TRAITEMENT DE LA TRICHÜPHYTIE DU CUIR CHEVELU
lions sèches, par exemple un tissu imprégné de la substance active et la laissant dégager d’une façon lente et continue ; Lister, en créant la gaze antiseptique, nous paraît avoir trouvé la forme la meilleure, et c’est une forme analogue plus ou moins modifiée qui doit être adaptée au traitement des teignes. Les excipients pulvérents peuvent aussi être employés.
« Eu résumé donc, le parasticide cà employer doit être volatil, soluble de préférence; et il faut lui donner une forme pharmaceutique qui permette à ses vapeurs d'arriver librement sur une tête sèche, propre, bien nettoyée et nullement barbouillée d’onguents ni de pommades. C’est dans cette voie qu'il convient d’expérimenter et que nous poursuivons quelques essais théoriques et cliniques. C’est ainsi, nous semble-t-il, qu’il y a quelque chance, soit d’apporter à l'épilation un adjuvant utile et non un concours illusoire, soit peut-être, ce qui serait le plus grand progrès à réaliser dans le traitement des teignes et en particulier du favus, de supprimer l’épilation. »
II. — En ce qui concerne l’aclion « parasiticid » de Y acide acétique, elle avait été supposée, et appliquée, bien avant les recherches de laboratoire. En 1823, Cii. Josef Berres — Ueber die Holzsaüre und ihren Werth zuin Gebrauche für Aerzte, Wundarzte, Chemiker, Oekonomen und Technologen, Wien, 1823, p. 132-134 — avait écrit ce qui suit :
« ... Non moins que dans les affections précédentes, l’acide pyroligneux exerce dans cette maladie {Tinea, povrigo de Will.^n) une action sjtéciale, souvent tout à fait remarquable. J’ai vu, dit l’auteur, disparaître en peu de temps pendant le traitement avec cet acide la teigne qui martyrise extrêmement les malades {Tinea, porrigo de Will.vn), non seulement celle de date récente, mais encore celle qui résiste pendant des années à tous les remèdes, et dans les points où le cuir chevelu n’était pas trop altéré parles cicatrices, revenir une épaisse chevelure. »
D’aulre part, avant celte époque, et depuis, l’acide acétique pur, ou incorporé à d’autres liquides, ou à des onguents, n’a pas cessé d’étre employé dans le traitement des teignes, et surtout de la teigne tonsurante ; en Angleterre notamment, ses indications ont été nettement précisées, et on l’a appliqué, comme il doit être, non pas indistinctement dans les teignes et sur toute la surface du cuir chevelu, ni comme moyen exclusif, mais concurremment avec l’épilation et d’une manière méthodique, au niveau des parties malades seulement.
En 1882, Cramoisy, médecin à Paris, soumit au jugement de l’Académie de médecine, une note intitulée : Irailemenl des teignes, dans laquelle l’auteur exposait son procédé qui consistait à frictionner énergiquement pendant quelques minutes, trois jours de suite, la tête entière des enfants atteints de « teigne » avec un pinceau rude de soies de sanglier imprégné d’un liquide composé d’acide pyroligneux 1000, oxyde rouge de mercure 1, acide salicylique 2. Nous avons dû y renoncer bientôt par humanité — cette mécjication était extrêmement douloureuse — et par suite d’insuccès absolus aussi bien dans le favus que dans la Irichophylie. Voy. E. Besnier, Consid. s. les affections parasitaires en général, et sur leur traitement — Ballet, de VAcad. de méd., janv.
Il est impossible que, dans toutes ces applications, les émanations de vapeurs acides n’approchent pas le trichophyton d’aussi près que celles
de l’éponge suspendue à la surface des liquides de culture de Verujski, et d’ailleurs toutes les tentatives faites pour faire agir les vapeurs ont été sans succès. Voy. E. Vidal — Congrès internat, de Dermat. de Paris, 1889, p. 214.
III. — On n’a pas été plus près du but dans les tentatives ayant pour objet théorique la soustraction de l’air atmosphérique : Vidal, ayant vu des cas de guérison de Irichophytie survenir à la suite de l’enveloppement gras et imperméable du cuir chevelu, en conclut que le trichophyton devait être aérobie, et il fut confirmé dans cette conviction par les expériences de culture faites à sa demande par Marfan — Congrès de Paris de 1889, p. 215.
