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))rocessus, par exemple ceux de Gaillard, Landouzy, Démangé, Vidal, Brachet, Hillairet, Debove, Besnier, Hallopeau, Perrin, Malassez, Fabre, etc. ; la re'cente publication de Vidal et Brocq, par son exactitude historique et positive et sa solidité, a montré les causes des multiples divergences d’opinions qui régnent parmi les dermatologistes sur cette maladie aussi énigmatique que grave (1).

Parmi les auteurs non français, Kôbner a le premier décrit la maladie sous le nom de tumeur papillaire multiple semblable à un champignon en forme de baie (beerschwammanliche Papillargesclnvülste), plus tard Geber, Duhring, sous celui de tumeur fongeuse inflammatoire, de Amicis, Engelstedt, etc. Dans le sens de Gillot-Ranvier, de tumeur

histologique de mycosis qui ait été exécuté, et adopte pour dénomiua- <i tion beersckwammillinliche’ multiple Papillargesclnvülste der Haut», « tumeurs papillaires multiples fongoïdes de la peau »; tumeurs de granulations, granulomes. Bien que Kôbner soit un' auteur non français, sa place est bien dans la période française, dont il représente une émanation directe et brillante.

(1) Avec le mémoire de Kôbner, qui inaugure la période étrangère (allemande) de l’histoire du mycosis, clinique et histologique, se termine la seconde période française — à peu prés exclusivement clinique, malgré l’examen histologique fait par Damaschino d’un cas de mycosis fongoïde [in mém. de Guérard, loc. sup. cit.) — période d’Alibert, 1806- 1830; période de Bazin et de Hardy, 1831-1869. Plusieurs années se passent pendant lesquelles il n’y aurait à signaler, à l’étranger suiiout, que des confusions multiples, mais pendant lesquelles se préparent les travaux histologiques sur lesquels sera basée une théorie nouvelle de la maladie, qui va sortir de l’école de Banvier.

La troisième période française, période histologique, période de Ranvier, s’ouvre en 1809 avec la Thèse inaugurale de Xav. Giu.ot, élève d’Ilillairet, dans le service duquel il recueillit, à l’hôpital Saiut-Louis, l'observation de la nommée Battet (Julienne), femme Poisson; les pièces anatomiques furent soumises à l’examen histologique par Ranvier, et c'est sur cet examen que Gillot basa son travail qui a poui’ titre ; Elude sur une affection de la peau décrite sous le nom de mycosis fongo'ide [Igmphadénie cutanée). Avec une réserve que l’on n’a pas assez louée, Gillot, tout en considérant les tumeurs du mycosis comme des lymphadénomes de la peau, conserva le mot d’Aliberl et de Bazin, et ajouta seulement, en sous-titre, « Lymphadénie cutanée. »

Puis, les travaux confirmatifs se multiplièrent : Ranvier, Malassez, Landouzy, Debove, Desnos et Barié, E. Vidal, etc., clc., toujours exclusivement en France, et la doctrine de la lymphadénie atteignit son apogée dans les monographies d’ÉMiLE Démangé, élève de Vidal — Du mycosis fongoïde ou Lymphadénie cutanée, Ann.de Uermol. etde Syph., P“ série, 3“ année, 1873, 187-4, p. 21, et Étude sur la lymphadénie, ses diverses formes et ses rapports avec les autres diathèses. Thèse de

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lymphadénoïde, elles auteurs récents, soit comme les Français, sous la dénomination de mycosis fongoïde (Rindfleisch, Hammer, Kobner, Geber), soit sous celle de granulome fongoïde (Auspitz, Hochsinger et Schilf), tandis que plus tard Tanturini, Heitzmann, Hyde et moi, avons signalé cette affection comme une variété de sarcomatose.

Cette différence des opinions qui se traduit déjà par les diverses dénominations citées ci-dessus, sans que pour cela cette question soit épuisée, tient à la diversité de l’interprétation, qui a été donnée des symptômes cliniques de la maladie, de la lésion anatomique qui en résulte, ainsi que de son étiologie (1).

