer plusieurs fois de forme et d’étendue, devenir confluentes en certains points ou s’effacer en d’autres, ou, par la disparition de leur centre et l’extension de leurs bords, prendre une forme annulaire.
surtout au niveau du tégument (cutané et muqueux), au niveau des nerfs, dans les ganglions lymphatiques et dans certains viscères. Elle amène presque toujours la mort.
« Lorsque ces néoplasies spécifiques (auxquelles je donne pour plus de facilité le nom de lépromes) se systématisent, on a des formes de lèpre auxquelles je propose de donner le nom de lèpres systémalisées.
« Ainsi, lorsque les lépromes se localisent surtout dans le tégument (cutané et muqueux), les vaisseaux et ganglions lymphatiques correspondants, etc., on a la forme tuberculeuse ou noueuse, que l’on pourrait appeler lèpre systématisée tégumentaire.
« Lorsque les lépromes se localisent, surtout dans les nerfs, on a la forme anesthésique ou trophoiieurotique, que l’on pourrait appeler lèpre systématisée nerveuse. (H. Leloir.)
« La systématisation étant rarement absolue, complète, il en résulte que les formes précédentes existent rarement à l’état pur, pendant toute la durée de leur évolution tout au moins. Leurs localisations, leurs lésions, et partant leurs symptômes, se combinent le plus souvent au bout d’un temps plus ou moins long. C’est ce qui constitue la forme dite mixte, dont l’existence suffit à elle seule pour montrer l’unité de la lèpre. Ces formes mixtes représentent le type complet de la lèpre. »
■ Pour nous, les « formes » de Leloir sont des espèces; chaque espèce comprend plusieurs formes, et chaque forme plusieurs variétés.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Zambaco — Mém. sur la lèpre observée à Constantinople, in-4®, Paris, 1887 — a proposé de remplacer la désignation de lèpre tuberculeuse par celle de lèpre exsudative ou néoplasique, parce que, très souvent, « en même temps que les tubercules, il y a de larges infiltrations cutanées. » Mais la dimension, la forme ou la disposition des infiltrations de la peau n’entraînent en aucune façon la nécessité d’un changement de dénomination. Par tubercule, on entend, au point de vue anatomotopographique, toutes les infiltrations du derme qui ont pour siège sa trame profonde, qu’elles soient nodulaires, en plaques, ou en nappes.
QUARANTE-QUATRIÈME LEÇON
Après des mois, parfois même après deux à trois ans seulement, il se montre en divers points du corps des nodosités. Celles-ci ont la grosseur d’un grain de plomb, d’un pois, d’une fève, ou même d’une noi- j sette; elles sont planes ou hémisphériques, rouge brun sale, luisantes, j leur consistance est rénitente ou molle, recouvertes d’un épiderme j brillant, parfois en desquamation modérée, disséminées ou très confluentes par places, et formant alors des plaques irrégulières, inégalement bosselées, plus rarement des cercles réguliers.
Leur siège de prédilection est la face. Là, elles forment au-dessus des sourcils, et parallèlement à ceux-ci, des bourrelets disposés en séries très rapprochées les unes des autres, bosselées, recouvrant les yeux; au nez ainsi qu’aux joues et au menton, elles se réunissent en amas épais, irréguliers, rappelant le lupus turgescent ou l’acné rosée (1). Les lèvres présentent un épaississement diffus, ou sont infiltrées de tubercules, elles sont bouffies, déjetées en dehors; la lèvre inférieure est pendante, ce qui donne au visage une expression farouche, ou, au contraire, stupide. Les agglomérats de tubercules lépreux qui occupent le front sont parcourus par des sillons profonds, et resserrés vers la glabelle (2), ils donnent au regard une expression de morosité ou de stupeur. Les paupières Sont souvent abaissées ou renversées par les tubercules ; les lobules des oreilles pendent sous forme de tumeurs , épaisses, informes, d’aspect gélatineux, transparent (3).
Au tronc et aux extrémités, les nodosités présentent des disposi-
(1) L’acné rosée hypertrophique , dans toutes les régions, mais surtout |
au front, peut simuler des agglomérats de tubercules lépreux ; sous les j n'"' 1287 et 1296, nous avons déposé dans le Musée de Saint-Louis un j type de chacune de ces lésions, moulé sur nature par Baretta; l’iden- i tité morphologique y est telle, qu’il serait difficile de les distinguer l’un , de l’autre aux seuls caractères objectifs — acné léontiasique, lèpre léon- | tiasique. |
La localisation sourcilière est habituelle, et tout à fait caractéristique, i avec l’alopécie qui l’accompagne; elle peut cependant faire défaut, les ; sourcils restant libres, alors que le front et le reste de la face sont criblés | de tubercules; les paupières, même au-dessous des agglomérats énormes, sauf dans les paroxysmes éruptifs où elles sont œdémateuses, restent indemmes. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Glabelle, de glabella, espace glabre intersourcilier. E. B. — A. D.
(3) L'oreille lépreuse est marquée non seulement par les nodosités i de l’ourlet du pavillon, mais surtout par \'in/iltration massive du lobule, lequel reste toujours libre même dans son hypertrophie la plus énorme,
à l’inverse de l'oreille lupique qui est très souvent empâtée, et encastrée dans la surface lupique de la région sous-auriculaire.