KAPOSI, 2® ÉD. — II. SO
CINQUANTE Eï UNIÈME LEÇON.
Le Iraitement da favusdu cuir chevelu présente de grandes difficultés, et de tout temps il s’est trouvé des personnes étrangères à la médecine, ^et même des médecins, qui ont prétendu posséder l’art de guérir « la teigne », comme une espèce de secret lucratif; tels les frères Mahon, par exemple, qui, à une certaine époque, avaient obtenu le privilège de traiter les teigneux de tous les grands hôpitaux de Paris et de plusieurs autres villes de France, d’après leur « méthode » qu’ils disaient ne pouvoir « divulguer » pour raisons de famille.
Il est évident qu’il est toujours facile d’enlever les masses faviques; mais la maladie se reproduit, comme nous le savons aujourd’hui, parce que le champignon repousse des follicules. Bien qu’on ignorât autrefois cette circonstance, on avait cependant observé que là où les cheveux avaient été détruits spontanément,, le favus ne se reproduisait pas et que de plus, il tombait de lui-méme. Cette constatation menait immédiatement à l’idée d’avulser les cheveux, et, dans ce but, on eut généralement recours autrefois (comme aujourd’hui encore en quelques endroits), au procédé « de la calotte » {Pechkappe). On enduisait de poix tout l’intérieur d’une calotte de cuir, on la plaçait sur la tête et on l’arrachait ensuite par une traction brusque. On entraînait ainsi les cheveux peu adhérents, mais non les autres, ce qui donnait par conséquent un résultat incomplet. Aux frères Mahon revient le mérite d’avoir montré que cette pratique brutale de la calotte est inutile.
La connaissance exacte de la nature du favus a rendu son traitement plus simple et plus rationnel.
Avant tout, il faut détacher les godets et les masses faviques, ce qui se fait exactement comme pour les dépôts de croûtes et de squames que l’on trouve dans l’eczéma ou le psoriasis. On les ramollit par l’application d’une quantité suffisante d’huile, d’huile de foie de morue avec ou sans addition de baume du Pérou, de gl3'cérine, d’acide phénique, de naphtol, etc. ; on les enlève ensuite avec le doigt ou avec une spatule, et on lave complètement les autres parties avec de l’alcool de savon. Douze à vingt-quatre heures suffisent pour cette première partie du traitement. Si l’on voulait à ce moment abandonner la maladie à elle-
plus ou moins étendue, et donner lieu secondairement, à des adénopathies de voisinage. Le pronostic du favus est, à ce point de vue, tout à fait différent de celui de la teigne tondante, laquelle ne produit jamais d’alopécie définitive, et de la pelade, qui n’en laisse pas davantage dans ses formes parasitaires communes.
Le pronostic de du7'ée a une importance spéciale en présence de la difficulté de l’éradication complète du favus. Enfin, l’onychomycose favique est absolument rebelle, et quand elle est complète et prolongée, elle entraîne l’alopécie unguéale. E. B. — A. D.
FAVUS.
même, on verrait, au bout de peu de jours, survenir de minces pellicules, comme dans l’eczéma squameux, et quinze jours ou trois semaines plus tard il se produirait certainement, en un point quelconque, des godets de favus autour des cheveux, par suite de la propagation des champignons restés dans beaucoup de follicules, dans les gaines de la racine et les poils (1).
La seconde partie du traitement consiste à enlever les cheveux euxmêmes envahis parles champignons, ainsi qu’à détruire par un moyen quelconque les éléments parasitaires qui se trouvent dans les gaines de la racine restées à l’intérieur des follicules. Ce résultat est toutefois difficile à atteindre, et on n’y parvient jamais qu’avec beaucoup de soin et beaucoup de temps. Depuis qu’on a renoncé à la calotte, on a proposé de provoquer l’inflammation du cuir chevelu à l’aide de frictions d’huile
(1) Traitement du favus &ordide ; traitement j)réparatoire : Le traitement préparatoire du favus peut être réglé très simplement par les pratiques suivantes :
I. — Couper, d’aussi près que l’on peut, aux ciseaux, tous les cheveux qui dépassent, ou qui débordent les groupes faviques.
IL' — Couvrir pendant deux ou trois heures toute la tête avec un mélange à parties égales de savon mou de potasse et d’axonge; faire ensuite, avec de l’eau chaude, un lavage de toute la surface ; si l’on possède une petite douche en pluie, à la manière de celle qui fonctionne aujourd'hui chez les coiffeurs, cette opération peut s’exécuter avec une grande précision. La journée ayant été occupée à ces pratiques, on fait, durant la nuit, un enveloppement humide sur toute la tête, recouvert d’une toile imperméable.
III. — Au commencement de la deuxième journée, toute la masse favique, désagrégée ou détachée, peut être retirée à l’aide des lavages et de la douche.
