DE LA SUEUR
Physiologie de la sécrétion de la sueur ; constitution chimique de la sueur et sécrétion pathologique de la sueur. Altérations quantitatives : hyperidrose généralisée et localisée. Conséquences locales et générales, et complications. Traitement. Anidrose. Anomalies qualitatives de la sécrétion de la sueur. Lésions anatomiques.
Les afTections cutanées qui rentrent dans la troisième classe de notre système consistent essentiellement dans des altérations de la sécrétion et des glandes de la peau et se manifestent par des troubles de deux 1 sortes: 1° Roubles fonctionnels; 2° troubles de nutrition. îi
Les troubles fonctionnels des glandes de la peau impliquent les ano- t
malies de la sécrétion cutanée; c’est de celles-ci que nous nous occupe- i
rons en premier lieu. Mais, comme la sécrétion cutanée exerce une influence essentielle sur l’état de la peau et, en particulier, de l’épiderme, il est facile de comprendre que ses altérations doivent déterminer dans l’état de la peau elle-même des changements qui méritent aussi d’être pris en considération.
Les produits sécrétés par la peau sont au nombre de deux : la sueur, qui est le produit des glandes sudoripares, et la matière grasse, qui est fournie par les glandes sébacées ; jusqu’ici, malgré les tentatives faites par les physiologistes, on n’a pas encore réussi à se les procurer à l’état isolé, de façon à avoir sous les yeux réellement le produit unique et absolument pur des glandes sudoripares ou seulement celui des glandes sébacées. Aussi les travaux antérieurs de Thénard, Anselmino,
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA PEAU. Io3
SchoUin, Séguin^ Funke et Favre, etc., sur la composition chimique et morphologique de la sueur et du produit graisseux de la peau, se )‘apporlent toujours à un mélange des deux^ dans lequel tantôt l’un, tantôt l’autre est prédominant. Unna a même essayé de démontrer d’une manière très ingénieuse que la sécrétion aqueuse de la sueur provient uniquement du réseau vasculaire des papilles, et que les glandes sudoripares, considérées jusqu’à présent comme des glandes de la sueur, ne sécrètent que de la graisse, l’émulsionnent et qu’elle est évacuée par la voie des canaux lymphatiques papillaires et est ensuite emmagasinée dans les cellules du pannicule graisseux.
Les faits suivants sont contraires à cette hypothèse purement théorique : on n’a jamais vu de matière grasse dans les glandes de la sueur et les pelotons glandulaires sont pourvus d’un réseau vasculaire admirable, semblable à celui des glomérules des reins (Brücke), et auquel on ne peut attribuer qu’une propriété conforme de fonction, celle de l’excrétion des solutions aqueuses.
Cependant on ne peut pas rejeter complètement une sécrétion de matière grasse par les glandes sudoripares ; nous l’observons non seulement dans les glandes axillaires qui se rapprochent, comme nous le verrons plus tard, du type des glandes cérumineuses, mais aussi dans les glandes à peloton. Les cellules des glandes de la portion sécrétoire (peloton) de la glande contiennent, d’après Ranvier, des gouttelettes de graisse.
En fait, nous tenons une sécrétion de la peau pour une production des glandes sébacées, quand elle présente d’une manière dominante les. caractères graisseux, et nous attribuons aux glandes sudoripares une sécrétion qui se répand sur la peau avec des caractères plutôt aqueux; mais, dans les conditions normales, c’est un mélange des deux produits que l’on trouve sur la peau. Ce mélange, uni à certains produits d’exhalation, gazeux et liquides, qui proviennent du système vasculaire des papilles en traversant l’épiderme, constitue la matière perspiratoire de la peau (1).
(1) La lubréfaction graisseuse de la peau a une origine multiple, les cellules épithéliales elles-mêmes, la sueur, la sécrétion sébacée ; aucune d elles n’est suffisante à elle seule, c’est de leur concours harmonique que résulte l’état non/m/ du tégument.
La sueur, après son évaporation, laisse dans la couche cornée de l’épiderme, et à sa surface, une matière grasse qui devient assez appréciable dans certaines hyperidroses spontanées, pour que l’on ait quelque peine à les distinguer des séborrhées ; si elle vient à manquer pendant un temps, même assez court, la sécheresse graisseuse du tégument se produit, et la desquamation normale de l’épiderme
HUITIÈME LEÇON
Io4
Il peut, cela est indubitable, se présenter des anomalies de la perspiration, aussi bien qualitatives que quantitatives ; mais, tandis qu’il serait difficile de tracer au point de vue symptomatique les limites de l’anomalie quantitative de la perspiration cutane'e, l’altération qualitative de cette fonction se traduit par des signes plus distincts qui s’imposent plus particulièrement au sens de l’odorat. Déjà l’opinion vulgaire
devient sensible, l’excrétion sébacée étant, à elle seule, insuffisante pour | produire le graissage interépithélial, aussi bien que le superficiel. Si l'on ajoute à cela que, dans tous les cas où il faut à la graisse cutanée certaines qualités particulières, au mamelon, aux organes génitaux, à l’anus, dans le conduit auditif externe, ce ne sont pas les glandes sébacées, mais bien les follicules sudoripares qui sont chargés de cet office, on abandonnera les iflées traditionnelles sur l’exclusivisme fonctionnel des organes différenciés de la peau, et l’on aura fait un pas vers une notion plus exacte de la réalité des choses.
Sur l'origine multiple de la portion séreuse de la sécrétion sudorale, la discussion reste ouverte ; Unna — Krit. und Ilistor. ueber die Lehre vonderSclnveissekretion, in Schmidt' s J arbücli. der ges. Medic.Bù. CXCIV,
Hft I, 1882, — reprenant l’opinion autrefois soutenue par Milne Edwards, puis par Meinner — Zeitschr.f. rat. Pathol., 1857, p. 284 — et par d’autres, soutient avec des arguments dignes d’attention que le glomérule n’est pas la source unique de la sueur, et ([u’elle procède essentiellement d’une transsudation fournie par le corps papillaire, cheminant entre les cellules intercanaliculées de la couche de Malpighi, pour se faire jour dans cette partie du canal excréteur dépourvue de paroi propre qui traverse l’épiderme, et qui devient ainsi un collecteur.
Ges données ne sont pas infirmées, comme on a pu le croire, par les belles recherches d’Aubert — Lyon médical, 1874 — sur les empreintes sudorales, le pore sudoral étant l’orifice d’un collecteur. On ne peut méconnaître l’observation invoquée par Unna • — Was wissen wir von Seborrhoë ? (Que savons-nous relativement à la séborrhée?), in Monatshefte fur prakt. Dermat. 1887, n“ 15, et Ann. de Dermat., 2" série,
1887 — de ce fait que la sécrétion de la paume des mains graisse le papier, bien que, cependant, il n’y ait pas là de follicules sébacés, ce qui avait conduit, il y a déjà longtemps, Rainey — voy. Hébra, 1'® édit. cit. Unna — à considérer les glomérules palmaires (et plantaires) comme des glandes mixtes stéatipares et sudoripares. Cette constatation a beau- \ coup plus d’importance, de précision et de valeur pour la démonstration de la thèse de Unna que cette autre, relevée par lui et par nous du fait des sueurs grasses de diverses autres régions, telles que le cuir chevelu, etc., car on ne peut, dans la première, invoquer comme on i le peut faire pour ces dernières, la simultanéité d’une hyperexcrétion j sébacée, à laquelle pourrait être imputé le fait de la sueur grasse considérée comme excrétion mixte, à la fois sudorale et sébacée. Si l’on >
ajoute à cela le fait omis (croyons-nous) par Unna de la sueur huileuse, .«
laiteuse à l’aisselle, des nègres, on aura achevé la démonstration.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA PEAU
attribue à chaque individu une odeur particulière, qui existe certainement, et qui est facilement appréciable.
Nous savons bien que des animaux doués d’un très fin odorat, les chiens, retrouvent de cette manière la trace de leur maître; mais c’est une chose anormale de voir un individu avoir une perspiration cutanée d’une intensité extraordinaire ou d’une odeur caractéristique, qui remplit son arnosphère immédiate, — osmidrose,, bromidrose.
Il est impossible de dire exactement à quelles substances est due fondamentalement l’odeur pénétrante ou prononcée de l'exhalation cutanée; il semble que ce soient principalement des acides gras, par conséquent des produits des glandes sébacées; mais nous verrons que le produit de sécrétion des glandes sudoripares y contribue également.
Les régions du corps qui possèdent des glandes sudoripares et des glandes sébacées d’un volume particulièr, comme le creux des aisselles, la peau des parties génitales, surtout chez la femme, sont aussi le siège dominant de l’osmidrose; on distingue celle-ci en osmidrose ou bromidrose locale, par opposition à l’osmidrose générale.
Hebra a démontré autrefois que, dans beaucoup de cas, la sueur fétide n’appartient pas à la perspiration proprement dite, puisque celle-ci, au moment de son apparition, n'a réellement pas une odeur plus choquante que chez la plupart des gens, mais que la mauvaise odeur se développe seulement quand les matières de la perspiration, spécialement la sueur, séjournant un certain temps sur la peau et s’imprégnajit dans l’étoffe des vêtements, bas, souliers, linge de corps, se décomposent et donnent naissance à des acides gras de toute sorte (Thin a, dans ces derniers temps, émis l’opinion qu'il s’agissait d’une « bactérie fétide ») ; cela ne serait pas une bromidrose à proprement parler.
11 ne faut pas davantage rattacher à cette affection l’odeur spéciale que prend l’émanation de la peau quand un individu a pris intérieurement ou inhalé certaines substances alimentaires ou médicamenteuses, ou surtout quand il a respiré pendant un temps assez long un air imprégné de substances odorantes qui, ensuite, sont reportées à l’extérieur par les glandes de la peau, comme l’ail, la térébenthine.
Dans certains états morbides de l’organisme, cachexie générale, syphilis, tuberculose, de même que pendant l’incubation de certains exanthèmes aigus et de quelques maladies fébriles, il s’échappe de la perspiration cutanée une odeur plus intense, que différents médecins (Hcim^ Schônlein) ont déclaré reconnaître comme tellement caractéristîque, ({u’îls prétendaient pouvoir, d’après elle, diagnostiquer la maladie en présence de laquelle ils se trouvaient. Il sera plus prudent de ne pas trop se fier à la finesse de son odorat, et de distinguer la
HUITIÈME LEÇON
scarlatine, la rougeole, la variole par d’autres symptômes qu’en recherchant l’impression olfactive de « plumes fraîchement arrachées, d’une ménagerie, de pain fraîchement cuit, etc. (I) ».
Envisageons maintenant les anomalies de la sécrétion que l’on différencie nettement d’après les sources dont elle provient, c’est-à-dire de la sécrétion de la sueur et de la sécrétion de la graisse.
Et en premier lieu les
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
En nous reportant à la physiologie de la sécrétion de la sueur, nous comprendrons mieux les anomalies que cette sécrétion peut présenter.
(1) La sueur qui apparaît aux orifices, ou qui est étalée à la surface de la peau, aussi bien que celle qui imprègne le stratum corné, peut avoir une odeur particulière au moment même où elle est excrétée, ou bien acquérir cette odeur secondairement par altération chimique, fermentation, ou prolifération bactérienne.
Dans le premier cas, qui seul constitue ce que l’on peut appeler correctement les sueurs odorantes, l’élément osmique peut être normal, accidentel ou pathologique.
Sueurs odorantes normales; le plus généralement partielles, les sueurs odorantes normales s’observent surtout là où les glomérules ont une fonction spéciale, chez tous les sujets sans exception; l’intensité et le degré, seuls, varient; à l’anus, aux organes génitaux, à Faisselle, la sueur présente des caractères propres, facilement reconnaissables et qui s’accentuent par l’accumulation, l’imprégnation et l’altération secondaire.
Sueurs odorantes accidentelles ; l’odeur provient de l’élimination générale par tous les émonctoires, les appareils sudoraux compris, de substances particulièrement diffusibles et volatiles, alcools, éthers, musc, ail, phosphore, oléorésines, etc., introduits dans l’organisme par une voie quelconque.
Sueurs odorantes pathologiques; générales, elles appartiennent soit aux maladies infectieuses, typhus, fièvre typhoïde, etc., soit aux fièvres éruptives, suette, scarlatine, rougeole, variole ; locales ou localisées, elles sont souvent en rapport avec le voisinage d’un foyer putride. Importantes à étudier en physiologie générale, ces deux dernières catégories n’ont pas d’intérêt particulier pour le dermatologiste. Quelques grandes dermatoses, telles que certaines variétés de pityriasis rubra, présentent des sueurs odorantes, mais cela est exceptionnel.
Dans le second cas, auquel s’applique plus particulièrement la dénomination A.’ hgperidrose fétide, la sueur n’acquiert des conditions osmi((ues extrêmes que par son altérabilité particulière, due à la décomposition presque immédiate de quelques-uns de ses composants ; on l’observe au cuir chevelu, aux aisselles, aux plis anogénitaux, à l’om-
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
Ainsi que nous l’avons exposé plus haut, le système vasculaire de chaque glande sudoripare prise à part forme un petit réseau admirable ; la branche artérielle qui s’approche de celle glande se ramifie en un réseau vasculaire qui enveloppe les sinuosités du canal de la glande, et duquel sort un petit tronc artériel. Nous avons donc ici une disposition semblable à celle qui existe dans les corpuscules de Malpighi des reins ; et, en effet, comme la sécrétion de ces derniers, la sécrétion des glandes sudoripares émane du sang artériel.
Cette analogie se manifeste également dans la composition chimique de la sueur, autant qu’elle a pu être fixée jusqu’à présent : la sueur est un liquide à réaction acide (1), qui contient des éléments solides en quantité d’autant plus faible qu’il est plus abondamment sécrété. Son principe dominant, capital (environ 99 p. 100), est l’eau, dans (laquelle les sels qui se trouvent habituellement aussi dans l’économie (chlorure de sodium, phosphate de chaux, etc.) sont dissous en quantité variable, mais en somme très petite. En outre, on y a reconnu de l’acide lactique (chez les goutteux), de l’acide urique, de l’urée et le produit de la décomposition de l’urée, l’ammoniaque, un acide hydrogéné spécial et de l’indikan. Ces derniers principes démontrent clairement l’analogie de la sécrétion des glandes sudoripares avec celle des reins (2).
bilic, aux extrémités, particulièrement aux pieds. C’est une variété d’hyperidrose, non une condition pathologique individualisée, et c’est au chapitre de l’hyperidrose que revient, dermatologiquement, son étude. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) La sueur, au moment même où elle commence à être sécrétée, est réellement acide, mais Luchsinger et Trumpy [Pfhigers Arch. XVIII, p. 494, 1878) soupçonnant que la réaction acide est due à la décomposition de la matière grasse sébacée, débarrassent la peau, pardeslavages, de tout corps gras, injectent 0, 10 cent, de pilocarpine et voient I’alca- LiNiTÉ se pi'()duire dès les débuts de la sudation. Vulpian (N'oc. Biol. juin 1879), Slraus {Revue de Hcujern, 1880, p. 315), ont confirmé le fait ; mais ïourton [Thèse de doctorat, Lyon, n° 24, U® série) dit que la sudation par la pilocarpine est anormale, et que la sueur physiologique est toujours acide. — Aubert et Fr. Frank sont du même avis.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Avec ses glomérules sudoripares innombrables, la peau peut à la rigueur, anatomiquement et physiologiquement, représenter un rein étalé, mais l’élément excrémentitiel n’est pas, en réalité, dans le plan de la fonction sudoripare normale, et celle-ci ne supplée pas la fonc lion rénale.
Sur un seul point, il peut y avoir action réciproque réelle, suppléance relative, c’est sur l’élimination de l’eau; quand une sueur
HUITIÈME LEÇON
De plus, on a aussi trouvé, dans la sueur, des acides gras qui se révèlent par leur odeur particulière, et certes la matière grasse ne provient
excessive est provoquée par une raison quelconque, la quantité d’eau éliminée par la voie rénale diminue proportionnellement à l’excès sudoral, cela est hors de doute; sur ce point seul, et sous cette forme seulement, la peau entre en rapport positif avec le rein. — Si le rein est suffisant, vous pouvez sans crainte fermer la voie cutanée et donner ainsi la meilleure preuve que le rein peut suppléer la peau. Senator ( Virchow's Archio. D.LXX) a verni les membres et le tronc de deux hommes en pleine santé, on a laissé cet enduit imperméable en place pendant une semaine, et on n’a observé ni abaissement de température, ni affaiblissement, ni dyspnée, ni albuminurie, ni trouble d’aucune sorte, rien en un mot de ce qui se passe chez les animaux soumis à la même pratique. Mais si le rein est insuffisant, surtout s’il y a véritablement oligurie,lapeau peut suppléer le rein dans sa fonction hydrofuge, mais non dans les éliminations véritablement excrémentitielles au sens vrai du mot.
En effet, presque tontes les substances qui traversent aisément le filtre rénal trouvent dans le glomérule sudoripare une barrière toujours fermée, |>articulièrement celles qui sont d’ordre excrémentitiel ; un peu plus de facilité pour certaines substances venues du dehors qui débordent en quelque sorte par cette voie, mais elle est si peu faite pour cet objet que celles-là même parmi ces substances que le rein tolère parfaitementdeviennent, pour le glomérule et pour la peau, de véritables irritants. Aucun organe ne peut suppléer le rein excrémentitiel, et c’est là, précisément, ce qui rend son rôle si considérable en pathologie, et ses altérations ultimes si irrémissibles.
Sans celte pureté relative de l’élimination sudorale, la peau fût devenue une véritable sentine; la sueur est, au contraire, une sauvegarde pour l’intégrité du revêtement cutané qu’elle n’impressionne dans l’état physiologique que d'une manière favorable ; aucun bacille ne trouve une voie d’élimination par le glomérule, pas même le bacille lépreux qui est presque ubiquitaire; les expériences de J. Guievre et CosSAR Ewart [Joiirn. of. anal. and. physiol., 1878), lesquels concluent que les bactéries trouvées dans la sueur normale ne sont pas éliminées de l’organisme, mais fixées accidentellement, sont, au moins en partie, valables pour les sueurs pathologiques.
Ce n’est pas tout, l’appareil sudoripare lui-méme est à l’abri de la plupart des altérations de la peau proprement dites, et les dermatoses, même majeures, ne produisent dans le système glomérulaire que des réactions accessoires. On comprendra ce dernier point, et on se rendra compte de cette dernière particularité aussi remarquable que peu remarquée, si l’on veut considérer que les glomérules, partie sécrétoire de l’appareil sudoral, n’occupent que la face inférieure du chorion^ et la couche cellulaire et adipeuse dite sous-cutanée celle qui constitue, en réalité, l’étage inférieur, ou troisième couche, et que nous avons dénommée hypoderme ; les plus élevés n’atteignent que la couche profonde du chorion, occupant les canaux aréolaires par groupes ou
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
absolument pas alors de la sécrétion des glandes sébacées qui occupent la même surface que les gdandes sudoripares, mais elle vient certainement de ces dernières, puisqu’on l’a trouvée dans des endroits où elles existent exclusivement et où il n’y a pas une seule glande sébacée, comme à la paume de la main ; sans parler des grosses glandes de l’aisselle et des glandes circum-anales décrites par Gay, et dont la sécrétion semble être analogue à celle des glandes cérumineuses de l’oreille. C’est à la présence de principes de ce genre que certaines sueurs et, en particulier, la sueur de quelques régions de la peau, doivent leur odeur spéciale.
Dans les conditions ordinaires, la sueur est excrétée en quantité insensible ; elle s’échappe au fur et à mesure de son émission ; mais si l’on diminue celle évaporation, ou si on la condense, comme par l’application d’enduits imperméables, taffetas gommé, caoutchouc, elle peut se réduire en gouttes liquides.
A la suite de réchaufTemenl actif ou passif du corps, et d’une tension plus prononcée des vaisseaux de la peau, la sueur apparaît en gouttes transparentes et en quantité plus considérable ; mais sa sécrétion ne dépend pas seulement d’une tension artérielle plus marquée sous l’influence de l’action du cœur ; il faut la rapporter bien plutôt à une action provenant du système nerveux. Tout le monde sait qu’une excitation psychique ou sensorielle du cerveau, le chagrin, la frayeur, une douleur violente, un malaise de l’estomac, etc., font apparaître la sueur en grosses gouttes sur le front ou sur tout le corps. La contraction des plus petites artères, sous l’inQuence du froid ou du frisson, est liée à un arrêt de la sécrétion sudorale ; au contraire, la dilatation des petits vaisseaux, comme dans la chaleur à la période de détente d’un accès fébrile, se rattache à une exagération de cette même sécrétion
grappes de quatre ou cinq, les autres lui sont tout à fait inférieurs; tels sont ceux qui appartiennent aux organes génitaux, à l’aréole, au creux axillaire, aux régions palmaires et plantaires, au cuir chevelu.
Quant aux aberrations quantitatives de la sécrétion sudorale, leur importance en pathologie cutanée est réelle, leur rôle est à peu près fixé. Il n’enestpas de même pour les altérations qualitatives, lesquelles sont certainement l’origine, non pas seulement de quelques épidermites superficielles par altération chimique de la sueur étalée, ou par germination microbienne, mais, directement, de certaines espèces de dermatites dont la palhogénie reste inconnue.
Enfin, les lésions propres des glomérules, primitives ou secondaires, celles qui se propagent à leur atmosphère, comportent un intérêt dermatologique particulier dont nous tiendrons compte : idradénites, périadéniles sudorales, idradénomes. Ernest Bes.nier. — A. Doyon.
160 HUITIÈME LEÇON. I
sudorale (1). 11 est donc hors de doute que la sécrétion de la sueur est sollicitée ou entravée par l’influence nerveuse locale, centrale ou réflexe. Depuis les dernières années, où l’étude des nerfs du système vasculaire et des centres d’où ils émanent occupe tant d’expérimentateurs, [nous savons que la voie suivie par les nerfs vasomoteurs est également celle que parcourt l’excitation de la sécrétion sudorale ; que l’on peut, en divisant ou en excitant les fd^res du grand sympatliique et les nerfs sensitifs qui transmettent l’excitation, interrompre ou exciter expérimentalement la sécrétion de la sueur, absolument comme celle de la salive ou du suc pancréatique. L’irritation d’un tel tronc [
nerveux provoque, même dans un membre amputé, donc dans un |
membre séparé de la circulation sanguine, la sécrétion de la sueur. I
(L’atropine arrête la fonction des nerfs de la sueur.) Pour les '
pattes de derrière (du chat), les nerfs delà sueur se trouvent dans le j
nerf iscliialique, d’où ils arrivent, soit directement, soit par un détour j
par la portion abdominale du cordon sympathique voisin et par des rameaux communiquant de celui-ci par les racines antérieures, dans la portion supérieure de la moelle lombaire, et inférieure de la moelle tho-
(1) Il y a ici deux points à préciser :
1® Action ncromse sudoripare dans ses rapports avec la circulation cutanée. — La sécrétion de la sueur, de même que la circulation cutanée, est régie par un appareil nerveux propre et indépendant ; habituellement, il y a accord foncfionneÇ synergie, entre les deux systèmes d’innervation : d'une part, la sécrétion sudorale est atténuée ou suspendue en même temps que la circulation cutanée est entravée par l’action des vaso-constricteurs ; de l’autre, cette sécrétion est activée en même temps que se produit une dilatation vasculaire active ; mais cela a lieu par des nerfs indépendants , ainsi que l’a surtout montré le professeur Yulpian [Comptes rendus de V Acad, des sciences, 1878-1879). Les médecins cliniciens savent, d’ailleurs, depuis longtemps, que cet accord n’est ni nécessaire ni constant, puisque la peau peut être, à la fois, congestionnée et sèche, ou absolument anémiée et couverte de sueur.
2® Action du froid ou de la chaleur sur la circulation cutanée. — Sous l’influence du froid, les artérioles de tout calibre se resserrent par voie réflexe comme dans le frisson de cause interne, le sang pénètre en moindre quantité dans les réseaux capillaires et s’accumule dès lors beaucoup moins dans les veinules. La peau est froide et pâle d’abord; puis, à un degré plus avancé, les parois vasculaires perdent leur tonicité, et l’on observe ces dilatations veineuses qui déterminent le bleuissement des parties exposées. Sous l’influence du chaud (interne ou externe), les vaisseaux se dilatent et la peau prend la teinte rouge qu’on lui connaît ; les veines, recevant par les capillaires dilatés une lus grande quantité de sang, deviennent turgescentes.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
raciqiie inférieure où paraît être le centre de la sécrétion sudorale du membre postérieur. Les nerfs de la sueur pour les pattes de devant du chat passent dans les nerfs cubital et médian d’où ils pénètrent dans la moelle cervicale inférieure, soit directement parles racines spinales, soit par le cordon thoracique du sympathique. Dans la moelle allongée (Adamkiewicz) et dans le cerveau même il y a des centres qui président à la sécrétion sudorale de tout le corps. En outre, Goyne a en partie démontré l’existence de ganglions périphériques des glandes sudoripares ; les fibres nerveuses qui se rendent aux libres musculaires lisses des grosses glandes en peloton déterminent, si on les irrite, l'apparition subite de la sueur.