Paris, 1874. — Dans le premier de ces travaux, l’auteur voyait dans le mycosis fongoïde «quelque chose de spécial qui échappe encore»; mais dans le second, l'annexion du mycosis à la lymphadénie est entière; le mycosis fongoïde n’est plus qu’une des formes de « la lymphadénie » qui peut être splénique, ganglionnaire, cutanée, intestinale, amygdalienne, etc.

Enfin, cette troisième période française a pour couronnement Varticle Mj/cosis fongoide de Bazin, inséré dans le Dict. encyclop. des Sc. méd., 2*^ série, t. XI, 1876. L’illustre dermatologiste y donne une description cliniqué'd'e la maladie qui compte parmi ses meilleures; il accepte la r théorie lymphadénique ; propose la dénomination de diathèse lympha- I dénique pour corriger le terme de diathèse hpnphatique adopté par I Démangé, mais sans conviction, et en faisant « des réserves ».

[ Ernest Besnier. — A. Doyon.

[ (1) Commencée en 1864 par Kobner, loc. sup. cit., la période étran-

f gère se continue latéralement : Tilbury Fox — Skin diseuses, 3® édit., I London, 1873, p. 332, — sous le nom de A’iôroma /bnpoh/es, rapporte som- I mairement quatre cas dont deux sont, peut-être, des cas de mycosis; É mais il ne prononce le nom ni d’Aliberl, ni de Bazin, et ne paraît pas I savoir qu’il existe une affection désignée sous le nom de mycosis fon- 1 go'ïde. En 1874, se place le travail de H. Port, Ein fall v. mult. Sarhom- 1 bildung d. Haut unter dem Bible der Mycosis (Alibert), aus der mediz. Klin, zu Erlangen, Deutsches Arch. f. klin. Med., T. XII, p. 134. Pendant ce temps, 1872, 1873, on observait à l’hôpital général de Vienne un exemple de mycosis vaguement dénommé par <.<. néoptlasme n —

Voy. Artzl. Bericht d. K. K. allgm. Krankenh. z. Wie)i v. J. 1873, Wien, 1874 — publié un peu plus longuement par Hans Hebra — Ein seltsamer Krankheitsfall « une maladie extraordinaire », Vierlelj. f. Dermat. u. Sijph., 1875, p. 73; et un second avec la même dénomination — Arizl. B.d. K. K. a. Krankkenh., etc., Wien, 1874. — G le premier de ces cas qui a été publié à nouveau, chromolithographié et histologié par Geber, en 1878 — Deulsch. Arch. f. klin Med., XXI, p. 290 — il est absolument typique, et tout à fait semblable au fait remarquable observé par L. A. Durring en 1877 et qu’il communiqua à l’Association dermatologique américaine en août 1878. De même que Geber avait dénommé la maladie tumeur inflammatoire fongueuse de la

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Les symptômes du mycosis fongoïde débutent presque dans chaque cas avec les caractères de l’eczéma. 11 se manifeste sur le tronc, aux plis des articulations, à la face, principalement au front, des taches rouges de l’étendue d’une pièce de cinq francs en argent à celte de la paume de la main et même plus grandes en forme de disque, sur lesquelles l’épiderme présente une fine desquamation, et ce n’est que rarement et seulement par places qu’il y a une légère humidité avec

peau semblable à un champignon en forme de baie (« entzündlich fungose Geschwulstform der Haut »), DuHRiNola dénomme anatomiquement — Arch. of. Dei'mat., janv. 1879, p. I et suiv. ; suppl. et discuss., p. 386 — a case of inflammatory fungoïd neoplasm ; il reconnaît que c’est une affection « sui generis » mais de nature inflammatoire, et il ajoute :

« In corroboration of the view of the simple inflammatory nature of the process, which I bave put fortli, we bave the clinical facls that both arsenic and iodide of potassium seriously aggravated the disease on the sevei’al occasions on wbich tliey were prescribed, producing symptoms identical to sucb as we should expect from their employment in simple acute inflammatory diseases of the skin, as, for example, in eczema. »

