ROUGEOLE
On désigne sous les noms de rougeole {Maseru, morbilli, Flecken, Ilubeolæ, Rotheln, measles, etc....) une maladie caractérisée par l’apparition de taches rouges, séparées les unes des autres, irrégulières, et de papules sur tout le tégument commun; par une fièvre concomitante, un catarrhe des voies respiratoires, une marche aiguë typique, et enfin par la contagiosité.
Citée depuis longtemps dans la littérature médicale (Razès), la rougeole a été décrite pour la première fois d’une manière caractéristique et approfondie par Sydenham et Morton (1670-1674).
Les symptômes les plus essentiels de la rougeole sont représentés par l’exanthème, la fièvre et le catarrhe de la muqueuse des premières voies respiratoires. Ce qui également la caractérise, c’est que ces symptômes se développent d’après un type déterminé, régulier. Plus la marche d’un cas de rougeole répond à ce type, plus cette rougeole est considérée comme normale. Mais il y en a d’autres qui présentent sous
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divers rapports des différences notables avec ce type normal : on les appelle rougeoles anomales.
On doit compter le début de la maladie à partir du moment où le sujet a reçu d’un individu atteint de rougeole, soit directement, soit indirectement, l'agent qui constitue le contage.
Dès lors commence la période d’incubation, début dont on n est généralement pas certain, il est vrai, parce qu’il ne se manifeste par aucun genre de symptômes morbides. Mais, en considération des phénomènes qui suivent cette période, on doit, dans chaque cas, l’estimer approximativement d’une manière rétrospective. Elle dure en moyenne huit jours, rarement plus, jusqu’à vingt et un jours. On a constaté cette durée moyenne de la période d’incubation, d’une part, dans les cas où le moment de la contagion était exactement connu, et, d’autre part, dans les inoculations artificielles (expérimentales) que l’on a faites du virus rubéolique, au moyen des larmes ou des produits de la sécrétion nasale de sujets atteints de rougeole. Ces inoculations ont été bien des fois pratiquées depuis Home (1758) et ont donné, pour la période d’incubation, la moyenne que nous avops citée plus haut.
Dans de rares cas seulement l’incubation se manifeste dans une certaine mesure par du malaise, de la lassitude, ou bien il survient, à la fin même de cette période et immédiatement avant le début de la seconde, un mouvement fébrile modéré et atypique.
La période prodromique est caractérisée par de la fièvre et du catarrhe des muqueuses. Elle se manifeste par un accès de fièvre avec frisson et chaleur consécutive, et par l’ensemble des symptômes fébriles connus : peau sèche, chaude entre 39 et 40 degrés, rarement avec vomissements ; dans des cas extrêmement rares, surtout quand il s’agit d’un jeune enfant, on peut observer, durant cette période, des convulsions qui cessent rapidement.
Au second et au troisième jour, la fièvre a disparu, ou est très atténuée, ou bien elle présente le soir des exacerbations modérées, de sorte que les malades paraissent être tout à fait bien.
Cependant, le catarrhe qui a en même temps frappé la muqueuse des premières voies respiratoires augmente ; il est déjà pathognomique de la rougeole au début. Il commence par la muqueuse du nez, et envahit bientôt aussi la conjonctive, la muqueuse du palais, de la gorge et du larynx ; des éternuements fréquents, l’injection, le chémosis de la conjonctive, un sentiment de pression dans la région frontale, tels sont les premiers symptômes. Ils sont bientôt suivis d’un larmoiement abondant, de photophobie ; la muqueuse nasale sécrète d’une façon exagérée, parfois aussi elle saigne; les narines ne sont pas libres, la figure est bouffie, les paupières œdématiées. Sur le voile du palais on trouve fré-
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quemment, avec une vascularisation assez forte de la muqueusp, des petits points et des taches rouges que les praticiens expérimentes peuvent considérer comme un prodrome caractéristi([ue d'une rougeole prochaine ; généralement, le gonllement des amygdales et la dysphagie sont insignifiants. Une toux sèche;, rauque, férine et convulsive avec expectoration muqueuse modérée, et l’enrouement, révèlent le catarrhe du larynx et des bronches.