Médication de Vidal. — Instituée sur cette base, la médication consiste à tenir la tête des teigneux, dont les cheveux ont été coupés ras, sous un bonnet imperméable, apiùs avoir fait des frictions d’essence de térébenthine sur la tète et de teinture d'iode sur les points envahis ; cette dernière application est quelquefois remplacée par lui par l’emplâtre de Vigo. On fait ensuite matin et soir une onction de vaseline iodée.
Nous renouvellerons, à cette occasion, toutes les réserves que nous avons posées plus haut sur l’application des observations faites dans le matras de culture avec celles qui se rapportent au trichophyton pilaire inclus dans le follicule. Les gaz qui peuvent servir à son existence, et qui lui sont soustraits dans le matras, lui peuvent arriver par d’autres voies que celles de la surface cutanée. On remarquera, d’autre part, que ce traitement n’est pas exclusivement basé sur Vocclusion, et qu’il comprend largement les indiques, le mercure, la térébenthine.
S’il ne s’agissait que d’empêcher le contact de l’air à la surface de la peau pendant un espace de temps déterminé, on y arriverait aisément par des moyens plus simples. Or, il y a déjà longtemps que nous avons imperméabilisé les surfaces trichophytiques ou faviques avec toutes les traumacines simples ou médicamenteuses, sans avoir obtenu rien qui indiquât que cette imperméabilisation eût quelque action favorable sur la curation.
C’est une médication très analogue que Hallopeau emploie actuellement dans sa division à l’hôpital Saint-Louis.
Médication de Hallopeau. — Cheveux ras. Tête savonnée chaque matin avec du savon mou de potasse ; friction excitante composée d’alcool camphré 125, essence de térébenthine 25, ammoniaque liquide 5 ; une demi-heure après, application de vaseline iodée à t p. 100, et une seconde à la fin de la journée. Bonnet de caoutchouc toute la journée.
Sur les médications occlusives et mécaniques, Cf. Ambr. Bertareli,
Cura e Profilassi délia Tigna — Bollet. d. poliambulanza, Milano, 1890.
Dans la médication suivante, qui appartient à Quinquaud, on remarquera surtout un élément qui en est le point vraiment neuf, la rugination de la plaque trichophytique, laquelle constitue, comme nous
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l’avons déjà dit, un excellent moyen de suppléer à l’épilation, qui est inapplicable sur la plaque malade pendant la période d'étal, à cause de la fragilité des poils envahis par le Irichophyton,
Médication de Qcinucaud. — Ou lave la tête d’abord avec du savon, puis avec une solution de sublimé à 1 p. 1000, puis on coupe les cheveux très courts avec des ciseaux, ou bien on les rase en ayant soin de bien nettoyer tout le cuir chevelu avec une solution parasiticide aussilôt après la rasure.
« Cela fait, on pratique sur les plaques grisâtres légèrement saillantes un grattage assez énergique avec une sorte de curette de forme particulière que J'ai fait fabriquer à cet effet. A l'aide de ce raclage, on met le derme à nu, et on entraîne mécaniquement les squames superficielles, et avec elles des cheveux brisés, malades, et une certaine quantité de végétations trichophytiques de l’épiderme.
(t 11 faut avoir soin, pendant le grattage, de ne pas étaler les produits enlevés sur le reste de la tête, car on pourrait ainsi ensemencer du Irichophyton sur différents points.
« Ce grave inconvénient est facilement évité avec un peu d’habitude. D’ailleurs, les opérations ultérieures rendent presque impossible une contamination de ce genre.
« Chez les enfants pusillanimes ou sensibles, il est bon d’insensibiliser les plaques trichophytiques avant le gi’attage à l'aide d’une pulvérisation de cblorure de méthyle ou simplement du stypage.
« Aussitôt après le raclage, on lotionne toute la tête et plus particulièrement les parties atteintes avec la solution suivante :
Biiodure d’hydrargyre 0,lo centigr.
Bichlorure d’bydrargyre 1 gramme.
Mêler dans un mortier et ajouter pour dissoudre ;
Alcool à 90°. 40 grammes.
Eau distillée 230 —
« Après cette lotion, on applique sur les placards envahis par le trichophyton des rondelles d’un emplâtre mixte ainsi composé :
Biiodure d’hydrargyre 0,13 centigr.
Bichlorure d’hydrargyre I gramme.
Emplâtre simple 230 —
« A l’aide de ces emplâtres qui sont d’excellents isolants, on empêche la dissémination du trichophyton, et on le maintient en contact permanent vec les parasiticides.