Duhring connaît et cite Alibert, Kôbner, Bazin, Hardy, Gillot; mais il ne prononce pas le nom de Ranvier ni de Démangé, et il n’avait pas encore eu connaissance de l’article de Bazin paru en 1876; il ne discute pas lalymphadénie, et même cliniquement (ce qui est bien extraordinaire de la part d’un clinicien aussi consommé que Duhring), il nie l’analogie :

« In regard to the diagnosis of the disease,! cannot see lhat any difficulty could possibly arise, for the features are so striking and peculiar that they must impress themselves forcibly upon the observer. The several diseases with which I couceive it miglit be confounded, are the végétative, hypertrophie or fungoïd varielies of syphiloderma, lupus vulgaris, carciiioma, leprosy, and lymphadenoma of the skia « mycosis fungoïd of Gillot », and with frambœsia (yaws).

ît seems scarcely necessary, afler ail that has been said, to add that the diseases hâve ail been carefully excluded in the présent case. The disease is, without doubt, one sui generis. »

A l’Association dermatologique américaine, la question de la lymphadénie cutanée ne fut pas davantage soulevée, et personne n’y parla des travaux français; Heitzmann renouvela seulement l’exposé de son opinion, qu’il avait déjà antérieurement exprimée à Duhring — /oc. Slip, cit., p. 18, 19 — et, d’après laquelle les altérations constatées étaient celles du sarcome, du fibrosarcome ; il discuta sommairement l’examen histologique fait par Longstreth, et, en terminant, s’écria :

« ... Who had ever heard of an inflammatory affection proving fatal with sucb insignifiant lésions, without attackiny any noble organ? »

Et en conclusion, il ajouta qu’il n’y avait aucune raison de faire de ce

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formation de croûtes minces, analogues à de la gomme. L’altération correspond complètement au tableau connu de l’eczéma squameux en plaques des personnes chloro-anémiques, chez lesquelles les foyers

cas une maladie nouvelle, et qu’il s’agissait simplement de sarcome. Cette opinion fut appuyée par Taylor, et ne fut pas exclue par Sherwell, lequel ajouta que la dénomination de « fungoïd néoplasme » lui paraissait suffisante.

A la même époque, le professeur Kaposi, qui avait été témoin des observations (citées plus haut) faites à l’hôpital général de Vienne, et en tenant compte des faits de Bazin, Kobner, Wegsclieider, L. Meyer, reconnaissait dans le groupe « mycosis » deux catégories. « Parmi les cas publiés, dit-il — Trad. française, t. Il, p. 143 — un certain nombre peuvent rentrer dans la catégorie de la sarcomatose générale, telle qu’elle s’est présentée à nous dans ces dernières années, tandis que, dans d’autres cas, l’accroissement illimité de ces végétations fongueuses, et leur ulcération, pourraient être regardés peut-être comme l’expression d’une cachexie ordinairement mortelle. »

Ainsi donc, au commencement de la dernière période décennale — 1880 — lefnycosis fongoïde est pour les auteurs français un lymphadénome,ei, pour quelques-uns, une des localisations d’une diathèse spéciale, la lymphadénie; inconnue ou méconnue, cette doctrine, à peu près exclusivement française, n’a fait quelque fortune que chez nos voisins immédiats, en Italie : Voy. V. Tanturri — Tre casi di mycosis fungoïdes. Il Morgagni, genn. e febr. 1877 ; Tommaso de Amicis, Contribuz. clin, ed anatomopatologica allô studio del dermo-linfo-adenoma fungo'ide [Mgcosi fungoïde di Alibert, Napoli, 1882, avec pl. ethistol. ; Lorenzo Mannino, — Sulla Micosi fongoïde di Alibert, Giorn. ital. d. malat. ven. e. d. pelle, XVII, 1882, p. 148, avec phot.

A l’étranger, pendant la même période, le mycosis représente une affection sui generis, un néoplasme inflammatoire, la manifestation d’une cachexie ou une affection sarcomateuse ; ces opinions ne sont pas discutées en France, pas plus que les opinions françaises ne sont admises à l’étranger.

