‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 177 sur 214 · PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT · texte numérisé non relu

PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT

coïncidences pour des relations réelles. Pendant la période d’état, c’està-dire pendant le temps que dure l’observation du médecin, il n’y a absolument rien. Quelques sujets n’ont même pas de prurit; quelquesuns accordent qu’ils ont un peu de démangeaison ; jamais nous n’avons vu de grattage proprement dit, ni de lésions qui puissent lui être rapportées. L’évolution se fait par poussées successives, qui peuvent se reproduire pendant quelques semaines; quelquefois elle s’installe et résiste aux moyens employés; en tous cas, les inégalités de durée et de résistance sont assez grandes pour qu’on puisse dire que l’affection dure de deux semaines à deux mois. 11 est même des cas extraordinaires dans lesquels la durée semble indéfinie; mais ces faits sont à revoir.

h' étiologie et la pathogénie de cette efflorescence sont profondément inconnues ; l’existence préalable de troubles gastriques et la fréquence de l’ectasie de l’estomac signalés avec sagacité par notre élève distingué, Jacquet, Note sur deux cas de pityr. rosé obs. s. des sujets att. de dilat. gastr. — Société clinique ei France médicale — sont réelles; mais ce ne sont que des conditions de provocation ou de développement. De grandes probabilités portent à penser qu’un élément microphytique joue un rôle quelconque dans le processus éruptif ; mais cet élément est encore à trouver. C’est sans aucun fondement qu’on Ta assimilé au trichophyton. Nous ne le concevons que comme un de ces parasites intermédiaires, dont l’action demeure partielle, subordonnée à des conditions individuelles qui nous échappent entièrement, et dont la source, qu’elle soit interne ou externe, est complètement ignorée. Ce dernier point rapproche singulièrement le pityriasis rosé des « eczémas » figurés du type séborrhéique.

Dans les cas typiques, entiers, qui arrivent à l’observation à un degré assez avancé de l’évolution, et qui n’ont été dénaturés ni déformés par aucune condition extérieure, le diagnostic est absolument aisé aux signes que nous avons indiqués, au point d’être, pour ces cas, un des plus faciles et des plus banals de la pathologie cutanée.

Quand l’observateur est appelé à constater l’efflorescence solitaire, ou la plaque primitive, encore isolée, du pityriasis rosé, la difficulté est plus grande; mais on peut arriver assez sûrement à la déterminer, avec un peu de sévérité d’observation, car elle offre, en réalité, les caractères décrits du pityriasis rosé, différant de la trichophytie érythémateuse discoïde, surtout en ce que la bordure est beaucoup moins irritative, jamais vésiculeuse, et que l’examen histologique des squames, ou des follets, n’y montre pas le trichophyton; — de l’eczéma vrai par l’absence de tous ses caractères; — et du psoriasis vrai, même le plus fruste, pour des raisons analogues. Mais elle est vraiment bien difficile parfois à différencier des lésions sèches et légères de l’eczéma acnéique. Enfin, dans un cas où la plaque unique du pityriasis rosé serait régulièrement arrondie, ce qui est l’exception, on pourrait avoir à éliminer l’idée d’un disque glabre de favus érythémateux cutané ou d’un anneau exceptionnellement grand de pityriasis d’EiscuxEDT ; aisément, dans ce dernier cas, un peu plus difficilement dans le premier, l’examen objectif

APPENDICE DES TRADUCTEURS

et la recherche histologique trancheraient la question, car jamais, dans le pityriasis rosé, nous n’avons trouvé, et nos collaborateurs, Balzer, Jühel-Rénoy, Jacquet, sur un nombre extrêmement considérable de préparations, n’ont rencontré de parasite spécifique. Voici le dernier examen pratiqué par Jacquet sur un cas de pityriasis rosé typique, présenté par l’un de nous à la Réunion hebd. des médecins de l’hôp. Saint-Louis, séance du 21 février 1889 :

L’examen a porté sur des squames et quelques poils follets détachés à la curette, au niveau des éléments érythémato-desquamatifs.

a) Poils follets absolument normaux en tous points.

b) Les squames ont été examinées par divers procédés : d’abord après dissociation dans la potasse à 40 p. 100, bouillie et filtrée, et coloration à l’éosine. Les cellules cornées de l’épiderme apparaissent alors nettement isolées, transparentes, comme vitreuses, parfois légèrement granuleuses; ni dans leur épaisseur, ni entre elles, je n’ai observé de dermatopbytes.

D'autres squames ont été traitées au picro-carmin, qui, sur un certain nombre de cellules, a mis un noyau en évidence et permis de les reconnaître comme appartenant au corps muqueux de Malpigbi. De même que les cellules cornées, elles sont parfaitement normales.

Enfin un dernier lot de squames a été soumis à l’action du violet de gentiane. Dans ces dernières, on a constaté la présence de divers micro-organismes ; d’abord quelques rares bâtonnets, ensuite et surtout des diplocoques — ces organismes se sont montrés à l'état isolé, de loin en loin, sous forme d’amas de quelque importance — ; rien dans aucune des préparations qui rappelât le parasite décrit par Vidal sous le nom de microsporon anomœon.

11 est manifeste que tout cela est insuffisant pour fixer les idées; la question est à reprendre entière à l’aide d’études moins sommaires, et conduites avec le soin et la sévérité nécessaires.

C’est en vain que, malgré une observation attentive et dépourvue de parti pris, nous avons cherché à différencier le pityriasis rosé de l’affection décrite en 1882 — Annales de Dermat. et de Syph. — par E. Vidal, sous le nom de pityriasis circiné et marginé ; pit. anomœon, aussi bien à l’aide des caractères cliniques qu’il a indiqués, que de la recherche du mycoderme qu’il lui a attribué, le microsporon anomœon.

Voici la description de Vidal ;

L’éruption pityriasique produite par le microsporon anomœon débute par de petites taches rosées, à peine saillantes au-dessus du niveau de la peau. La surface en est sèche, et en frottant on détache facilement une desquamation furfuracée.

Ces taches sont irrégulièrement distribuées. Elles commencent ordinairement sur le tronc, mais je les ai vues aussi envahir d’abord les bras ou même les cuisses.

heur accroissement est assez lent. Au bout de quinze jours, elles atteignent à peine le diamètre d’une pièce de bü centimes, après un mois celui d’une pièce d’un franc. J’en ai vu de plus larges ; quelques-unes sont ovales. Dans certaines régions, sous faisselle, dans la l’égion inguinale, elles peuvent, devenant d’abord conférentes, puis confluentes, se réunir en plaques qui prennent la forme marginée.

Celles qui restent isolées, guérissant par leur centre et s’étendant par leurs bords, prennent une foiine annulaire. Le bord est rose ou l'ose jau-

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