PITYRIASIS ROSÉ DE GIBERT
nàtre, en desquamation furfuracée ; c’est un vrai pityriasis circiné. Sur quelques plaques, mais très exceptionnellement, l'épiderme plus largement soulevé forme une collerette épidermique.
Quand l’affection parasitaire a envahi depuis plusieurs mois la région axillaire ou la région inguinale, elle peut provoquer une irritation plus vive, un intertrigd, ou même une éruption eczémateuse et constituer ainsi une des variétés, la plus légère assurément, de l’affection complexe étudiée par l’illustre professeur Hebra, sous le nom à'eczéma marginaturn.
Voici maintenant les caractères différentiels avec le pityriasis rosé que Vidal a indiqués :
Même apparence de desquamation furfuracée, même teinte rosée ou jaune rosée des taches, voilà pour les traits de ressemblance. Mais le pseudo-exanthème de Bazin, qui ne s’observe guère qu’au printemps, a une marche régulière et une durée moyenne de quatre à six semaines, ne dépassant pas deux mois. Son évolution est régulière. Il débute constamment par la région sternale ou par la région dorsale, pour s'éloigner graduellement de la ligne médiane et s’étendre symétriquement sur les membres, guérissant spontanément sur le tronc, pendant que sur les extrémités récemment envahies l’éruption est en pleine activité. La décroissance est symétrique et suit une marche régulièrement descendante. L’état papuleux des nouvelles poussées permet de regarder cette éruption comme une variété d’érythème papuleux, que je distingue sous le nom àe pseudo-exanthème érythématodesquamatif.
Le pityriasis déterminé par le microsporon anoniœon n’est jamais symétrique. Sa distribution a l’irrégularité capricieuse des affections parasitaires. Il débute tantôt sur la peau du tronc, tantôt sur celle des membres. La marche est irrégulière, il peut se prolonger pendant plusieurs mois tandis que la durée du pityriasis rosea ne dépassé pas deux mois.
Enfin en cas de doute l’examen microscopique, en faisant reconnaître le microsporon anomœon, affirmerait le diagnostic.
Dans les squames du pityriasis rosea, on ne trouve guère que la torula vulgaris, la spore commune à toutes les exfoliations épidermiques.
Assurément, si l’on suppose que le pityriasis rosé de Gibert s’astreint de ne jamais sortir des formes typiques parfaites, on peut, a priori^ admettre qu’il diffère de la variété de pityriasis discrète lente, irrégulière, atypique, qui vient d’être décrite; mais il n’en est rien, le pityriasis rosé a des formes frustes, atypiques, et des variétés paratypiques, et c’est dans ces dernières que se range, pour nous, le pityriasis anomœon. Maintes fois, nos collaborateurs histologistes ont recherché les caractères mycologiques indiqués par l’auteur dans des cas absolument semblables à ceux qu’il a donnés comme types, sans parvenir à confirmer ses recherches. Comme le pityriasis de Gibert, le pityriasis de Vidal reste dans les limbes de la phytodermie ambiguë, attendant d’un progrès dans la technique, dans l’art des cultures, etc., le dernier mot de la question. Au demeurant, la discussion est un peu platonique, car le traitement et le pronostic sont identiques dans les deux affections.
Bien qu'il n’y ait, en réalité, aucune difficulté à distinguer du pityriasis rosé, affection squameuse, la roséole syphilitique, affection glabre et lisse, c’est, cependant, la confusion qui est le plus fréquem-
APPENDICE DES TRADUCTEURS
ment faite par les médecins — et ils sont encore en grande majorité — qui ignorent profondément même l’existence du pit}Tiasis de Gibert; il est nécessaire cependant de dire qu’on rencontre, bien que rarement, dans les deux affections, des paratypes, c’est-à-dire une roséole érythémato-squameuse, et un pityriasis rosé bien peu squameux, soit spontanément, soit à la suite de bains, d’onctions, de sudations, etc., et enfin, qu’on peut, comme nous en avons montré des exemples, relever la coïncidence des deux altérations. Pour se diriger au milieu de ces obscurités, en réalité rares, il suffit d’être averti.