A côté des travaux de Vulpian, Betzold, Goltz, Samuel, Ostrumoff, etc., ceux de Stricker sur les centres toniques des nerfs vasculaires et sur l’innervation collatérale, et ceux de Kendall et Luchsinger et de Nawrocki sur l'influence qu’exerce l’excitation des nerfs sur l’activité des glandes sudoripares, sont particulièrement instructifs sous ce rapport (I).
Au point de vue pathologique, ces faits sont corroborés par les observations de sécrétion locale anormale de sueur, en plus ou en moins, dans le cercle d’action de différents nerfs sensitifs qui sont paralysés ou, au contraire, qui sont excités, irrités (comme dans les cas de migraine), dans les blessures, les tiraillements par des cicatrices (Weir-Milchell).
D'après l’étude la plus récente des cas et des expériences qui y ont trait, celle de Bouveret (2), l’hyperidrose paraît être liée à une excitation des nerfs cérébro-spinaux ou à une paralysie du sympathique.
(1) Cette théorie physiologique et pathogénique des hyperhémies cutanées a sa véritable origine et est puisée tout entière dans les mémorables expériences de Claude Bernard, lesquelles ont démontré l’existence et le rôle fonctionnel des nerfs vasomoteurs et des nerfs sécrétoires.
Les travaux consécutifs de Vulpian et des auteurs ci-dessus cités, notamment de Luchsinger et de Nawrocki, qui se rapportent plus particulièrement aux nerfs sécrétoires des glandes cutanées, ainsi que ceux de Betzold, de Goltz, de Samuel Stricker, etc., auxquels il conviendrait d’ajouter l’indication récente des belles recherches de Dastre et Morat sur les nerfs vasodilatateurs et par conséquent sécrétoires et pouvant présider aux hyperhémies ; tous ces travaux, disons-nous, découlent de cette source primordiale.
Erxest Besnier. — A. Doyon.
(2) Voyez sur tous ces points l’excellente thèse de concours de L. Bouveret— Des sueurs morbides, Paris, 1880. E. B. — A. D.
KAPOSI, 2e ÉD.
HUITIÈME LEÇON
L’analogie avec les lijqierliémies de la peau que nous avons déjà décrites et qui sont liées à un état de spasme ou de paralysie des nerfs est tout à fait impossible à méconnaître. Et cela se comprend, puisque la sécrétion de la sueur elle-même est tout d’abord réglée par les conditions locales de circulation des réseaux vasculaires qui enveloppent les glomérules.
Le but phj^siologique prochain de la sécrétion de la sueur semble être de régulariser la chaleur du corps, puisque, en général, quand la température du corps s’élève, la sueur arrive en quantité abondante, puis, par son évaporation, elle soustrait au corps une partie de sa chaleur. En outre, il faut encore attribuer à la sueur un but d’excrétion; c'est ce qui parait ressortir non pas seulement de la constitution chimique de la sueur dont nous avons déjà parlé, mais encore de ce fait bien connu que la sécrétion des reins, dans l’état physiologique, est généralement, au point de vue de la quantité, en rapport proportionnel avec la^sécrétion sudorale. Plus la transpiration est abondante, plus l’urine est rare et concentrée, et vice versa.
C’est certainement cette observation de chaque jour qui a donné naissance à cette hypothèse, qui jouit encore actuellement d’un certain crédit, que la rétrocession de la sueur, ou la suppression de sa sécrétion, surtout dans les cas où elle est pathologiquement exagérée, peut entraîner des conséquences fâcheuses pour l’organisme, et donner lieu à des maladies de refroidissement ou à des affections plus graves.
Si sous l’influence d'une augmentation de la sécrétion des reins, on voit certainement disparaître plus rapidement des exsudats et des œdèmes anciens, ce phénomène se produit aussi quand, simultanément, il y a une transpiration exagérée de la peau. Mais cet état de la sécrétion est avant tout, lui-même, une conséquence de la chute de la fièvre et surtout de l’activité des vaisseaux qui survient au moment où la fièvre disparaît; et ce fait ne motive en rien cette supposition que, dans le cas où la transpiration cutanée viendrait à diminuer, un exsudât qui existe depuis quelque temps déjà s’aggraverait, ou qu’un organe interne deviendrait malade ; car les reins à l’état normal excrètent des matériaux d’échange en quantité incomparablement plus grande que les glandes siidoripares dont le produit de sécrétion n’est, comme on le sait, à peu près composé que d’eau pure (1). Et surtout il ne
(1) Si l’activité de la sécrétion sudorale et de l’excrétion urinaire peut favoriser la résolution des exsudais ou des œdèmes anciens — ce qui vient d'élre reconnu au commencement de l’alinéa — on ne voit pas pourquoi la suppression de la transpiration cutanée ne pourrait
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
peut pas être question d’une rentrée, d’une répercussion de la sueur excrétée ; car, d’après les lois physiologiques, on ne peut pas plus y penser qu’à la rentrée de l’urine, quand rien ne s’oppose à son écoulement au dehors ; aussi ne redoutons-nous pas du tout une telle répercussion, parce qu’elle est impossible, et ne craignons-nous même pas de combattre la sécrétion exagérée des glandes sudoripares dans les cas où elle a le caractère pathologique. Nous cherchons bien plutôt à la guérir, absolument comme la polyurie, et nous n’avons jamais vu le plus léger accident suivre cette guérison (1). Si nous avions à formuler à cet égard une plainte quelconque^ ce serait justement le contraire, c’est que précisément il est souvent difficile, ou même impossible, d’empêcher la sécrétion exagérée de la sueur.
Je craindrais presque de dire quelque chose de superflu si je vous faisais observer que la disparition brusque de la sueur, sous l’influence d’un courant d’air froid, n’indique pas du tout une répercussion de la sueur, mais bien une évaporation rapide du produit de sécrétion déjà excrété.
Pour la pathologie générale, ce serait le vrai moment d’exposer ici.
pas être contraire à la résolution des mêmes exsudais, surtout si l’on veut bien remarquer que les reins, supposés par l’auteur suffisants à toutes les excrétions, peuvent, chez les malades dont il s’agit, être organiquement insuffisants; on ne voit pas davantage pourquoi, dans les mêmes conditions, il ne pourrait pas se produire, ne fut-ce que par voie réflexe, une altération de quelque organe interne. E. B. — A. D.
(1) Il est superflu, en s’adressant aux médecins, de combattre la théorie populaire de la « sueur rentrée » ; mais il est nécessaire d’examiner ce que peut produire l’action du froid sur le système glomérulaire en tension, et ce qui peut résulter de l’inhibition brusque de cette fonction, si hautement nerveuse et circulatoire, dans son plein exercice, et des phénomènes inhibitoires réfléchis (Brown-Séqüard) origine des accidents trop réels qui succèdent aux brusques arrêts sudoraux.
En fait, il y a une sueur normale^ physiologique, nécessaire, qu’il faut respecter et favoriser à la manière de toutes les excrétions; — des sueurs accidentelles dont la suppression brusque doit toujours être évitée; — des sueurs habituelles excessives, anomales, qu’il est permis de combattre, non pas aveuglément comme cela est enseigné par l’auteur, mais seulement avec connaissance de cause; — des sueurs morbides, dont quelques-unes ne réclament aucune intervention ou la contreindiquent, et les autres, sueurs colliquatives, doivent être réprimées; — enlin des sueurs provoquées ou excitées, dont la valeur thérapeutique est au-dessus de toute controverse théorique.
Nous allons préciser tout à l’heure, mais nous ne pouvions ajourner ces observations, Ernest Besnier. — A. Doyon.
HUITIÈME LEÇON
dans tons leurs détails, les maladies dites de refroidissement, dont on a de tout temps parlé en médecine, avec plus ou moins de talent, en général avec bien peu de bonheur. Mais nous devons rester sur le terrain des maladies cutanées qui nous a entraînés de la sécrétion plivsiologique de la sueur à la pathologie de cette fonction.
La sécrétion de la sueur prend le caractère pathologique sous le rapport soit de la quantité soit de la qualité.
Quant au premier, on regarde comme des états morbides, la sécrétion sudorale arrivée à des proportions démesurées, — dysidrose ou hyperidrose, et l’état contraire, une diminution anormale, — anidrose (1).
L’hyperidrose est considérée comme un état morbide quand on voit une (juantité exagérée de sueur, en gouttes, se produire sur la peau dans des circonstances où cela n’a pas lieu habituellement chez la plupart des sujets. La sueur excessive qui survient lorsque la chaleur <.■ du corps est élevée par l’ardeur du soleil ou du feu, par un effort physique, le travail, la marche, la danse, etc., n’est donc pas, à proprement î parler, de l’hyperidrose (2). Nous ne rattacherons pas davantage à cette
(1) Le terme de dysidrose serait acceptable pour exprimer, généri-
quement, les perturbations de toute espèce de la sécrétion sudorale; mais il a, en dermatologie, une autre acception qui va se présenter un peu plus loin. Les termes de hyperidrose et anidrose sont suffi- ( sants, en remarquant toutefois que le dernier ne doit pas être pris au * sens absolu, et qu’il contient implicitement le terme de oligo-idrose. j
La plupart des médecins écrivent « hyper/<ydrose, éph^drose, J
anAydrose ; c’est à tort ; quand il s’agit de la sueur, le radical J de idrose n’est pas tlSwp, eau, mais ïcpo);, sueur. J
(2) Cela est parfaitement de l’hyperidrose. Entre cet excès de sueur ^ en quelque sorte normal, commun, qui résulte de la chaleur, de l’activité physique ou morale, etc., et l’excès pathologique des sujets qui ne peuvent faire aucun mouvement, ni subir aucune impression, sans > entrer en transpiration, il n’y a de différence que dans le degré auquel ; se fait la réaction sudorale; entre les deux extrêmes, on trouve toutes •’ les nuances, et il serait bien difficile de fixer une moyenne en deçà ou
au delà de laquelle l’excès de sueur ne mériterait pas, ou mériterait le nom d’hyperidrose. En fait, il y a hyperidrose toutes les fois où la sueur est excessive, quelle que soit ta cause du phénomène ; reste à distinguer les circonstances, et les cas. Il serait tout à fait arbitraire de restreindre la signification du mot au gré du sentiment de chacun. Dans le premier cas indiqué ci-dessus, l’hyperidrose est commune on physiologique ; dans le second, elle est extraordinaire, pathologique, mais elle existe dans les deux cas. Ernest Besnier. — A. Doyon.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
afîecüon la sécrétion démesurée de sueur qui apparaît comme symptôme concomitant ou consécutif d’autres maladies générales, de la fièvre aiguë et chronique, de la tuberculose, de la cachexie chronique, et que l’on regarde comme « critique » dans les maladies fébriles aiguës (pneumonie, fièvre typhoïde) (1).
D’après d’anciennes relations, dans la période de 1485 à 1550, il régna cinq fois en Angleterre, en France et en Allemagne une épidémie caractérisée par une éruption excessive de sueur, et qui, dans l'histoire des maladies^ porte le nom de suette anglaise [sudor ang liens). On cite également une pareille épidémie qui éclata en Picardie en 1718, — suette de Picardie. Probablement, dans ces deux épidémies, il s'agissait de maladies fébriles (2).
(1) Ces excès morbides de sueurs, ces sueurs morbides, ne peuvent
pas, à la volonté d’un auteur, être ou n’être pas de l’hyperidrose ; elles constituent par leur réunion la classe des sueurs morbides ou hyperiàvosQB symptomatiques. E. B. — A. D.
(2) La suette dite anglaise, parce qu’elle aurait été observée d’abord en Angleterre, puis en France à Calais, sur les Anglais exclusivement, dans cinq épidémies qui eurent lieu en 1485, 1507, 1518, 1529 et 1551, se rapporte à une fièvre diaphorétique foudroyante, dans laquelle l’éruption miliaire n’avait pas le temps de se développer à cause de la rapidité de l’évolution qui amenait souvent la mort en quelques heures. On a cru depuis en reconnaître deux manifestations : épidémies de Rottingen et de Sulzfeld, 1802, 1864. (Voy. Léon Colin, Traité des maladies épidémiques. Paris, 1879, p. 867 et suiv.)
On sait aujourd’hui que des faits du même ordre, c’est-à-dire dans lesquels la mort survient par asphyxie pendant la diaphorèse, avant le stade éruptif ou tout à son début, appartiennent cà toutes les épidémies de suette; si l’on a pu croire à la suette sans éruption comme manifestation exclusive d’une épidémie, c’est que, autrefois comme aujourd’hui, beaucoup de médecins confondent les cas moins graves, ceux dans lesquels la période éruptive a le temps de se développer avec diverses autres affections, notamment avec la rougeole.
La suette des Picards ou suette miliaire ne diffère pas de la suette anglaise; antérieurement à l’épidémie d’Abbeville (1718), elle avait déjà été observée en Allemagne (Leipzig, 1652), et elle a encore actuellement des foyers en divers points de la France et de l’Europe. C’est une fièvre sudorale infectieuse; elle débute brusquement par des sueurs profuses, nauséabondes même chez les malades qui sont tenus le plus proprement, en même temps que surviennent de la constriction épigastrique, de la gêne respiratoire et de l’anxiété ; la langue est saburrale, il y a de la céphalalgie, des phénomènes cérébraux. Après deux à quatre jours de durée de ces symptômes, apparaissent les manifestations cutanées éruptives : la peau devient rouge uniformément ou par plaques, puis elle se hérisse de petites granulations ansérines qui sont bientôt
HUITIÈME LEÇON
L’hyperidrose qui se manifeste comme maladie essentielle de la peau, inde'pendante des causes que nous avons énumérées plus haut, rentre seule dans le domaine de la i)athologie cutanée (1).
Elle occupe la peau dans toute son étendue, — hyperidrose généralisée, — ou elle est seulement bornée à certaines régions du corps, — hyperidrose localisée.
L’hyperidrose généralisée se rencontre le plus souvent chez des individus gras, rarement chez des individus d’un embonpoint modéré; un léger effort corporel ou intellectuel, le séjour dans une pièce qui n’est que modérément chauffée, une excitation psychique, une contrariété, l’impatience, amènent chez ces personnes une excrétion subite et 'abon-
des phlycténules sudaminales transparentes, puis opaques (sudamina, miliaire), généralement petites, mais pouvant atteindre le volume d’un pois. Ces éruptions, érythème et phlycténules, peuvent être observées sur les muqueuses, sur la langue, le voile du palais; elles sont essentiellement multiformes sur la peau, et parfois, chez le même sujet,, rosénliques, rubéolicpies, scarlatiniformes ; leur marche est descendante, et c’est par la face que la rougeur débute souvent, ce qui rend très facile la confusion avec la rougeole. La desquamation est furfuracée sur le tronc, lamelleuse, scarlatinoïde aux extrémités; elle s'étend à la langue, etc., etc.
Voyez sur cette question : L'épidcm'ie de siiette du Poitou en juin et juillet 1887. — Rapport de la mission envoyée par M. le ministre du Commerce et de l’Industrie, par MM. Brouardel et Thoinot, directeurs de la mission, avec le concours de MM. les D''® Ghantemesse et Descoust, et de MM. Damelin, Ilontang, Louis Parmentier, Pozzi et Wallich, internes des hôpitaux, communiquée à l’Académie de médecine dans sa séance du 13 septembre 1887, par M. Brouardel. — Voy. aussi la communication de Chédevergne, eodem toco; — et E. Parmentier: Épidémie de suette miliaire, ses caractères in Revue de Médecine, septembre et novembre 1887.
D’après Littré, Charles Daremberg, Léon Colin, la maladie cardiaque décrite par Galien et Cœlius Aurelianus, la suette anglaise, qui ravagea les Iles Britanniques, le nord et le centre de l’Europe, de 1485 à 1529, la suette miliaire qui apparut en 1052 à Leipzig sont des manifestations plus ou moins graves de la même maladie. Decker, Ilaeser, Anglada soutiennent que ces trois maladies sont distinctes.
Toutes réserves sont permises au sujet de la maladie cardiaque, mais l’identité de nature de toutes les suettes peut être considérée comme établie. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Cette variété d’hyperidrose ressortit également à la clinique générale; quant aux sueurs localisées, sueurs locales, hyperidroses locales, elles dépendent plus souvent de lésions nerveuses dont elles constituent un des symptômes, que d’un véritable état pathologique de la peau proprement dite. E. B. — A. D.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
dante de sueur. A ce moment, on sent que la peau est chaude et turgescente, ou bien elle est fraîche, particulièrement quand la sueur a séjourné longtemps sur la peau ; ce dernier phénomène provient de la soustraction de chaleur résultant de l’évaporation du liquide.
Chez certains individus l’hyperidrose généralisée revient souvent, il est vrai, mais chaque fois pour peu de temps seulement ; chez d’autres, elle est habituelle et continue; littéralement, ces personnes sont continuellement ruisselantes de sueur. Cette hyperidrose persiste généralement pendant des années à l’état d’affection de la peau, et ce sont presque exclusivement des personnes d’âge moyen qu’elle frappe. Cependant, on l’observe aussi dans la première adolescence chez des sujets atteints d’obésité précoce (1).
L’éruption de cette sueur abondante est en général précédée d’une sensation désagréable de picotement de la peau, quelquefois aussi d’un sentiment de serrement, d’oppression. Ilebra a attribué ces sensations à l’accumulation du sang dans les vaisseaux des papilles, dont la turgescence excite les nerfs cutanés; cela me parait très plausible. Après l’apparition de la sueur, ces sensations désagréables se dissipent et les malades se sentent soulagés.
Aveccette abondante sudation, on voit parfois apparaître sur la peau un exanthème consistant en papules du volume d’un grain de millet ou un peu plus grosses, solides, d’un rouge vif, s’accompagnant d’une démangeaison modérée, ou bien ce sont des vésicules remplies d’un liquide clair comme de l’eau. Cet exanthème représente l’affection cutanée connue sous le nom de sudamina, prickhj beat, calori, Hitz-oder Schweiss1)lallerchen, qui survient habituellement chez tous les individus, particulièrement chez ceux qui ont la peau délicate, surtout chez les enfants, quand une chaleur démesurée détermine chez eux une très abondante excrétion de sueur. On ne peut pas dire que les sudamina soient une conséquence de la sueur, dans le sens que celle-ci ramollirait l’épiderme et irriterait les papilles, comme peuvent le faire, par exemple, les pommades irritantes, des bains chauds, même la sueur restant longtemps en contact avec la peau, et souvent aussi l’application prolongée de cataplasmes. En effet, les sudamina apparaissent presque en même temps que la sueur, ils semblent être le produit de l’exsudation aqueuse qui sort des papilles turgescentes de sang. De même que la sueur sort à travers les glandes sudoripares, de même il sort un
(1) Cette obésité, elle-même, est un des éléments du syndrome constitutionnel ou accidentel, dont l’hyperidrose fait partie.
dC8
HUITIÈME LEÇON
liquide des vaisseaux papillaires entre les couches de l’e'piderme qu’il soulève en papules et en vésicules.
Cet exanthème n’est pas sans quelque rapport avec la maladie que nous apprendrons à connaître sous le nom d’eczéma, dont il peut même prendre les formes caractéristiques dans son développement ultérieur, alors que la peau finit par s’irriter à force d’être mouillée par la sueur, ou par le fait d’un traitement mal approprié. Mais si l’on emploie des moyens convenables, dans les cas où l'hyperidrose n’était que passagère, les vésicules s’affaissent aussitôt; les feuillets épidermiques qui avaient été soulevés desquament en lamelles minces, et la peau revient à l’état normal.
Bien (jue nous devions parler encore du traitement del’eczéma sudoral au chapitre de l’eczéma, cependant je ferai observer, dès maintenant, que, dans le cas où il existe des sudamina, il faut, pour le motif signalé plus haut, éviter tout ce qui pourrait amener la peau à une nouvelle production de sueur et, par conséquent, l’irriter. On évitera tes bains, la chaleur, les vêtements chauds, les boissons échauffantes et les mouvements du corps. On rafraîchira la peau avec des lotions d’alcool, d’eau de Cologne^ etc., et l’on absorbera la sueur en saupoudrant la peau de poudre d’amidon.
La conséquence particulière de l’hyperidrose généralisée est la macération de l’épiderme et la rougeur de la peau, — Fratt, Frattsein, intertrigo, — que l’on observe sur les parties qui favorisent d’une manière spéciale la production souvent renouvelée de la sueur ainsi que sonséjour prolongé sur la peau, par conséquent dans les plis qui sont toujours en contact les uns avec les autres, comme aux seins, aux parties génitales, sur le tronc, etc. Cet état peut aussi très facilement prendre les proportions de l’eczéma, — eczéma intertrigo ; — nous l’étudierons en détail à sa place (1).
L’hyperidrose localisée est plus fréquente et plus importante au point de vue pratique; elle représente la sécrétion de la sueur abondante et habituelle limitée à certaines régions de la peau. On la rencontre le plus
(1) L’hyperidrose proprement dite ne donne lieu à une éruption vraiment eczémateuse que chez une catégorie de sujets prédisposés, dans des régions spéciales, quand les soins appropriés font défaut ou quand des irritations inopportunes interviennent. On trouve alors réunis, comme conditions directes, l’altération du liquide sudoral et son séjour à la surface et dans les vêtements, l’enveloppement dans des linges souillés et maintenant une température trop élevée, comme cela se voit, par exemple, chez les enfants au maillot de laine; l'absence d’ablutions chez les sujets obèses dans les surfaces de contact (intertrigo-sudoral). E. B. — A. D.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
souvent au visage (front et menton), au cuir chevelu, au creux de l’aisselle et au pli de l’aine, à la paume des mains et à la plante des pieds (1).
L’excrétion exagérée de la sueur dans le creux de l’aisselle s’observe avec une fréquence spéciale chez les femmes et elle est habituellement liée à une odeur pénétrante, — osmidrose. Elle est gênante à cause de celte odeur et aussi parce qu’elle décolore les parties de vêtements qu’elle imprègne; quand sa durée se prolonge, elle finit par amener un eczéma (2).
L’hyperidrose de la paume de la main est une affection extrêmement désagréable; aussi souvent qu’on se lave les mains et qu'on les essuie.
(1) Voilà vraiment l’hyperidrose idiopathique, celle qui est du ressort du médecin dermatologiste et pour laquelle sa compétence particulière n’est pas inutile à invoquer ; elle est toute à distinguer des sueurs morbides, le plus souvent locales ou localisées, qui relèvent exclusivement de lésions organiques ou fonctionnelles du grand sympathique, des centres encéphaliques, des nerfs cérébro-spinaux, de la moelle, lesquelles sont du plus haut intérêt pour la médecine et pour la physiologie générales — Voy. Thèse de Bouveret, suj>. cit. — , mais dont l’étude aussi bien que l’exposé ne seraient pas ici à leur place.
(2) L’hyperidrose axillaire est la plus commune et les actions phy-
siques ou morales les plus diverses l’excitent chez tous les sujets sans exception. Voyez dans nos ampliithéâtres les malades présentés nus : en peu d’instants, la sueur ruisselle littéralement de l’aisselle et vient tomber sur le sol, à la grande stupéfaction du patient qui passe sa main sur le côté du thorax pour se convaincre de la nature de cet écoulement extraordinaire. /Vubert — De l’hyperidrose axillaire des personnes nues. Annales de dermatologie et de sgphiUgraphie, 2"’® série, t. 111, 1882, p. 085 — attribue celle hyperidrose aune élévation thermique locale de un demi-degré, coïncidant avec l’abaissement de températu4;e de la surface, et il ne considère l’émotion que comme une cause adjuvante de sa production ; nous ne partageons pas cette opinion. Quel qu’en soit le mécanisme local, la cause essentielle de l’hyperidrose axillaire des personnes nues est purement émotive ; chez les hommes qui se baignent entre eux, et qui n’ont pas la même émotion que ceux qui sont présentés en public, il peut y avoir un peu de moiteur de l’aisselle si la température extérieure est élevée, mais jamais on n’observe chez eux ce ruissellement étrange de nos malades exposés. Un grand nombre d'autres émotions aussi inconscientes produisent le même résultat; le professeur, par exemple, s’il s’est quelque peu donné intellectuellement, a toujours de l’hyperidrose axillaire au cours de sa leçon. L’aisselle est le lieu banal de l’hyperidrose ; c’est à l’aisselle où elle se produit le plus tôt, le plus souvent et le plus abondamment ; l’aisselle est le véritable foyer central, le centre de la sudation Ernest Besnier. — A. Doyon.
HUITIÈME LEÇON
leur face palmaire et la face interne des doigts se recouvrent aussitôt de gouttelettes transparentes de sueur qui sortent à travers les orifices, dilatés et visibles à l’œil nu, des glandes sudoripares.