L’exanthème manque encore à cette époque.
La période prodromique dure de trois à cinq jours; rarement, comme chez les enfants anémiques, scrofuleux, elle se prolonge jusqu’à huit et même dix jours.
La période d’éruption commence alors, avec une nouvelle exacerbation de la fièvre et l’apparition de l’exanthème caractéristique.
La fièvre d’éruption s’accompagne d’une augmentation persistante de la température jusqu’à 40 et 41 degrés. Elle se maintient au même degré encore dans la période suivante et atteint d’ordinaire son maximum en même temps que l’exanthème, qui se développe avec la fièvre, arrivé lui-même à son summum, ce qui coïncide avec le deuxième ou le troisième jour de la période d’éruption , c’est-à-dire le quinzième jour environ depuis le moment de l’infection. Les symptômes généraux, la bouffissure et la rougeur de la face, ainsi que le catarrhe des voies respiratoires, augmentent aussi dans la même proportion que la fièvre.
L’exanthème apparaît d’abord au visage, sur le front et les tempes, et s’étend rapidement, en vingt-quatre à trente-six heures, sur le cou, la région occipitale, le tronc et les épaules, et apparaît en général en dernier lieu sur les membres où l’éruption est plus continente sur le côté de l’extension que sur celui de la fiexion, principalement au niveau des articulations.
C’est dans la période de floraison (du quatrième au sixième jour de la maladie) que la fièvre et l’exanthème atteignent leur maximum ; la fièvre commence à tomber bientôt après que l’éruption a atteint son plus haut développement.
C’est vers ce moment que l’exanthème présente sa coloration la plus intense; il s’étend aussitôt sur le tronc elles membres, tandis qu’il reste à l’état stationnaire sur les parties primitivement envahies. La paume de la main et la plante du pied ne sont pas exceptées. Mais c’est à peine si l’exanthème se maintient plus de douze à vingt-quatre heures à ce degré ; aussitôt après, il commence à diminuer.
La rougeole se montre sous forme de taches de la grandeur de l’ongle, d’un rouge vif, bleuâtre et même rouge jaunâtre, plates ou légèrement élevées, pâlissant sous la pression du doigt (rougeole légère),
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nu de petites papules fines, rouges, correspondant aux orifices des follicules (rougeole papuleuse) ; ces efllorescences ressemblent aux efflorescences primaires {Siippcken) de la variole. En certains endroits, les taches se réunissent sur de grandes étendues^ presque jusqu’à être confluentes ; cependant, il reste toujours entre les surfaces rubéolées des portions de peau conservant leur coloration normale. .Jamais on n’observe une confluence complète. Quelquefois, les taches sont comme déchiquetées sur les bords, irrégulières, souvent en forme de demicercles; jamais leur couleur ne va en se dégradant à la périphérie, elle est toujours nettement tranchée. Chez les nouveau-nés, la rougeole se présente exceptionnellement sous forme de petits points rouges. Au niveau des taches, c[ue la pression du doigt fait pâlir, la peau présente une teinte jaunâtre d’autant plus foncée que l’éruplion est plus ancienne. Enfin, l’exanthème s’accompagne parfois d’une légère sensation de brûlure et de démangeaison.
Après s’être maintenu pendant quelques heures à cette hauteur, comme extension et comme rougeur d’injection, l’exanthème diminue généralement dans l’ordre de son apparition, en laissant après lui une pigmentation d’un brun jaunâtre allant jusqu’au brun.