Une difficulté plus commune, et plus aiguë, naît des déformations que peut subir ['élément du pityriasis rosé, sous l’action d’irritants en apparence très légers, tels qu’un bain sulfureux, un bain alcalin à trop forte dose, etc.; les efflorescences perdent leurs caractères pour prendre ceux de l’épidermite exsudative, de l’eczéma; et n’était l’anamnèse, la disposition de cet eczéma en disques très petits et très multipliés, les caractères de localisation, etc., la solution du problème à résoudre serait quelquefois très ardue.
Enfin, certaines formes de pityriasis rosé affleurent tellement les types disséminés frustes de « l’eczéma séborrhéique », que la distinction objective en devient inexécutable directement. Nous avons montré un cas de ce genre à la Réunion hebdomadaire des médecins de l’hôpital Saint-Louis, [le 20 décembre 1888. Toutefois, plusieurs caractères distinguent nettement les deux affections : l’eczéma sébacéosudoral est essentiellement récidivant; le pityriasis rosé ne l’est absolument pas; le premier dure indéfiniment, le second est ordinairement épuisé spontanément en cinq à dix semaines; etc.
Le pityriasis rosé manque de la couleur, jaunâtre au centre, des plaques d’eczéma séborrhéique, de leur localisation, de l’infiltration du chorion, de l’état graisseux des squames, et de la relation étroite avec la séborrhée ; ces dernières remarques faites par Unna (communication personnelle) sont parfaitement exactes; mais la marche de haut en bas qu’il considère comme spéciale à l’eczéma séborrhéique appartient aussi au pityriasis rosé II subsistera, dans quelques cas, une ambiguïté inévitable, aussi longtemps que Ton ne possédera pas de caractéristique microphytique pour l’une ou l’autre des deux dermopathies.
Le pityriasis rosé est une affection sans gravité, à guérison spontanée, mais que l’on rencontre quelquefois rebelle, tenace, prolongée. De plus, chez quelques sujets, il est très irritable; et sous l'action de médications intempestives il peut se déformer, prendre le type eczématoïde, etc.
Le traitement du pityriasis rosé comporte les indications qui suivent ; déterminer l’état des voies digestives, et remplir les indications thérapeutiques, diététiques ou hygiéniques, qui se présentent dans chaque cas particulier.
Plusieurs cas soumis à notre observation, abandonnés à leur évolution spontanée, ont évolué cycliquement vers la guérison, leur terminaison naturelle; il n’y aurait donc pas grand mal à s’abstenir. Mais on peut réellement être utile aux malades, à la condition de ne les sou-
HERPÈS TONSURANT
La cause la plus immédiate de l’herpès tonsurant est constituée par le champignon qui lui est propre, découvert par Mahnsten et Gruby (1) et nommé, d’après le premier, trichophyton tonsurant de Malmsten. On le trouve dans l’herpès tonsurant du cuir chevelu dans beaucoup de cheveux et dans les gaines de leurs racines (fig. 63). J’ai déjà dit qu’on ne savait rien jusqu’à présent sur la place que l’on doit donner en botanique à ce parasite, ni sur son rapport avec l’achorion du favus; pour le moment, il faut le considérer comme un champignon spécial.
Mais il existe aussi des différences importantes dans la végétation et l’action du trichophyton tonsurant comparativement au champignon du favus. Le trichophyton consiste principalement en mycéliums allongés, peu ramifiés, modérément larges et réguliers, et en un petit nombre de gonidies (2) ; il attaque certainement plus les cheveux que l’achorion.
mettre qu’à des médications locales peu irritantes, ou au moins d’en surveiller attentivement l’application.