Cette phase est naturellement close par la courte discussion qui suivit, au Congrès international de Londres en 1881, les communications de Vidal et deHiiLAiRET sur la « Igmpliadénie cutanée » — Voy. Transact. of the internat, med. Congr. sevenlh session, held in London, 1881, p. 17S — L’identité clinique est reconnue par Kaposi et par Oscar Simon; de plus Simon déclare que, dans cette maladie qu’il appelle « granulome multiple », la structure microscopique est bien celle que Vidal a décrite.

Voilà à présent le lecteur introduit au cœur de la question, et en mesure d’en suivre le développement ; la maladie va être étudiée plus scientifiquement et d’une manière plus éclairée, mais ses difficultés ne seront pas aplanies ; elle reste en état d’évolution, en même temps que les limites du type morbide demeurent indécises.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

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eczémateux sontrouge pâle et ont une faible tendance à devenir humides. Cet état s’accompagne de prurit intense et d’insomnie.

L’eczéma peut ainsi persister plusieurs mois, un à deux ans (période érythémateuse et eczémateuse du mycosis fongoïde d’après les auteurs français), tandis que quelques foyers pâlissent, dispai'aissent, d’autres surviennent ou bien ils ont une marche centrifuge sur de grandes surfaces de la peau et augmentent jusqu’à ce qu’ils se réunissent aux plaques voisines. Parfois on voit ainsi se développer un eczéma généralisé avec quelques points restant encore indemnes. Quelques foyers pâlissent au centre par suite de leur progression à la périphérie et forment ainsi des foyers eczémateux en anneaux. Outre la desquamation et la faible humidité, on trouve, consécutivement au grattage intense, des excoriations, de petits furoncles et abcès, une teinte brune diffuse du tégument (1).

(1) Voici le tableau sommaire, mais typique et précis, de cette première période, tel que nous l’avons donné en 1880, dans la première édition de cette traduction ; il n’est pas inutile de le reproduire :

Le mycosis fongoïde est relativement rare, sa durée est longue (plusieurs années); sa marche est progressive, sa terminaison presque toujours (non toujours) fatale.

Dans îid, première période, qui dure généralement uneannée au moins {souxeni plusieurs années), l'affection ne peut être devinée que par un médecin particulièrement expérimenté; elle n’est alors, en effet, caractérisée que par des lésions en apparence banales : taches congestives, fugaces ou fixes, évoluant par poussées, ortiées ensuite, quelquefois hémorrhagiques, petites ou grandes, isolées ou coalescentes, très prurigineuses souvent, non toujours.

Après être restées longtemps à l’état de taches, ces efflorescences prennent corps, la peau s’épaissit à leur niveau; le grattage détermine des dermites eczématiformes ; puis les plaques deviennent plus épaisses, lichéno'ides. Tout cela se développe et évolue progressivement, mais d’un pas inégal, avec des rémissions dans le progrès et des rét?vactions dans les lésions qui peuvent disparaître sans laisser aucune trace. Ce sont ces lésions primaires, prodromiques, préliminaires, qui ont fait penser, à tort, à quelques auteurs, que le développement ultérieur des tumeurs fongoïdes n’était qu’une sorte d’accident, de complication d’un eczéma ou d’un lichen chroniques; mais en dehors même de la négation que l’examen histologique des tunieurs a apportée à cette supposition, l’observation clini(|ue, en montrant ([ue les lymphadénodcrmes peuvent naître sur la peau, dans les points respectés par ces lésions diverses, aurait suffi pour la renverser.

Durant les deux stades (hyperhémicjue et exsudatif ou hypertrophique) de cette première période, l'état général s’altère un peu, mais sans rien de caractéristique autre que de l’anémie, de la faiblesse, des troubles digestifs, et un malaise général plus ou moins indéfinissable.

Le professeur Kaposi assigne une ou deux années à la durée de la

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Suite de la note des Traducteurs.

première période du mycosis fongoïde; celte durée peut être beaucoup plus longue ; elle a dépassé dix années chez deux malades soumis à notre observation l’un à l’hôpital Saint-Louis, l’autre dans notre pratique de la ville. Voici le sommaire de ces deux faits :

Obs. î. — Un coiffeur, âgé de trente ans, né à Castres, le dernier de douze enfants, de parents sains qui ont vécu plus de quatre-vingts ans, non syphilitique, ne paraissant pas être alcoolique, toujours de bonne santé, n’ayant jamais quitté la France, commence, en 1870 ou 1871 , à éprouver assez souvent des démangeaisons sur tout le corps, plus accentuées la nuit.