GependanÇ la fièvre a notablement diminué. De même, le gonflement du visage et le catarrhe des muqueuses ont perdu de leur acuité, tout au moins le catarrhe de la gorge et des voies aériennes. A ce moment, la maladie passe à la période de desquamation, qui est complètement , sans fièvre et qui, pendant un certain temps encore, s’accompagne des affections catarrhales que nous avons signalées, mais qui vont toujours en diminuant d’intensité. Le sommeil et l’appétit reparaissent.
Sur la peau qui pâlit et qui est le siège d'une transpiration modérée, au niveau des régions jadis occupées par l’exanthème, il se produit, surtout aux parties qui sont à découvert, figure, cou, mains, une desquamation ressemblant à du son ; cette desquamation dure souvent plus de quinze iours, à partir du début de l’éruption, parfois elle s’ac- j. compagne d'un violent prurit. La guérison est -alors réalisée. ‘ |
Telle est la marche normale de la rougeole ; mais il y a des cas qui ;
présentent dans tel ou tel symptôme, ou bien dans le rapport des divers symptômes entre eux, des anomalies qui peuvent ou simplement donner naissance à des erreurs de diagnostic ou de pronostic, ou rendre par elles-mêmes la maladie sérieuse ou dangereuse ; quelques-unes sont, au contraire, tout à fait insignifiantes. Ces diverses anomalies, alors qu’elles se présentent chez des malades isolés, sont motivées individuellement soit par des circonstances spéciales de l’organisme, particulièrement des états pathologiques de la santé générale, anémie, tuberculose, scrofules; soit par les conditions extérieures défavorables
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dans lesquelles l'individu vit : habitation malsaine, mauvaise nourriture, défaut de soins de propreté; ou bien elles sont déterminées par le génie particulier des diverses épidémies^ auquel cas on les retrouve chez beaucoup de malades en même temps et avec le cachet spécial de l’épidémie actuelle.
Ainsi l’exanthème peut, en dehors de la succession normale des faits, au lieu de se montrer d’abord à la figure, apparaître sur le tronc et sur d’autres parties du corps, ou bien être partout incomplètement développé; au lieu de deux ou trois jours, il peut rester sept à dix jours en floraison, et, dans ce cas, il a une couleur particulièrement foncée et laisse après lui une pigmentation plus forte qu’à l'ordinaire. D autres fois, au milieu de la période de floraison, on le voit pâlir brusquement et ensuite reparaître au bout d’un à deux jours (rougeole secondaire). 11 lae faut pas confondre cette réapparition avec une nouvelle attaque de rougeole; pour admettre cette dernière hypothèse, il faudrait qu’il se fût écoulé plusieurs semaines entre le premier et le second exanthème, et tout au moins que la période de desquamation fût complètement terminée. La brusque disparition de l’éruption est toujours la conséquence d’une complication fébrile, mais elle n’en est pas la cause. Cette complication ne dure-t-elle qu’un court espace de temps? L’éruption peut se reproduire. Si, au contraire, en raison de sa nature, elle persiste plus longtemps, comme une pneumonie, alors l’exanthème ne reparaît plus. Or, comme ce sont des complications souvent dangereuses pour la vie, ou même mortelles, qui causent cette brusque disparition de l’exanthème, il est facile de'comprendre que l’apparition de ce symptôme est toujours fâcheuse et que l’on doit la considérer comme un pronostic mauvais. Sevdement il ne faut pas, au point de vue pathologique, confondre la cause avec l’effet. Que pendant la période de desquamation la rougeole puisse se montrer encore une fois, ainsi que l’admettent quelques médecins, cela ne me paraît pas exact, et je crois que, dans ce cas, on a confondu un érythème ou une urticaire avec une seconde attaque de rougeole.
Enfin, dans le cours d’une rougeole, l’exanthème lui-même peut manquer complètement, alors que tous les autres symptômes de la rougeole, la fièvre avec son type normal, le catarrhe des muqueuses et les circonstances bien constatées de l’infection rubéolique, comme le contact avec un frère ou une sœur ayant la rougeole, et enfin l’existence d’une épidémie morbilleuse, permettent réellement d’admettre que l’on a bien sous les yeux un cas de cette affection. On dit alors que c’est une rougeole sans rougeole, analogue à ces cas dans lesquels les symptômes fébriles font défaut, rougeole apyrétique.
