GLABRES
Quelle que soit l'intensité de la trichophytie des parties glabres ® libres — les grands plis de contact réservés ; voy. les notes de 1’ « eczéma 1
marginé » p. 850 — la guérison peut en être obtenue avec facilité par les *
moyens les plus aisés et les plus variés, pourvu qu’ils agissent en élimi- ^ mant la couche cornée superficielle. '
Le plus simple de ces agents, celui dont nous démontrons, depuis un ® grand nombre d’années, l’action et le mode d' application, est la teinture d’iode. La surface trichophytique, alors même qu’elle est irritative, vési-
culeuse, phlycténoïde, tuméfiée, et son pourtour immédiat, dans l’éten- P due d’un ou de deux centimètres, doivent être frictionnés rudement avec un pinceau de charpie court et serré, ou avec une tige de bois garnie de linge, jusqu’à ce que la surface en germination ait pris une teinte marron noir beaucoup plus accentuée que celle de la peau avoisinante éga- P lement frictionnée. 11 nous arrive souvent de ruginer légèrement la ■ pi bordure périphérique avec le manche de bois du balai de charpie. La 1^
friction, ainsi faite, n’est suivie d’aucune iritation vive, et est ordinaire- l6
ment suffisante pour la guérison, laquelle est établie, d’abord, par l’arrêt immédiat du développement excentrique, et définitivement au bout le de quelques Jours, quand l’exfoliation indique est terminée, par l’exa- w men histologique.
Aucun autre moyen n’est plus rapide, plus certain, plus inoffensif. df
Mais sur les parties découvertes, dans la clientèle de la ville, quel([ues in
malades (ils sont d’ailleurs rares), redoutent la coloration produite par la teinture d’iode; dans ces cas, on peut avoir recours aux pommades ou aux emplâtres mercuriels, mais nous ferons remarcpier (pie la plupart des malades <|ui viennent à la consultation de ville ont déjà subi des applications d’onguent citrin pur ou mitigé, avec un succès
TRICHOPHYTIE DES PARTIES GLARRES. 807
nul ou incomplet, sans la certitude que donne la desquamation indique.
Si l’on veut employer, avecunsuccès rapide, les emplâtres mercuriels, chrysophaniques, etc., il faut préalablement ruginer légèrement la surface par friction avec un linge rude.
Enfin, dans les cas où la maladie occupe de grandes surfaces, ou acquiert une intensité spéciale, le traitement intensif commun du psoriasis peut être appliqué avec le plus rapide succès, même dans les formes exotiques, même dans 1’ « herpès imbriqué », à l’aide des pommades au (3 naphtol, à l’acide pyrogallique, à l’acide chrysophanique, agent actif de la poudre de Goa — aux doses, et avec les précautions indiquées dans le traitement du psoriasis. Voy. T. I, le texte courant et les notes des Traducteurs, p. 579, 581, 583, 584.
Pour la trichophytie exotique — ringworm tropical — la poudre de Goa est surtout employée : Roux — loc. sup. cit. p. 747 — humecte d’abord, avec de l’eau, les plaques de ringworm, puis il les saupoudre avec la poudre de Goa, et laisse en contact pendant la nuit — ; il déclare cette pratique suffisante moins douloureuse, plus simple, plus rapide que les autres et n’ayant d’autre inconvénient que de tacher les linges qui entrent en contact avec la poudre.
Le traitement de Vhe7'pès imbiùqué, surtout si la maladie est ancienne et très étendue, est plus compliqué. La vive irritation du tégument qui est produite par la germination microphytique oblige souvent à ajourner l’emploi des antiparasitaires, d’autant plus que ceux-ci doivent être plus énergiques: la chrysarobine en nature, ou à doses fortes, avec les précautions que réclame l’emploi de ce cet agent, paraît le moyen essentiel. — Parmi les « parasiticides » les plus employés. Roux indique le sulfure de calcium, V hijposulfîte de soude en solution à la dose de 24 grammes pour -180 grammes d’eau, le bichlonii'e de mei’cure, et la pommade à l'iodure de soufre.
La prophylaxie de la trichophytie du corps est surtout réglée selon les conditions professionnelles que nous avons indiquées plus haut — p. 802. — Chez les sujets atteints de trichophytie du cuir chevelu, les plaques de la tête doivent être oblitérées à l’aide d’un emplâtre et la tête soigneusement couverte. On évitera ainsi les auto-inoculations, et les transmissions aux sujets sains.
Pour la trichophytie du corps, commune dans les régions tropicales, les plus simples mesures de propreté du corps, les ablutions savonneuses, et surtout la désinfection obligatoire à l’étuve de tous les linges apportés dans des blanchisseries publiques, suffiraient à éteindre rapidement la maladie. Les mêmes mesures s’appliquent à la teigne imbriquée.
CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON
L’herpès lonsurant maculeux et squameux (1) se manifeste sous forme de quelques cercles rouges, dont la dimension varie de celle d’un centime à celle d’une pièce de 5 francs en argent, pâlissant sous la pression du doigt, et dont la desquamation et la disparition s’opèrent du centre à la périphérie. Leur siège le plus habituel est la limite qui sépare la nuque et les cheveux, la face, le cuir chevelu et le cou, mais on les rencontre aussi sur une partie quelconque de la peau. L’herpès tonsurant maculeux peut encore survenir, comme nous l’observons ici très souvent, sous l’aspect d’une éruption générale aiguë du tronc et des membres.
C’est principalement sur le dos, la poitrine, l’abdomen, les parties latérales du thorax, au cou et à la face interne des membres supérieurs et inférieurs que l’on voit apparaître des papules (2) ou des taches de la grosseur d’une tête d’épingle, rouges, à surface légèrement proéminente, qui en un à deux jours forment des plaques arrondies ou ovales, rouges, de la dimension d’une lentille ou d’un centime. Au bout de quelques heures, le centre des plus petites papules et taches s’exfolie, et à mesure que la rougeur s’étend à la périphérie, l’épiderme se fendille dans le même sens. En même temps que la peau pâlit au centre, on voit survenir, dans l’espace de une à deux semaines, des cercles dont le bord le plus périphérique est rouge et qui sont le siège, vers l’extérieur, d’une fine desquamation. Ces cercles sont pâles et aplatis au centre, ils ont l’étendue de l’ongle, leur forme est en général ovale, enfin ils peuvent avoir les dimensions d’une pièce de 50 centimes ou celles d’une pièce de 5 francs en argent. Quand ils ont atteint les proportions les plus grandes que je viens d’indiquer, toutes les taches pâlis" sent et, après la chute de l’épiderme, chaque partie reprend sa coloration normale et redevient unie ; cette évolution s’accomplit dans l’espace de trois à six mois. Cette maladie est accompagnée d’un prurit modéré, parfois assez vif. Souvent il reste, pendant un à deux ans, un plus grand cercle sur un point ou un autre ; parfois, enfin, le processus gagne le cuir chevelu, où, comme on le sait, sa marche est toujours extrêmement lente (2).
(1) (2) L’affection que l’auteur vient de décrire sous le nom, à tous égards impropre, d’ « herpès tonsurant maculeux » n’a rien de commun avec l’herpès, ni avec la trichophytie. Elle n’est autre que la maladie décrite en France par Gibert — aujourd’hui connue de tous les dermatologistes — et qui porte le nom de Pityriasis rosé de Gibert. Elle n’a aucun microphyte pathogène connu, et elle ne contient certainement jamais de « trichophyton » ; elle n’est jamais contagieuse.
Le lecteur en trouvera dans l’appendice ci-contre une esquisse, qui n’est pas ici à sa place, mais nous n’avons pas eu le choix, obligés de suivre les errements du texte courant.
Ernest Besnter. — A. Doyon.
PITYRIASIS ROSÉ DE GIRERT.
APPENDICE DES TRADUCTEURS Pityriasis rosé de Gibert
Synon ; Arthritide pseudo-exanthématique squameuse; Pityriasis rubra aigu disséminé, maculeux et circiné de Razin; Erijthematous eczema de Wilson [variétés orb. et circin.) ; Herpes tonsurans maculosus de Hebra- Kaposi; Pityr. circiné de Horand, etc.; Pityr. maculata et circinata de Duhring, Rehrend, etc.; Eryth. papul. desquamatif de E.. Vidal et E. Besnier; Roséole squameuse de Fournier, etc., etc.
C’est une éruption composée d’efflorescences discoïdes rosées, polymorphe et polychrome, finement desquamative, sèche toujours, résolutive, à évolution cyclique, peu ou pas récidivante — Tdibierge, Ann. de Dermat., 1889, p. 37 — non inoculable, non contagieuse; ordinaire sans être commune, pouvant survenir à tout âge, mais plus propre à l’enfance et à la jeunesse; nosologiquement, son classement ne peut encore être précisé.
Son premier élément clinique est une tache érythémateuse, miliaire, légèrement saillante, dont la coloration s’efface sous la pression du doigt, généralement au niveau d’un orifice folliculaire ou sudoral, autant qu’on en peut juger à l’examen macroscopique. Très rapidement, le centre de ce petit îlot érythématopapuleux devient le siège d’une desquamation déhiscente très superficielle, sans qu’il y ait jamais ni vésicules, ni exsudation quelconque; desquamation qui s’étale rapidement formant, ou non, à sa périphérie une collerette appréciable, laquelle est entourée d’un anneau érythémateux complet ou incomplet, plus ou moins accentué et très légèrement élevé au-dessus du niveau du centre, lequel reste squamulaire, ou non, s’affaisse légèrement, subit une sorte de dessiccation et de plissé très manifestes, et se teinte plus ou moins en maculature café au lait clair, chamois, rose brun, etc.