Les mains qui suent Iiabituelleraent sont toujours au toucher humides, froides, gluantes; leur contact est pénible et désagréable, sous divers rapports, surtout s’il s’agit d’une femme, à ce point que celles qui sont atteintes de cette infirmité essuient précipitamment leur main avant de la tendre ou de l’abandonner; les gants qu’elles portent sont rapidement tachés, leurs ouvrages (broderies, etc.) ont toujours un aspect sale et gras, car il est certain que les glandes sudoripares excrètent aussi des principes gras. Vous voyez donc que les personnes atteintes de cette hyperidrose habituelle des mains peuvent être considérablement gênées par ce fait dans l’exercice d’une profession ou d’un métier (1). Cet état peut persister pendant des années entières sans altérer localement la peau d’une manière spéciale ; tout au plus l’épiderme paraît-il ramolli, il se soulève çà et là sous forme de vésicules très superficielles, il s’exfolie, il est ridé, plissé sur le bout des doigts. 11 est rare qu’il se forme des vésicules et des bulles du volume d’un grain de millet ou plus grosses, ou même des pustules, circonstance qui a amené certains auteurs à en faire une forme pathologique à part : — Ilutchinson (cheiro-pompholix)^ Tilbury Fox (dysidrosis), Robinson (pompholix), — et cela à tort, comme nous le verrons quand nous étudierons l’eczéma. En effet, il s’agit ici tout simplement de symptômes qui appartiennent à des poussées aiguës d’eczéma (2).
(1) L’hyperidrose avec algidité cyanotique est fréquente chez les
jeunes filles, et est pour elles un obstacle considérable dans les relations sociales; elle entraîne, quand on la laisse sans les secours convenables et opportuns, une véritable acromégalie localisée qui ajoute une difformité à l’infirmité. E. B. — A. D.
(2) Cette proposition est trop absolue : il n’y a pas à le nier, il y a une lésion d’ordre hyperidrosique, et non eczémateux, que les auteurs susnommés ont eu raison de distinguer et de signaler; on ne l’observe pas seulement à Londres, mais en tous pays.
Dans sa forme la plus légère, la maladie de Fox, de Ilutchinson, de Robinson, consiste en de petites vésicules discrètes, très fréquentes dans la saison chaude, ayant pour lieu d’élection les parties latérales des doigts, profondément enchâssées, parfois un peu douloureuses, irritables si le patient les « tracasse », entourées d’une zone érythémateuse étroite, laissant écouler, si on les ponctionne à l’aiguille, un liquide neutre, acide, ou faiblement alcalin, selon les périodes de l’évolution.
Dans ce degré, cette petite infirmité saisonnière est très commune; quelques personnes ne peuvent porter des gants de peau pendant l’été
L’état que nous avons cle'crit se rencontre principalement chez des personnes jeunes des deux sexes, souvent lié à la chlorose et à de mauvaises digestions... (1) aux mains et aux pieds, qui sont froids au toucher, à la cyanose de ces parties, aux variétés de livedo décrites comme asphyxie locale des mains, avec tendance aux engelures. Je l’ai, cependant,observé aussi chez des individus d’un âge moyen et je l’ai vu survenir sans la moindre cause appréciable chez des sujets qui avaient toujours vécu dans d’excellentes conditions et mené une existence régulière, etc.
Habituellement aussi, l’hyperidrose disparaît sans cause que l’on puisse déterminer, après des mois ou des années. Quoi qu’il en soit, ce mal est des plus gênants et des plus opiniâtres.
sans la voir se produire, surtout celles qui répondent au type des « arthritiques sudoraux ».
A un degré plus élevé, les vésicules coalescent, se groupent, gagnent la paume de la main ou la plante du pied, forment de véritables lacs ou ,phlyctènes, mais conservent les mêmes caractères, la même terminaison, c’est-à-dire qu’elles s’affaissent ou se rompent, que le liquide qui s’en écoule n’a rien du liquide de l’eczéma, et que la desquamation finale est absolument celle des plilyctènes ou des bulles.
Gela n’est donc pas de l’eczéma, et cela ne devient jamais de l’eczéma si le malade est mis au repos, si on lui donne des bains frais et si on se borne à laisser les mains dans l’inaction, poudrées d’amidon ou, dans les cas très intenses, pansés comme les brûlures avec le Uniment oléocalcaire. Mais si le médecin, comme c’est l'usage regrettable, intervient par des irritants sur ces surfaces en état irritable, il a grande chance de déterminer un eczéma qui sera, d’ailleurs, fugace; toutefois, cette transformation est loin d’être constante, même après des applications irritantes; nous en avons, cette année, présenté un exemple remarquable chez un palefrenier anglais, atteint de dysidrose, et qui avait appliqué sur ses mains les emplâtres destinées à des chevaux.
Dans certains cas, si la dysidrose évolue chez des sujets à prédisposition eczémateuse, il peut y avoir une affection composite, que nous nommons eczéma dysidrosique ; c’est là une question de diagnostic différentiel qui peut être parfois obscure et discutable, mais qui n’ôte rien à la précision des faits susindiqués.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Ce n’est ni la « chlorose » {vraie), laquelle est relativement rare, ni les « mauvaises digestions » qui causent l’hyperidrose des mains chez les jeunes sujets; l’hyperidrose, les engelures, sont du même ordre, et ont la même source que les troubles dyspeptiques, l’anémie lymphatique, les troubles dysménorrhéiques ; tous ces phénomènes pathologicpies font partie d’une série coordonnée de troubles ou de perturbations nutritives résultant soit de mauvaises conditions d’hygiène, soit d’imperfection constitutionnelle. E. B. — A. D.
HUITIÈME LEÇON
On peut dire la même cliose de la sueur habituelle des pieds; occasionnellement, tout le monde peut la présenter et être atteint des accidents locaux qu'elle entraîne, par exemple après une longue marche pendant les chaleurs de l’e'té. Par le fait de cette sueur, l’épiderme, particulièrement sur les plis des orteils et sur leurs surfaces de contact, aussi bien qu’à leur extrémité et sur la plante des pieds, est ramolli, soulevé; la peau est mise à nu, crevassée, extrêmement douloureuse. Le malade ne peut ni se tenir debout, ni marcher d’un pas ferme .
Il n’en est pas autrement de la sueur habituelle des pieds. Seulement, dans cette dernière, l’état local est, comme l’hyperidrose, constant, persistant depuis la plus tendre enfance jusque dans l’àge adulte, mais toujours plus modéré pendant la saison froide et quand l’individu garde le repos, que pendant l’été et quand le malade se donne beaucoup de mouvement. Aussi les personues qui en sont atteintes marchent-elles avec précaution et ont-elles une allure spéciale. Mais l’hyperidrose des pieds est presque toujours accompagnée d’odeur fétide, — hromidrose, — non pas que la sueur des pieds récemment excrétée ait déjà une odeur particulièrement pénétrante, mais parce que la sueur imprégnée dans les chaussures, les bas, les chaussettes, s’altère et donne une mauvaise odeur.
En changeant très fréquemment de bas et de souliers, on fait aussi disparaître cette odeur fétide; mais il est évident que tout le monde ne peut pas, à chaque instant, mettre d’autres bas et d’autres chaussures. C’est pourquoi la sueur habituelle des pieds gêne celui qui en est atteint, non pas seulement à cause de la macération constante des pieds et parce qu’elle l’empêche de marcheiq mais encore directement et indirectement à cause de la hromidrose qui l’accompagne. Celle-ci le rend insupportable pour les personnes qui l’entourent; on ne peut le souffi’ir nulle part et on ne le supporte pas dans un service et dans un emploi où l’on a affaire à lui personnellement; c’est un triste sort .
On rencontre quelquefois la sueur des mains et celle des pieds chez le même individu; mais il est beaucoup plus fréquent de les trouver séparément.
Sur la cause éloignée de l'hyperidrose localisée, nous ne savons absolument rien. Dans beaucoup de cas, on peut la regarder comme une simple exagéi’alion de la fonclion physiologique de la peau. J’ai déjà dit plus haut que la sueur des mains est quelquefois liée à la chloroanémie et à la dyspepsie chronique.
Mais la cause prochaine de l’hyperidrose est toujours dans le système des vaisseaux capillaires de la peau, surtout des glandules sudoripares
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
et des papilles. Et de fait, c'est tantôt une accumulation de sang exagérée et active, comme dans les cas d’hyperidrose du creux de l’aisselle ou des parties génitales résultant de la chaleur, tantôt c’est une injection passive produite par la dilatation (neuroparalylique) de ces vaisseaux.
Ainsi ({Lie je l’ai démontré en parlant des hyperhémies, ce sont les nerfs vasomoteurs (sympathiques, sécrétoires) qui règlent ces états du système vasculaire. C’est pour cela aussi que, à propos de l’hyperidrose généralisée ou localisée, il faut tenir compte de ces états neuropathiques; mais j’en ai déjà parlé en traitant des hyperhémies, et pour ce motif je me bornerai à vous renvoyer à ce que j’ai dit en cet endroit.
Cela nous permet de comprendre parfaitement bien comment une excrétion abondante de sueur, généralisée ou localisée, peut survenir sous l’influence d’une excitation morale, frayeur, inquiétude, contrariété, ou d’une douleur locale, par le fait d’une irritation partant de l’organe central ou d’une irritation réflexe. Ces faits ont même été produits expérimentalement, puisque Claude Bernard, après avoir coupé le grand sympathique dans la région cervicale, a vu une sueur abondante survenir dans la région frappée de paralysie en même temps que la paralysie des vaisseaux qui en résultait. Les mêmes conditions étiologiques se rencontrent dans les cas nombreux où, à la suite d’une parotide suppurée, on a observé l’hyperidrose dans les régions où se distribuent des nerfs sensitifs et des nerfs vasculaires blessés, irrités, paralysés.
A cette catégorie se rattachent alors naturellement les formes d’hyperidrose localisée unilatérale qui correspondent à des régions nerveuses déterminées, par exemple dans la migraine où elle occupe la moitié correspondante du front et de la tête, ou dans les cas de paraplégie où elle s’étend sur toute une moitié du corps. Des faits de ce genre ont été observés par Hartmann, Er. Wilson, Ilebra, P. Guttmann et par moimême ; j’ai vu, par exemple, une femme chez qui, pendant la durée de la migraine, la moitié non douloureuse du front était froide et sèche, tandis que l’autre moitié, corresjiondante à la distribution du nerf frontal, qui était doidoLireuse, était légèrement rouge et couverte de gouttes de sueur. Frankel et Ebstein, dans un cas semblable d’hyperidrose occupant la moitié gauche du corps, ont trouvé dans les ganglions cervicaux correspondants du grand sympathique une obstruction des vaisseaux sanguins par des groupes d’hématies, tandis que Riehl, dans un cas concernant le côté gauche de la tête, a observé, outre la lésion vasculaire ci-dessus, une infiltration cellulaire interstitielle du ganglion sympathique cervical supérieur. D’après le résumé donné par Iliehl à cette
HUITIÈME LEÇON
occasion de tous les cas connus d'hyperidrose unilatérale dans la sphère du trijumeau, on a constaté dans la plupart de ces cas, pendant l’accès, outre la dilatation des vaisseaux, de la myosis, dans un petit nombre de cas de la mydriase.
On a, d’autre part, décrit aussi des cas de'paralysie du sympathique avec myosis et dilatation des vaisseaux, dans lesquels il existait de l’anldrose (Moebius).
Je connais une dame qui avait eu la syphilis, chez laquelle cependant déjà avant cette maladie et jusqu’à aujourd’hui on avait observé des sueurs limitées et dans des régions opposées; ainsi le côté gauche de la face et la moitié droite du corps se couvraient de gouttes de sueur sous l’influence de la plus légère cause morale, le côté droit de la face et la moitié gauche du corps restant secs.
La plupart des cas d’hyperidrose localisée sont encore tout à fait inexpliqués, quant à leur étiologie.
Pour ce qui est du pronostic, nous avons au moins dans les formes neuropathiques quelques éléments qui nous permettent de l’établir; mais, dans ces cas même, il doit être extrêmement vague. — Dans les formes ordinaires de l'hyperidrose du creux de l’aisselle, de la paume des mains et de la plante des pieds, nous ne pouvons pas formuler un pronostic défavorable, puisque souvent la maladie s’arrête spontanément après une durée même de plusieurs années, et que le plus ordinairement le traitement donne quelques résultats ou même une guérison complète. Mais, malheureusement aussi, il y a des cas qui résistent à toute espèce de traitement.
Pour le traitement de l’hyperidrose du creux de l’aisselle, des parties génitales et de la paume des mains, de même que des formes peu graves de la sueur des pieds, on recommande des lavages fréquents avec une solution de tannin (1 gramme pour 250 grammes d’alcool ou d’eau), d’alun ou de soude, une décoction d’écorce de chêne (20 gr. pour 500), une solution de sublimé (l gr. pour 400j, de permanganate de potasse (5 gr. pour 400), une solution de soude et d’ammoniaque, etc., avec l’alcool et l’éther simples ou additionnés d'extrait d’aconit (I gr. p. 200), ou de Colombo, etc., ces différents liquides sont aussi employés en bains locaux pour les mains et les pieds. Dans quelques cas de sueur de la paume des mains et de la plante des pieds, on a obtenu rapidement de bons résultats par des lavages avec : naphtol, 10, esprit devin, 175, eau de Cologne, 25, Eu outre, pour absorber la sueur et pour isoler les plis de la peau qui sont en contact les uns avec les autres, on fera de fréquentes applications de poudre d’amidon, de riz avec ou sans addition d’oxyde de zinc, de carbonate de plomb, de crème de tartre pulvérisée, d’acide salicylique, de naphtol pulvérisé (1 gr. pour 100 d’ami-
don), ou bien on appliquera de la charpie recouverte de l’une de ces diverses poudres. C’est ainsi que l’on agit en particulier pour les espaces interdigitaux et les plis des orteils, pour les plis des parties génitales et pour le creux de l’aisselle. Dans les cas de sueur de l’aisselle, les doublures de caoutchouc ou de taffetas gommé qui sont souvent employées par les tailleuses sont tout à fait contraires au but que l’on se propose, et ne font qu’empêcher l’évaporation de la sueur dont l’accumulation plus grande irrite encore davantage la peau.
Pour ce qui est spécialement de la sueur des pieds, on peut, dans les cas légers, obtenir de bons résultats des moyens que nous avons énumérés ; il faut renouveler plusieurs fois par jour les applications de poudre absorbante au moyen de petits plumasseaux placés entre les orteils et dans leurs plis inférieurs.
Dans les cas où l’hyperidrose et la bromidrose des pieds sont plus développées, le traitement proposé depuis de nombreuses années déjà par llebra, au moyen de l’onguent diachylon, mérite toute confiance. De l’aveu général, celte pommade constitue dans notre arsenal médicamenteux un véritable trésor; aussi est-elle d’un usage très répandu; nous croyons donc nécessaire de vous faire connaître en détail son mode de préparation. Elle était originairement préparée avec l’emplâtre diachylon simple et de l’huile de lin, qui fut ensuite remplacée par l’huile d’olive. Depuis plusieurs années, on la fait avec la litharge et l’huile d’olive suivant la formule suivante : litharge, 100, huile d’olive, 400 ; faites chauffer à un feu doux, en ajoutant peu à peu de l’eau de fontaine pour faire un onguent de consistance assez ferme ; puis ajoutez : huile de lavande, 10; c’est l’onguent diachylon ou onguent de Hebra.
Pour combattre les cas très développés d’hyperidrose et de bromidrose des pieds, on étale cette pommade, l’épaisseur du dos d’un couteau, sur un morceau de grosse toile propre et bien lavée, de la forme d’un carré long, assez grand pour envelopper le pied. On lave bien les deux pieds, on les sèche, puis on les pose chacun sur un de ces linges enduits de pommade. Ensuite on met entre les orteils et dans les replis inférieurs des plumasseaux de charpie enduits de pommade, et l’on réunit soigneusement les extrémités du linge sur le dos du pied. Pardessus le tout, le malade mettra des bas et des souliers neufs, c’est-àdire qui n’ont pas encore été portés. Avec ce pansement, le malade peut très bien vaquer à ses affaires, mais il fera mieux de rester couché, parce que de cette manière la pommade agit plus rapidement. Au bout de vingt-quatre heures, on retire le linge, on ne lave pas les pieds, mais on les frotte pour enlever la charpie et la poudre et l’on applique aussitôt un nouveau pansement, comme celui de la veille. On continue
HUITIÈME LEÇON
ainsi pendant dix à quinze jours. Alors on laisse la pommade de côté et l’on se borne à poudrer le pied soigneusement et à placer de la poudre dans les plis. Dans l’espace des quebpies jours qui suivent, l’e'piderme se détache en lames épaisses, d’un brun jaune, ressemblant à du parchemin, la peau se recouvre d’un épiderme tendre, d’une belle couleur blanche, et l’hyperidrose est guérie. C’est seulement à ce moment qu’on lavera les pieds.
Pendant longtemps encore, et spécialement après une longue marche et pendant les grosses chaleurs, il est utile que le malade se poudre soigneusement les pieds, qu’il mette de la poudre surtout entre les orteils et mieux encore dans les plis de la face plantaire des orteils ; il fera bien d’en mettre même dans ses bas.
Si la guérison n’était pas complète, il faudrait recommencer immédiatement le traitement dans son entier et même le renouveler plusieurs fois; en agissant ainsi^ on obtiendra certainement une guérison durable.
Si je répète ainsi avec insistance que ni moi, ni aucun autre n’avons jamais vu la suppression de la sueur profuse des pieds obtenue à l’aide des remèdes externes exercer une influence fâcheuse sur un organe interne ou sur la santé générale de celui qui en était atteint, c’est que je
veux ainsi mettre entre vos mains une arme nouvelle contre le préjugé
que l’on rencontre souvent, à savoir que des maladies dangereuses de l’organisme et une mort subite même peuvent survenir quand l’hypersécrétion habituelle de sueur, spécialement aux pieds, est arrêtée par le traitement ou cesse spontanément, ou même lorsqu’elle disparaît temporairement par suite d’un refroidissement brusque. Je vous répète également ce que je vous ai dit relativement au préjugé des soi-disant conséquences de la répercussion des éruptions de la peau. En effet, ces deux idées reposent sur la même base, la fausse interprétation des faits cliniques^ et elles n’ont pas plus de valeur l’une que l’autre.
Ce reproche auquel je fais allusion est moins souvent adressé aux médicaments internes qui sont recommandés pour combattre l’hyperidrose, comme la décoction de quinquina, l’extrait d’aconit, mais spécialement l’agaric blanc pulvérisé à la dose de 0,3 décigrammes à 2 grammes et 3 grammes, l’agaricine à 1/2 milligramme par dose jusqu’à 0,02 centigrammes par jour; et sulfate d’atropine, 0,02, gomme adragante, 1^30, poudre de réglisse S. Q. pour vingt pilules, à prendre deux pilules par jour; ou celte même substance en solution et à dose croissante, ces deux derniers remèdes ont quelquefois donné des résultats remarquables, ils sont le plus souvent passagers; — en outre, les toniques, les fortifiants, les diurétiques, en atlri-
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR. 177
huant à ces derniers une hypersécrétion supplémentaire des reins (1).
L’état opposé à l’hyperidrose, l’anidrose, indique la diminution ou l’ahsence complète de sécrétion de la sueur; à cette affection se rattachent un état sec et rude de l’épiderme, et la sensation subjective de sécheresse, de tension, de malaise général, de chatouillement et de prurit.
A titre d’affection cutanée essentielle et indépendante, l’anidrose n’existe pas. A part les quelques personnes qui présentent cette parti-
(I) On peut, cela est le plus hahituellement vrai, réprimer les hyperidroses locales sans dommage pour le patient; mais jamais on ne le doit faire avant de s’être assuré de l’intégrité ou de la suffisance de la fonction rénale, et avant de s’être rendu un compte exact et complet de l’état général du sujet.
Le traitement local varie selon le siège, le degré et les cas particuliers.
a) .' Cuir chevelu: Voici le traitement que nous appliquons à l’hyperidrose dépilante du cuir chevelu, source la pins fréquente de la forme d’alopécie que l’on désigne, en France, sous le nom à' alopécie arthritique : chez les hommes, les cheveux doivent être tenus absolument ras; chaque matin, la tête est lavée avec eau chaude et savon au benjoin ou au goudron; puis, après avoir été bien lavée et essuyée, elle est frictionnée légèrement avec une brosse douce imprégnée d’un Uniment dont tous les alcoolats aromatiques peuvent fournir la base, et auquel on ajoute, selon la tolérance du cuir chevelu, de très petites quantités de |3 naphtol, 0,25 à 1 p. 100. Le soir, toute la tête est poudrée avec un mélange d’amidon et de salicylate de bismuth en proportions variables de 10 à 50 p. 100. Chez les femmes, le même traitement, mais beaucoup plus difficile à appliquer; le poudrage se fait seulement la veille des jours où il sera possible de faire, le lendemain, un lavage à fond du cuir chevelu et des cheveux, opération toujours laborieuse quand la chevelure est longue, et dont nous préciserons les conditions au chapitre des alopécies.
b) . Aisselles ; C’est chez les femmes de tout âge que l’intervention est nécessaire : supprimer les sous-bras en caoutchouc, élargir absolument toutes les emmanchures des vêtements ; laver matin et soir les aisselles à l’eau chaude et avec un savon aromatisé au benjoin, poudrer avec de l’amidon additionné de salicylate de bismuth et d’acide borique porphyrisé dans la proportion de 1 à 10 p. 100, ou avec de l’amidon simplement. Gela suffit ordinairement.
c) . Itérions palmaires et plantaires : Dans les formes moyennes, lavage
matin et soir avec eau chaude et savon de goudron, friction et poudrage, avec la poudre de salicylate de bismuth pure ; suppression des gants pendant la saison chaude; chaussures légères et découvertes; pour les cas intenses, le traitement interne et externe préconisé par l’auteur. Ernest Besnier. — A. Doyon.
KAPOSI, 2« ÉD.
HUITIÈME LEÇON
cularilé de ne pas suer ou de suer d’une façon presque imperceptible sous l’influence de la chaleur ou d'un effort violent, l’anidrose, comme état pathologique de la peau, est toujours un symptôme constituant de certains états de la nutrition générale ou de certaines maladies delà peau portant une empreinte encore plus caractérisée, comme le prurigo, l’eczéma chronique, le psoriasis, l’ichthyose, la xérodermie que j’ai décrite. L’anidrose est tantôt généralisée, surtout comme dans le diabète sucré ou le diabète insipide, chez les personnes atteintes de cachexie tuberculeuse ou cancéreuse ; dans ce cas, il peut exister parallèlement au défaut de sécrétion de la sueur une sécrétion exagérée ou altérée provenant des glandes sébacées. Tantôt l’anidrose est, comme la maladie cutanée à laquelle elle est liée, plus localisée. Dans les deux cas, elle peut être passagère ou persistante. Quand l’anidrose est liée à une maladie de la peau, on reconnaît un lien réciproque régulier entre ces deux affections, car chaque fois que la maladie de peau reparaît ou disparaît, la sécrétion de sueur, de son côté, disparaît elle-même ou se reproduit. Ainsi, par exemple, une région de la peau atteinte d’eczéma chronique est en même temps frappée d’anidrose, mais la sueur y apparaît de nouveau dès que l’eczéma diminue ou disparaît. Ce fait a été interprété dans le sens de la dermapostase, comme si l’eczéma, l’éruption, apparaissait comme une sorte de dépôt à l’extérieur, parce que la sueur et ses produits auraient été retenus dans le corps. On a oublié que les hyperhémies qui donnent naissance aux exanthèmes chroniques, eczéma, psoriasis, etc., amènent en même temps une suractivité des glandes sudoripares, et que, par conséquent, il peut y avoir une plus grande sécrétion de sueur, comme aussi une exsudation exagérée de sérum et une plus grande production d’épiderme. Dans ces circonstances, cependant, si les glandes sudoripares ne fonctionnent pas, ce fait doit être attribué au trouble de nutrition de la peau qui accompagne Teczéma, le psoriasis, etc., puisque la peau recommence à transsuder d’une manière régulière, dès que l’altération de nutrition qui représente la dermatonose disparait ; mais jamais l’inverse n’a lieu (1).
(1) Comparez P. Aubert. Des modifications subies par la sécrétion de la sueur dans les maladies de la peau in Ann. de Dermatol. et de Syph., P® série, 1878. Voici les conclusions de ce travail :
(( La série des anomalies pigmentaires (nœvus pigmentaire, vitiligo, éphélides, et même pelade) ne produit aucune modification de la sécrétion sudorale.
« L’hypérémie cutanée, lorsqu’elle est simple, et qu’elle existe non seulement à la surface de la peau, mais dans les couches profondes du derme, produit
Sous le rapport de son extension ou de sa localisation, l’anidrose suit donc aussi exactement la marche de l’affection cutane'e, circonstance que l’on ne peut assez faire ressortir eu égard à la théorie (que nous blâmons) des dermapostases, et que nous étudierons avec toute l’attention qu’elle comporte, quand nous exposerons la symptomatologie des maladies en question.
En dehors du trouble local de la nutrition, une influence nerveuse peut aussi déterminer une anidrose locale, de telle façon que, dans des régions de la peau qui sont le siège d’une paralj^sie ou d'une irritation névralgique, comme sur le front dans le cas de migraine, — ou sur une moitié du corps frappée de paralysie, — on peut voir tantôt une hyperidrose, tantôt une anidrose, se manifester.
Le pronostic et le traitement de l’anidrose ne sont autres que ceux de l’état morbide local ou général qui lui a donné naissance.