Il existe également des anomalies sous le rapport du caractère mor-
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phologique et de l’intensité de l’éruption. C’est ainsi qu’on distingue la rougeole légère et la rougeole papuleuse, qui rentrent dans le groupe des éruptions normales, puis les rougeoles vésiculeuses ou miliaires [Frieselmasern) et les rougeoles confluentes, qui toutes permettent encore un pronostic favorable, et enfin les rougeoles hémorrhagiques. Des pétéchies, c’est-à-dire des taches produites par une exsudation du sang et qui ne disparaissent pas sous la pression du doigt, peuvent se montrer, dans tous les cas où l’exanthème est fortement développé, mêlées aux taches ordinaires de la rougeole. Ces pétéchies sont l’expression d’une exagération des ■ altérations des parois vasculaires qui existent dans toute hyperhémie active, exagération qui fait que ces parois deviennent sur certains points plus perméables ou même se laissent plus facilement déchirer. Toutefois, on ne peut qualifier un exanthème du nom de rougeole hémorrhagique que dans les cas où celte transsudation sanguine domine. Ces pétéchies indiquent toujours un état dangereux, parce que, habituellement, elles sont la manifestation locale d’une disposition générale aux hémorrhagies et qu’elles sont liées à des épistaxis abondantes et difficilement répressibles, — rhinorrhagie, — à des hémorrhagies de l’estomac et de l’intestin, à des crachements hématiques qui indiquent une pneumonie lobulaire ou lobaire, avec altération du sang et les symptômes fébriles correspondants, avec un pouls d’abord plein et fréquent, puis bientôt faible et filiforme, tous états qui ordinairement se terminent par la mort. Ces pétéchies constituent un symptôme fréquent de la rougeole typhoïde ou nerveuse, ou putride, ■ — Morbillen-typhus.
Cette anomalie générale des symptômes de la rougeole appartient à la période éruptive de la maladie.
Mais alors même que l’exanthème ne présente pas cet état hémorrhagique, les symptômes fébriles et l’ensemble des phénomènes généraux peuvent, par l’exagération de chacun d’eux, ou bien par le fait de toutes sortes de complications dont nous allons citer quelques-unes, altérer la marche normale de la rougeole et donner à la maladie un caractère typhoïde. La tuméfaction de la rate et des évacuations intestinales abondantes accompagnent, en général, un typhus morbilleux de cette nature.
Comme complication de la rougeole, on voit quelquefois apparaître, pendant la période prodromique, une épistaxis difficile à arrêter et qui épuise le malade. Dans les cas oii l’exanthème a le caractère hémorrhagique, cette épistaxis peut encore persister pendant la période éruptive et déterminer dans la marche de la rougeole un caractère typhoïde avec fièvre intense, sécheresse de la langue et des symptômes de compression cérébrale, ou bien elle peut devenir le point de départ d’une
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affection scorbutique. .\ cet ordre de faits se rattaclient la stomacace et le noma avec gangrène étendue de la muqueuse buccale et de la face, avec infarctus hémoptoïques des poumons et gangrène pulmonaire.
La laryngite, sous forme de faux croup, appartient à la période prodromique de la rougeole etest caractérisée par une toux rauque, férine, ou spasmodique, parfois avec inspiration convulsive ; cet état, qui est simplement l’expression d’un catarrhe violent du larynx, disparaît au moment de l’éruption. La laryngite croupale ou diphléritique proprement dite, le vrai croup, apparaît pendant la période éruptivm de l’exanthème ou pendant la desquamation; elle se manifeste par une nouvelle augmentation de la fièvre, et est caractérisée par les dépôts de fausses membranes caractéristiques et qui s’étendent même sur la muqueuse du pharynx, et par une toux rauque, éteinte. Dans la plupart des cas, le croup amène la mort par suffocation ou par dissolution du sang, ou par des complications pulmonaires (pneumonie ou bronchite fibrineuse), cérébrales, etc.