« On enveloppe alors la tête de l’enfant avec un linge de toile et on la maintient ainsi pendant quarante-huit heures.
« Au bout de ce temps, on enlève l’emplàtre, on savonne la tête, et on fait une fiàction générale avec la lotion mixte déjà formulée. On renouvelle l’emplàtre, et l’on répète ces diverses opérations Ions les deux jours jusqu’à guérison.
« Si celle-ci se fait un peu attendre, on peut pratiquer l’épilation ou gratter encore nue ou deux fois.
« Le traitement ainsi employé ne provoque généralement pas d’irritation : il y a quelquefois un peu de rougeur, mais celle-ci disparaît rapidement, et si, dans quelques cas rares, il se produit de petites pustules, il suffit de diminuer le titre de la solution et de l’emplàtre mixte pour éviter leur réapparition.
APPENDICE DES TRADUCTEURS
« Depuis un an que ce mode de traitement est appliqué d’une façon méthodique à l’école des teigneux de l'hôpital Saint-Louis, le chiffre des guérisons a décuplé, et j'ai enregistré cent vingt guérisons pour la dernière année, tandis qu’on n’en comptait guère plus d’une dizaine dans le cours des années précédentes.
« Il est bien entendu qu’il s’agissait de guérisons définitives, et que j’ai revu les enfants bien guéris plusieurs mois après leur départ de l’école.
« La durée du traitement oscille entre trois et cinq mois.
« Mais pour obtenir de pareils résultats, il importe que le traitement ne subisse pas d’arrêt. Il est indispensable que les soins donnés aux enfants le soient d’une manière très régulière. Si cette régularité fait défaut, on ne peut espérer des guérisons aussi rapides, et cela s’explique facilement si l’on veut bien songer que quelques jours de négligence peuvent faire perdre tout le bénéfice du traitement de un et même deux mois par suite de la repullulation du trichophyton dont on n’avait fait qu’enrayer la marche. «
Cf. Butte, Congrès internat, de Dermal., Paris, 1889, p. 191 ; G. -A. Carrère, Étude s. le trait de la Teigne tondante. Thèse de Paris, 1890.
Voici maintenant une médication qui serait la plus rapide si les résultats obtenus par les autres observateurs concordent. Car alors que nous demandons encore plusieurs mois, trois à six en moyenne pour la guérison de la trichopbylie du cuir chevelu, quatre à six semaines seraient suffisantes. L’auteur est Unna, Zur Behandlung der Trichopbytia capitis — Monatshefte f. prakt. Dermai. 1889, tome IX, p. 5-43.
Médication de Unna. — Unna fait couper (non raser) les cheveux courts chez tous les enfants, même s’il n’existe que quelques plaques, car pendant le traitement on constate qu'il y a toujours plus de cheveux malades qu’on ne le supposait au premier abord. Il en est naturellement de même des cas dans lesquels il n’y a pas de places chauves, mais où on n’observe que des tronçons de cheveux disséminés. Ensuite on badigeonne avec de la colle de zinc une zone correspondante au front comprenant les oreilles et s’étendant sur la région des tempes et de la nuque. Puis on applique sur tout le cuir chevelu une pommade concentrée de chrysarobine, par exemple l'onguent de chrysarobine composé (Unna) :
Chrysarobine o grammes.
Acide salicylique 2 —
Icbthyol a —
Onguent simple 100 —
Ou encore une pommade de chrysarobine de 3 à 10 p. 100.
Ou recouvre ensuite le cuir chevelu avec un bonnet imperméable (toile cirée, papier de gutta-percha, etc.), on étend de la colle sur le bord de ce bonnet, par-dessus on fixe une bande de tarlatane et enfin on applique un bonnet de flanelle ou de toile cirée qu'on fixe solidement avec des bandes.
Toutes les vingt-quatre heures on enlève le bonnet, on coupe l’enveloppe imperméable d’un côté et, après l’avoir soulevée, on essuie la tète et on applique de nouveau une couciie de pommade, on ferme les ouvertures avec des bandes de tarlatane et on fixe le bonnet. Si l’on a réellement procédé avec prudence, le quatrième jour, quand le premier cycle de chrysarobine est terminé, il n’y a que le bord le plus supérieur de la bande de colle de zinc qui doive être coloré en jaune, autrement dit souillé par la chrysarobine. On évite ainsi que les yeux soient en contact avec la chrysarobine, car