En 1872, apparition de taches rouges disséminées sur le corps, prédominantes au tronc et à l’abdomen, manquant à la face et aux membres inférieurs, lisses, non squameuses, augmentant, diminuant, disparaissant plus on moins complètement, mais toujours extrêmement prurigineuses ; dès cette époque, les démangeaisons étaient devenues assez vives pour que le malade ne put les calmer qu’en se faisant frictionner la peau à l’aide d’une brosse rude. Cependant il se serait produit pendant l’année suivante une accalmie presque complète aussi bien dans les efflorescences que dans le prurit.^

En Ï8~2-Ii, le malade entre à l’bôpital Saint-Louis, et il en sort après un séjour de deux mois ; le diagnostic de sortie, a été « Prurigo. »

En 1875, le malade entre à rhôpital Saint-Louis dans le service de Lail- 1er; les lésions qu’il présente sont moulées par Babetta, et la pièce est déposée dans le Musée de riiôpital avec l’étiquette : Lichen ruber ? — Tborax, bras.

En 1875, le malade affirme que, pendant toute une année, il a été tourmenté par des éruptions de « clous » (furoncles), guérissant à la manière vulgaire, et se reproduisant sans cesse. Puis, les éruptions du premier type se sont reproduites comme dans la première phase, et il s’écoule près de dix ans pendant lesquels le malade, lassé de l’insuccès de tous les traitements qu’il avait subis, ne voit plus aucun médecin. Sa situation reste stationnaire, sa santé générale excellente ; il continue sans interruption son métier de coiffeur.

C’est seulement en 1887, seize à dix-sept ans après le début du prurit et des éruptions cutanées, qu’il vient à notre policlinique de l’hôpital Saint- Louis, nous demander secours parce que, sur le devant de la poitrine, sur deux ou trois des plaques rouges et squameuses qui y existaient depuis des années, il s’élevait de petites « bosses », tumeurs rondes, rouges, pisiformes, dont l’une avait déjà disparu spontanément quand nous avons vu le malade pour la première fois. Mais, dans les mois qui suivirent, une tuméfaction diffuse réunit par la base les nodosités en s’étendent vers l’aisselle gauche; quelques tumeurs s’ouvrirent et suppui’èrent, d’autres persistaient.

Pendant l’année 1888, la multiplication des tumeurs se fit autour du groupe principal constituant une immense cuirasse de tumeurs dermiques, la peau conservant sa mobilité sur les parties profondes ; tumeurs de toutes les dimensions, depuis un pois jusqu’à une mandarine, les unes rouge violacé, dures, immobiles, les autres se ramollissant par le centre, et s’évacuant sur le mode typique. Pendant tout ce temps, il continuait à se former de nouvelles plaques lichéno'ides ; aucune des tumeurs ne naissait de la peau non préala-

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Suite de la note des Traducteurs.

blement altérée, et l'on pouvait voir, sur le même sujet, les lésions à tous les âges et à tous les degrés.

Sur tout le pourtour de la masse centrale, particulièrement au niveau de l’épigastre, nombreuses tumeurs satellites du volume d'un pois, en voie de développement, et, de plus, nombreuses plaques proliférantes sur le côté gauche du col, au pourtour des aisselles, à la partie postérieure du thorax, le long de la crête iliaque ; très peu aux membres, quelques-unes, de petite dimension, autour des genoux ; et, au milieu de tout cela, rétrocession curative imparfaite d’un certain nombre de placards simples, ou de tumeurs; celles qui ont été ouvertes ne guérissant qu’avec une cicatrice saillante et irrégulière. Sauf un phlegmon aigu de l'aisselle gauche, épisodique, le malade reste dans un état de santé satisfaisant, il souffre peu ou pas, il n’y a que du prurit; l'appétit est conservé; la nutrition générale se fait bien ; il n’y a ni leucémie, ni hypersplénie, quoique tous les ganglions, surtout ceux des aisselles, soient volumineux.