Après les affections catarrhales et fibrineuses de la trachée et des bronches, la pneumonie est la complication la plus fréquente de la rougeole, pneumonie lobaire, ^urvenant généralement pendant le maximum de l’éruption, ou même déjà au début de celle-ci; pneumonie souvent lobulaire, comme maladie consécutive. Dès que la pneumonie apparaît, l’exanthème se dissipe. Cependant, la plupart des inflammations pulmonaires suivent une marche favorable, sauf celles qui sont le résultat de la propagation du croup.
Les tubercules miliaires, qui se manifestent chez les enfants par les symptômes de l’hydrocéphalie aiguë, apparaissent quelquefois au début de la rougeole, ou même pendant le cours de l’exanthème, et amènent promptement la mort.
Pour ce qui est de la complication de la rougeole avec d’autres maladies de la peau, ces dernières, lorsqu’elles existaient antérieurement à l’exanthème, comme l’eczéma chronique, le psoriasis, se dissipent en partie pendant la rougeole, ou bien elles disparaissent complètement, ou enfin elles se reproduisent pendant la convalescence. En outre, on voit quelquefois apparaître une urticaire, un érythème, ou même quelques vésicules.
Comme dans les autres empoisonnements du sang, de même dans la rougeole qui représente une maladie infectieuse, toutes les complications et toutes les suites possibles se rencontrent en nombre pour ainsi incalculable. Les maladies qui succèdent le plus souvent à la rougeole sont : l’ozène, le catarrhe chronique du larynx et des poumons, le catarrhe intestinal, des ophtalmies, l’inflammation chronique des
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ganglions sons-maxillaires, bronchiques et médiastinaux (Widerhofer), inflammation qui peut se terminer par la suppuration ou par une transformation caséeuse, la scrofule, l’anémie, etc., tandis que les affections des reins sont assez rares. Au contraire, la coqueluche est extrêmement fréquente.
Leslésions anatomiques de l’exanthème morbilleux sont très simples; d'après l’aspect clinique elles consistent en une injection des vaisseaux les plus fins qui sont disposés autour des orifices des follicules ou des vaisseaux des divers groupes de papilles, avec une Iranssudalion séreuse modérée. Après la mort, ces symptômes les plus essentiels de la rougeole ont disparu. Le microscope n’apasencore montréjusqu’à présent, dans les couches de l’épiderme et dans le tissu des papilles, de lésions permettant de conclure à une prolifération des cellules, ce qui s’explique aussi par le peu d’intensité et de durée des altérations que l’on constate par l’observation clinique. G. Simon prétend avoir observé une forte proéminence de la portion de peau correspondante à une papule rubéolique. Mayr et Hebra expliquent la formation des efflorescences morbilleuses par une inflammation des follicules sébacés. 11 me semble que ces éléments éruptifs correspondent généralement aux conduits excréteurs des follicules pileux ou des glandes sébacées, mais sur beaucoup de points aussi ils sont formés par le gonflement des papilles et du réseau muqueux placé au-dessus de "ces dernières; ces faits concordent avec les dernières recherches de J. Neumann.
Dans les rougeoles combinées avec des pétéchies ou des vésicules, leslésions anatomiques sont localement celles que présentent ces efflorescences dans d’autres maladies.
Quant aux altérations du sang et des organes internes que l’on rencontre dans les autopsies à la suite de la rougeole, elles répondent aux complications que dans chaque cas on a observées au lit du malade, complications graves et qui souvent se terminent par la mort.
La cause de la rougeole gît dans le contage particulier à cet exanthème, dans les circonstances qui mettent les personnes en rapport avec cet agent et dans la disposition qui les rend aptes à le recevoir.