Tous les éléments ne prennent pas le même développement et n’acquièrent pas le même degré d’intensité; de là résulte une polymorphie générale assez étendue pour qu’un coup œil d’ensemble laisse quelquefois indécis, au premier abord, l’observateur le plus habitué; mais en détaillantles lésions, on retrouve toujours quelque part un ou plusieurs éléments caractéristiques, de la dimension moyenne de l’ongle, maculeux ou rosés, et présentant, ronde ou festonnée, l’aréole centrale bordée par une collerette déhiscente fine, très superficielle, avec le plissé à peu près caractéristique qui rend à l’observateur son assurance, et rectifie le point, ün les cherchera particulièrement en quelques lieux d’élection, tels que les régions sous-claviculaires, les parties latérales et sous-axillaires du tronc, etc.
Le mode absolu àu premier début est assez difficile à décrire parce que la lésion apparaît d’ordinaire sans signe précurseur, ni immédiat, et que le sujet n’en fait la découverte, très souvent, que quand l’efflorescence est déjà multipliée. Cependant, au premier examen, il arrive assez
APPENDICE DES TRADUCTEURS
souvent de trouver, sur les points du corps les plus différents^ un éleTnent qui, par extension excentrique, est plus étendu en surface que la majorité des autres. En relevant nos observations, nous trouvons le fait consigné souvent, mais il n’avait été mis en saillie ni par nous, ni par aucun autre observateur avant Brocq — Voy. Note sur la plar^ue primitive du pityriasis rosé de Gibert — Ann. de Dermat., 2® série, T. VIII, p. 615, — qui l'a relevé, non pas seulement comme une minutie d’observation, mais parce que, la généralisation de l’éruption n’étant que « secondaire » à cette plaque initiale, qui persisterait seule en progressant pendant huit à dix jours, au plus, et serait suivie, seulement après ce délai, de l’apparition simultanée d’un grand nombre d’éléments, soit alentour, soit dans des points les plus éloignés de la plaque primitive, il pouvait en résulter dans l’étude ultérieure de la maladie quelque éclaircissement inattendu.
Quoi qu’il en soit, d’une manière générale, une fois l’éruption constituée, sauf les exceptions et les paratypes, elle évolue communément et typiquement de haut en bas, de la partie inférieure du col et des régions sous-claviculaires, vers les membres supérieurs, puis inférieurs, respectant le plus habituellement, mais non toujours, la tête, la face, et ne dépassant guère le dos des mains et des pieds, ayant comme limite inférieure commune la région des adducteurs de la cuisse. Il est rare qu’elle se localise à une seule région, ou à un seul élément; c’est dans ces cas où son diagnostic peut être le plus ambigu et le plus discuté; mais nous croyons l’avoir plusieurs fois observée incontestable, avec localisation prédominante sur le col, la région sternomammaire chez les femmes particulièrement et bien difficile à distinguer cliniquement du « pityriasis a nomœon » de Vidal, dont l’acceptation définitive réclame quelques nouvelles confrontations.
Dans ces cas, il sera utile de se rappeler l’observation de Brocq sur la « plaque primitive », l’efflorescence maîtresse du pityriasis rosé, laquelle peut exister, isolée, pendant un ou deux septénaires, de sorte que le pityriasis rosé solitaire peut être considéré comme une éruption ébauchée ou avortée, qui en reste à l’accident primitif.
Il n’est pas rare que, dans diverses circonstances telles que la température élevée, la sudation, l’application intempestive d’irritants à la surface cutanée — bains, pommades, vêtements de laine, etc. — ou mêm'e à la suite de l’administration interne d’agents toxidermiques, après une commotion morale vive, ou enfin sans raison appréciée, les efflorescences du pityriasis rosé se présentent sous un aspect anormal, simulant l’eczéma discoïde, le psoriasis aigu (pityriasiforme), la roséole syphilitique, etc., et rendent le diagnostic souvent bien difficile.
La sxjmptomatologie générale du pityriasis rosé se réduit à fort peu de choses; les prodromes n’existent guère, ou sont très difficiles à apprécier, tant on rencontre de cas dans lesquels le patient répond négativement à toutes les questions. S’il a quelque état pathologique préalable, il est véritablement latent, et il faut se garder de prendre des