Au sujet des anomalies qualitatives de la sécrétion de la sueur, nous n’avons que très peu de faits positifs à produire, ce qui s’explique d’autant mieux que nos connaissances sur la physiologie de la sueur présentent beaucoup de lacunes. Ces anomalies se rapportent à des altérations indéterminées de l’odeur, — bromidrose ou osmidrose, — de la coloration, — chromidrose, — ou bien à quelque mélange anormal de substance étrangère.
Je vous ai déjà dit ce qu’il faut penser de l’osmidrose ou bromidrose. Je crois que, chez certaines personnes, l’évaporation générale de la peau ou la sécrétion de certaines régions, comme le creux de l’aisselle, les parties génitales, peuvent être caractérisées par une odeur tout à fait spécifique (osmidrose), mais que la sueur fétide proprement dite (bromidrose) n’est que la conséquence de la décomposition de la sueur imprégnée dans la chaussure. Je me suis également exprimé sur la valeur de la prétention manifestée par certains médecins, Heim, Schônlein, etc., d’après lesquels l’évaporation cutanée prendrait, dans certaines maladies générales, variole, scarlatine, fièvre typhoïde, etc., une odeur caractéristique.
l’hypersécrétion; cette hyperémie se rencontre dans des circonstances diverses ; permanente dans les taches vineuses, passagère dans la zone hyperémique des lésions osseuses ou dans le stade avancé de guérison du psoriasis ou de l’eczéma. Les hyperémies de la surface, comprises dans le terme générique d’exanthèmes (urticaire, roséole copahique, roséole syphilitique, etc.), respectent la sécrétion sudorale sans l’accroître ni la diminuer.
« Les affections irritatives et inflammatoires les plus diverses (érysipèle, eczéma, psoriasis, affections vésiculeuses ou pustuleuses), entraînent toute la suspension delà sécrétion sudorale. »
HUITIÈME LEÇON
Les auteurs (1) ont cité comme cas de chromidrose des faits dans lesquels la sueur présentait une couleur étrange, jaune, verte, noire ou bleue. L’origine de la coloration bleue de la sueur a été attribuée, tantôt
(I) La première observation vraiment précise de chromidrose appartient à Billard — Mémoire sur un cas particulier de cijanopathie cutanée, ou coloration bleue causée par une altération de la transpiration, in Arch. gén. de méd., 1831, — le rapport de la maladie avec la fonction sudorale et non avec la fonction sébacée y est nettement précisé. Mais c’est à Le lloy de Méricourt, — Mémoire sur la coloration partielle en bleu ou en noir de la peau chez les femmes — Arch. gén. de méd., 1857 — que l’on doit l’inti'oduction dans la science du mot de chromidrose, et de l’affection qu’il désigne. L’auteur a eu à lutter contre de très vives et de très nombreuses oppositions avant d’entraîner la conviction, à une époque où l’on ne connaissait pas le rôle du système nerveux dans les fonctions glandulaires, et en raison de l’obscurité apportée dans la question par quelques cas de simulation exécutés très adroitement. — Voyez les travaux ultérieurs du même auteur. — Mémoire sur la chromidrose. Bull, de l’Acad. de méd., août 1838. — Mémoire sur la cliromidrose ou chromocrinie cutanée, etc. Ann. d' oculistique, Paris, 1863. — Voyez, en outre, Hardy, — Nouveau dict. de méd. et de chir. prat., Paris, 1867. — Parrot : H Note sur la nature de certains cas de masque et de quelques autres colorations anormales de la peau, in Gazette hebdomadaire, 1869, p. 116; et 2° Dict. encgclop. des sc. méd., Paris, 1873 — non seulement un exposé magisti'al de la question, mais encore une bibliographie complète. Pour Parrot, la chromidrose est une névrose sudoripare, de nature hystérique; nous proposerions de dire une idradénonévrose hystérique. — Hardy, Traité pratique et descriptif des maladies de la peau, article chromidrose, p. 373; Paris, 1886.
En fait, la sueur plus ou moins bleue que l’on désigne sous le nom de chromidrose — lequel veut seulement dire sueur colorée — et qui serait plus exactement appelée cj/aniâ(rose, appartient à une forme rare et particulièrement obscure de névrose d’ordre hystérique, dont l’élude difficile et litigieuse appartient non à la dermatologie, mais essentiellement à la névropalhologie et à riiislochimie.
Sur les innombrables malades qui affluent dans nos grands hôpitaux dermatologiques, on chercherait en vain les chromidrosiques ; non pas que nous allions jusqu’à dire que ces sujets préfèrent des observateurs non dermatologistes, mais on y voit assez souvent des pseudo chromocrinies cutanées , tantôt accidentellement tinctoriales, tantôt, mais beaucoup plus rarement, simulées. Nous serions hors d’état de fournir une seule observation de chromocrinie cutanée vraie, recueillie à l’hôpital Saint-Louis ou dans les hôpitaux de Lyon , et nous ne croyons pas que nos collègues soient plus riches que nous en faits de ce genre. En conclusion, nous engageons vivement les médecins qui rencontreront des cas de sueurs colorées ou de, colorations extraordinaires de la peau à observer leurs patients, ou patientes, avec la plus .extrême circonspection, et à se faire assister, surtout, de confrères
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
à un phosphate de protoxyde de fer (Scherer), tantôt à un composé cyanuré analogue à la pyocyanine de Fordos (Schwarzenbach), ou encore à la présence d’un champignon microscopique dont les spores avaient une apparence bleue (Bergmann), ou enfin à l’indikan et au bleu de Prusse (Apjohn, Bizio). On rencontre souvent, principalement chez les personnes qui ont les cheveux ronges, la sueur du creux axillaire fortement colorée en jaune jusqu’au rouge orange. Les poils sont, dans ces cas, toujours envahis par de petites nodosités dures variant du jaune orange au brun. Il n’est pas possible de décidersi ces nodosités sont pour la plus grande partie constituées par la sécrétion désséchée des glandes axillaires et si les cocci qu’on y rencontre jouent un rôle dans cette coloration, comme le pensent Balzer et Barthélemy (1).
rompus aux difficultés de la névropathologie, en même temps que de médecins dermatologistes.
Nos réserves ne sont pas moindres pour ce qu’on appelle la « chromidrose rose » du type de celle qui a été décrite, en 1887, au congrès de Toulouse, par André. — Voyez Semaine médicale, 28 septembre 1887. — Nous ne sommes pas sans avoir vu de semblables colorations à l’hôpital Saint-Louis, mais jamais nous ne les avons trouvées en dehors de conditions professionnelles, ou de causes accidentelles purement tinctoriales. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) La sueur rouge — que l’on peut appeler avec nous érythridose, qu’il ne faut pas confondre avec les colorations ou décolorations chimiques que produit la sueur sur les vêtements teints par les procédés perfectionnés de l’industrie contemporaine, et qui teignent secondairement la peau des régions sudorales, particulièrement au cou, aux aisselles, aux pieds, sur le front, — la sueur rouge s’observe surtout aux aisselles, chez les individus hyperidrosiques, et le plus souvent chez ceux qui ont les poils rouges ou très blonds.
Elle peut exister sans que le malade s’en préoccupe, ou coexister avec un prurit plus ou moins vif; quand elle est bien accentuée, on trouve, appendus aux poils, des grains colorés qui leur donnent un aspect irrégulièrement moniliforme; la coloration se transmet aux pièces de vêtements de contact.
Les conditions générales de cette sécrétion sont celles de l’hyperidrose telles que nous les avons indiquées.
Le diagnostic est aisé, extemporanément : sueur rouge, rougeâtre ou ocrée, hyperidrose, poils de couleur rouge, ou plus ou moins altérés dans leur teinte, si elle est naturellement autre, chargés de granulations petites, ocracées, donnant aux poils un aspect assez analogue aux poils chargés de lentes de phthirius; quelquefois prurit et épidermite généralement légère.
Comme contrôle, vérification attentive de l’état granulé des poils et des pièces de vêtement, gilets de corps, corsets, bretelles, etc.
Enfin, pour la démonstration histologique, recherche des micrococci,
HUITIÈME LEÇON
Comme anomalies de la sueur caractérisées par son mélange avec des substances spéciales, on cite l’hématidrose, qui n’est pas, à proprement parler, une sueur de sang, mais la sortie accidentelle et non déterminée par un traumatisme, d’une certaine quantité de sang artériel hors des pores de la peau, comme cela a été observé par Finol, Schilling, Lenhossek, Wilson, Hebra, etc. (1). Ce dernier rapporte qu’il a vu une
erythromicrococci, micrococcus prodigiosus de l’hostie sanglante, ronds ou elliptiques, colorés en brun jaune, ou rouge, enveloppés de leur glaire zoogléique, disposés en stries ou rayons convergents vers le poil — Voyez in Annales de dermatologie, 2° série, 1885, la contribution à l’étude des sueurs colorées par F. Balzer et Barthélemy; les recherches personnelles de ces auteurs distingués, et l’indication des travaux antérieurs de Hofmann, Pick, Eberth, et surtout de Bahès.
Babès admet la transmission possible de la maladie par contagion, ce qui est fort rationnel, au moins chez les sujets qui présentent les conditions nécessaires pour le développement entier des micrococci érythrocbromogènes.
Barthélemy et Balzer ne croient pas qu’il soit nécessaire d’invoquer cette transmission en raison de la fréquence du parasite qu’ils ont souvent constaté en dehors de toute érytbridrose, alors même qu’ils forment des masses en chapelet appendues aux poils.
Le traitement général et local est celui de l’hyperidrose : les bains alcalins avec le sous-borate de soude, les lotions avec la même préparation. La toilette habituelle, l’usage d’un peigne fin, avec le savon, l’eau alcaline chaude, sont les moyens les mieux appropriés.
Mais il faut la persévérance dans l’emploi de tous les moyens indiqués, sans quoi le résultat pourra justifier cette proposition de Barthélemy et Balzer que les zooglées de la sueur jrouge résistent aux agents les plus énergiques et aux soins les plus minutieux.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) On aurait une idée fort inexacte de l'hématidrose si l’on était borné à ce que contient, sur ce sujet, le texte courant.
La sueur sanguine, sanglante, hématique, ou hématidrose, représente une névropathie glomérulaire hémorrhagique, que plusieurs des auteurs étrangers ont méconnue, ou méconnaissent, on serait tenté de le croire, parce que la conception réelle et la description en sont dues aux auteurs français. Le fait pathologique qu’elle constitue est, aujourd’hui, bien connu, nettement déterminé dans son siège, le réseau vasculaire idradénique ; son mécanisme, la diapédèse sanguine, sa pathogéme, l’action nerveuse. Deux médecins français ont surtout contribué à en donner la conception exacte, Gendrin, et Parrot. Le travail de Gendrin est extrêmement remarquable, net et précis pour l’époque à laquelle il a été publié — 1838, Traité philosophique de médecine pratique, t. I, p. 216, sect. Il, chap. unique, des sueurs de sang ou des hématidroses. — Le mémoire de Parrot est un des meilleurs travaux de ce regrettable savant; il a près de trente ans de date, 1859, et il n’y
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
fois sur le dos de la main d’un jeune sujet, au niveau de l’orifice d’une glande sudoripare, un jet de sang de forme spirale de la hauteur de 1 millimètre. C’est un témoignage de la facilité avec laquelle les capillaires se déchirent, comme chez les hémophiles. Dans un cas (Tittel) qui concernait également un individu disposé aussi à des hémorrhagies dans d’autres organes, Wagner a reconnu que l’hémorrhagie cutanée provenait réellement des glandes sudoripares, de même que Franke, dans un cas analogue, a trouvé des globules du sang dans le liquide excrété par ces glandes.
11 n’a plus été question de galactidrose à partir du moment où l’on a cessé de croire aux métastases du lait, au « lait répandu » chez les accouchées, et d’attribuer à ces phénomènes les accidents puerpéraux ainsi que les affections sudorales qui les accompagnent.
Au contraire, l’hypothèse d’une uridrose, c’est-à-dire d’un mélange des principes de l’urine avec la sécrétion des glandes sudoripares, est basée sur des faits positifs. Les auteurs anciens, sans connaître particulièrement le mécanisme de la sécrétion de la sueur, avaient cependant parlé de sueur urineuse, uniquement par la. constatation d’une odeur urineuse de cette excrétion. Mais depuis lors, Schottin, Drasche, Treitz, Ilirschsprung, Kaup, Jürgensen et autres, ont constaté d’une manière positive, mais seulement dans des cas exceptionnels, il est vrai, la présence réelle de l’urée dans la sécrétion cutanée. Drasche, en particulier, a recueilli douze fois chez des cholériques pendant l’épidémie de 1855, et Schottin, dans trois cas, a trouvé sur la peau du front, du visage et d’autres parties du corps, de petites lamelles que l’examen microscopique et l’analyse chimique ont montrées être composées d’urée. Les mêmes observations faites par Kaup et Jürgensen concernaient des individus atteints d’atrophie des reins, et d’autres qui n’avaient aucune affection ni des reins, ni de la vessie; ces lamelles étaient apparues sur la peau un ou deux jours avant la mort. Quoi c^u’il en soit, le mélange de l'urée et de l’ammoniaque qui se reconnaît facilement aussi, prouve
a rien autre à ajouter que la théorie du mécanisme intime de l’hémorrhagie, laquelle ne pouvait être bien comprise à cette époque où le fait de la diapédèse des hématies n’était pas démontré. C’est à Parrot que l'on doit, fait essentiel, la constitution réelle et la nosologie véritable de l’affection, qui est une hémorrhagie par action nerveuse, ainsi que l’indique le titre même du mémoire; voy. Étude sur la sueur du sang et les hémorrhagies névropathiques. Gazette hebd. de méd., série, t. VI, 1859, pp. 633, 6i4, 678, 713, 743.
L’histoire de l’hématidro.se, comme celle des stigmatisées appartient tout entière à la névropathoiogie, et c’est là où il faut la reporter.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
HUITIÈME LEÇON
la fonction supplémentaire des reins et des glandes sudoripares. La présence, dans la sueur de certains malades, de l’albumine (Leube), de la biline, de la bilipbéine et de l’iirérythrine, a-t-elle été réellement prouvée comme le prétendent certains auteurs? Ces faits sont encore bien plus fortement contestés (Ij.
De ce que la plupart des matières excrémentitielles qui, par le fait de la digestion ou qui, en suivant la voie des vaisseaux sanguins, tra- A'ersent les reins pour être rejetées au dehors, de ce que ces matières, dis-je, peuvent être également expulsées de l’économie par la sécrétion de la peau, comme la térébenthine, le goudron, les balsamiques, l’iode, l’ar-
(1) Il n’y a pas plus à-'uridrose (\ue. de galactidrose: très rarement, et presque exclusivement dans la période ultime ou agonique de quelques maladies, l’urée (givre d’urée) apparaît à la surface de la peau ; mais la fonction glomérulaire ne participe directement, ni seule, à ce phénomène qui n’a rien de l’acte sécrétoire proprement dit. Même chez les goutteux, l’acide urique n’existe dans la sueur qu’en quantités infinitésimales. Les observateurs qui ont cru rencontrer des dermatoses uriques « urémides » ont simplement relevé une série d’éruptions multiformes que l’on observe en réalité chez certains urémiques, mais qui n’ont rien de spécifique, et dont la pathogénie composite ne répond pas à d’aussi faciles théories.
Chez les glycémiques, on ne trouve le sucre dans la sueur ni plus souvent, ni en plus grande quantité que chez les autres sujets; et, chez les albuminuriques, on n’y rencontre jamais d’albumine, quelle que soit l’espèce d’albuminurie qui existe (Voy. P. Binet, Étude sur la sueur et la salive dans leur rapport avec l’élimination. Thèse de Paris, 1884). En un mot, les rares éléments uriques, glycosiques, etc., qui, après avoir imprégné tous les tissus, transsudent par les glomérules ou par le collecteur, ne constituent ni une sécrétion, ni même une excrétion supplémentaire localisée.
Cela nous ramène à dire que les glandes sudoripares ne sont pas faites pour suppléer le rein excrémentitiel, et qu’il n’y a pas à compter sur elles, ni spontanément, ni à l’aide des sudorifiques, pour cet objet. Spontanée ou provoquée, l'hyperidrose ne peut guère être utilisée que comme hydragogue, surtout dans les cas où la voie rénale est altérée, ou comme dérivative et comme révulsive.
Mais elle peut servir à accroître le passage toujours minime par la peau, d’éléments médicamenteux destinés au traitement des affections cutanées, spécialement l’arsenic, le mercure, les balsamiques, l’acide salicylique, l’iode, etc. , et, par là^ concourir à titre d’adjuvant, et remplir des indications très précises, dans le traitement de ces affections, ainsi que dans toute une série de maladies spécifiques ou non. Enfin, l’hyperidrose spontanée ou provoquée peut encore être utile à litre éliminateur en facilitant dans une certaine mesure le départ et la diffusion, ou, si l’on veut, la circulation des éléments médicamenteux particuliers que nous avons indiqués. Ernest Besnier. — A. Doyon.
senic,elc., il ne s’ensuit pas pour cela que l'on doive en faire autant d’espèces particulières d’anomalies qualitatives de la sécrétion de la sueur.
Toutes les anomalies de la sécrétion sudorale dont nous avons parlé semblent ne dépendre d’aucune altération anatomique appréciable des glandes sudoripares. Seul, Yirchow prétend avoir quelquefois trouvé, chez des phtisiques qui avaient eu des sueurs très abondantes, une augmentation de volume de ces glandes et une transformation graisseuse de leur épithélium.
C’est surtout dans ces dernières années que l’on est arrivé cà posséder des données un peu plus précises sur les altérations anatomiques des glandes sudoripares; elles constituent le plus souvent des lésions qui font partie d’autres altérations histologiques de la peau, comme dans le lupus, le carcinome, le lupus érythémateux, l’éléphantiasis des Grecs et des Arabes. C’est ainsi que l’on trouve dans la lèpre les glomérules dilatés et augmentés de volume (Brücke, G. Simon) ; dans les kératoses, au contraire, ils sont atrophiés (Baerensprung); dans la dermatite chronique (Gay), leur épithélium est dégénéré ; enfin, comme je l’ai indiqué, dans les cas de lupus érythémateux le tissu conjonctif périglandulaire est enflammé. Ces lésions ne se rencontrant que sur les glandes situées dans la région atteinte par une autre maladie cutanée, et nonMans la généralité du système des glandes sudoripares, ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans leur exposition détaillée. Enfin, les glandes sudoripares sont également et naturellement comprises dans les affections inflammatoires de la peau; aussi paraît-il superflu de parler d’une idradénite phlegmoneuse (Verneuil), puisque celle-ci n’existe pas comme affection isolée (1).
(1) Il est vrai que la pathologie des glandes sudoripares est fort arriérée, surtout si on la compare à celle des glandes sébacées par exemple : la profondeur à laquelle se trouvent les glomérules, leur altérabilité presque physiologique, la fréquence de leur destruction ou de leur dégénérescence secondaires aux lésions les plus diverses, la difculté clinique de préciser le siège anatomotopographique initial d’un grand nombre d’affections cutanées, voilà quelques-unes des raisons qui expliquent ce retard. Joignez-y cet autre motif que l’étude de ces lésions, systématiquement entreprise, est poursuivie assez mollement; bien que l’école de Paris possède, aujourd’hui, une phalange brillante et serrée de jeunes histologistes de talent, très en mesure de remplir cette tâche, l’émiettement et la stérilisation de la plupart de ces forces vives, résultant du vice radical de notre organisation nosocomiale et universitaire, retarderont encore longtemps beaucoup de progrès de même ordre, c’est-à-dire de ceux qui sont attachés à un labeur prolongé, régulièrement dirigé dans une voie déterminée.
Cependant les limites de la pathologie des glandes sudoripares.
NEUVIÈME LEÇON
Quant aux tumeurs qui proviennent de l’hyperplasie des glandes sudoripares, aux ve'ritables adénomes des glandes sudoripares, auxquelles appartient peut-être aussi « la tumeur des glandes sudoripares » décrite par Lotzbeck, elles se manifestent soit sous une forme pure, soit probablement en connexion avec l’épithéliome, le lupus — comme cela a été dit précédemment. Le ratatinement de ces tumeurs, décrites comme analogues à des tumeurs en forme de champignon ou d’éponge (Rindfleiscb), entraîne la dégénérescence cystoïde des canaux des glandes sudoripares.
NEUVIÈME LEÇON
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
Physiologie de la s-écrétiorj sébacée. Pathologie. Sécrétion augmentée : séborrhée localisée et généralisée. Diagnostic, pronostic, traitement. Sécrétion diminuée : xérosis. Excrétion troublée ; ses conséquences comme forme» de rétention, de prolifération et de dégénérescence. Comédon, milium, molluscum verrucosum ou contagiosum. Athérome.
Nous arrivons maintenant à parler des maladies de la peau qui consistent dans une altération pathologique de la seconde espèce de sécrétion cutanée^ c’est-à-dire delà sécrétion de la matière grasse.
Rappelez-vous que ce produit, physiologiquement destiné à huiler la
grâce aux travaux français déjà effectués, ne sont pas aussi étroites que le veut dire l’auteur.
Depuis les travaux de Bazin et de Verneuil, c’est-à-dire depuis plus de trente ans, on connaît les idradénites et périadénites sudoripares inflammatoires, lesquelles ne sont pas toujours, comme le suppose l’exposé courant, secondaires ou non localisées.
On n’ignore pas que Fuhrer (d’iéna), 1851, et Verneuil, peu après, ont attribué à l’appareil sudoripare un rôle direct dans le dévelop- , pement d’une forme particulière d’épithéliome cutané.
On sait que certaines maladies générales, la scrofulotuberculose, la syphilis, la lèpre, peuvent avoir des localisations de culture dans les glomérules, et constituer des altérations particulières.
On sait enfin que des lésions de la peau, encore innommées, peuvent prendre naissance, se localiser exclusivement dans l’appareil glomérulaire, et former, soit des « folliculites » jusque-là impersonnifiées et innommées, soit des éruptions de divers ordres, telles, par exemple, que celles qui ont été si bien étudiées par Balz.er, Darier, Jacquet, etc. — Voyez Idradénomes (épithéliomes) adénoïdes des glandes sudoripares, ou adénomes sudoripares, par L. Jacquet et Darier, in Ann. de Dcrmat. et de Syph., 2<= série, 1887 ; pièce du musée de l’hôpital Saint-Louis, 1886, n“ 1175. Ernest Besnier. — A. Doyon.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
peau et les poils, est fourni parles glandes sébacées d’une manière qui diffère complètement de celle dont les glomérules produisent la sueur. Celle-ci, qui est formée par avance dans le sang (1), est sécrétée par les capillaires des glandes sudoripares, et versée par ces dernières à l’extérieur sur la surface de la peau comme un produit complètement formé [fer tiges).
Il en est tout autrement de la formation de la matière grasse dans les glandes sébacées; par un travail analogue à celui de la régénération de l’épiderme dans le réseau muqueux, il se forme constamment de nouvelles cellules dans leur profondeur, vraisemblablement par prolifération des cellules épidermiques qui recouvrent à l’intérieur la paroi des lobules de la glande. Dans cette évolution successive vers la cavité des divers lobules et de la glande elle-même, une partie de leur contenu, de leur protoplasme, se transforme en graisse, et en même temps leur paroi devient sèche et cassante. La graisse apparaît à l’intérieur des cellules d’abord en petites gouttelettes, et plus tard en gouttes plus volumineuses qui coulent en se réunissant. Ces cellules contenant de la graisse et leurs débris, poussées successivement par les cellules qui se produisent en arrière des premières, arrivent dans les canaux excréteurs propres ou dans le conduit excréteur qui est commun aux glandes sébacées et au bulbe pileux, et finalement elles sont déposées sur la surface delà peau. Il se produit donc réellement une excrétion de cellules épidermiques par les glandes sébacées, absolument comme par le réseau muqueux, duquel proviennent histologiquement les glandes sébacées. La seule différence est que ces cellules subissent dans leur trajet vers l’extérieur une transformation graisseuse ; puis, comme elles s’ouvrent pendant la durée de ce trajet, la graisse qu’elles contenaient arrive également à l’extérieur à l’état de liberté.
Dans les conditions normales, cette excrétion de cellules est aussi peu sensible que celle de l’épiderme, et la matière sébacée mise en liberté se
(1) Pas plus qu’aucune autre sécrétion, la sueur n’est, à proprement parler, préformée dans le sang; elle est réellement sécrétée, au moins dans sa condition normale, par les glomérules, que l’on ne saurait considérer comme de simples filtres; ce sont, au contraire, des appareils dialyseurs très délicats à action multiple et variable sous la direction nerveuse. Renaut — Comptes rend, de la Soc. de Biol., 1878, p. 177 — a montré que les cellules des glandes sudoripares, en se rétractant, augmentent la lumière du canal, et séparent du sang des éléments minéraux et organiques déterminés, et l’on sait, depuis les travaux de Ranvier, l’importance des éléments musculaires intraglandulaires, au point de vue du mécanisme de l’excrétion de la sueur.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
NEUVIÈME LEÇON
manifeste seulement en donnant à la surface de la peau et aux poils une onctuosité physiologique. Dans les cas pathologiques cependant, la sécrétion sébacée peut se montrer sur la surface de la peau en masses plus ou moins volumineuses qui sont presque exclusivement constituées par des amas épidermiques graisseux (1).