On n’a pas encore réussi jusqu’à présent à démontrer physiquement le contage de la rougeole. Il est admis qu’il doit être de nature organique, peut-être un végétal du genre des cocci ou des bactéries. 11 se régénère et se multiplie dans l’organisme qui en est infecté, lequel devient par là une source d’infection pour d’autres personnes. Les agents du contage rubéolique sont les produits d’excrétion des muqueuses atteintes de catarrhe, la sécrétion du nez, les crachats, les larmes et aussi le sang de morbilleux (Home, Speranza, Katona, etc.). Des inoculations pratiquées dans un but expérimental avec ces diffé-
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rents liquides ont eu pour résultat l’explosion de la maladie après le délai d’incubation normal. Mais l’exhalation de.s poumons et de la peau pendant la période prodromique et pendant le cours de l’exanthème transporte aussi le contage qui est ainsi répandu dans l’atmosphère sous forme volatile. 11 suffit, par conséquent, de séjourner un certain temps dans l’atmosphère d’un malade atteint de rougeole pour absorber la matière d’inoculation.
Les sujets atteints de rougeole peuvent-ils transmettre la maladie pendant la période de desquamation et par les produits de la desquamation? Les avis sont partagés sur cette question.
L’aptitude à prendre la rougeole est à peu de chose près la même pour tout le monde, mais elle manque chez les individus qui ont déjà été atteints de la maladie. 11 y a cependant de nombreux exemples de sujets qui ont eu deux et même trois fois la rougeole à des intervalles de plusieurs semaines, de plusieurs mois ou de plusieurs années. Les enfants dans la première année de la vie et les vieillards paraissent moins disposés à la rougeole. Le plus gros contingent est fourni par des enfants de deux à dix ans, de sorte que la rougeole représente une maladie de l’enfance proprement dite.
Les maladies aiguës, fébriles, ne protègent pas contre l’aptitude à prendre le contage. Cependant l’explosion de la rougeole est généralement retardée jusqu’à la cessation de ces maladies. La rougeole est grave et dangereuse chez les femmes enceintes et chez les accouchées. On a publié des cas de rougeole chez des nouveau-nés dont la mère avait été atteinte de cet exanthème vers l'époque de son accouchement.
La contagion se fait par rapport direct avec un individu atteint de rougeole, ou même simplement en respirant ses exhalaisons, quand on séjourne quelque temps dans son voisinage. Combien de temps faut-il pour prendre le contage? Cela doit varier beaucoup suivant la disposition individuelle et suivant l’intensité des agents contagieux^ qui varie elle-même dans les diverses épidémies et dans chaque cas particulier. Il est certain qu’il suffit d’approcher un sujet atteint de rougeole pendant un seul instant pour être infecté. Certainement le contage s’attache aux vêtements et aux objets mobiliers, et peut ainsi être transporté au loin par des personnes bien portantes qui le transmettent à d’autres. Cependant, sous ce rapport en particulier, de même que sous celui de la durée de son action, le contage de la rougeole paraît être inférieur à celui des autres fièvres éruptives, de sorte que ni les malades dont la l'ougeole est terminée, ni leurs vêtements, ni les chambres qu’ils ont habitées, ne conservent leur contagiosité au delà du dernier cas qui s’y est produit.
Par la faculté de contagion directe ou indirecte qu’elle possède, la
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rougeole frappe ordinairement tous les enfants d’une même famille qui n’en ont pas encore été atteints, et, partant du lieu de son apparition, elle s’étend aussitôt à un grand nombre de personnes qui en avaient été exemptes jusque-là. C’est ainsi que surviennent les épidémies de rougeole. Dans les grandes villes on n'est jamais sans voir quelques cas s])oradiques de rougeole, et tous les ti'ois ou quatre ans survient une épidémie assez considérable. Dans des pays qui ont peu de communications avec les autres, en raison de leur situation écartée, où depuis longtemps ou même jamais il n’a régné d’épidémie de rougeole, et où par conséquent un grand nombre de résidents, sinon tous, n’ont jamais eu cet exanthème, la rougeole, aussitôt qu’elle y a été importée, frappe rapidement la plus grande partie des habitants, vieux et jeunes, et, par suite, l’épidémie éclate sous la forme la plus extensive.