Les bains simples ou amidonnés, ou légèrement alcalinisés, conviennent très bien — un ou deux par semaine; les bains au borate de soude — 23 à 50 grammes pour 200 litres d’eau — sont les plus activement curatifs. On peut y associer avec avantage les onctions à l’onguent de zinc'salicylé, résorciné, boraté, ou soufré, etc., etc., mais en débutant par des doses légères de 1 à 2 p. 100 en moyenne. Si l’éruption persiste, et si la peau a quelque tolérance, on peut avoir recours à des préparations plus actives telles que :
Résorciné, ac. salicylique, baume du Pérou, àà 1 à 2 grammes.
Soufre précipité 1 à 10 grammes.
Lanoline, vaseline àà 50 grammes.
P naphtol 1 à 10 grammes.
Lanoline et vaseline .... àà 50 grammes.
Les onctions se font le soir au coucher; le lendemain matin, lotions savonneuse tiède, puis les surfaces sont poudrées à l’amidon. La peau doit être couverte de linge /?», et mise absolument à l’abri des vêtements de tricot, de laine ou de flanelle.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
Fin de l'appendice des Traducteurs sur le pityriasis rosé de Gibert.
(1) Gruby, 1844; Malmsten, 1845. E. B. — A. D.
(2) Gela ne se doit entendre que des premiers stades de la germination du trichophyton, et non de la période à laquelle il a atteint dans le poil son complet développement. Aussi longtemps qu’un poil est assez résistant encore pour être extrait à la pince, la proposition du professeur Kaposi est exacte; aussitôt que le poil est infiltré de trichophyton au point d'être devenu friable, fragile, aussitôt qu’il se brise spontanément ou que la pince qui le saisit n’en entraîne plus qu’un fragment, celte proposition cesse d’être applicable. Dans ce dernier cas, qui est, en définitive, le plus ordinaire en clinique, ce ne sont plus les
CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON
car, dans l’herpès tonsurant, on trouve beaucoup plus facilement que dans le favus un cheveu infiltré. Dans l’herpès tonsurant, en outre, le
b, cheveu. — aa, gaines de la racine, dans l'herpès tonsurant du cuir chevelu, traversées de nombreux mycéliums et gonidies de trichophyton tonsurant de Malmsten.
parasite s’élève incontestablement bien plus haut dans la tige du cheveu; mais ses éléments ne s’accumulent jamais, même lorsqu’ils existent
tubes qui prédominent, ce sont les spores, en amas ou en chaînes longitudinales, régulières et parallèles ; aussi à l’examen extemporané, fait avec l’ammoniaque et la glycérine, il n’y a, à vrai dire, que des spores et des chaînes de spores qui inondent le fragment de poil, épié à ses deux extrémités. La figure ci-dessus ne donne pas, de cela, la représentation précise que l’on trouve dans tous nos ouvrages français, V Anatomie pathologique de Lancere.vux, par exemple, les Leçons sur les teignes, de Lailler, etc., etc.
Dès l’année 1869, tous ces points avaient été parfaitement mis en lumière dans un travail très remarquable et très avancé pour l’époque, dû à Eug. Maiiaux — Itech. s. le trick. tons, et sur les affections cutanées qu'il détermine, etc. Bruxelles et Paris, 1861. C’est sans fondement qu’on a fait à cet auteur distingué le reproche d’avoir dit que, dans le trichophyton, le mycélium prédominait sur les spores; l’auteur a dit — voy. page 49 de son travail — que la prédominance du mycélium appar-
HERPES TÜNSURAM.
depuis plusieurs années, en godets à l’orifice des follicules; ils rendent, enfin, le cheveu cassant, ce qui n’a pas lieu avec l'acliorion (1).
Le trichophyton paraît se communiquer plus facilement; aussi l’herpés tonsurant est-il infiniment plus contagieux que l’acliorion et le favus C2).
Dans l’herpès tonsurant vésiculeux, squameux et maculeux, le chamnignon se trouve entre les couches les plus supérieures de l’épiderme à cellules nuclées, sous les couches de cellules cornées (fig. 64) ; comme dans les cheveux et dans les gaines de la racine, on peut le voir au
tenait à la première phase, et que les spores augmentaient progressivement en nombre avec l’âge des lésions, le mycélium disparaissant plus ou moins complélement aux phases terminales. Telle est la réalité sur le processus germinatif du trichophyton, dès longtemps, d’ailleurs, nettement indiqué par notre regretté maître et ami, Charles Uohin.