Mais cet état pathologique peut se présenter de deux manières : tantôt c'est la sécrétion même qui est anormale, tantôt c’est l’excrétion.
La sécrétion anormale peut être augmentée ou diminuée.
La première altération représente l’état pathologique que l’on désigne sous les noms de séborrhée <)u stéatorrhée, écoulement graisseux, fluxiis sebaceus, caractérisé par le rejet et l’accumulation à la surface de la peau d’une quantité anormalement considérable de matière sébacée; elle apparaît sur la surface de la peau soit comme un enduit purement huileux, soit sous forme de couches pelliculaires superposées, très riches en matières grasses, formant tantôt des croûtes épaisses de couleur sale, tantôt un enduit mince ressemblant à du vernis — séborrhée huileuse ou adipeuse, acné sébacée fluente de Cazenave. Ou bien les masses déposées en couches sur la peau représentent des lamelles épidermiques graisseuses, il est vrai, mais en même temps, plus sèches, cassantes, — sébm'rhée sèche ou squameuse, ou furfuracée, acné sébacée sèche de Cazenave. Ces deux formes peuvent se montrer isolément ou mélangées chez le même individu, et, de plus, l’affection peut être limitée à certaines régions du corps, séborrhée localisée, ou bien elle s’étend surtout le corps, — séborrhée généralisée. Enfin, d’après cela, et suivant que la séborrhée occupe des parties de la peau pourvues ou dépourvues de poils, les symptômes et les conséquences de la maladie présentent des différences considérables.
Le cuir chevelu est certainement le siège le plus fréquent de la maladie — sehorrhæa capillitü — chez les enfants du premier âge et chez les adultes des deux sexes. Sur la tête des enfants, le produit de cette séborrhée est ce que l’on appelle vulgairement les croûtes de lait
(1) Il y a une hyperexcrétion sébacée (nous ne disons pas hypersécrétion) physiologique, laquelle se manifeste dans des circonstances analogues à celles qui produisent l’excitation sudorale physiologique, la chaleur par exemple ; elle prend part à la formation de l'état gras de la peau de la face par exemple, et du cuir chevelu, état luisant, qui est normal chez un grand nombre de sujets, et très accentué dans certaines races, sous l’action solaire. Nous ajouterons que les actions nerveuses morales, non moins que les traumatismes nerveux locaux, ont une action manifeste sur la fonction sébacée, moins active et moins manifeste, mais non moins certaine que sur la fonction sudorale.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
[Gneis)] c’est une matière d’un jaune brun pre'sentant diverses colorations plus ou moins fonce'es, cassante comme du fromage, graisseuse au toucher, parfois sèche et dure, ou feuilletée, qui tient solidement au cuir chevelu sous forme de couches minces ou d’agglomérations plus ou moins considérables, irrégulièrement bosselées. Quand on enlève les amas de matière sébacée, la peau de la tête apparait lisse et humide. Au bout de quelques minutes, elle se couvre d’une pellicule brillante, mince comme du parchemin, qui est formée par la matière grasse fraîchement excrétée. Ou bien la peau est un peu rouge, très sensible et se déchire facilement, parce que l’épiderme est mince et tendre; ou bien on voit des places sans épiderme, eczémateuses, saignant facilement ou sécrétant une matière séreuse collante. Ce dernier état provient de la macération des produits de sécrétion retenus par les croûtes graisseuses et de l’irritation qu’ils exercent, en se décomposant, sur l’épiderme et le corps papillaire. Les cheveux qui sont compris dans la masse graisseuse cèdent facilement aux tractions que l’on exerce sur eux.
Les croûtes de lait se développent à la suite et comme continuation de la séborrhée et d’une régénération trop abondante de l’épiderme que l’on observe chez le fœtus et chez les nouveau-nés sur toute la surface du corps {vernix caseosa, desquamatio, exfoliatio epidermidis , neonatoruni) dans les premières semaines de la vie, et qui, par le fait de l’accumulation constante et de la superposition de la graisse, des poussières, des cellules mortes de l’épiderme et des poils, persiste quelquefois jusque dans la seconde et la troisième année de la vie. Quand l’anomalie de sécrétion va en diminuant, tes croûtes, soulevées de la peau, repoussées par les cheveux qui croissent, se brisent en morceaux et tombent.
Chez les adultes, la séborrhée du cuir chevelu se caractérise également par la production de dépôts de matières qui agglutinent les cheveux entre eux et les feutrent; quelquefois, c’est une matière formée de couches superposées, d’un blanc brillant, feuilletée comme l’ardoise, ressemblant à l’amiante. Le plus souvent, cependant, elle est sous forme de pellicules minces, d’un blanc sale, qui tombent constamment, et qui ressemblent à du son, — pityriasis capillitii.
Chez les adultes, la séborrhée du cuir chevelu est souvent la conséquence d’un processus local d’inflammation antérieure, comme l’érysipèle, l’eczéma aigu ou chronique, la variole. La forme du pityriasis est fréquemment aussi la suite et le symptôme d’une anémie aiguë ou chronique, chez les accouchées, chez les personnes mal nourries des deux sexes notamment, ainsi que dans les cas de syphilis antérieure ou actuelle (séborrhée syphilitique) ; en outre, la séborrhée est assez souvent un mal idiopathique, auquel on ne peut attribuer aucune cause
NEUVIEME LEÇON
certaine de ce genre. Elle persiste généralement pendant des mois et des années, et elle guérit spontanément .ou par suite du traitement, d’une manière passagère ou durable, suivant la gravité des causes qui lui ont donné naissance. Une conséquence locale que l’on observe toujours , c’est que les cheveux perdent leur adhérence et tombent abondamment — effluvium capillorim, — et, quand la maladie a duré quelque temps, la chevelure s’éclaircit et l’alopécie survient.
Au visage, c’est principalement au front, sur le nez, les tempes et le menton, et, chez les hommes, sur les parties occupées parla barbe, que l'on observe la séborrhée, — séborrhée de la face. Cette variété est parfaitement connue, parce qu’elle est très fréquente. Certaines personnes, particulièrement celles qui ont les cheveux châtains, sont atteintes de cette affection à l’époque de la puberté. Elles ont beau se laver fréquemment la figure au savon, presque aussitôt elle redevient grasse, brillante, et, pour peu qu’elles restent dans une atmosphère imprégnée de poussière, leur figure devient sale, parce que les poussières s’attachent plus facilement à la peau grasse. Ce que l’on a décrit sous le nom de seborrhæa nigricans des paupières (Neligan, Wilson) et de blepharomelæma (Law) n’est pas constitué par autre chose que des dépôts de matière sébacée devenus sordides et noirs de la façon que nous venons de dire. La chaleur favorise l’excrétion de la matière grasse. Souvent Uécoulement graisseux se produit d’une façon brusque sur le visage (1). Il n’est pas rare de voir les sourcils et la barbe tomber abondamment à la suite d’une séborrhée localisée sur ces régions.
Sur le nez, notamment vers sa racine, ainsi que sur la partie des joues qui avoisine cet organe, le dessèchement et faccumulation des produits de la séborrhée forment parfois des croûtes épaisses, sales, d’un noir jaunâtre, qui enveloppent le nez comme le ferait un cornet. Des cas de ce genre ont été souvent considérés comme des néoplasmes de mauvaise nature, cancéreux (2). Si l’on enlève les croûtes avec soin en
(1) De même qu’il y a une hyperexcrétion normale de graisse séba-
cée, de même il y a une hypersécrétion pathologique, et nous n’admettons pas, comme ünna cherche à l’établir, que cette séborrhée huileuse soit une hypéridrose grasse, c’est-à-dire une production sortie du pore sudoral. L’orifice sébacé est si visible chez ces sujets, il est si manifestement le point d’issue de la substance huileuse, ainsi qu’on peut le voir sur le nez et sur le front à la racine du nez chez les séborrhéiques, que l’évidence existe. E. B. — A. D.
(2) On aura raison de songer à l’affection cancroïdale dans les cas de
ce genre qui n’en sont souvent que le premier stade, à tous les âges de la vie, mais surtout chez le vieillard; nous aurons à revenir sur ce point. E. B. — A. D.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION DE LA SUEUR
les prenant par les bords, soit avec une sonde cannele'e, soit avec les ongles, ce qui est facile, on voit alors que de la face infe'rieure de ces croûtes se'bacées partent des prolongements en forme de cônes qui s’implantent comme autant de racines dans les orifices élargis des glandes sébacées. Ces croûtes sont formées par les masses graisseuses qui, sortant des follicules sébacés, s’étalent en surfaces aplaties sur la peau. Enfin, ces mêmes régions, particulièrement les sillons des ailes du nez, la région des sourcils, le pavillon des oreilles, les parties du visage qui sont occupées par la barbe, sont fréquemment aussi le siège d’une séborrhée sèche, en ce sens que la peau, qui est modérément rouge, paraît couverte de pellicules minces, sèches, mais fortement adhérentes et qui se prolongent dans les follicules en forme de cônes ; ces pellicules résistent opiniâtrement au traitement. La peau, débarrassée de ce dépôt, est un peu rouge, les pores sont élargis, les orifices des glandes sébacées sont béants; enfin, la peau est brillante et s’incruste facilement de nouveau; rarement on la voit saignante et humide. Parfois la congestion sanguine est plus prononcée. Hebra a décrit ces formes d’une manière spéciale sous le nom de séborrhée congestive, et depuis lors on (1) a reconnu qu’elles peuvent être l’avant-coureur ou le prélude du lupus érythémateux, maladie dont nous aurons plus tard à nous occuper en détail (2).
Quelquefois, c’est un état phlegmasique antérieur dont on retrouve encore les traces, et particulièrement l’érysipèle et la variole, qui a été la cause occasionnelle de la production de ces formes de la séborrhée de la face que nous avons décrites en dernier lieu, ainsi que de la séborrhée du cuir chevelu. Certains cas se rattachent, au point de vue étiologique, au développement de la puberté, à une anémie résultant d’une perte de sang, à des maladies fébriles, etc.... Pour d’autres encore on ne peut en déterminer la cause, mais il faut les considérer comme l’expression d’une disposition individuelle de la peau (3).
(1) Cazenave. E. B. — A. D.
(2) Ce que Hébra a décrit sous le nom de séborrhée congestive est le lupus érythémateux de Cazenave qui en a, le premier, reconnu la nature réelle; les cas auxquels il est fait allusion dans le texte courant ne sont pas seulement des « avant-coureurs »; ils représentent le lupus érythémateux déjà constitué; le diagnostic entre la séborrhée simple avec congestion et le lupus érythémateux peut être le plus ordinairement établi d’une manière nette, ainsi que nous le préciserons plus loin.
(3) ... résultant soit de conditions accidentelles, soit d’un état constitutionnel du sujet; le lymphatisme, par exemple, est une de ces con-
NEUVIEME LEÇON
Comme complications et comme conséquences de la séborrhée de la face, nous avons à citer l’eczéma localisé, la dilatation et l’inflammation de quelques-unes des glandes sébacées, la production de comédons et de l’acné, et, dans certains cas, ce processus pathologique qui amène l’altération cicatricielle de la peau, et que l’on ajustement reconnu être un lupus érythémateux (1).
Toutes les formes de la séborrhée de la face, après une durée de quelques mois ou de quelques années, guérissent généralement d’une manière spontanée, ou cèdent à un traitement bien dirigé (2).
ditions constitutionnelles; une lésion des nerfs de la région, traumatique ou autre, est une des conditions accidentelles locales.
(1) La séborrhée n’a pas pour conséquence l’aCné; elle est le résultat d’un état pathologique de la glande sébacée dont la dénomination générique est acné : acné sébacée fluente, acné sébacée concrète; de même du comédon, acné comédon.
Quant au lupus érythémateux, c’est une affection propre, spécifique, tout à fait distincte, n’ayant de commun avec la séborrhée que la localisation anatomotopographique dans les formes acnéiques, et qu’il est tout à fait sans objet de rapprocher des séborrhées, depuis que Cazenave a montré que ce qui avait été appelé, par Ilebra, séborrhée congestive, n’était autre que le lupus érythémateux.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Plusieurs localisations de la séborrhée de la face ont une importance propre et doivent être signalées en particulier.
a) . Séborrhée de la portion exposée de la surface rouge des lèvres : Bien qu’il n’y ait pas ordinairement de follicules sébacés dans cette région, on y observe quelquefois, se continuant avec une séborrhée typique de la face, une affection lamelleuse, exfoliante, irritable, d’une extrême ténacité, et qui cède aux seuls moyens de traitement qui réussissent contre la séborrhée, les astringents, les substitutifs et surtout les scarifications linéaires convenablement pratiquées.
b) . Séborrhée du nez et de la partie attenante des joues : Cette localisation est très fréquente, liée à un traumatisme antérieur, à une lésion intranasale ou de cause inconnue; le soufre, le naphtol, et surtout les scarifications linéaires agissent favorablement.
c) . Séborrhée des sourcils et des cils : Cette affection, dépilante au plus haut degré, n’est pas rare chez les jeunes sujets névropathes, et devient chez eux une cause de nosomanie des plus pénibles. Les sourcils et les cils, agglutinés par les croûtes sébacées, tombent avec elles, et il est souvent très difficile d’avoir recours au traitement local indispensable, tant les patients redoutent de toucher, ou que l’on touche, à leurs sourcils. Le traitement local de la séborrhée pilaire en général est cependant, en ce cas, de la plus extrême rigueur.
d) . Séborrhée pityriasiforme de la face chez les femmes et séborrhée
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
En fait d’autres séborrhe'es locales, je mentionnerai encore celle de l’ombilic, dans la cavité duquel la graisse et les cellules épidermicjues s’accumulent facilement en quantité plus ou moins considérable, prennent une odeur rance et, en se décomposant, deviennent assez irritantes pour donner lieu à une inflammation locale. Puis vient la séborrhée des parties génitales (1). Il est très difficile de décider, dans chaque cas,
squameuse des régions de la barbe chez les hommes : généralement confondues avec l’eczéma, ou disqualifiées sous le nom de pityriasis que les médecins emploient avec le sens vague et banal qu’ils appliquent à un grand nombre des termes de la pathologie cutanée, ces localisations de la séborrhée sont assez fréquentes et d’une extrême ténacité; elles s’accompagnent souvent d’une irritabilité particulière de la peau, et ce n’est pas souvent trop de l’expérience spéciale du derrnatologiste pour les traiter.
e). Gomme dernières localisations, nous signalons la séborrhée squameuse pityriasiforme de la bordure des cheveux et des oreilles, surtout chez les femmes, presque toujours confondues avec l’eczéma, ou appelées pit}Tiasis, et, partant, traitées irrégulièrement.
Il est vrai de dire qu’il y a, entre certaines séborrhées sèches et certains eczémas secs une telle identité morphologique que toute distinction disparaît; au cuir chevelu et à la face surtout, sinon exclusivement, il est souvent fort difficile au derrnatologiste qui ne procède pas par affirmation, mais par démonstration, de dire si l’altération cutanée que l’on observe est un eczéma ou une séborrhée. De même qu’il faut admettre un eczéma pilaire, un eczéma sudoral ou idrosique, il faut reconnaître un eczéma véritable ayant pour lieu d’action essentiel, pour localisation anatomotopographique l’appareil sébacé, eczéma sébacé ; nous reprendrons celte question à l’occasion de l’eczéma, où nous utiliserons les observations très importantes de Unna — Voy. Das seborroische Eczem., in Monatshefte f. prakt. Dermat. und Sgph., n“ 18, 1887. Anal, in Annales de Dermatologie, 2® série, 1887 — sur cette question, dont tous les éléments ont besoin d’élre révisés.
Erxest Besnier. — A. Doyon.
(1) Parmi les localisations importantes de la séborrhée qui ne sont pas signalées dans le texte courant, nous mentionnons la séborrhée pilaire des membres inférieurs, cuisse et jambe, simulant l’ichthyose pilaire sordide vraie et complète, ou tes cas excessifs de xérodermie pilaire des jeunes sujets lymphatiques; cette affection, que nous avons toujours vue méconnaître, peut être cependant diagnostiquée avec certitude par tout médecin pourvu d’une bonne méthode dermatologique. Une fois le diagnostic établi, il devient aisé, sinon de guérir la maladie, au moins de donner au sujet le moyen de mettre les téguments dans une situation assez satisfaisante pour que l'affection puisse être dissimulée : bains alcalinisés avec le sous-borate de soude; frictions avec le savon noir jusqu’à ablation des îlots sébacés sordides qui ont pour centre un follicule pilaire; emploi en pommade du p naphtol
KAPOSI, 2“! ÉD. 13
NEUVIEME LEÇON
s’il s’agit réellement d’une excrétion exagérée de matière grasse, ou s’il n’y a pas plutôt là une accumulation locale des produits normaux delà mue épidermique et de l’excrétion graisseuse. Cette dernière hypothèse semble plus vraisemblable, par exemple, pour le gland et pour la face interne du prépuce, car en cet endroit il n’y a que des glandes peu nombreuses (glandes de Tyson) et c’est le plus souvent chez des individus dont le prépuce est étroitement fermé ou atteint de phymosis proprement dit que l’on rencontre l’état que nous venons d’indiquer. C’est particulièrement dans le sillon balanopréputial que s’accumulent ces matières graisseuses et qui ont une odeur rance, srnegmapreputii. On sait qu’elles donnent naissance à des érosions douloureuses du prépuce et du gland, à un suintement purulent, — balanite, balanoposthite.
De même le clitoris et son prépuce, ainsi que la vulve, deviennent,^ sous l’influence des mêmes causes, le siège d’inflammation avec sensation de brûlure et sécrétion purulente qui peut être prise par erreur pour une blennorrhagie. Chez de jeunes enfants de faible constitution, ainsi que chez des sujets adultes du sexe féminin que la maladie avait longtemps retenus au lit et affaiblis d’une manière considérable, j’ai souvent observé l’apparition aiguë de séborrhées, de balanites et de vulvites de ce genre (1).
La séborrhée généralisée est infiniment plus rare que la séborrhée limitée.
Chez le nouveau-né, elle est représentée par un vernis caséeux trop abondant, qui se renouvelle encore pendant les premiers jours de la vie et amène une tension de la peau et la formation de déchirures douloureuses. Lorsque cet état occupe tout le tégument, celui-ci, déjà quel-
de la résorcine, du soufre, de l’acide salicylique selon l’état de la peau, la tolérance individuelle, etc. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Ces séborrhées sont le plus ordinairement méconnues ; leur intérêt est très grand, et elles mériteraient une description particulière ; généralement, elles sont confondues avec l’eczéma, Tintertrigo, l’herpès, plusieurs espèces de vulvite et de balanite. La coexistence d’autres séborrhées, l’état lymphatique, la fétidité des produits de sécrétion et leur forme, l’état inflammatoire puriforme plutôt que vraiment eczématique des irritations dermoépidermiques secondaires, mettront sur la voie. En tous cas, ce diagnostic est à débattre dans les intertrigos, herpès douteux et prolongés, vulvites et balanites, et dans tous ces cas il y à résoudre la question de savoir si Ton a affaire à une séborrhée simple avec épidermite secondaire, à une variété d’eczéma vrai, ou à un eczéma sébacé, sans préjudice, bien entendu, de la recherche des divers épidermophytes, ou des mycodermes.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
ques heures après la naissance, paraît d’une couleur rouge brun; sa surface est brillante comme du satin, elle semble enduite de vernis, ou, suivant la comparaison de Hebra, elle ressemble à du lard rôti, c’està-dire qu’elle a un aspect brunâtre, luisant. A la figure, à partir des angles de la bouche, sur les plis des joues, il se forme des gerçures douloureuses; la raideur du nez et de la bouche, la douleur que causent les rhagades, mettent l’enfant dans l’impossibilité de prendre le sein; en quelques jours, il succombe par inanition et par perte de sa chaleur, si l’on ne vient pas à son secours en graissant largement les croûtes afin de les ramollir et en ranimant artificiellement la chaleur de son corps. La vraie dénominal ion de cet état est ichthyose sébacée ou séborrhée squameuse des nouveau-nés; certains auteurs l’ont qualifiée d’ichthyose congénitale; d’un côté, elle se rapproche des formes d’exfoliation épidermique extra-utérine des nouveau-nés, dont nous aurons à nous occuper; de l’autre, de certaines variétés qui paraissent tenir à un arrêt dans le développement du fœtus, dont le type est encore à décrire.
Cette lésion est reproduite dans un dessin donné par Behrend en 1839, d’après la description d’un enfant faite par Steinhausen.
Ce dessin se trouve au Musée de Berlin, sous le titre à'inscrutatio s. scutulatio. Sievruk, Vrolik (1854), Lôcherer (1846) , Kyber et Hans Hebra (1881) ont publié des faits complètement analogues. Toutefois, il existe certainement une ichthyose congénitale vraie dans le sens d’une ichthyose fœtale, ainsi que le démontrent deux cas récemment communiqués par Caspary.
Chez les adultes, la séborrhée généralisée se montre quelquefois sous foi’me de lamelles brillantes, en état de desquamation constante, couvrant plus spécialement le tronc et le côté de l’extension des membres. Les cas de ce genre se rencontrent le plus souvent chez des individus atteints de marasme, aussi leur donne-t-on le nom de pityriasis tabescmliwn. Ou bien la maladie se présente sous la forme plus rare de cutis testacea ou ichthyosis sebacea, dans laquelle la plus grande partie de la surface de la peau, en particulier du tronc et des membres sur le côté de l’extension, est couverte de croûtes d’un brun verdâtre et noirâtre. Les croûtes se divisent en petits fragments qui correspondent aux sillons et aux lignes profondes de la peau, elles sont minces, aplaties ; sur d’autres points, elles sont accumulées les unes sur les autres et saillantes comme des cornes ou comme les poils du hérisson, et peuvent être détachées. La peau apparaît alors normale, sa couleur ne va pas au delà d’une rougeur modérée, mais on y voit de nombreux orifices sébacés dilatés, dans lesquels s’implantent les croûtes par des prolongements filiformes.
NEUVIEME LEÇON
En considération des symptômes que nous venons de décrire, le diagnostic de la séborrhée est en général assez certain. Suivant les circonstances, cependant, il peiitprésenterquebpies difficultés, en raison précisément de la diversité que les différences de forme, d’intensité et de localisation peuvent amener-dans les symptômes de la maladie. Mais comme vous ne connaissez pas, jusqu’à présent, les caractères différentiels des afléctions qui ont une certaine analogie avec la maladie que nous étudions actuellement, je me bornerai à vous les indiquer ici d'une façon sommaire. Je vous ferai donc remarquer, seulement afin d’éviter toute obscurité, que la séborrhée du cuir chevelu peut en général être confondue avec toutes les maladies de la peau qui entraînent le dépôt de croûtes et de pellicules sur le cuir chevelu, formes qui toutes étaient confondues jadis sous le nom de teigne [Kopfgrind], dénomination qui n’a aucune signification au point de vue nosologique; ce sont avant tout l’eczéma squameux et impétigineux, puis le psoriasis, l’herpès tonsurant et le favLis. Relativement à ces deux dernières maladies, on ne pourrait les confondre avec la séborrhée que si l’on ne tenait pas compte de la caractéristique qui leur appartient, c’est-à-dire d’un parasite végétal que le microscope permet de reconnaître; quant à l’eczéma, pour en établir le diagnostic, il faut, pour compléter l’ensemble du tableau pathologique de cette maladie, tenir compte des altérations qui se produisent simultanément avec elle sur d’autres points de la peau.
La séborrhée du visage doit être distinguée de l’eczéma, du psoriasis et du lupus érythémateux; ce dernier amène toujours, en outre de larougeur, une altération cicatricielle de la peau. Dans la séborrhée des parties génitales, particulièrement quand il existe en même temps une balanite et des érosions sur le gland et sur le prépuce, n’oubliez pas qu’il est possible que vous ayiez affaire en même temps à une infection syphilitique; aussi devrez-vous être très circonspects dans le jugement que vous aurez à prononcer, c’est-à-dire que vous vous donnerez le temps suffisant pour bien observer le malade avant de porter un pronostic sur son cas.
Il est impossible de méconnaître la séborrhée généralisée des nouveau-nés. Celle des adultes peut, au contraire, facilement être confondue avec l’ichthyose. Dans la séborrhée, on peut détacher complètement les croûtes d’une manière mécanique et en les ramollissant ; alors la peau apparaît modérément rouge, ses pores sont toujours > agrandis, mais elle est d’ailleurs normale, souple, lisse; le mal est guérissable. Au contraire, l’ichthyose, qui est toujours une maladie dont le début remonte à l’enfance, est incurable; dans cette affection, les squames ne s’enlèvent que difficilement et d’une façon incomplète, la peau reste épaissie, verruqueuse, traversée par des sillons profonds (il y a
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
hypertrophie de la peau et des papilles), elles squames se reproduisent promptement.