Bien que l'on doive admettre que le contage est le même pour tous les cas et pour toutes les épidémies, certains cas cependant et certaines épidémies se distinguent par la bénignité de leurs symptômes et de leur marche, d’autres au contraire par leur intensité et le danger qu’elles présentent.
On a souvent constaté, comme avant-coureurs des épidémies de rougeole, des affections catarrhales frappant surtout la population infantile, catarrhe des voies aériennes ou des bronches, influenza, mais surtout la coqueluche, de même que l’on voit en général ces affections persister encore après l'extinction de l’épidémie.
Le diagnostic de la rougeole est basé sur la combinaison et le mode de développement régulier du catarrhe, de la fièvre et de l’exanthème. Ce dernier a une grande analogie avec l’e.xanthème prodromique de la variole, dont l’éruption est généralement aussi précédée de catarrhe et de fièvre. Un médecin prudent et expérimenté ne diagnostiquera donc une rougeole qu’au premier jour de l’éruption, alors même que les symptômes du catarrhe et l’occasion bien constatée de la contagion l’autoriseraient à penser à la rougeole. Mieux vaudrait encore attendre jusqu’au second jour de l’éruption. Si c'était une variole, les papules se seraient développées d'une manière plus tranchée, ou même elles se seraient déjà transformées en vésicules, tandis que les efflorescences de la rougeole ne se modifient pas de cette façon. La scarlatine a généralement un aspect tout autre. La miliaire et la roséole papuleuse ont au contraire une grande analogie avec la rougeole. Seulement, dans ces deux maladies, le catarrhe et les symptômes fébriles manquent, ou bien ils sont très modérés ; ces derniers, du reste, n'ont pas le type régulier de la fièvre de la rougeole.
Dans ces derniers temps, on a voulu aussi, avec l’énergie que donne le mobile scientifique, établir le diagnostic différentiel entre la rougeole
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el la nibédle (Riibeolen ou Rijtheln). On a inrliqiié sous ce nom, plus souvent depuis soixante ans environ qu’on ne l’avait tait antérieurement, un exanthème des enfants, aigu, contagieux, apparaissant fréquemment sous forme épidémique, qui a bien, il est vrai, une très grande ressemblance avec la rougeole, mais qui représenterait, cependant, une forme morbide difïerente de celle-ci et qui proviendrait d’un contage spécial. Pour ne parler que de ce qui est le plus récent et le plus à notre portée, le docteur Rucbmüller, de Leohen, a publié en 1877 un rapport sur une épidémie assez considérable de rubéole. Or, les sjunptômes que l’on a cités de ces rubéoles « spécifiques » ne diffèrent en rien de ceux des rougeoles à marche bénigne. De plus, la transition de ces formes à la rougeole vraie a été don seulement prouvée par les médecins qui ne croient pas à la spécificité de cette affection (Kassowitz), mais encore admise par ses partisans (Gerhardt). L’apparition accidentelle de la rubéole chez des enfants qui ont eu déjà la rougeole h’a rien de surprenant, puisque la rougeole caractéristique peut frapper deux et même trois fois le même individu. En raison de ces faits et aussi en considération de mes propres observations, je dois avec Ilebra et beaucoup d’autres envisager les exanthèmes qualifiés de rubéoles comme étant des cas de rougeole; quant au diagnostic « rubéole » avec l’idée d’une maladie contagieuse idiopathique, je le regarde comme n’étant pas fondé.
Enfin, suivant les circonstances, la roséole symptomatique que l’on observe dans certaines maladies, comme le typhus, peut être confondue avec la rougeole.