Mais si nous considérons comme imparfaite la portion de la figure -46 qui concerne le poil proprement dit, nous reconnaissons, au contraire, la parfaite exactitude de la représentation du parasite dans les gaines. Les mycéliums allongés s’observent surtout, en effet, dans les gaines, et aussi dans les lamelles épidermiques périphériques, dans lesquelles ils peuvent s’étendre assez loin. Dans ces circonstances, les tubes contiennent fréquemment des spores, mais souvent aussi ils sont vides, et principalement dans le début ou l’augment de la trichophytie ; ils sont alors très longs et très minces. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) La friabiüié, le ramollissement, la fragilité du poil, sont extrêmes dans la trichophytie, on ne saurait trop le dire; mais le cheveu favique est, fréquemment aussi, assez fragile pour en rendre difficile l’épilation réelle; c’est là même, pour nous, une des circonstances qui prolongent le plus la durée du traitement du favus sur le cuir chevelu, par la difficulté d’avulser, dans un temps déterminé, la totalité des cheveux malades. E. B. — A. D.
(5) La trichophytie peut être observée à l’état isolé, à l’état endémique, à l’état épidémique : àl'état isolé, partout où le trichophyton est transporté ; à l’état endémique, dans tous les pays tropicaux, mais surtout alors sous forme de trichophytie du corps; à l’état endémique encore, sous la forjne de trichophytie du cuir chevelu, dans les grandes agglomérations, surtout en certaines contrées, Angleterre, France, Italie, etc. Dans les campagnes et dans certaines villes de l’étranger, la trichophytie des parties pilaires s’observe seulement à titre accidentel, à titre d’épidémie. Cf. : Geulier. Une épidémie trichophvtique à Ferney-Vültaire, Ain — Lyon médical, 1880; Ed.m. Sa.ylfeld, Eine langdauernde Epidémie von Dermatom}mosis tonsurans in Berlin, Ans. d. Polikl. f. Hautkrankh. u. Syph.d. H. Prof. D'’ H. Kohner, in Berlin — Separ. Abdr. a. Berlin, klin. Wochensch., 1886, n“ 39. .
KAPOSI, 2'= ÉD. — II.
8J8 Cl.NOUANTlî-DEUXlEME LEÇON.
microscope après la macération de l’épiderme dans une solution de potasse.
Dans l’herpès tonsurant maculeux, on ne trouve, durant les premiers jours de son développement, que quelques spores isolées; ce n’est que dans le cours de la deuxième à la troisième semaine qu’on voit le mycélium caractéristique dans les squames des grandes plaques.
La présence constante de ce champignon et sa transmission artificielle et accidentelle, non moins que le rapport. intime entre sa végéta- j tion et la durée de la maladie, doivent le faire regarder comme la / cause essentielle de l’herpès tonsurant. Au cuir chevelu, oii le chani- |
Squames éjiidenuiqucs de l'herpès tonsurant maculeux.
a, couches cellulaires cornées les plus inférieures. — 6, couches les plus superficielles du corps muqueux avec de grosses cellules contenant des noyaux, toutes les deux traversées de mycéliums allongés, peu ramifiés, et d’un petit nombre de gonidies.
pignon peut persister d’une manière durable et se régénérer à l’intérieur des cavités folliculaires en s’implantant toujours dans de nouveaux follicules, l’herpès tonsurant dure des années. Sur les parties glabres de la peau, il est bientôt expulsé par l’exsudation (formation de vésicules) que sa présence provoque, en même temps que les couches épidermiques sont soulevées par l’exsudât, et cela d’autant plus rapidement que l’irritation locale est plus intense. Par conséquent, la maladie suit ici une marche aiguë ou subaiguë et disparait spontanément.