Le pronostic de la séborrhée, soit locale, soit générale, est favorable; on peut toujours améliorer rapidement la maladie, et, dans la plupart des cas, on peut la guérir d’une manière durable. En dehors de la difformité locale, de la gêne que cause la tension des tissus, de ta production de gerçures et de déchirures douloureuses, ainsi que des complications qui surviennent parfois au visage, eczéma, com.édons et acné, la séborrhée n’exerce aucune influence mauvaise sur l’état général. Il n’y a que l’ichthyose sébacée des nouveau-nés qui puisse, comme je l’ai mentionné, devenir menaçante pour la vie.
Pour le traitement de la séborrhée, la ligne générale à suivre est indiquée par les principes que j’ai exposés dans la thérapeutique générale. Comme il s’agit toujours ici de dépôts de produits pathologiques (secondaires), de squames graisseuses et épidermif|ues et de croûtes, le premier problème du traitement consiste à les faire disparaître, principalement à les ramollir, à les détacher et les enlever.
On y arrive très vite par des applications huileuses, suivies de lotions savonneuses.
Pour dissoudre les squames et les croûtes, l’huile d’olive simple, l’huile de morue, le pétrole, le beurre, la graisse de porc peuvent être employés. Les additions de zinc, de mercure, d’acide phénique ou salicylique, etc., sont tout à fait accessoires et superflues. Le principal, c’est toujours de prendre de l’huile ou une graisse et de l’employer en telle quantité et d’après une telle méthode que l’on arrive le plus complètement, et le plus rapidement possible, au but que l’on se proposait.
Quant à l’application, elle pourra ou elle devra subir certaines modifications, suivant le siège et l’intensité de la maladie, suivant aussi les conditions propres du malade.
Dans la séborrhée du cuir chevelu, on applique l’huile au moyen d’un pinceau, d’un morceau d’éponge ou avec un plumasseau de charpie ; en pressant et en frottant, on fait pénétrer l’huile en aussi grande quantité que possible dans les croûtes, puis on recouvre la tête avec un bonnet de flanelle ou un bonnet turc (fez) non coloré. On applique l’huile de cette façon quatre ou cinq fois par jour et on la laisse séjourner pendant la nuit. Dans l’espace de douze à vingt-quatre heures, les dépôts les plus épais de croûtes peuvent être ramollis suffisamment pour qu’on puisse les morceler avec le doigt et les détacher. Avec les croûtes laiteuses de la tête des petits enfants à la mamelle [Gneis], il faut agir avec une douceur toute particulière ; il n’est pas nécessaire d’arriver immédiatement à un résultat complet ; ce qu’il faut avant tout, c’est user de précaution et de douceur, afin de calmer les inquiétudes des mères
NEUVIÈME LEÇON
et de vaincre les préjugés des nourrices. Chez les hommes adultes, on peut faciliter beaucoup cette partie du traitement en coupant les cheveux ras ; chez les femmes, cette pratique^ qui n’est pas indispensable, serait une véritable cruauté (1).
Quand les croûtes et les squames sont complètement ramollies et devenues friables, on les enlève par le lavage, avec le savon ordinaire ou un savon de toilette quelconque, ou le savon noir; quand la peau est tendre, sensible, comme chez les enfants, il vaut mieux avoir recours au savon liquide de glycérine ; chez l’adulte, au contraire, on emploiera l’esprit de savon de potasse de Hebra, et cela parce qu’il contient de l’alcool, qui dissout bien la graisse et que, probablement aussi, il exerce une influence excitante sur la tonicité des glandes sébacées. Ce savon est préparé d’après la formule suivante :
Rp. Savon vert, 100 grammes.
Dissolvez à une chaleur douce dans; Esprit de vin, 200 gr.
Filtrez et ajoutez :
Huile de lavande et huile de bergamote, àâ, 3 gr.
Mêlez. Filtrez. = Esprit de savon de potasse.
Pour pratiquer le lavage, on se sert d’un linge rude (flanelle) ou de ce qu’on appelle une éponge à frotter (serviette-éponge), sur lequel on verse le savon liquide, ou l’on frotte avec le savon dur jusqu’à ce qu’il fasse de la mousse ; puis on lave à l’eau tiède ou froide autant que cela
(1) Tel n’est pas notre avis : s’il est bon de couper les cheveux ras chez les hommes pour rendre le traitement facilement exécutable, cela ne saurait être mauvais pour les femmes ; ce n’est donc, pour ces dernières, qu’une question de mesure. Personne ne sacrifiera inutilement une chevelure de femme alors que cela pourra être évité ; mais, on ne saurait l’ignorer, il y a des cas dans lesquels l’affection est à ce point intense par son degré et par la rapidité de son évolution alopécique que ce sacrifice s’impose, et qu’il n’y a aucune cruauté à le réclamer. Nombre de femmes n’ont pas le temps qu’il faut pour exécuter le traitement avec une longue chevelure, et quand les cheveux s’arrachent par touffes aux moindres frictions, les malades vont d’ellesmêmes au-devant de la prescription et ont parfois déjà les cheveux coupés quand elles arrivent au médecin spécial ; chez elles, l’art inné de suppléer à la nature simplifie beaucoup les choses. En fait, il est aisé de comprendre que s’il y a une maladie grave (et la séborrhée dépilante mérite souvent cette épithète) du cuir chevelu, il est infiniment plus aisé, à tous les titres, de faire le traitement convenable avec les cheveux ras qu’avec une longue chevelure. Nous reviendrons sur ce point à propos du traitement des alopécies. Ernest Besnier. — A. Doyon.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
est nécessaire. Par ce procédé, on arrive sûrement à nettoyer complètement la tête (1).
Comme complément, on enlève encore les derniers restes de savon en versant de l’eau tiède ou froide, ou à l’aide de douches; puis on essuie la tête et on la sèche.
Au cours de l’application de cette méthode, on verra une grande partie des cheveux enchevêtrés par des masses de graisse et de croûtes et, par suite, d’un aspect très « luxuriant » se détacher et tomber, et certains malades, qui, avant le lavage paraissaient [avoir encore une chevelure assez abondante, sont presque chauves après celte opération. Effrayés de ce résultat, les patients ne manquent pas d’attribuer cette perte de cheveux à l’emploi de « médicaments trop [énergiques ». Voici la réalité : Le développement de la séborrhée entraîne, comme je vous l’ai fait remarquer plus hauL le défaut d’adhérence des cheveux et leur chute abondante ; beaucoup de cas d’alopécie même doivent être uniquement attribués à cette altération, cependant on peut, avec assez de confiance, faire espérer aux malades une nouvelle pousse suffisante des cheveux après la guérison de la séborrhée, quand cette maladie ne remonte pas à plusieurs années.
Ainsi lavée et débarrassée de croûtes, la peau apparaît alors un peu rouge, brillante et tendue à mesure qu’elle se sèche ; il en résulte une sensation fort désagréable, l’épiderme est très mince, se déchire facilement et les dépôts de matière sébacée se renouvellent rapidement ; on protège les malades contre ces divers accidents en enduisant la peau avec de l’huile ou des pommades, par exemple : huile d’olive, 50 gr., baume du Pérou, 1 gr. ; ou : onguent émollient, 25 gr., oxyde de zinc, 0 gr. 50, huile de baies de laurier, 5 gr., etc.
(1) Ces procédés de nettoyage sont excellents, mais beaucoup de nos malades ne les supportent pas bien ; les uns ont de véritables poussées de dermite eczémateuse, les autres conservent à la suite de ces applications un état d’érythème lisse squamulaire.
Chez les sujets qui ont les cheveux ras pendant la durée du traitement, un savon de toilette de bonne qualité convient très bien: avec une éponge et de l’eau chaude, le lavage est fait rapidement et facilement, chez les femmes qui ont les cheveux longs, la décoction de racines de saponaire d’Orient, ou même de saponaire ordinaire, mieux encore la décoction savonneuse d’écorce ou de poudre d’écorce de quillaya ou bois de Panama, suffit parfaitement, surtout si l’on a fait, au préalable, sur la peau de la tête, une friction avec un jaune d’œuf étendu d’une cuillerée d’eau; le nettoyage se termine par une lotion chaude simple; chez quelques sujets très irritables, la friction au jaune d’œuf, suivie d’une lotion avec de l’eau de son chaude, suffit si elle est exécutée avec le soin nécessaire. E. B. — A. D.
NEUVIÈME LEÇON
Aa bout de quelques jours, si l’épiderme s’est reproduit avec une épaisseur suffisante et si la peau a perdu sa sensibilité, il faut encore pendant plusieurs semaines brosser le cuir chevelu avec l’esprit de vin pur ou additionné, par exemple: esprit de vin, 100 gr., acide phénique, 0,15 ; ou acide borique, acide salicylique, 3 gr., glycérine, 1,50; soit cbaque jour, soit trois fois par semaine, suivant la rapidité avec laquelle les squames se reproduisent.
Mais, comme les divers savons et les alcooliques dégraissent fortement l'épiderme et le rendent dur et cassant, il est convenable de le graisser de temps en temps avec une huile ou une graisse anodine, avec une pommade quelconque.
11 peut être nécessaire de continuer ce traitement consécutif pendant des semaines et même des mois.
Contre la balanite séborrhéique, il n’est pas bon de faire des lavages trop fréquents, comme souvent on y est enclin ; il vaut mieux appliquer de la charpie, ou un peu de linge sec et poudré, et, quand il y a des points excoriés, humides, il est préférable de mettre des linges imbibés de solutions astringentes ou couverts de pommades, comme : carbonate de cuivre (verdet), 0 gr. 15, eau de fontaine, 23 gr.; ou acétate de plomb basique, 0,50, eau de fontaine, 30; ou onguent émollient, 20, oxyde de zinc, 2,25.
Comme je vous ai exposé dans tous ses détails la méthode de traitement local qui convient à la forme de la séborrhée que l’on a le plus souvent occasion de traiter, c’est-à-dire à la séborrhée du cuir chevelu; je serai très bref au sujet des séborrhées localisées sur d’autres points de la peau, spécialement ceux qui ne sont pas pourvus de poils. Ici, comme partout, la première condition du succès est de ramollir les croûtes, de les détacher et de les enlever par des lavages, puis de faire de temps à autre des lotions alcooliques et des applications de pommades. Le 7nodus facmidi varie suivant le siège qu’occupe la maladie et suivant les circonstances. C’est ainsi que l’on fera disparaître le plus promptement possible les croûtes épaisses du visage en appliquant des compresses enduites de pommade ou d’huile, que l’on fixe solidement à l’aide d’étoffes moins perméables que la toile, comme de la flanelle.
De même, le lycopode, l’amidon, la talc de Venise pulvérisé, le kaolin, etc., trouvent ici occasionnellement leur emploi, par exemple en application entre le prépuce et le gland, ou pour saupoudrer et nettoyer la figure enduite de pommade, car on ne peut la laisser ainsi reluisante de graisse, etc.
Les principes et les moyens de traitement de la séborrhée généralisée sont absolument ceux de la séborrhée localisée. Ainsi, un enfant
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
atteint d’ichthyose sébacée [cutis iestacea) doit être énergiquement frotté avec de l’huile ou de la graisse, ou enveloppé dans des linges enduits de pommade appropriée, et cela méthodiquement, de façon que les membres, les plis des orteils, le visage, etc., soient enveloppés de pièces de linge séparées et ajustées sur les parties, et recouverts d’un masque ou de bandages de flanelle. En outre, pour conserver à l’enfant la chaleur de son corps, on l’enveloppera dans des langes de laine ou de tous autres tissus mauvais conducteurs du calorique; enfin, chaque jour on le lavera avec du savon dans un bain chaud, et, après l’avoir bien essuyé et séché, on l’enduira de nouveau de graisse.
11 faut procéder de même dans l’ichthyose sébacée des adultes. Dans cette affection, pour ramollir les croûtes, on peut enduire pendant plusieurs jours le malade avec du savon noir ou de l’huile de morue, puis on le couche entre des couvertures de laine ou on l’habille de flanelle. Quand on a réussi à ramollir les croûtes, on continue le traitement avec des bains, des savonnages^ des douches et des frictions grasses, dont on prolonge l’usage jusqu’à ce que la peau ait repris son état normal.
Enfin, comme certaines séborrhées localisées, particulièrement celle de la tête et du visage, sont produites par des causes éloignées, anomalies d’autres organes ou de l’ensemble de la nutrition, ainsi que je vous l’ai dit, telles que le gastricisme chronique ou la chlorose, il faut, indépendamment du traitement local, faire aussi usage de certains médicaments internes dirigés contre ces causes. On conseillera donc aux malades l’emploi des amers, comme la gentiane, la rhubarbe, les eaux minérales alcalines et ferrugineuses, le fer, etc.; on leur indiquera le climat et le régime diététique qui leur conviennent; enfin, on prolongera toujours l’emploi de ces médicaments dans les cas où l’on croira prévoir une récidive (1).
(1) En termes clairs, la séborrhée, comme la plupart des autres affections de la peau, réclame le concours non seulement du dermatologiste, mais encore du médecin ; les moyens locaux employés seuls ne suffisent pas ; il faut toujours en venir à traiter le malade selon les indications qui résultent de son état constitutionnel, ou des conditions accidentelles dans lesquelles il est placé : le fer, l’arsenic, le soufre, l’huile de morue, les médicaments nervins, etc., etc., sont au nombre des mieux appropriés, mais cela sans aucune idée préconçue ou systématique, et en se basant sur ce que réclame la situation de chaque malade en particulier.
Un grand nombre d’eaux minérales peuvent être employées avec grand succès : Spa, Salins, Sahes ou Kreutznach; Luchon, Cauterets, Uriage, Ghalles, Saint-Gervais, la Bourboule, etc., etc.
On n’oubliera pas que, dans les séborrhées localisées, l’état des
NEUVIEME LEÇON
Contre la séborrhée généralisée sèche, que Ton observe chez les scrofuleux et les tuberculeux, l’usage interne de l’huile de foie de morue doit être recommandé, à moins que des circonstances spéciales ne le contre-indiquent.
Je n’ai que peu de chose à vous dire relativement à l’état des glandes sébacées opposé à celui dont nous avons parlé jusqu’ici, c’est-à-dire relativement à la diminution de la sécrétion de la graisse ou astéatose de la peau. Cet organe^ manquant de son enduit huileux physiologique, présente un épiderme sec, friable et s’exfoliant de temps à autre, pityriasis simple. Cette affection se trouve rarement à l’état idiopathique et indépendant; le plus souvent, ce n’est qu’un symptôme partiel d'une autre maladie de la peau^ congénitale, par exemple de la xérodermie, de l’ichthyose, du prurigo, ou d’une maladie acquise, comme l’éléphan- 1 tiasis des Grecs, le psoriasis, le lichen ruber, absolument comme l’ani- * drose ; c’est pour cela même que l’astéatose généralisée est rare et qu’elle est, au contraire, limitée à des portions plus ou moins considérables de la peau, enfin qu’elle est ou persistante, ou, comme les maladies cutanées auxquelles elle se rattache, passagère et mobile.
Souvent l’astéatose de la peau est produite artificiellement par l’influence de certains agents qui retirent à l’épiderme d’une façon persistante une trop grande quantité de graisse. C’est ce que font le savon et la lessive sur les mains des laveuses, et les produits chimiques dans certaines industries. Dans ces cas, la paume de la main présente un épiderme généralement épaissi et dur, manquant d’élasticité et, par cela même, se déchirant facilement; les doigts restent courbés et ne peuvent pas être étendus, même passivement. Les gens qui, par habitude, se lavent journellement le corps entier avec de l’eau froide contenant des sels de chaux et de potasse (eau dure) ont pareillement une peau sèche, sans graisse, couverte de pellicules; souvent cet état amène ip du prurit et de l’eczéma.
La durée et la curabilité de l’astéatose de la peau dépendent, pour chaque cas, des causes qui ont amené la maladie.
Nous ne connaissons aucun mode de traitement qui puisse réveiller l’activité de sécrétion des glandes sébacées. Faire disparaître les causes du mal, guérir la maladie cutanée concomitante, éviter les substances nuisibles dont l’action soustrait la graisse de la peau, tels sont les
organes sous-jacents devra toujours être examiné avec soin, l’état des fosses nasales, par exemple, dans la séborrhée nasale; et que les scarifications répétées constituent, pour les cas rebelles, un véritable moyen de salut. E. B. — A. D.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
objectifs que doit se proposer la the'rapeutique, qui, en outre, devra s’occuper de fournir de la matière grasse à l’e'piderme, au moyen des frictions avec l’huile de morue, l’axonge, etc. Mais, comme toutes les graisses, aussitôt qu’elles deviennent rances, irritent la peau, il faut les ôter souvent, à l’aide du savon et des bains. Sous ce rapport, la vaseline en frictions est d’un excellent usage (1).
Nous avons maintenant à nous occuper de certaines formes morbides intéressantes^ qui sont produites par un trouble survenu dans l’excrétion des glandes sébacées, anomalies de sécrétion des glandes sébacées ou formes résultant de la rétention de la matière sébacée. Ce qui les caractérise, c’est que les produits sécrétés, épiderme et matière grasse, ne sont pas versés au dehors, mais sont retenus dans le canal excréteur propre à chaque lobule, ou dans le canal commun, ou dans la glande elle-même. Les poils follets, arrivés au moment de leur chute physiologique, restent parfois aussi dans le canal excréteur avec le produit de sécrétion des glandes sébacées.
Les , faits que l’on rencontre dans ces maladies sont nombreux et variables, quelques-uns très compliqués, d’autres entièrement inexpliqués.
Les faits les plus simples sont ceux du trouble mécanique de l’excrétion : quand le canal excréteur commun du bulbe pileux est obturé par des substances étrangères, comme le goudron ou de la poussière, ou quand le canal excréteur de la glande sébacée est déformé, détruit par une cicatrice, il est facile de se rendre compte que le produit de sécrétion ne peut être expulsé au dehors. On comprend aussi que, dans ces conditions, les glandes sébacées sécrétant encore d’une manière normale, et pendant un certain temps, des cellules épidermiques et de la graisse, ces produits ne pouvant s'écouler distendent mécaniquement le canal excréteur et la glande elle-même; ultérieurement, par leurs altérations chimiques, ils exercent une action irritante sur les glandes, qui peuvent alors devenir le siège d’une prolifération exubérante et même d’une inflammation plus ou moins violente. Telles seraient donc les formes simples de rétention par cause mécanique, dans les cas d’occlusion du canal excréteur, comme le comédon dû au goudron, le milium dans le voisinage de cicatrices et certains stéatomes (2).
(1) Contre l’astéatose proprement dite, après la suppression des causes provocatrices extérieures, la sudation provoquée est le moyen le plus actif; les corps gras, huile de vaseline, lanoline, crème de glycérine et de lanoline, sont d’excellents adjuvants. E. B. — A. D.
(2) L’acné qui suit les applications trop prolongées du goudron, de
NEUVIÈME LEÇON
Mais ces mêmes formes se pre'sentent aussi avec un canal excréteur ouvert. Il n'y a donc aucune autre cause à laquelle on puisse, dans ces cas, attribuer la rétention de la sécrétion sébacée, qu’une hypersécrétion (prolifération), ou une altération de la qualité de ce produit; on est d’autant plus autorisé à l’admettre que, dans ces circonstances, les matières contenues dans la glande présentent réellement une différence chimique notable avec le produit de la sécrétion normale des glandes, comme dans le milium et le molluscum sébacé.
Au lieu, par exemple, de subir, comme à l’état physiologique, une transformation graisseuse, les cellules sécrétées par les glandes se racornissent comme celles du réseau muqueux, ainsi que cela a lieu dans le milium ordinaire, ou bien elles se transforment en tissu colloïde, comme dans le milium colloïde (1), ou en tissu amyloïde ou hyaloïde, comme vraisemblablement dans le molluscum contagiosum. Ces divers états empêchent les cellules sécrétées de se dissoudre et d’être expulsées.
Je voudrais, en outre, admettre comme troisième cause prédisposant à la rétention de la matière sébacée une diminution dans la tonicité des muscles de la peau, des muscles érecteurs des poils, qui envoient des ramifications aux glandes sébacées ainsi qu’aux parois glandulaires elles-mêmes, conditions que l’on observe dans beaucoup de circonstances, notamment dans les cas de ralentissement de la nutrition (chloro-anémie, scrofulose, etc.) (2).
l’buile de cade, etc., a pour localisation habituelle le follicule sébacéopilaire; c’est une variété d’acné pilaire, de cause externe, ayant pour origine primitive, directe, essentielle, l’action irritante du goudron, et ne résultant ni de l’occlusion du pore sébacé , ni de la formation d’un bouchon de goudron dans le conduit excréteur.
Il n’y a pas lieu de placer l’acné du goudron à côté de l’acné comédon, du milium, ni des stéatomes; et, d’autre part, il n’est pas moins inopportun de rapprocher du comédon proprement dit l’agrégat de poussière qui peut se former dans le pore sébacé lui-même ; jamais ces poussières ne forment de comédon véritable; si elles sont irritantes chimiquement, elles peuvent, à ce titre, être une cause d’acné, mais ce n’esl jamais, ni l’encombrement du pore sébacé, ni la formation d’un bloc de poussières qu’il y a lieu d’invoquer.
(1) 11 n’y a pas de « milium colloïde » ; nous avons déjà rectifié cette
erreur dans la première édition française de cet ouvrage, page 234, note 1, et plus loin, p. 211, note 1. E. B. — A. D.
(2) C’est ce que nous avons indiqué dans une note de la précédente édition :
La consistance du contenu des glandes sébacées et sa propulsion a
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
Cependant, il y a encore d’autres faits qui, comme je l’ai dit, restent complètement obscurs.
Les formes que nous avons à considérer de préférence au point de vue dermatologique sont le comédon (Mitesser), le milium ou grutum, l’état granité de la peau (Hautgries) et le molluscum verrucosum ou sebaceum, ou contagiosum. L’athérome, le cholestéatome, les cryptolithes sont plutôt l’objet de la chirurgie.
Les comédons [Mitesser, acné punctat a) sont des points qui se montrent sur la peau, gros comme une pointe d’aiguille ou une tête d’épingle, d’une couleur allant du jaune blanc sale au brun et au noir; ils correspondent à l’orifice libre des glandes sébacées et représentent l’extrémité, en contact avec le dehors, d’un bouchon qui remplit le canal excréteur commun. Rarement ils font une certaine saillie audessus du niveau de la peau. En exerçant une pression latérale sur le comédon, le bouchon se trouve poussé à travers l’orifice et sort sous forme d’un corps allongé. Avec sa partie supérieure qui présente une coloraition foncée, ce corps ressemble un peu à un ver à tête noire; de là vient la croyance populaire que c’est un petit animal, ainsi que la désignation vulgaire qu’on lui donne [Mitesser) (1).
Le siège ordinaire des comédons est la peau du front, du nez, des tempes, de la poitrine et du dos; sur ces différents points, on les trouve parfois en quantité énorme, ou bien ils sont disséminés par groupes, ou même ils sont serrés en masses saillantes, semblables à des verrues (verrues sébacées, Hebra; disque de comédons, Ribbentrop); cependant, on les rencontre aussi sur d’autres parties du corps, particulièrement sur la peau de la verge.
Quelques comédons surviennent accidentellement chez tous les indi-
tergo par les générations successives de cellules ne sont pas les seuls agents d’expulsion du produit glandulaire ; l’action élastique du tissu dermique, la contraction de ses fibres lisses, entrent certainement en ligne de compte pour une part peut-être plus grande que l’on ne peut se le représenter; mais il est difficile actuellement d’établir ces faits d’une manière péremptoire. On verra plus loin que l’auteur admet l’action de cet ordre de causes de rétention, mais en la limitant au canal excréteur. En tous cas, il y a lieu de tenir compte de cette perte de tonicité, de cette atonie, au sens propre du mot, du système sébacé, dans l’interprétation du mode d’action des agents thérapeutiques employés ou à employer. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) Comédon, de comedere manger, ronger, perforer à la manière d’un ver, s’applique à la masse solide, cylindroconique, représentant le moule exact du canal excréteur du follicule sébacé qu’il a rempli et distendu activement E. B. — A. D.
NEUVIEME LEÇON
vidas. Après une durée plus ou moins longue, le bouchon devient mobile et il est chassé au dehors, soit par le produit de sécrétion qui le pousse par derrière, soit par la pression mécanique, ou enfin par le frottement qu’il subit quand on se lave. Pendant quelque , temps on voit l’orifice béant de la glande. La présence des comédons en grand nombre constitue une affection désagréable et défigurante; alors même que ceux-ci se détachent et tombent les uns après les autres; l’affection paraît alors stationnaire et en même temps bizarre par le fait de la reproduction constante de nouveaux comédons, ainsi que par leur quantité absolue.
La maladie se développe généralement à l’âge de la puberté chez les sujets des deux sexes; chez ceux du sexe masculin, elle se prolonge souvent jusqu’à vingt ou trente ans, tandis qu’elle disparaît plus tôt chez ceux du sexe féminin. Elle est souvent associée à la séborrhée huileuse de la face et souvent aussi est le point de départ de l’acné inflammatoire, par suite de l’irritation que les éléments, retenus dans les glandes sébacées, exercent sur ces glandes et sur la peau qui les environne (1).