IV. — Cela fait, la tête est lavée antiseptiquement avec une solution d’acide borique à 25 p. 1000, soit à l’aide de l’ouate hydrophile, soit par la douche pulvérisée; puis, tout ayant été bien abstergé, et les cheveux entièrement tondus, on applique, pendant vingt-quatre ou quarante-huit heures, des compresses aseptiques de lint boriqué, imprégnées d’une solution de salicylate de soude à 25 p. 1000, additionnée de 10 grammes de bicarbonate de soude, ou de toute autre substance antiseptique, on recouvre avec un bonnet imperméable.
V. — Au bout de très peu de jours, la tête est absolument déblayée,
quelquefois en apparence revenue presque à l’état normal; il est alors aisé de déterminer exactement, l’étendue des parties malades, de distinguer les surfaces restées saines, et celles dans lesquelles les follicules pileux ont disparu sans retour. Ce véritable bilan doit être communiqué aux intéressés, à qui il faut donner avis de ce qui est irrémédiable, et de ce qui peut être guéri. Ernest Besnier. — A. Doyon.
CINQUANTE ET UNIÈME LEÇON
de croton (1), de térébenthine, de créosote, d’huiles éthérées, etc., dans l’espoir que l’exsudation et la suppuration se produiraient dans les follicules et qu’on obtiendrait ainsi l’expulsion des cheveux et des gaines de la racine contenant des champignons. Mais on atteignait par ce procédé tout à la fois les follicules sains et les follicules malades, et souvent même, on n’atteignait pas tous les follicules malades. Cette méthode, du reste, exige en outre un traitement consécutif des parties épargnées par l’inflammation, elle n’olTre pas de certitude et n’abrège pas la durée du traitement, abstraction faite de la douleur et du danger possible des inflammations de l’aponévrose occipito-frontale qu’on a ainsi provoquées.
Aussi l’épilation régulière constitue-t-elle le seul traitement rationnel; suivant la méthode de Bazin, elle est confiée aux soins d’infirmiers expérimentés qui arrachent sans distinction, au moyen d’une pince appropriée, et en plusieurs séances, tous les cheveux sains ou malades de la région atteinte, après les avoir préalablement coupés ras (2). On voit que, avec celte méthode pénible et douloureuse pour les malades, le traitement dure longtemps, parce qu’il est nécessaire d’avoir recours à des lotions et à des épilations consécutives (3). C’est pour cela que nous employons à Vienne une méthode de traitement beaucoup plus simple. Nous épilons chaque jour dans le favus, nous enlevons les cheveux que l’on a eu soin de ne pas couper courts, en les saisissant entre le pouce et le rebord mousse d’une spatule linguale. Par ce procédé, on arrache les cheveux malades, c’est-à-dire ceux qui ne sont plus
(1) Ce procédé, et les suivants, que l’auteur condamne justement,
doivent être sévèrement blâmés; plusieurs sujets ainsi traités perdent définitivement un grand nombre de cheveux qu’ils auraient, sans cela, conservés. D’une manière générale, l’huile de croton employée pure sur le cuir chevelu doit être absolument abandonnée; les folliculites intenses qu’elle détermine fréquemment sont un cause d’alopécie définitive. E. B. — A. D.
(2) Cette méthode est en effet défectueuse ; mais pourquoi la rappeler encore, au lieu d’indiquer la médication régularisée, et rationnelle, que nous avons décrite, et proposée à cette même place, il y a dix ans, dans les notes de la l" édition de celte traduction. — Voy. plus loin Appendice des Traducteurs, page 790 et suiv.
(3) La douleur de l’épilation régularisée, relativement peu considérable, peut être atténuée par l’anesthésie localisée ; le traitement dont elle fait partie ne dure pas plus longtemps qu’aucun autre, et les épilations « consécutives » font partie de tous les traitements où l’on épile.
adhérents, tandis que ceux qui sont sains restent en place (1). Cette méthode n’est nullement douloureuse. En outre, on prescrit chaque jour des lotions avec l’alcool de savon de potasse, des douches, et après avoir essuyé le cuir chevelu, on fait des badigeonnages avec des huiles alcooliques éthérées, balsamiques, ou encore avec du goudron. On sait en effet que ces substances ont la propriété de détruire les champignons (2) et que, grâce à leur fluidité, elles peuvent pénétrer dans les follicules entr’ouverts et débarrassés de leurs cheveux. Nous employons donc ; la teinture de hêtre, l’acide phénique, salicyliquc, la créosote, la benzine,! sur 150 d’alcool, l’huile additionnée de naphtol (1 p. 100), le pétrole, le baume du Pérou, le chloroforme, l’éther, le sublimé 0,5 sur 100 d’alcool, ou d’eau, l'huile de caryophillées, de macis, etc., ou bien des pommades, de l’huile, de l’ichthyol, de la lanoline avec le précipité blanc, le goudron, l’acide phénique, le naphtol, l’acide salicylique, ou encore des pâtes de soufre, d’alcool et de goudron.