Gomme causes occasionnelles de l’herpès tonsurant, il faut noter les conditions générales dont il a déjà été question pour le développement
HERPES TONSURANT.
des dermalomycoses ; ce sont avant tout les conditions favorables à la végétation des champignons de moisissure. Par conséquent, le processus se manifeste plus fréquemment dans les saisons humides ; la maladie atteint surtout les personnes qui habitent des maisons mal aérées et dans lesquelles existent de nombreuses moisissures, et les individus qui se servent babituellement dans les établissements de bains ou d’hydrotbérapie de linges mal séchés, ou dont la peau, macérée par la sueur dans les régions inguinale, axillaire ou sous-mammaire, se prête, comme on le sait, au développement des champignons (1). La contagiosité est la cause occasionnelle la plus commune, puisque, je vous l’ai déjà indiqué, l’herpès tonsurant est, de toutes les dermatomycoses, la plus facilement transmissible. La contagion a lieu d’individu à individu et, par conséquent, on observe ordinairement plusieurs malades dans la même famille, de petites endémies lorsque plusieurs personnes habitent ensemble (dans les pensionnats, les casernes) (2). Ou bien la transmission a lieu par l’intermédiaire d’animaux, cheval, bêtes à cornes, chat, chien, lapin, chez lesquels la maladie existe avec les mêmes caractères (3) (Alibert, Bazin, Gerlach, Bârensprung, Kôbner, Hebra, Michelson, etc.) (-4).
Quoique l’aptitude à contracter l’herpès tonsurant soit plus générale que pour le favus, l’affection survient cependant beaucoup plus souvent chez les enfants que chez les adultes, et l’herpès tonsurant du cuir che-
(1) Aucune des conditions qui viennent d’être indiquées n’a de réalité, ni « les maisons humides », ni « les maisons mal aérées », etc. Si les « individus qui servent dans les maisons d’hydrothérapie » sont atteints, c’est seulement du trichophyton de la peau vague; et c’est parce qu’ils entrent en contact avec des linges contaminés par le trichophyton qu’ils contractent cette maladie, et non parce que ces linges sont humides.
(2) Les coiffures, les objets de toilette, pour les enfants; le rasoir du
barbier ou le peigne du coiffeur, etc., voilà encore une série d’agents de transmission du parasite très actifs, et qu’il faut signaler pour réunir tous les moyens de prophylaxie. E. B. — A. D.
(3) ... mais avec beaucoup moins de gravité et de durée.
(4) Yoy. Raieliet, De la teigne tonsurante chez les animaux — Ann.
de dermat., etc., 2® série, T. I, 1880, p. 232; Is. Vincens, Recherches expérimentales pour servir à l’histoire de l'herpès tonsurant chez les animaux — Paris, 1874; Mégnin, div. locis, et Société de biologie, 18 décembre 1880, et les Teignes chez les animaux domestiques, leur identité ou leur analogie avec celles de l’homme Ann. de Dermat., 2® série, T. I 1880, page 101. E. B. — A. ü.
CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON
velu s’observe” presque exclusivement chez les premiers (1). L’herpès tonsurant maculeux généralisé (2) est extrêmement fréquent à Yienne (3 à 5 pour 100 de toutes les maladies de la peau), on l’observe, au contraire, très rarement localisé au cuir chevelu (à peine 0,1 pour 100) (3).
Le diagnostic de l’herpès tonsurant du cuir chevelu est rendu facile par la présence des plaques dénudées caractéristiques, ou par l’existence de cercles squameux surîla limite des cheveux. Les tonsures de
(1) La trichophytie des parties glabres se rencontre à tout âge, ainsi que celte des parties velues du corps, de la barbe en particulier ; le vieillard n’en est pas exempt, mais il est rarement atteint: les jeunes sujets, et les adultes, en sont plus communément frappés.