Jusqu’à un certain point aussi, la cause des comédons est la même que pour la séborrhée de la face (chlorose, cachexie). Les causes occasionnelles sont l’oblitération des orifices glandulaires par du goudron ou par de la poussière quand on séjourne dans une atmosphère imprégnée de ces substances (fabriques de goudron) (2), ou encore la négligence que l’on apporte à nettoyer convenablement la peau avec des lavages au savon dans les cas de sécrétion graisseuse abondante.
Pour la production des comédons qui se forment en dehors de ces conditions, il est assez difficile d’indiquer un motif plausible ; ce qu’il y a de mieux à faire est d’en chercher la cause dans les conditions anatomiques (3).
(1) L’adénite et la périadénite qui, à plus ou moins longue échéance,
se développent dans le follicule sébacé dont le canal excréteur est occupé par un comédon, varient en intensité dans de très grandes proportions chez les différents sujets ; ces variations constituent les variétés cliniques assez nombreuses de l’acné dite papuleuse, tuberculeuse, pustuleuse, phlegmoneuse. E. B. — A. D.
(2) Voyez la note 2, page 203. E. B. — A. D.
(3) Les conditions anatomiques sont les mêmes chez tous les sujets;
ce qui est variable, ce sont les conditions physiologiques de l’évolution des glandes sébacées et des follicules pileux à l’âge de la puberté, leur fonctionnement perturbé chez les sujets lymphatiques, l’altération du produit de sécrétion retenu par l’atonie des agents d’excrétion; si les conditions très hypothétiques qui vont être invoquées jouent un rôle, ce rôle n’est certainement pas prépondérant. E. B. — A. D.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
Il Le comédon se compose d’une enveloppe périphérique, formée de i| cellules épidermoïdales, dans laquelle est contenue une matière constituée par un mélange de graisse (ciiolestérine), de cellules épidermiques graisseuses et fragmentées, ainsi que de poils follets (de 3 à 12) et d’acares des follicules qui s’y trouvent déposés. Dans de vieux cylindres de comédons, épaissis, desséchés et cassants, j’ai souvent trouvé des corps semblables à ceux que l’on a décrits comme appartenant spécialement au molluscum. Si l’on extrait la graisse à l’aide de l’alcool et de la téréhenthine, il ne reste plus que les petits poils et les éléments épi- I dermoïdaux, mais spécialement la partie périphérique du comédon,
I sous la forme d’une gousse en forme de tulipe. Les cellules qui constij tuent cette dernière proviennent de la couche muqueuse du conduit ! excréteur et des restes de la gaine de la racine, les parties constituantes de l’intérieur du comédon, excepté les poils follets, émanant des glandes sébacées.
Unna pense que la coloration brun noir de la tête du comédon est due ap bleu d’outre-mer, qui existe normalement dans la sécrétion cutanée; d’autre part, Krause repousse cette interprétation. Je crois que l’épiderme kératinisé et la graisse, partout où ces substances restent longtemps exposées au contact de l’air, prennent une teinte foncée, et qu’en même temps les poussières atmosphériques contribuent à cette coloration.
D’après l’examen anatomique, ainsi que d’après l’observation clinique, le siège anatomique du comédon paraît être le canal excréteur de la glande sébacée, ou le canal excréteur commun de cette glande et du bulbe pileux, et cela suivant les divers points où on l’observe.
Or, dans les points qui sont le siège de prédilection des comédons, comme le front, le nez, le dos, etc., et en même temps le siège des poils lanugineux, on trouve cette disposition anatomique que Biesiadecki a rendue tout à fait évidente, à savoir que les glandes sébacées de ces régions de la peau s’ouvrent au dehors par un canal excréteur large. Les follicules pileux forment un appendice des glandes sébacées et s’abouchent à angle obtus, quelquefois même à angle droit dans leur canal excréteur, de façon que le poil venant du bulbe vient heurter avec sa pointe la paroi opposée du canal excréteur, et parfois se roule de haut en bas (fig. lo, Biesiadecki). Ce poil doit ainsi produire une irritation sur ce point et déterminer une prolifération |de l’épiderme qui revêt extérieurement le canal excréteur, par suite de laquelle se forme l’enveloppe qui renferme le contenu sébacé. Ainsi s’expliquerait ce fait que la formation des comédons a lieu précisément au moment de la puberté. On sait, en effet, que, dans cette période de la vie, il se fait une poussée plus active de poils. Les petits poils lanugineux sont plus rapidement
NEUVIÈME LEÇON
produits et tombent plus vite. Tandis que les petits poils qui poussent hors des follicules déterminent une irritation locale, les poils plus anciens qui se détachent des papilles dans le renouvellement physiologique du système pileux arrivent dans le conduit excréteur large des glandes sébacées et s’arrêtent ici dans une agglomération de cellules, de débris de cellules et de graisse, qui représente les éléments constitutifs du comédon (fig. 15, b, b').
Sur d'autres points du corps, aux meml)res par exemple, où la rela-
Fig.\^.
Coupe d’uû comédon.
a canal excréteur de la glande sébacée rempli par le comédon.
Dans ce canal deux petits poils follets effilés à leur extrémité inférieure ô, b'. Le petit follicule pileux c s’abouche en pointe; son poil d touche contre la paroi opposée du canal excréteur de la glande sébacée et se recourbe en bas en f.
tion est renversée, de telle façon que ce sont les glandes sébacées qui s’abouchent dans le follicule pileux, le canal excréteur de ce dernier est commun pour les deux, et est, à l’occasion, le siège d'un comédon.
ün comprend facilement que l’occlusion mécanique du conduit excréteur par du goudron, de la poussière, etc., peut être la cause de la formation de comédons; nous vous avons déjà mentionné ce fait.
ANOMALIES DE LA SÉCRÉTION SÉBACÉE
Mais je suis e'galement porté à admettre dans tous ces cas une diminution de la tonicité de la paroi du canal excréteur.
Le traitement des comédons consiste dans leur extraction. On la pratique en les exprimant simplement à l’aide des ongles des deux pouces, ou bien on se sert pour cela du petit instrument proposé par Hebra qui conduit au même résultat {Comedonquetscher). C’est un petit tube métallique, long de 4 centimètres, conique, dont l’extrémité étroite porte un rebord mousse et dont la partie supérieure présente deux yeux sur les côtés. On l’applique par son bout étroit perpendiculairement à la peau au-dessus de chaque comédon; puis, par une pression brusque, on les fait sortir dans la cavité du petit tube. Piffard, O. Simon, Unna ont également proposé des instruments appropriés pour arriver au même résultat. En outre, on fait usage des moyens qui ont été recommandés plus haut contre la séborrhée ; lavages savonneux, badigeonnages avec les alcooliques, etc., dans le but de diminuer la sécrétion de la graisse et de réveiller la tonicité des glandes; enfin on a aussi recours aux méthodes de traitement dont l’utilité est démontrée contre l’acné qui existe ordinairement en même temps que les comédons, et dont nous parlerons plus tard.
Le milium ou grutum, calculs cutanés, état granité de la peau (Hautgries) est constitué par des corpuscules du volume d’un grain de millet à celui d’une tête d’épingle, d’un blanc jaune ou laiteux, disséminés dans l’épaisseur de la peau, ou légèrement saillants, que l’on voit briller à travers l’épiderme, durs au toucher, arrondis, de forme globuleuse.
Leur siège principal est la peau délicate des paupières et de leur entourage le plus voisin, les joues et les tempes; puis le bord des lèvres; chez l’homme, le pénis et le scrotum, mais particulièrement la couronne du gland qui, dans certains cas, en est complètement bordée ; chez la femme, c’est spécialement à la face interne des petites lèvres qu’on les rencontre.
Si l’on incise la peau avec un bistouri fin sur un corpuscule de milium, il s’écoule un peu de sang et l’on peut extraire le corpuscule de sa loge, soit par la pression latérale, soit avec la pointe de l’instrument; quelquefois, il tient solidement à la peau par un pédicule mince (au bulbe pileux) qu’il faut d’abord arracher. Le corpuscule est rond, sphérique ou finement lobulé ; il est lisse, et on peut facilement l’écraser ; il éclate alors et se divise en petits grains. 11 se compose d’une enveloppe périphérique simple ou lobulée, membrane peu épaisse, et d’un contenu de cellules épidermiques sèches qui sont rangées, comme les pelures d’un oignon, autour d un noyau central épidermoïdal et contenant de la gi’aisse ; il représente donc une boule épidermique analogue
KAPOSI, 2® ÉD. — I. 14*
NEUVIÈME LEÇON
au corpuscule cancroïdal, avec celte différence que ce dernier contient des cellules proliférantes.
Le milium est formé d’un seul ou de plusieurs petits lobules d’une glande sébacée située superficiellement; aussi existe-t-il toujours audessus de chaque corpuscule une couche mince du chorion avec ses papilles, couche qu’il faut d’abord inciser quand on veut l’extraire.
Le milium est constitué par la distension d’un ou de plusieurs des lobules d’une glande sébacée, par l’épiderme qui s’accumule dans leur intérieur sous l’influence de diverses causes. Quand il se développe sur une peau saine et sur laquelle les conduits excréteurs des glandes sébacées sont ouverts, il n’y a pas de cause appréciable, car rien ne conduit à admettre un trouble mécanique de l’excrétion du produit de ces glandes. 11 semble que les cellules, à mesure qu’elles sont produites, au lieu de subir une transformation graisseuse et de se détacher aussitôt, ce qui favorise leur excrétion, se racornissent simplement comme les cellules de l'épiderme, et, pour ce motif, restent en place.
Certaines maladies inflammatoires superficielles de la peau semblent avoir ce même résultat. Ainsi que l’ont observé Bârensprung et Hebra , pendant le cours d’un pemphigus chez un homme et, une autre fois, chez un enfant de six ans, j’ai vu apparaître au niveau de bulles guéries, et dans un court espace de temps, plusieurs centaines de corpuscules de milium, qui étaient disposés en groupes élégants et en cercles sur le bras, sur la main et la face dorsale des doigts et sur la peau de l’abdomen. J’ai vu une autre fois le même fait se produire chez un homme, à la suite d’un érysipèle. Dans tous ces cas, un certain nombre de corpuscules de milium se sont exfoliés après quelques semaines; les autres ont duré un peu plus longtemps.
11 faut, au contraire, admettre une cause purement mécanique pour la production des corpuscules de milium que l’on voit survenir sur le bord des cicatrices de la peau, que celles-ci proviennent d’un lupus, de la syphilis ou d’une brûlure. Ici évidemment quelques lobules glandulaires se trouvent isolés du conduit excréteur par les brides cicatricielles et, par suite, les cellules qui continuent pendant un certain temps à être sécrétées d’une façon normale s’accumulent à l’intérieur de ces lobules.
Mais, dans les glandes sébacées qui s’abouchent dans le follicule pileux, le milium peut accidentellement produire une distension kystiforme de ce follicule, précisément au niveau du point d’abouchement. Virchow et Rindlleisch citent expressément le sac pileux comme siège du milium ; Virchow en aurait vu à l’orifice du sac, et Rindfleiscli, dans le fond de cet organe. Je suis cependant porté à croire que cette dernière assertion n’est pas très exacte, en raison de ce que nous avons
GOLLOID-MILIUM. MOLLUSCÜM DE BATEMAN. 2ii
dit relativement au siège et au mode de développement du milium.
Je cite encore ici, comme curiosité anatomique, le cas de milium colloïde décrit, en 1866, par E. Wagner, qui l’avait rencontré chez une femme de cinquante-quatre ans. Le front, le nez et la peau des régions avoisinantes, des joues et des tempes, celles des joues surtout, présentaient des bourrelets longitudinaux et transversaux sur la partie proéminente desquels il y avait de nombreuses nodosités, de la grosseur des corpuscules de milium, dures, brillantes comme des vésicules. On ne pouvait les faire éclater même par la plus forte pression. Ce n'est qu’après avoir incisé la peau au-dessus de ces corpuscules que leur contenu appciraissait à l’extérieur comme une matière jaune pâle, homogène, opaline, transparente, rappelant le tissu colloïde dur. Dans l’esprit de Wagner, ces corpuscules étaient du milium dont le contenu épidermique avait entièrement subi la transformation colloïde. Ils ne contenaient pas de cellules épidermiques reconnaissables, mais bien quelques petits poils fins (1).
On est quelquefois obligé de traiter le milium, surtout chez des malades du sexe féminin, dont le visage, particulièrement quand elles ont un beau teint blanc, est déparé par une trop grande quantité de corpuscules de milium déposés dans la peau. Le meilleur mode de traitement consiste à inciser la peau à une profondeur suffisante avec la pointe d’un bistouri fin, sur chaque corpuscule successivement, puis on fait sortir la boule épidermique par pression; les points incisés saignent peu et la guérison se produit sans qu’il reste aucune trace.
Dans un cas où une quantité considérable de corpuscules de milium s’étaient développés d’une façon aiguë, à la suite d'un pempbigus, j’ai réussi, par des applications de savon noir, à déterminer une rougeur et une inflammation modérée de la peau, à la suite desquelles le milium s’est rapidement exfolié. Cette circonstance me fait tenir pour certain que, dans ces cas, la communication entre les lobules de ces corpuscules et le conduit excréteur était libre. En effet, si cette communication avait été supprimée, c’est au plus si, avec beaucoup de temps, ces corpuscules auraient pu s’exfolier par suite de l’atrophie de la couche de chorion qui les recouvre.
Je citerai encore le soi-disant (2) molluscum contagieux, ou molluscum verruqueux, que j’ai décrit, comme une forme pathologique appartenant à cette catégorie, bien que, au point de vue anatomique, on
(1) Pour l’étude anatomique et clinique du colloïd-milium, ainsi que pour les questions litigieuses qui s’y rapportent, voyez les notes des Traducteurs, dans le Tome II, pp. 240, 370 et suiv. E. B. — A. D.
(2) Voyez plus loin, la note 1 de la page 214. E. B. — A. D.
NEUVIÈME LEÇON
doive ie ranger dans les taineurs épithéliales (bénignes), épithélioma molluscum (Virchow) ; mais il règne toujours une assez grande confusion sur son mode d’interprétation.
Je veux parler d’abord de ce que Bateman, le créateur de ce nom, a décrit originairement comme molluscum contagieux. Ce sont des corps globuleux déposés dans l’épaisseur de la peau ou légèrement saillants au-dessus de celle-ci, quelque peu transparents, d’une dureté assez considérable, à la surface lisse, attachés à la peau par une base large ou par un pédicule mince, et munis d’une ouverture à peine visible à travers laquelle on peut faire sortir par pression un liquide trouble, laiteux (« milk}^ fluid »). Ces corps surviennent isolément, ou bien il y en a plusieurs ou enfin un grand nombre, surtout mélangés avec des pustules d’acné et des comédons. Us représentent indubitablement des glandes sébacées distendues, remplies d’un magma de graisse et d’épiderme liquéfiés, dégénérées et enkystées ; la paroi de ces glandes est souvent manifestement épaissie, leur ouverture a disparu ou bien elle est visible et même assez large pour qu’on y passe un stylet : ce sont des tumeurs sébacées.
Ces corps se rétractent après qu’on a vidé leur contenu soit par expression, soit par une ou plusieurs ponctions. D’autres ne peuvent être détruits que quand on les a incisés largement et qu’on les a fait suppurer. Il y en a d’autres encore que l’on ne peut faire disparaîre que par l’extirpation du sac qui les renferme.
Bateman a donné à ce molluscum le nom de « contagieux » parce qu’il l’a observé simultanément chez plusieurs personnes qui avaient de fréquents rapports entre elles, et c’est pour ce motif qu’il a supposé que cette affection était contagieuse.
Mais depuis une vingtaine d’années, on a maintes fois et même presque exclusivement décrit sous le nom de molluscum contagieux un produit qui a un aspect quelque peu différent de celui-ci.
Ce produit apparaît sur la peau sous forme de saillies ressemblant à des verrues ou à de petites tumeurs du volume de la tête d’une épingle à celui d’un pois, arrondies, demi-sphériques ou sphériques, saillantes, à reflet blanc, presque transparentes, parfois entourées d’un bord étroit rouge. Les plus grosses présentent au milieu un enfoncement aplati qui correspond incontestablement à l’orifice du follicule. Elles ressemblent par là beaucoup aux boutons de varioloïde, avec lesquels on les confond assez facilement.
Si l’on fait sortir une tumeur de ce genre en la pressant entre les ongles des deux pouces, le corpuscule sort tout entier hors de sa loge et laisse derrière lui une cavité peu profonde dont la surface saigne assez abondamment. Ce corpuscule est composé de plusieurs lobules
MOLLUSCUM CONTAGIEUX DE DATEMAN
ronds, lisses, blancs, qui sont réunis sur une tige courte de manière à former une petite grappe. On réussit quelquefois aussi à faire sortir tout le petit corps lobule' hors de sa cavité; de telle façon que l’enveloppe épidermique n’est percée que d’une petite ouverture centrale, et reste intacte et en communication avec les parties voisines. On ne peut l’écraser entre les doigts qu’après avoir distendu son enveloppe au point de la faire craquer. On a alors la sensation d’une masse feuilletée et en bouillie, qui, sous le microscope, montre des cellules épidermiques plates, finement divisées, des globules et des cristaux de graisse. Outre cela, on y trouve de gros corps ovoïdes, sans noyau, d’un éclat particulier, les uns contenus dans une enveloppe épidermique, ou bien en partie recouverte d’une enveloppe de ce genre, et le reste libre (flg. 16). Ces corpuscules ont été désignés sous le nom de corpuscules de 7nolluscum, et on les a étudiés d’une manière approfondie, parce que, depuis les travaux de Henderson et Paterson sur ce Fig. 16.
sujet, l’opinion générale était qu’ils repré- Corpuscules de molluscum. sentent un phénomène particulier au molluscum et caractéristique de cette affection, et que c’est par eux que se fait la contagion. Mais ce sont là deux idées fausses, comme je crois l’avoir démontré dans un travail spécial.
On observe assez souvent les productions analogues aux verrues ou à la variole que nous avons décrites. On les trouve sur la verge et le scrotum, sur les grandes lèvres, ce qui fait qu’on les rapportait à une gonorrhée; on les voit également sur le tronc, sur les membres, et là de préférence sur le côté de la flexion, au visage, au cou, à la nuque, très rarement sur le cuir chevelu et au pubis, isolément ou en nombre plus ou moins considérable, vingt, cinquante, cent et plus, présentant les plus grandes variétés comme volume, disséminées et étroitement serrées les unes contre les autres, sur certaines places.
11 y a peu de chose à dire sur leur développement, car, le plus souvent, ces tumeurs apparaissent sans que l’on s’en aperçoive. Leur durée est indéfinie, elles persistent pendant des semaines, des mois ou des années. Un grand nombre d’entre elles n’atteignent qu’un très petit volume et disparaissent. Les plus grosses, quand on les gratte accidentellement, se détachent de leur base en laissant couler un peu de sang. D’autres sont expulsées par suite d’une inflammation douloureuse et de la suppuration de leur base, et laissent après elles une cicatrice, ce qui n’est pas indifférent lorsque, par exemple, elles étaient localisées sur le visage, chez des jeunes Hiles. D’autres enfin, comme nous l’avons dit.
NEUVIÈME LEÇON
peuvent persister pendant des années sans aucune modification.
Leur présence n’entraîne ni prurit, ni douleur, excepté, bien entendu, celles qui sont le siège d’un processus inflammatoire.
Cette maladie est plus fréquente chez les enfants que chez les adultes. L’eczéma, le prurigo, une forte sueur, la macération de la peau, semblent donner une impulsion à son apparition. D’autres auteurs et moi-même, avons pu observer dans ces conditions un développement aigu de cette affection sur des surfaces considérables de la peau.
Il est facile de voir à quel point cette production a été interprétée diversement, ne fût-ce que d’après la multiplicité des noms qui lui ont été donnés, outre celui de molluscum contagieux ; condylome souscutané et endocystique^ condyloma porcelancAim, verrues sébacées (Hebra), molluscum épithélial (Virchow), acné varioliforme (Bazin).
L’idée de la contagiosité de ces verrues est encore soutenue par beaucoup de personnes; elle est provoquée et entretenue dans leur esprit par ce fait que l’on a vu maintes fois, comme je l’ai vu moimême, ces petites tumeurs apparaître simultanément chez plusieurs sujets, particulièrement des enfants, qui avaient des rapports fréquents et intimes (1).
On a cru encore pouvoir trouver, sous ce rapport, un point d’appui
(1) L’auteur ne conteste plus aujourd’hui ta contagiosité de cette affection, qu’il a observée dans sa propre famille ; il ne discute plus que par principe, et pour cette raison que l’agent de la transmissibilité n’est pas connu, et que le mode contagieux n’est pas élucidé. Mais en fait, ces réserves et ces inconnues n’empêchent pas que ladite affection se transmette du malade à l’individu sain; depuis Bateman jusqu’à l’époque présente, les exemples sont tellement multipliés qu’il serait véritablement abusif de continuer à nier.
Nous rappellerons seulement, parmi les exemples les plus considérables, les faits de C.villauï, Hech. s. deux var. d’acné assez raves, etc. — Arch. gén. de méd., 18.11, t. XXVII, pp. 46, 316. — Le 22 février IS.'il, il entre à l'hôpital des Enfants malades, salie Sainte -Marthe, une petite fille de sept ans, atteinte de molluscum de Bateman] dans les trois mois qui suivent l'entrée de cette enfant, quatorze petites 7iialades sur trente sont atteintes de cette affection. Tommasoli (Voy. Tôrok et Tommasoli, Contr. ail. stud. d. nat. e d. cos. d. epit. contag. — La R'iforma med., 1889, — ) trouve, dans un asile de la ville de Sienne, cinquante-six enfants atteints de molluscum contagieux de Bateman, alors que, dans trois autres asiles, il n’en existait aucun cas. Cf., pour démonstration surabondante, la 7'hèse inaug. de notre élève Bignon, De l’acné varioliforme, Paris, 1880; Ch. W. Allen, Mollusc. contag.; an analysis of fifty cases, — Journ. of eut. and ven. dis., 1886, p. 238; Neisser, U. d. Epith. sive moll. contag. — Viei'telj. f. Demnat. u.
MOLLUSCUM CONTAGIEUX DE BATEMAN 2i:>
plus solide dans les conditions anatomiques du molluscum; mais en cela on avait tort, car il est prouvé que les verrues du molluscum ne sont autre chose que des glandes sébacées distendues, remplies d’un contenu épithélioïde qui a proliféré et a subi une transformation particulière, bien que beaucoup d’auteurs les font dériver de la prolifération et de l’excroissance sous forme lobée des cellules interpapillaires du réseau (Hetzius, Bizzorero, Manfredo, G. Boeck, Lukomsky, Thih, Taylor, Geber, Gaspary, Sangster). A la coupe, ces productions montrent, comme toutes les glandes sébacées, une structure lobée, une membrane limitante qui envoie des cloisons dans la cavité et un contenu stratifié. Ge dernier est constitué à sa périphérie par des cellules d’enchyme et, quand on avance plus vers le centre, par des cellules dont le protoplasma subit, à partir du voisinage du noyau, une dégénérescence particulière (hyaline?), kératineuse d’après Renaut, puis devient translucide uniformément, et que la zone cellulaire la plus externe renfermant dans son intérieur le noyau de la cellule est également kératinisée. Ge sont les « ;corpuscules de molluscum « (fig. 16) indiqués ci-dessus qui seraient les organes de la transmission du contagium. 11 n’y a surtout aucun motif de les considérer comme des champignons (Angelucci) ou des grégarines venues là par immigration, comme dans la variole des volailles — Geflügelpocken — (Bollinger). Gsokor a vu, à la suite de l’inoculation du contenu du molluscum contagieux de l’homme sur la crête d’une poule, survenir cette variole et il a pu y constater la présence des grégarines. Mais dans une inoculation récente, faite en ma présence et restée sans résultat, cet auteur a avoué qu’il y avait eu une erreur dans le premier cas, car cette poule n’avait pas été isolée. En outre les corpuscules du molluscum n’ont incontestablement aucune ressemblance avec des grégarines, et l’on trouve ces corpuscules partout ou des cel-
Syph., 1888, p. 553; L. Moreau, Du moll. contag. envisagé comme maladie parasit.. Thèse de Paris, 1889, etc., etc.
Bien que le mode instrumental de cette contagiosité ne soit pas connu, et que, par conséquent, l’inoculation en soit malaisée à réaliser, elle n’en a pas moins été exécutée de la manière la plus indiscutable par Retzius, On Moll, contag., — Nord. med. Arch. 11, et Deutsch. Klin., 1872; par E. Vidal, Inoc. d. q. q. aff. cutanées, etc. — Ann. de Dermat. et de Syph., 1'® série, T. IX, 1877-78, p. 329; et Pièce du musée de Saint-Louis, 515; Haab — Corresp. Blatt., Schio., etc., 1888^ p. 254. Le délai moyen de l’incubation a été de six mois.
Quant aux inoculations sur les oiseaux, et à l’égard de l’identité du molluscum contagieux de Bateman — Gsokor, 1884, et travaux antérieurs — avec la variole (molluscum) des oiseaux, rien n’est établi, et les analogies qui avaient été indiquées sont actuellement controuvées. Ernest Besnier. — A. Doyon.