Ces trois méthodes de traitement : lotions savonneuses, épilation et application de l’un des parasiticides que je viens de nommer, en alternant ces derniers, sont employés chaque jour de la même manière.
Dans les follicules épilés, les cheveux croissent ensuite très rapidement, puisque les papilles n’ont disparu que dans les points où il existe des cicatrices. Si l’on constate que, après un traitement de six semaines à trois mois, les cheveux sont tous très adhérents, on cesse toute espèce de médication, même les lavages, parce qu’il importe de s’assurer si le favus est réellement guéri. Si des débris de champignons étaient encore restés dans quelques follicules, on verrait apparaître de nouveaux godets dans l’espace de quinze jours à trois semaines. On les traiterait alors directement d’une manière plus énergique, en épilant avec la pince les cheveux malades et par l’application de parasiticides, de pâtes sulfureuses, du goudron, etc. (3).
(1) La méthode, encore employée à Vienne, n’est autre que l’ancien procédé Mahon, depuis longtemps abandonné à cause de son insuffisance; l’auteur va le reconnaître lui-même quelques lignes plus bas en disant : « Si des débris de champignons étaient encore restés dans quelques follicules, on verrait apparaître de nouveaux godets dans l’espace de quinze jours à trois semaines. On les traiterait alors d’une manière plus énergique en épilant avec la pince les cheveux malades ». E. B. — A. D.
(2) Cette proposition n’est malheureusement pas fondée. E.B. — A.D.
(3) Dans les pages qu’il a consacrées au traitement du favus, l’auteur a présenté une série de moyens thérapeutiques qu’il y a lieu de donner plus précis, et avec méthode, en même temps qu’il est indispensable d’en indiquer d’autres, auxquels est consacré \ appendice ci-contre :
APPENDICE DES TRADUCTEURS
APPENDICE DES TRADUCTEURS Traitement méthodique du favus
Traitement mécanique
But; raison d'être; valeur; procédé d'application.
Le Iraitement méthodique du favus comprend deux ordres de moyens entièrement .distincts qui doivent être mis chacun à leur place et à leur rang ; les uns sontpurement mécaniques ; les autres s,on\.médicamenlevx, topiques.
Quand on a terminé le traitement préparatoire du favus sordide — yoy. plus haut note 1, p. 787 — traitement en même temps mécanique et médicamenteux; quand le cuir chevelu a été non seulement nettoyé, débarrassé de tous les favi et de tous les produits sordides; quand les cheveux ont été coupés sur toute la tête, absolument à ras; quand toute trace d’épidermite ou de dermite, aiguë a cessé, ce qui s’obtient très rapidement si l’on exécute les prescriptions que nous avons données ; au bout de peu de jours, les cheveux ont assez repoussé pour que l’on puisse les saisir à la pince et commencer la partie essentielle du traitement— qui consiste kavulserle parasite avec le soin le plus minutieux. Cette avulsion, principe capital du traitement de toutes les affections parasitaires, est surtout indispensable dans le traitement du favus. Ce n’est pas à elle seule que nous bornons — comme on l’a dit à tort — tout le traitement, mais elle constitue la seconde phase de la médication efficace, et la meilleure ptour préparer le terrain aux tentatives parasiticides, aux essais de stérilisation du terrain.
Voilà qui est entendu : Dans une première phase du traitement — — voy. plus haut note 1, p. 787 — nous avons avulsé l’énorme masse du parasite sus-épidermique, et la presque totalité des éléments mycosiques occupant les infundibula, en même temps que nous avons appliqué des substances capables de stériliser le terrain à l’égard des éléments microbiens adventices, et particulièrement des staphylocoques pyogènes.
Dans la seconde phase, nous nous proposons d'avulser tout ce que nous pourrons du favus interné dans les follicufes, c'est-à-dire la presque totalité du favus en acte, par V extraction des poils faviques. Plus cette partie du traitement sera exécutée avec soin, plus la part faite aux médications anti-mycosiques sera facilitée.
Voici en quoi consiste l’avulsion des cheveux faviques — épilation — et ce que Tépileur doit faire :
a.) Premier temps de l’épilation. — L’épileur enlève d’abord (cela est fort peu douloureux) les cheveux qui viennent sans difficulté, puis ceux qui, sur la plaque malade elle-même, résistent davantage. Quelque soin qu’il y mette, un grand nombre de ces cheveux cassent au niveau de la peau ou un peu au-dessus. Que l’on examine, à la loupe, la plaque de favus la mieux épilée, et l’on en acquerra vile la preuve.