Mais ce gui est tout à fait particulier au trichophyton, c'est que, dans le cuir chevelu, le parasite n atteint vraiment le poil, le cheveu, que dans V enfance et dans la première jeunesse-, après l'àge de quinze ans, en moyenne, la trichophytie s'éteint spontanément dans le cuir chevelu, lequel est devenu impropre à sa culture, même quand il n'a jamais été atteint auparavant .
En vain, Celso Pellizari — loc. inf. cit. — déclare-t-il avoir observé quelques cas chez des adultes; ou bien, sur des milliers de malades, en a-t-on vu, à Paris, deux ou trois exemples; l’extrême rareté de cette localisation chez l’adulte n’en reste pas moins une loi. Quelle est, en médecine, la loi qui pourrait présenter d’aussi infimes exceptions?
Chez les adultes, nous avons vu, nous aussi, des portions de cercles trichophytiques de la nuque, de la barbe, ou du front, se continuer dans le cuir chevelu, mais sans y déterminer de trichophytie pilaire vraie; nous avons relevé quehjues très rares exceptions dans lesquelles on trouvait un très petit nombre de cheveux cassés et infiltrés; mais jamais un seul cas typique de plaque bronzée, grenue, végétative, rebelle, comme celle de la trichophytie vulgaire des enfants.
En pratique, ces exceptions disparaissent de fait, et la connaissance delà loi de l'âge simplifie singulièrement le diagnostic courant en éliminant, à peu près certainement, à partir de la quinzième année, la possibilité de la trichophytie vraie du cuir chevelu.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Ce que l’auteur appelle « herpès tonsurant maculeux » n'est pas
une affection trichophytique. Yoy. plus haut, notes 1 et 2, p. 80H, et Appendice des Traducteurs, p. 80'J. E. B. — A. D.
(3) Chose bien digne de remarque et inexpliquée — Yoy. E. Bes.mer, Congrès de Dermatologie de 1889, p. 217 — la trichophytie du cuir chevelu est extrêmement fréquente à Paris sur les jeunes sujets, et la trichophytie isolée des parties glabres est relativement rare.
Actuellement, la trichophytie du cuir chevelu est encore à Paris en voie de progression, tandis que le favus y décroît à ce point que l'existence d’un cas de favus né à Paris, ôUrr/ ano'OA', est positivement une rareté, en dehors des très rares cas de contagion manifeste imputables à un sujet venu du dehors. Dans la zone suburbaine, le favus reprend ses
HERPÈS TONSURAAT.
l’alopécie en aires se distinguent facilement des précédentes par leur surface unie, lisse comme la peau d’une anguille, et par l’absence de tronçons de cheveux (1); les plaques du lupus érythémateux se différencient par la dépression cicatricielle de leur centre (2).
Si l’affection occupe toute l’étendue du cuir chevelu, on pourrait la confondre avec l’eczéma squameux, la séborrhée, le psoriasis, et ce n’est
droits. Ce qui est vrai pour Paris est vrai pour toutes les villes : teigne tondante à la ville, favus dans la campagne. L’observation, pour n’être pas neuve, n’en est pas moins remarquable.
(1) 11 existe des variétés d’alopécie en aires (de pelade) dans lesquelles les cheveux, fragilisés, se cassent à peu de distance de la peau, ou bien dans lesquelles les cheveux, cadavérisés, ayant perdu toute adhérence, paraissent, après la rasure, par exemple, assez semblables à des cheveux trichophytiques, restant ainsi immobilisés pendant plusieurs mois. Ces variétés constituaient ce que Bazin avait, à tort, appelé pseudo-pelade, et ce qui, selon la judicieuse remarque de Cailler, serait plus justement dénommé pseudo-tondante. Mais ces formes doivent conserver le nom que nous leur avons donné de pelade à cheveux fragiles, pelade à cheveux cadavérisés. Le diagnostic clinique et micrologique est toujours facile ; dans la pelade à cheveux cassés, on peut, avec le soin convenable, arracher le cheveu à la pince sans le casser, et on ne peut Vécraser entre les mors de la pince, comme cela arriverait s’il s’agissait d’une trichophytie ; et dans la pelade à cheveux cadavérisés, les cheveux non atrophiés viennent à la pince comme s’ils étaient simplement implantés dans de l’axonge.