En 1889, nous faisons mouler par Baretta la moitié gauche du thorax et la racine du bras du même côté ; la pièce est déposée par nous dans le Musée de l’hôpital et nous inscrivons sur son étiquette : Mycosis fongoïde à la période ulcérante. Coexistence des lésions à tous les degrés, y compris l’eczéma figuré pré-mycosique que l’on aperçoit en haut sur la face interne du bras.

C’est au cours de cette année que l’état général commence à s’altérer malgré tous les soins donnés, et la conservation de l’appétit; le malade maigrit, et commence seulement à s’inquiéter. Non seulement le groupe central prolifère, mais un grand nombre de points, depuis des années à l’état torpide, entrent eu période de tumeurs : — sur les régions claviculaires, à la nuque à la région sous-mentonnière ; sur le dos et sur les membres, ce sont toujours les plaques polymorphes qui existent, conservant leur prurit inextinguible.

En 1890, tout s’aggrave ; les tumeurs se développent à la racine du membre supérieur gauche ; un grand nombre des tumeurs des périodes précédentes sont remplacées par des cicatrices blanches, entremêlées de tumeurs profondément ulcérées. Au mois de mars, les plaques polymorphes des régions lombaire, fessière, de la hanche, de la face inlerne de la cuisse à gauche, le pli génito-crural, de Thypogastre, de la crête iliaque droite, de l’omoplate gauche entrent en prolifération, et en période de tumeurs. Le malade accuse de la dysphagie, et le pharynx présente des ulcérations profondes à bords déchiquetés ; puis il survient de l’œdème des membres inférieurs, et du scrotum sans albuminurie. Pendant le mois d’avril, eschare au sacrum, perte d’appétit et refus d’alimentation; émaciation et alfaiblissement rapides; les placards lichénoïdes et prurigineux persistent, mais toutes les tumeurs subissent un affaissement, et ta sécrétion ichoreuse diminue considérablement. Un peu d’albumine apparaît dans l’urine, l’œdème se généralise ; un délire permanent s’établit ; elle malade succombe le 22 mai, après une courte agonie.

L’autopsie a été pratiquée par L. de S.vint-Germain, interne du service; la partie histologique en sera ultérieurement publiée. Aucune lésion macroscopique importante n’a été relevée, autre que l’augmentation de volume de la rate et la tuméfaction avec ulcération des régions adénoïdes — orifice supérieur du larynx, replis ar-épiglottique-s, face postérieure du larynx. La trachée, les poumons, les plèvres, le tube digestif, le foie sont normaux.

Obs. il — Le cas observé dans notre pratique de la ville est relatif à une

MYCOSIS FONGOIDE.

Suite de la note des Traducteurs.

dame, d’une très belle santé jusqu’à l’àge de la ménopause, et qui à partir de cette époque, devint tourmentée par des douleurs articulaires et péri-articulaires symétriques, occupant surtout les membres avec prédominance aux genoux, douleurs rémittentes, mais progressives, rebelles à toute médication, que l’on désigne encoi’e improprement sous le nom de « rhumatismales n, faute de savoir leur nature exacte, et qui ne sont autres que les manifestations de maladies générales à peine estompées dans leurs contours, en réalité inconnues.

En même temps, que ces douleurs se produisirent, sur les membres inférieurs d’abord, des disques érylhémato-squameux, assez nettement arrondis pour frapper l’attention, immobiles sur les mêmes points pendant des mois et des années, résistant à tous les moyens de traitement, et que pendant plusieurs années nous avons hésité à dénommer eczéma ou psoriasis, bien que les altérations fussent celles de l’eczéma à la période de retour pityiâasique, ou du psoriasis pityrasiforme des vieillards et des cachectiques. Les seuls caractères vraiment spéciaux étaient la permanence immuable des éléments, leur extension périphérique lente sans guérison du centre, et le prurit inlolérahle.