Je dois toutefois rappeler que Kassowitz, autrefois adversaire de la spécificité des rubéoles, a fait tout récemment de nouvelles observations qui tendent à Lui faire admettre que la rubéole est une maladie spécifique.
Le pronostic de la rougeole est généralement favorable. Dans les cas normaux et dans les épidémies ordinaires, ainsi que chez les individus sains d’ailleurs, on doit toujours compter sur la guérison.
Dans les cas compliqués, le pronostic ne devient grave ou absolument dangereux qu’autant que les accidents que nous avons décrits peuvent, soit par eux-mêmes, soit en raison de l’idiosyncrasie individuelle du malade, influencer d'une manière défavorable la marche de la rougeole. Relativement aux complications fébriles, je ne puis que donner mon approbation complète aux paroles de Thomas (de Leipzig) : « Les anomalies les plus importantes au point de vue du pronostic sont une fièvre extraordinairement élevée et une crise tardive de la fièvre, un exanthème d’une intensité et d’une couleur excessives, en même temps qu’il est anormal, des affections des muqueuses d’une violence exceptionnelle, enfin des affections des organes internes ou des maladies générales ipii
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viennent compliquer la rougeole. » Sous ces divers rapports, il faut attribuer une valeur considérable à l’intensité et à la marcbe de la fièvre, ür, la grande imporlance des observations exactes faites sur la température du corps dans l’étude de la rougeole consiste en ce que l’on arrive, à l’aide de cette échelle tliermomélrique bien mieux que par un autre moyen, et beaucoup plus sûrement que par la simple considération de l’exantbèiTie, à distinguer les cas normaux des cas anormaux, à préciser le moment où apparaissent les anomalies, et les complications, enfin à apprécier la gravité de ces dernières.
En outre, le pronostic est encore influencé parles circonstances individuelles et épidémiques. Les enfants dans la première année de leur vie et les vieillards, ainsi que les individus déjà atteints d’autres maladies, sont particulièrement menacés ; il en est surtout ainsi pour les femmes enceintes ou récemment accouchées. D’un autre côté, certaines épidémies présentent d’une manière générale plus de complications graves et plus de cas de mort, tandis que, dans d’autres, presque toutes les rougeoles suivent une. marche normale et typique et, par conséquent, se terminent par la guérison. Aussi trouve-t-on dans les diverses épidémies de rougeole des différences très considérables dans les proportions de la mortalité depuis à peine 1 p. 100 jusqu’à lo p. 100 et au delà. Les chiffres les plus effrayants sous ce rapport sont fournis par les épidémies survenues dans une population qui, jusque-là, avait été complètement épargnée par la rougeole, ainsi qu’on l’a vu pour les habitants de certaines îles où la rougeole pénétrait pour la première fois.
La mort, comme terminaison directe de la rougeole, survient rarement pendant la période prodromique ; elle arrive plus fréquemment pendant la période éruptive de la maladie, dans ce que .l’on appelle le typhus morbilleux, rougeole asthénique. La mort peut, en outre, être déterminée dans toutes les périodes de la rougeole et beaucoup plus tard encore par les complications et les phénomènes consécutifs que nous avons énumérés plus haut.
Le meilleur traitement de la rougeole normale est celui dans lequel on s’abstiendra de toute médication, de toute pratique, qui ne sont ni nécessaires, ni utiles et qui ne font que fatiguer le malade. Ce qui convient le mieux, c’est le calme, une chambre bien aérée, un peu sombre et offrant une température constante de 17° à 19“ G. dans les cas où il y a de la photophobie, un régime proportionné au degré de la fièvre et des sensations subjectives du malade. Contre la température exagérée du corps on peut refcourir aux lavages froids, même à des enveloppements humides méthodiques. On n’a nullement à craindre, par l’emploi de ces moyens, une répercussion de la rougeole. Si l’exan- Ihèine vient à disparaître brusquement, il faut, comme nous l’avons
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