De plus, le centre de la plaque est lisse, éburné ; en aucun point, on ne trouve ni les follicules saillants, ni l’aspect gris de barbe récemment et mal rasée ; enfin, l’examen histologique le plus élémentaire lève tous les doutes — Vo5^, noie des Traducteurs, p. 178.
Plusieurs auteurs étrangers, faisant par cela même preuve d’une connaissance imparfaite des affections du cuir chevelu, insinuent, ou écrivent ouvertement, à propos de ces faits, que nous avons pris pour des « alopécies en aire » des cas de trichophytie avec alopécie. Nous sommes au-dessus de ces contestations. Quand nous décrivons la pelade à cheveux fragiles, nous n’avons pas besoin de déclarer qu’il n’y a pas de trichophyton en cause, et que nous *ne confondons pas les trichophyties avec pelade, on peladoides, avec la véritable pelade à cheveux fragiles. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) L’âge des sujets atteints de lupus érythémateux se prête peu à la confusion, car il n’est pas le même que celui de la trichophytie du cuir chevelu ; objectivement la remarque n’en n’est pas moins juste, et certaines plaques de lupus, avant la cicatrice, pourraient, un moment, donner le change à un observateur non prévenu.
CINQUANTE-DEUXIÈME LEÇON
que par la démonstration microscopique du parasite que l’on peut établir le diagnostic scientifique (1). A l’encontre du favus, il faut noter que l’herpès tonsurant, même abandonné à lui-même, ne donne jamais lieu à des godets.
Il est à peine possible de méconnaître l’herpès tonsurant vésiculeux des parties non recouvertes de poils, et ce n’est que lorsqu’il siège sur la face dorsale des mains qu’il faut le différencier de l’herpès circiné (T. p. 359 et 471); mais ce dernier existe toujours des deux côtés et se trouve constamment combiné avec d’autres formes de l’érythème exsudatif polymorphe (2). Dans ce cas cependant^ la constatation du champignon est parfois nécessaire. La forme des cercles rouges, squameux, crée souvent des difficultés par rapport aux cercles isolés de la syphilis et du psoriasis annulaire. L’herpès tonsurant maculeux ressemble en effet beaucoup à son début, du troisième au quatrième jour, H une éruption aiguë généralisée de psoriasis ou même de roséole. Dès que l’on peut reconnaître les petites squames minces centrales des plus petites taches et papules, le diagnostic est évident. On comprend difficilement dès lors qu’on ait pu si souvent confondre cet herpès avec la
(1) Cela doit s’entendre du diagnostic extemporané, car après avoir déblayé la tête et mis les surfaces au clair, le diagnostic clinique est toujours possible; il peut être obscurci par les altérations d’un eczéma, d’un impétigo concomitant, ou par la dermite qui résulte d’applications irritantes intempestives; mais, la complication une fois dégagée, l’affection apparaît dans toute son évidence. On peut, en outre, faire le contrôle par la culture, et par l’inoculation expérimentale.
(2) L’herpès circiné véritable — nous ne parlons pas des érythèmes
polj^morphes, mais de l’herpès vroii — est très rare; il n’est ni bilatéral, ni symétrique. Voilà encore, dans cette confusion de choses, la démonstration de la nécessité d’abandonner le terme d’herpès, quand il s’agit des altérations de l’érythème polymorphe. L’érythème trichophytique, même le plus fortement vésiculeux (et il l’est communément à la main et sur l’avant-bras), ne s’accompagne pas de l’hyperesthésie propre à l’herpès vrai, pas plus que des troubles de sensibilité de voisinage qui appartiennent à l’herpès; l’adénopathie qu’il entraîne est presque nulle; sa tolérance pour les irritants, extrême. Quel que soit son degré, une application énergique de teinture d’iode ne détermine aucune vive irritation locale, et suffit le plus souvent pour arrêter complètement sou développement. Dans ces cas en particulier, on trouve le trichophyton non seulement dans le point visiblement altéré, mais on peut le rencontrer encore dans les poils follets de la périphérie, en dehors de la lésion proprement dite. Cette démonstration a été fournie pour le cas typique dont l’un de nous a fait déposer le moulage en 1873 dans le musée de l'hôpital Saint-Louis, sous le n° 2G8. E. B. — A. D.