Il y avait déjà longtemps que nous pensions à l’existence d’un mycosis fongoïde à la période de germination ; mais comme les années s’écoulaient sans qu’aucun élément dépassât le niveau, et bien que la maladie s’étendît progressivement aux membres supérieurs et au tronc, qu’elle envahît les régions plantaires, nous hésitions encore lorsque survinrent tout à coup, plus de dix ans après le premier début, les phénomènes caractéristiques, et la période de floraison sous deux formes distinctes : a.) petites tumeurs fongoïdes, du volume d’une noisette et d’une noix élevées sur le bord de deux plaques très anciennes qui ne furent envahies que parliellement ; h.) infiltration dermique d’un grand nombre de plaques avec phlyctène annulaire et végétations fongoïdes à la périphérie, quelques plaques bulleuses complètes naissant sur une ancienne plaque lichénoïde — véritable « pemphigus végétant » ou mieux état fongoïde et bulleux — constituant soit des disques végétants, soit de véritables anneaux fongoïdes à bords larges et élevés de 1 à 2 centimètres, se recouvrant de croûtes, s'ulcérant, et constituant des plaies ichoreuses fétides.

Il y avait douze ou treize ans au moins, peut-être quatorze ou quinze, que la maladie avait débuté quand la nutrition commença à s’altérer, et, en une année et demie environ, amena la cachexie terminale et la mort.

Examen histologique d’une des tumeurs {enlevée pendant la vie), par Dabier. — « La pièce reçue à l'état frais a été divisée en fragments et durcie partie par le bichromate d’ammoniaque, partie par l'alcool au tiers, la gomme et l'alcool.

Sur des coupes, examinées à un faible grossissement, on reconnaît que la tumeur occupe le derme presque entier et le corps papillaire ; elle devait faire une saillie notable à la surface de la peau ; elle est ulcérée dans une petite étendue.

Le tissu qui compose cette tumeur, étudié à l’aide d’un fort grossissement, présente tous les caractères du tissu adénoïde typique. Sur des préparations non traitées par le pinceau, on ne voit que des cellules rondes ou polygonales par pression réciproque ; il est nécessaire de chasser mécaniquement ces éléments pour reconnaître qu’ils sont logés dans une trame de tissu conjonctif réticulé. Les mailles du réticulum sont très petites, ren-

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Après une durée aussi longue, il se produit déjà et par plaques un épaississement en différents points de la peau, par suite de l’infiltration œdémateuse inflammatoire du chorion (deuxième période, d’après Kôbner), qui est surtout appréciable aux foyers orbiculaires de l’eczéma dont les bords sont légèrement saillants, et paraissent tendus, lisses et brillants.

Désormais apparaissent des infiltrats plus épais sous forme d’élevures demi-sphériques, dures, rouge brun pâle ou rouge vif ou de nodosités nettement circonscrites, situées au centre ou sur les bords irréguliers des parties eczémateuses de la peau. On voit survenir aussi d’autres nodosités très dures, du volume d’un pois à celui d’un haricot.

Suite de la noie des Traducteurs,

ferment une ou deux cellules chacune; les travées en sont très fines, anastomosées, portent encore des cellules plates quand faction du pinceau n’a pas été complète. Ces travées, comme dans le tissu réticulé des ganglions, s’insèrent sur la paroi des vaisseaux capillaires qui parcourent le tissu.

En d’autres points, le réseau est formé de travées plus grosses et cela notamment vers les bords de la tumeur.

11 faut noter en effet qu’il n’y a pas une transition brusque entre la néoplasie et le tissu sain qui l’environne.

Il y a au contraire pénétration réciproque du tissu adénoïde et des éléments du derme tout autour delà tumeur. En partant du centre, on voit les travées du réseau devenir moins grêles; on retrouve des fibres élastiques et des faisceaux conjonctifs et qui se terminent en s’effilant dans le néoplasme, et qui d’autre part deviennent de plus en plus gros et nombreux à mesure qu’on se rapproche des bords. Dans le derme avoisinant, on retrouve des nids de cellules rondes dans les fentes du tissu conjonctif, se prolongeant assez loin et cela notamment autour des vaisseaux.

Au-dessous de la tumeur, se voient des glomérules de glandes sudoripares qui ne sont pas notablement altérés.

A sa surface, j’ai dit qu’il y avait une petite ulcération; le tissu adénoïde n’est recouvert en ce point que par une croûte.