216 NEUVIÈME LEÇON
Iules épithéliales séjournent longtemps, dans les épithéliomes, dans les vieux comédons, etc.
Comme dans mon premier travail, je suis encore d’avis que la prolifération épithéliale, qui amène la formation du molluscum contagieux, prend son point de départ dans le réseau du conduit excréteur du follicule, exactement comme Virchow et Thin l’ont indiqué autrefois d’aprèâ moi.
Par ces cônes épithéliaux de nouvelle formation, le tube glandulaire et les acini sont dilatés en ampoule, et il peut se développer aussi des proliférations interpapillaires avec un résultat analogue dans le voisinage des glandes. Cette transformation des cellules épithéliales s’accomplit peu à peu, de telle sorte que, dans les cellules des séries plus périphériques, il n’y a qu’une petite zone de protoplasme, qui prend l’apparence de vacuoles, translucide, brillante et homogène; à mesure qu’on se rapproche du centre, cette modification s’accentue de plus en plus dans le corps de la cellule — la zone du manteau exceptée, — lequel finit par se transformer complètement, et alors le corpuscule de molluscum apparaît dans son achèvement parfait (1).
(1) Malgré des recherches depuis longtemps poursuivies par un grand nombre d’auteurs considérables, tout ce qui concerne le siège anatomique, les lésions, l’élément pathogène du molluscum contagieux de Bateman demeure discuté, discutable, inachevé. Nous ne pouvons mieux mettre le lecteur à même d’en juger qu’en juxtaposant à l’exposition du professeur Kaposi les principales propositions formulées par les observateurs les plus compétents: Renaut (de Lyon), Vidal et Leloir, Neisser, Quinquaud, Darier.
I. — Professeur Rexaut (de Lyon). Communication personnelle. « Le molluscum contagieux de Bateman est constitué par une tumeur lobulée dans sa partie profonde, et présentant à sa partie superficielle un ombilic. Quand cette tumeur est unique et régulière, elle a donc la forme d’une bourse dont on aurait serré les cordons, et qui, au lieu d’être creuse, serait pleine, sauf au niveau de son orifice. Quand, au contraire, elle est formée par plusieurs tumeurs fondues en une seule, comme c’est le cas lorsque l’acné varioliforme a, par exemple, atteint et dépassé les dimensions d’une noisette, sa forme est irrégulière, et la masse lobulée peut présenter plusieurs ombilics isolés, ou réunis en un seul qui souvent n’est pas central.
(( C'est une tumeur énucléable, et limitée, du côté du derme au sein duquel elle se creuse une dépression, par une couche lisse et lamelleuse de tissu connectif lâche, dans laquelle se distribuent des vaisseaux grêles, disposés en un filet de mailles autour de la glande sébacée transformée, et reproduisant le type des vaisseaux enveloppant une glande sébacée ordinaire, mais dont le réseau aurait été agrandi par distension.
« L’ombilic de la tumeur est ordinairement sec, et noirci par des corps étrangers, à la façon de l’orifice des tannes. Mais quand la production atteint un grand volume, tel que celui d’une noix ou d’un petit œuf, cet ombilic peut donner issue à un liquide séreux, aquiforme. Ce phénomène
MOLLUSCUM CONTAGIEUX DE BATEMAN.
Suite de la note des Traducteurs.
existait dans nn cas observé par mon collègue Bouveret, et dont j’ai fait la définition histologique. La tumeur siégeait sur la cuisse, et fut enlevée sans difficulté.
« Ce fait est important à retenir, car il montre que la fonction glandulaire peut subsister, mais en devenant, de pimélogène, aquipare, dans la glande sébacée transformée par l’acné varioliforme. Ce changement survenu dans la glande sébacée est d’ailleurs si grand, que ce nouvel argument en faveur de la nature glandulaire du molluscum de Bateman n'est pas tout à fait sans valeur.
« Une coupe bien exactement sagittale d’un molluscum de Bateman, dont la configuration est régulière, montre, quelle (jue soit la méthode de durcissement employée, que la tumeur est constituée par une série de lobules en forme de poire ou de larme groupés par leur pointe autour du point central qui représente l’ombilic. Sur les limites de la tumeur, à droite et à gauche, la paroi propre du molluscum se continue avec la vitrée du derme. Entre les lobules successifs, le tissu conjonctif dessine une série de festons rentrants renfermant des vaisseaux. Ces festons répondent aux espaces interlobulaires des glandes sébacées composées, telles que les glandes de Meïbomius, par exemple.
« En dehors de la vitrée, la masse de chaque feston est formée par un corps de Malpighi du type ordinaire, qui, sur les limites de la tumeur, se continue directement avec celui du tégument non modifié. Mais, un peu audessus de la couche génératrice, on voit, dans la portion endoplastique (circumnucléaire) d’un certain nombre de cellules, se développer des globes translucides que le picrocarminate d’ammoniaque colore en rouge, que l'acide osmiqiie laisse incolores, et que Vidal a considérés d’abord comme de la matière colloïde. Mais il n’en est rien. Au fur et à mesure que l’on se rapproche de l’ombilic, ces globes croissent, refoulent le noyau à la périphérie de la cellule, et prennent la solidité et les principales réactions histochimiques de la corne jeune. Cependant elles ne les prennent pas toutes (Ranvier). Je pense donc qu’il s’agit ici d'une évolution cornée, mais qui s’opère en réalité d’après un mode anormal. Au voisinage de Tomhilic, presque toutes les cellules ont subi cette transformation, et constituent une masse formée d’éléments globuleux, pour la plupart soudés entre eux en masse compacte, mais dans les intervalles desquels existent aussi, de distance en distance, des cellules, soudées en réseau, et qui ont subi l'évolution épidermique régulière.
« En effet, j’ai fait connaître, il y a nombre d’années, l’existence de 1 éléidine dans la proportion moyenne de chaque lobule d'acné varioliforme. La zone semée de granulations d’éléidine fait exactement suite, sur les limites de la tumeur, à la couche granuleuse du corps de Malpighi du tégument sain. Ranvier a fait remarquer, dans son dernier travail sur l’éléidine, que les cellules du molluscum renfermant l’éléidine étaient, non pas celles qui subissent la transformation globuleuse, mais bien celles qui leur sont intermédiaires. Ces dernières répondent, comme il l’a montré, aux bandes de cellules épidermiques qui cloisonnent toute glande sébacée normale, et occupent les intervalles des cellules glandulaires. De la sorte, dans l’acné varioliforme, le processus se réduit à ceci : Les cellules glandulaires, cest-àdtre celles qui devaient subir l’évolution graisseuse, cessent de subir cette évolution et élaborent un globe de corne imparfaite. Ce globe n’a, en effet, ni les réactions exactes de la substance colloïde, ni les réactions exactes de la corne normale, mais par sa consistance, sa translucidité, sa façon de se
NEUVIÈME LEÇON
Suite de la note des Traducteurs.
comporter en présence de l’acide picrique, etc., il se rapproche bien davantage de la corne que de toute autre production. En présence des réaclifs, certains globes épidermiques des épitbéliomes lobulés se comportent même très souvent de la même manière que ceux de l’acné variolil'orme ; mais ils en dillerent tou jours en ce qu’ils sont formés de plusieurs cellules, et non plus d’une seule.
« Les granulations d'éléidine que j’ai découvertes au sein du molluscum de Batenian ont été prises par Angelucci pour des schyzomycètes. Angelucci m'a montré ses préparations; les granulations qu'il rapportait à des sphérobactéries occupaient la place exacte des granulations d’éléidine dans les miennes.
« Je conclus en disant que Vacné vnrioliforme constitue une lésion d'évolution des glandes sébacées. Celles-ci, tout d’abord, multiplient leurs lobules en vertu d’une incitation formative dont la cause immédiate est encore à chercher; et les cellules du corps muqueux ainsi produites, qui auraient dû devenir glandulaires, au lien de réaliser l’évolution graisseuse et de satisfaire à leur fonction normale, subissent, une à une, une évolution anormale particulière, qui se rapproche davantage de l’évolution cornéeque de toute antre. »
IL — Vidal et Leloir. — Traité descr. des mal. de la peau, p. 40, Paris, 1889. « En résumé, l’acné varioliforme est, comme nous l’avons dit, la résultante de deux altérations différentes qui frappent les cellules glandulaires des régions profondes, et qui évoluent parallèlement.
1° Une altération particulière, due peut-être à l'envahissement de la cellule par des parasites de l’ordre des grégarines, qui atteint une partie des cellules du lobule dès ses régions les plus profondes;
2° Une altération due à la transformation cornée, par conséquent atypique, d’une partie des cellules du lobule. Cette altération débute un peu plus haut que la précédente. A partir de la zone où elles se trouvent réunies, ces deux altérations évoluent parallèlement dans la formation des pointes d’aspect vei'ruqueux de la tumeur d’acné varioliforme.
Ces deux altérations parallèles ont complètement arrêté et remplacé en totalité le processus normal sébacé des cellules glandulaires. »
III. — Professeur Neisser — loc. sup. cit. « Le molluscum contagieux est absolument indépendant de la glande sébacée; c’est un épithéliome provenant directement des couches profondes du réseau de Malpighi. Il est contagieux et parasitaire, épithéliome contagieux de Bollinger. Le parasite est de la classe des sporozoaires, de la tribu des coccidies.
En résumé, le molluscum est un épithéliome pur; ni le tissu conjonctif ni le corps papillaire ne participent à sa formation. Au point de vue étiologique, si l’on tient compte du développement tout à fait spécial, sans analogie, des corpuscules de molluscum, on sera forcé, dit Neisser, d’admettre l’origine parasitaire de cette affection.
Considéré comme néoplasme, le molluscum contagieux est un épithéliome et en même temps aussi une espèce de tumeur de rétention, car l’augmentation réelle des tissus se compose :
1° D'une prolifération anormale de l’épithélium, et 2° de masses cornées retenues et entassées entre les cellules à parasites ou « corpuscules de molluscum » et de ces corpuscules eux-mêmes,
IV. — Quixquacd. — La Tribune Médicale, 1889. L’acné varioliforme de
MOLLUSCUM CONTAGIEUX DE BATEMAN.
Suite de la note des Traducteurs.
Bazin ou « molliiscuni contagieux de Bateman » est une affection parasitaire due à des sporozaires. L’examen de couches nombreuses montre au centre des lobules glandulaires, des corpuscules plus ou moins arrondis, globulaires ou plutôt ovoïdes, de 30 [j. de long sur 2b [i. de large, entourés d’une membrane à double contour, formés d’un protoplasma .jaunâtre et très granuleux, et formant un noyau spécial; ces corps, ordinairement réunis en masses, résistent à l’action delà potasse, de l’acide sulfurique, etc., et se colorent par l’éosine après l’action de la potasse. On doit les considérer comme des sporozoaires, et comme les parasites de cette affection.
V. — Darier. — Moreau, Thèse citée, et Communication personnelle. — « Quand on recbercbe l’origine des corpuscules de molluscum dans le fond des culs-de-sac de la tumeur, on trouve tout d’abord des cellules ovales de même dimension que les cellules épithéliales voisines, à contours granuleux, repoussant latéralement le noyau, et à membrane mince entourant tout l’élément.
Cette cellule ovale ne peut être qu’une cellule épithéliale modifiée, mais, où est le parasite ? Neisser pense qu’il a son siège dans la masse granuleuse intercellulaire, et que la membrane est constituée par ce protoplasma refoulé; dans ce cas, le parasite, qui est, sans doute, à son premier stade, composé d'une masse de protoplasma nue et douée de mouvements amiboïdes, a dû pénétrer dans la cellule de dehors en dedans. Or, je n’ai jamais pu voir, non plus que Neisser, même sur mes meilleures préparations de pièces traitées par l’acide osmique ou par le bichromate, d’élément ainsi conformé en dehors des cellules, c’est-à-dire dans les espaces intercellulaires. Il y a là une lacune dans les observations, car il est certain que s’il ne s’agit pas d’une dégénérescences mais d’une immigration de parasites, on devrait au moins quelquefois en trouver qui n’aient pas encore pénétré dans l’intérieur des cellules.
La masse finement granuleuse, le parasite en d’autres termes, lorsqu’il s’enkyste dans la suite, n’a pas d’autre membrane kystique que celle que lui fournit la cellule envahie; c’est exceptionnel chez les coccidies, mais nous connaissons aujourd’hui dans le karyopbagus salamandræ une espèce qui se contente même de la membrane d’un noyau. Il n’y a donc rien de très anormal dans ce fait.
Lorsqu’apparaissent les grains réfringents qui résultent de la condensation de la masse granuleuse, et que Neisser appelle des spores, j’ai été surpris de ne jamais pouvoir déceler de noyau à leur intérieur ; on sait en effet que les corpuscules résultant de la division du corps d’une coccidie sont généralement nucléés.
Enfin les grains brillants pressés les uns contre les autres au point de former en apparence une masse réfringente unique et renfermés encore dans la membrane qu’a fourni la cellule, constituent le corpuscule de molluscum arrivé à son apogée de développement. Ce corpuscule résiste aux acides et aux alcalis, résiste fort longtemps à la macération et à la putréfaction, et présente des réactions de coloration qui sont fort analogues à celles des coccidies du foie du lapin et à celles que j’ai constatées chez les parasites de la psorospermose folliculaire végétante. Ils ne sont composés ni de kéraline, ni de cellulose, ni surtout d’une matière colloïde ou graisseuse, mais d'une substance spéciale encore indéterminée.
Le corpuscule de molluscum n’est certes pas le dernier terme du développement du parasite ; le cycle n’est pas fermé ; comment doune-t-il naissance
NEUVIEME LEÇON
Mais, de plus, on n’a jamais pu réussir à démontrer soit théoriquement, soit expérimentalement (Retzius, Vidal) la transmissibilité de ces verrues de molluscum. C’est pour ce motif que, avec la plupart des cliniciens et des anatomistes, je regarde ces corps comme non contagieux, et je déclare non justifiée la dénomination qui leur a été donnée de molluscum contagiosum (1).
Suite de la note des Traducteurs.
aux masses protoplasmiques granuleuses et nues que nous avons décrites? Malgré des essais assez nombreux et assez prolongés déjà, je n’ai pas réussi plus que mes devanciers à obtenir par la culture des stades d’évolution plus avancés. On n’a pas encore constaté la formation de pseudo-navicelles ou de corj)Uscules falciformes dont l’apparition lèverait tous les doutes et trancherait la question.
11 est vrai que les notions que nous possédons actuellement relativement à la biologie des coccidies et des sporozoaires en général sont encore bien limitées et seront sujettes à révision. Il y aura probablement des remaniements à introduire dans la classification de ces êtres; les anciens groupes pouiTont être démembrés, des groupes nouveaux devront trouver leur place, tel que celui des hématozoaires par exemple. Aussi ne peut-on pas, dès maintenant, conclure que tels éléments donnés ne sont pas des sporozoaires parce qu’ils ne présentent pas tous les caractères et tous les stades de développement des espèces connues. C'est, en tout cas, dans le fond des lobes de la tumeur de molluscum qu’il faut, je crois, chercher les éléments caractéristiques et non dans les corpuscules kératoïdes qui sont éliminés au dehors. 11 est possible, en effet, que le parasite devenu corpuscule de molluscum ait subi une évolution particulière peut-être dégénératrice, et dont les belles recherches de Malassez nous fournissent l’analogie dans une espèce dont la nature est hors de conteste, dans la coccidie du lapin. Quoi qu’il en soit, et malgré les points dont l’interprétation est encore enveloppée d’obscurité, je crois que l’hypothèse la plus probable, et celle qui a pour elle le plus grand nombre de faits, est que les corpuscules de molluscum ne sont pas les produits d’une dégénérescence des cellules épithéliales, mais qu’ils sont des parasites de la classe des sporozoaires, et vraisemblement des coccidies.
Les tumeui's du molluscum ne contenant pas d’autres parasites et étant contagieuses et inoculables, il est évident que ce sont ces sporozaires qui doivent être les agents pathogènes et les agents de la transmissibilité. »
La question reste donc à l’étude et ne peut avoir son complément que dans le progrès de la technique et dans l’avancement des études à peine ébauchées sur les sporozoaires. Cf. : Darier; L. Tôrok; professeur Pierleone Tommasoli, — Ann. de Dermat. et de Sypli., 3® série, T. 1, 1890, pp. 277, 458; IL G. Piffard, Psorospermosis — , Journ. of cul. and gen. ur. dis., 1891, p. 15; S. Pollitzer, Molluscum bodies and polarized light — eod. loc., p. 71.
Erjnest Besnier. — A. Doyon.
(1) Voy. sur cette question la note 1, de la page 214.
MOLLUSCUM CONTAGIEUX DE BATEMAN.
Ces corps forment avec les tumeurs folliculaires, précédemment décrites, c’est-à-dire avec le molluscum contagieux primitif de Bateman, une seule et même forme pathologique, et souvent même on les voit réunies. Les uns et les autres sont des tumeurs de prolifération et de rétention des glandes sébacées, et le nom de molluscum sébacé qui leur a été donné par Hebra leur convient mieux. C’est seulement pour les distinguer cliniquement que je propose de donner aux tumeurs en forme de kystes le nom de molluscum athéromateux, et à celles que nous avons décrites en dernier lieu, aux tumeurs verruciformes, le nom de molluscum verruqueux (1).
Le traitement du molluscum verruqueux est purement mécanique. On vide les tumeurs les unes après les autres en les pressant entre les ongles des deux pouces, ce qui est le plus pratique, ou bien on les enlève par le raclage avec la curette. Les petites plaies qui en résultent saignent fortement; on les couvre de ouate de Bruns et elles guérissent rapidement. Dans les cas où il y a un grand nombre de corpuscules de molluscum serrés les uns contre les autres, on peut, à l’aide de savon noir ou de toute autre application provoquant une inflammation superficielle diffuse, déterminer leur ratalinement et, par suite, leur exfoliation (2).
(1) Le lecteur, qui a pris connaissance de la note précédente, saura conclure, de lui-même, qu’il ne faut, provisoirement, rien changer à la dénomination de Bateman — molluscum contagieux — et qu’il n’y a pas davantage lieu de conserver les autres dénominations proposées d’ÉLEvuRES FOLLicuLEUSES, Rayer — Traité cité; d’ACNÉ variouforme, Bazin — Journ. des conn. méd., Paris, 1851 ; d’ECOERMOPTOSis, Hugier — Mém. s. les mal. des app. sécrét. desorg. génit. de la femme, Paris, 1850.
Nous sommes les premiers à regretter d’être obligés d’appeler « molluscum » une affection qui ne mérite à aucun titre cette dénomination, mais il s’agit d’un terme ayant la priorité, à conserver provisoirement, et sur lequel tout le monde s’entend.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Le molluscum de Bateman étant contagieux, il y a lieu d’avertir les intéressés et, surtout, dans un asile ou dans un hôpital d’enfants, de ne pas admettre de sujets atteints, ou de les isoler jusiiu’à guérison.
Quand les tumeurs sont discrètes, peu nombreuses, petites ou de volume moijen, le traitement en est fort simple ; il est très aisé de les énucléer avec les fines curettes à lupus du type que nous avons établi; si elles sont bien tranchantes, et la peau bien tendue, l’éradication est réalisée d’un seul coup, laissant une petite plaie saignante, que la plus légère compression ouatée arrête, et que l’on panse ensuite avec une simple plaquette d’emplâtre adhésif; cicatrisation rapide, sans aucune trace. Ce dernier point, joint à la superficialité et kVextériorité des perles du molluscum contagieux suffit &ans phrases, à rendre peu admissible
APPENDICE DES TRADUCTEURS
Suite de la note des Traducteurs.
le siège folliculaire de la lésion, et élimine cliniquement l’affection du cadre des acnés.
Si les tumeurs sont extrêmementmulüpliées, généralisées, nous avons l’habitude de les énucléer également, mais par lots successifs, et en autant de séances que cela est nécessaire. C’est seulement dans les cas où elles se présentent en nombre infini, en très petites dimensions, qu’il y a lieu d’avoir recours aux exfoliations successives par le savon mou de potasse, lesquelles ne peuvent, d’ailleurs, être inoffensives à titre local, ou pour la santé de l’enfant, qu’en les exécutant, aussi, par lots.
Enfin, dans les grosses tumeurs conglomérées atteignant le volume d’une noix, d’une orange et davantage, l’extirpation est encore fort simple, mais elle réclame, alors, les précautions et les soins ordinaires de la chirurgie aseptique.
APPENDICE DES TRADUCTEURS Adénomes sébacés
Cette dénomination sert provisoirement à désigner, pour l’étude actuelle, diverses tumeurs, malignes ou bénignes, simples ou ulcéreuses, qui ont, ou ont été considérées comme ayant pour siège anatomique un des éléments du système sébacé ; nous en distinguerons deux groupes : a.) les adénomes sébacés ulcéreux, cancroïdaux, acné sébacée partielle de quelques auteurs français^ b.) les adénomes sébacés bénins, généralement non ulcéreux.
Adénomes sébacés cancroïdaux; Acné cancroïdale;
Acné sébacée partielle ; Acné sénile.
A toutes les époques de la vie, mais particulièrement chez les vieillards, à partir de cinquante ans, quand l’acné sébacée sèche subaiguë, conséquence de la dégénérescence sénile de la peau — acné sénile — envahit différents points de la face, si cette lésion est négligée, ou irritée par des applications intempestives, ou si elle sert de terrain de culture à des microorganismes pathogènes, la prolifération épithéliale devient atypique, et l’on assiste au développement insidieux d’un ou de plusieurs cancroïdes, habituellement bénins, superficiels, faciles à réprimer et à détruire mais qui, abandonnés à eux-mêmes, peuvent devenir perforants et rongeants, et revêtent alors les caractères de malignité propres à l’épithéliome commun : Yoy. P. Audouard, De Tacné sébacée partielle et de sa transformation en cancroïde — Thèse de Paris, 1878 ; Em. Vidal, De l’épithéliome de la peau — Gazette des hôpitaux, 1879.
ADÉNOMES SÉBACÉS.
L’attention du médecin doit être éveillée sur ces cas toutes les fois où l’acné sénile prend un aspect irritatif, fongueux, ou quand elle s’observe chez les sujets ayant dépassé cinquante ans. Il suffit, pour enrayer la dégénérescence épithéliale, de ne pas laisser s’encombrer les follicules, de combattre l’acné sénile par les moyens appropriés. Alors même que la dégénérescence épithéliale est commencée, si le derme n’est pas perforé, il est encore très aisé de détruire la lésion par la rugination, l’électrocaustique, ou par le thermocautère. Voyez, pour complément, ï. II, p. G96 et suiv., V Appendice des Traducteurs sur le Traitement des épithéliodermes superficiels.
Adénomes sébacés bénins et nævi vasculaires verruqueux
Parmi les nombreuses tumeurs de la peau innommées, jusque-là inconnues, et dont nous décrirons des types multipliés dans la suite de ces notes — voy. notamment T. II, p. 346 et suiv., myomes, colloidomes, idradénornes, cystadénomes épithéliaux, pseudolympliangiomes, etc., il faut donner place à deux espèces, clmiquernent assez voisines pour avoir été confondues, et qui ont été dénommées : les premières adénomes sébacés , par P. Balzer et P. Ménétrier, Ét. s. un cas d’adénomes séb. de la face et du cuir chevelu — Arch. de PhysioL, Paris, 1885 — et les secondes : nævi vasculaires verruqueux, par Darier, Cas de nævi vasculaires verruqueux de la face, affection confondue avec les adénomes sébacés — Bidlet. de la Soc. franc, de üermat. et de Syph., 1890, p. 217 — tandis que J. -J. Pringle, dans un travail remarquable, A case of congénital adenoma sebaceum, — The brit. Journ. of Dermat., 1890, p. 1 — les appelle adénomes sébacés congénitaux.
Anatomiquement, les adénomes sébacés de Balzer sont des épithéliadénomes lobulés sébacés bénins; les tumeurs de Darier et de Pringle sont des nævi vasculaires, des hématangiomes verruqueux ; pour ces derniers, la discussion ne porte que sur la question de savoir quelle part il faut donner aux altérations sébacées qui peuvent coexister, comme dans le fait de Pringle.
Cliniquement, la distinction est aisée : Si l’on veut examiner les pièces 1104, 1169, du Musée de Saint-Louis, qui sont des adénomes sébacés de Balzer — tumeurs pâles, de coloration cutanée normale, très peu vasculaires — avec le dessin de Pringle — loc. cit., — et les pièces du musée de Saint-Louis, n“® 1163, 1170, 1261, 1384,1302, — tumeurs télangieclasiques, on verra nettement que, sans préjudice des autres caractères, la différenciation n’est pas laborieuse.
La pièce 1302 que nous avons déposée dans le Musée de Saint-Louis représente un cas plus amplifié cliniquement, et plus net encore, de la maladie décrite si exactement par Pringle. Nous publierons plus tard les détails de ce fait important, dont nous n’avons donné qu’un simple aperçu, à la suite de la communication de Darier — loc. sup. cit., p. 219.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
DIXIÈME LEÇON