. • HERPÈS TONSURANT. 823
roséole syphilitique, qui en diffère suffisamment déjà par l’absence de desquamation (1).
Quant au traitement de l’herpès tonsurant, les conditions et les indications sont essentiellement, en partie du moins, les mêmes que celles du favus. Ceci est vrai notamment pour l’herpès tonsurant du cuir chevelu, dans lequel, comme dans le favus, il s’agit de détruire les éléments parasitaires végétant dans les follicules et dans les cheveux (2). Le traitement est donc ici le même : ramollissement, enlèvement, lavage des masses squameuses à l’aide de l'huile, de savons, de douches, épilation des cheveux malades et application de liquides, d’huiles, de pommades parasiticides. Il faut faire chatpie jour l’épilation avec la pince, car il est impossible de saisir autrement les cheveux qui sont cassés courts. Parmi les solution^ indiquées dans le traite-
(1) Le lecteur se rappelle que I’ » hei^tès tonsurant maculeux » nesl
pas une efllorescence tricliophytique — Voy. noté 1, p. 808 et Appendice des 7'raducleurs, p. 809. E. B. — A. D.
(2) L’indication première gé.xérale du traitement de la trichophytie est la même que celle que nous avons établie pour toutes les affections parasitaires sans exception et que nous avons formulée dans les notes de la première édition de cette Iraduclion, T. Il, p. 436, note I, dans les termes suivants :
Des difTérences considérables séparent la trichophytie du cuir chevelu du favus de la même région, au point de vue du traitement, et elles sont !)ien propres à démontrer la réalité de notre proposition, à savoir que la durée du traitement d'une uffeclion parasitaire est proportionnelle à la durée nécessaire à l'avulsion du parasite. Dans l'épiderme, que ce soit le favus, le trichophyton, le microsporon, etc., la guérison est toujours rapide à l’aide de rélimiiiation des couches épidermiques mycosiques, obtenue avec le savon mou de potasse, par exemple, et sans aucune intervention de parasiticide |)roprement dit. S'agit-il, au contraire, d'un parasite occupant le cheveu, si ce cheveu peut être avulsé par la pince, la guérison est sinon très rapide, du moins obtenue dans un temps déterminé qu’on peut affirmer à l'avance. Tel le favus.
A-t-oti, au contraire, affaire à un parasite altérant profondément le poil au point que celui-ci se rompt quand la pince le saisit, la durée de la maladie est ixDÉTERMiNÉE, quels que soient les agents parasitaires employés. Tel est le trichophyton des cheveux et des poils à développement complet.
Pour les poils complètement envahis par le trichophyton, l’épilation est absolument impossible ; elle n’est réalisable que pour les poils atteints au premier degré. Nous préciserons tout à l’heure le mode d’action, la valeur, les indications précises de l'épilation dans la trichophytie du cuir chevelu.
En exposant les progrès réalisés depuis celte époque dans le traitement de la trichophytie, nous verrons que ces principes conservent toute leur valeur.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
CINQUANTE-DEUXIÈME UEÇO'N.
ment du favus, je vous recommanderai d’emploj^er chaque jour, et en les alternant, dans l’herpès tonsurant du cuir chevelu, outre les solutions alcooliques et éthérées d’acide phénique et d’acide salic3dique, le sublimé, le soufre, etc., principalement la teinture de hêtre et un mélange composé de :
Huile de hêtre
Alcool de savon de potass-
Lait de soufre
Alcoolat de lavande . . .
Baume du Pérou
Naphtol