Autour de l’ulcération, les papilles sont très augmentées de volume et allongées, composées de tissu réticulé à grosses travées ; leur direction est modifiée, elles s’inclinent en divers sens.

L’épiderme, là où il n’y a pas d’ulcération, est composé des couches normales, mais il est manifestement tiraillé et distendu par le développement de la tumeur. Le fait est évident surtout au niveau des prolongements intei'papillaires de l’épiderme qui sont effilés et étirés, beaucoup plus longs que normalement, puisque les papilles sont accrues, et dirigés en tous sens. Les cellules malpbigiennes du revêtement épidermique et des bourgeons interpapillaires, par l’effet sans doute de ce tiraillement, présentent des filaments d'union d’une grande netteté.

C’est même au point de vue de la structure filamenteuse de l’épiderme une des pièces les plus démonstratives que j’aie rencontrées. Cette disposition tient probablement au développement relativement rapide de la tumeur et à l’absence d’une irritation concomitante de l’épiderme qui s’est laissé distendre mécaniquement.

Au niveau de la tumeur, les poils et leurs glandes sébacées ont disparu ;

MYCOSIS FONGOIDE.

arrondies, rouge brun ou des saillies dures en forme de pompbi, mais aussi sur des régions du tégument indemmes d’eczéma (1) (période lichénoïde, Bazin), sur les points les plus divers de la peau et sans aucune régularité dans leur disposition. Bon nombre de ces lésions disparaissent de nouveau complètement après une durée de plusieurs jours ou de plusieurs semaines, ou même très rapidement dans l’espace de peu de jours, en laissant de la pigmentation ou une dépression atrophique superficielle, tandis que sur d’autres points il s’en produit de nouvelles.

D’autres se transforment par dépression centrale et atrophie avec progression périphérique simultanée, en cercles infiltrés aplatis et durs, de la dimension d’une pièce de cinq francs en argent à celle de la paume de la main. D’ordinaire, les nodosités sont disséminées. Dans

Fin de la note des Traducteurs.

les muscles des poils persistent au contraire, mais ils sont dissociés par le tissu réticulé qui disperse les éléments musculaires en petits faisceaux composés de deux ou trois fibres seulement. Les glandes sudoripares sont conservées "puisque j’ai signalé leurs glomérules au-dessous de la tumeur ; cependant je n’ai pas réussi à voir les canaux excréteurs correspondants qui sont peut-être repoussés sur les côtés.

Les vaisseaux et les nerfs que l’on voit dans le voisinage de la tumeur ou même dans son intérieur ne sont pas modifiés quant à leur structure.

i< La discussion ci-dessus ne me paraît autoriser qu’un seul diagnostic histologique, celui de lymphadénie cutanée ou mycosis fongoïde d’Alihert. Si l’on a, en effet, signalé la présence du tissu adénoïde dans d’aulres productions morbides telles que les tubercules et la gomme, ou ne le trouve jamais dans ces cas à l’état de pureté sur une surface aussi étendue. Il n’y a pas, ici, ce groupement nodulaire habituel dans les granulomes infectieux (follicules tuberculeux, nodules syphilitiques).

Les cellules géantes font absolument défaut. Enfin les lésions vasculaires sont absentes et corrélativement il n’y a aucune tendance à la classification des parties centrales de la tumeur. L’ulcération doit vraisomblablement trouver son explication dans un trouble de nutrition de l’épiderme sous l’influence de la distension. »

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Ce point comporte de notre part quelques re'serves ; Sur les malades que nous avons examinés avec soin dans le but de le déterminer, et qui présentaient la forme typique du mycosis d’Alibert, c’esldire une période préalable d’efflorescence, nous n’avons jamais constaté la production primitive de tumeurs sur des points de tégument absolument sains. Les efflorescences préliminaires du mycosis sont mobiles, et à moins d’une enquête minutieuse, faite sur un malade suivi sans interruption, il est difficile d’affirmer qu’il n’y avait eu, antérieurement, aucune tache sur les points où l’on déclare que les tumeurs sont apparues « primitivement » ; nous ne faisons allusion ici, nous le répétons, qu’à la forme complète et typique du mycosis fongoïde.

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