L’INSECTE DE LA GALE
L’insecte de la gale, aca?’W5 scaè?'ei (Degeer), sarcoptes hominis (Raspail), est rangé par les naturalistes les plus modernes dans la classe des mites [Milben) acariens. Enlevé hors de son sillon intra-épidermique (avec la pointe d’un bistouri ou d’une aiguille à cataracte), il appa-
'Fig. 68.
Insecte de la gale, femelle pubère, 0,35 millim. de long, sur 0,50 millim. de larg. Face dorsale ; une paire d'épines cervicales, derrière lesquelles on trouve l’organe en lunettes, les soies et les (33) cônes de l’épaule, les rangées transverses des squames et des petits ongles, tout à fait en arrière les 14 épines disposées en quatre séries longitudinales. (Grossiss. de 300 diamètres.)
raît(acare femelle) comme un petit corps hémisphérique blanc jaunâtre , visible à l’œil nu. Déposé sur l’ongle, il reste un moment immobile, puis peut être vu se mouvant avec rapidité. Si on le presse entre les
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ongles, il éclate avec un petit bruit. Examiné au microscope, il apparaît comme un animalcule en forme de tortue, pourvu d’une trompe conique et de huit pattes. Le corps ovale présente des sillons transversaux ondulés (nUlen) qui, pendant la marche, permettent aux écailles formant la cuirasse de se superposer.
Fig. 69.
Femelle de l’acare fécondée. Côté du ventre, la crête médiane appartenant à la première paire de pattes (il est différent chez le mâle, la femelle et la larve, Bergh).
Les pattes de derrière avec de longues soies. A l'intérieur de l’acare on voit un œuf arrivé à maturité.
Le dos est garni d’épines plus ou moins longues implantées sur des bourrelets annulaires, ainsi que de séries de spinules; celles situées au milieu regardent en avant, celles de la partie postérieure sont dirigées en arrière d’une manière convexe. La tête, pourvue de six soies, détachée du tronc, a quatre paires de demi-mâchoires, et, placées à côté d’elles, deux palpes à trois articles. Huit pattes à cinq articles, la première et la seconde paire dans les deux sexes avec des ventouses pédi-
GALE
culées. La femelle (fig. 68 et 69, les dessins des acares sont reproduits d’après Ilebra et Elfinger) porte à chaque troisième et quatrième paire une longue soie, elle a au bord postérieur du corps, entre les soies les plus postérieures (soies anales), une fente donnant accès au vagin, et, sur le ventre, un vagin pour la ponte (Gudden). On peut démontrer anatomiquement (Gudden, Bourguignon, Eichstedt, Weld, etc.) la présence d’un tube digestif divisé en estomac et en intestin, d’ovaires, de
muscles, et souvent on peut voir un œuf mûr à l’intérieur de l’acare. La femelle peut, dit-on, vivre de vingt à soixante jours.
Le mâle est plus petit (0,20 mill. de long, sur 0,35 mill. de larg.) que la femelle; il porte à la quatrième paire de pattes une ventouse (au lieu de soies chez la femelle), et entre les pattes de derrière une charpente médiane en chitine, en fer à cheval, dans laquelle est engainé un pénis en forme de fourchette, comme on le voit dans la figure 70.
L’acare mâle habite, dans des dépressions humides de l’épiderme, de petites papules et vésicules dans le voisinage des sillons qui cachent l’acare femelle ; il paraît aussi avoir des habitudes moins sédentaires que celle-ci. Hebra a eu une fois l’occasion d’observer d’une manière évidente, sous le microscope, l’accouplement avec la femelle. Les mâles
Fig. 70.
Acare mâle, face abdomioale.
CINQUANTE-TROISIEME LEÇON
Sillon acarien pris sur la région lombaire et vu au microscope à un faible grossissement.
A l’extrémité caudale de ce sillon on voit l’acare femelle par sa face abdominale et un œuf, arrivé à sa maturité dans son intérieur. Derrière elle, douze œufs et douze enveloppes. 11 paraît que cet acare a pondu deux œufs dans la journée, car c’est seulement daus le troisième que se trouve la première trace de l’embryon, et ce n’est que dans le douzième qu’on observe une larve mûre, pourvue d’une paire distincte de pattes antérieures (détail qui n’est pas bien représenté dans ce dessin), ce qui, dans d’autres sillons, se voit déjà dans le si.xième et le septième œuf. Entre les œufs et leurs enveloppes, ou trouve de petits corpuscules noirs (fèces).
GALE
sont moins nombreux que les femelles dans la gale humaine, et difficiles à trouver ; on les rencontre plus aisément dans la gale des animaux et dans la gale croûteuse; ils meurent, dit-on, six à huit jours après leur accouplement (Gudden).
C’est seulement la femelle pubère, fécondée, qui creuse un sillon dans l’épiderme, — sillon de l’acare (fig. 71), — dans lequel elle dépose ses œufs et meurt après l’accomplissement de cette fonction.
Dans la transmission expérimentale, on a observé comment l’acare
Fig. 72.
Larve d’acare à six pattes (surface abdominale) .
coupe l’épiderme avec ses mandibules acérées, pénètre la tête la première et disparaît sous l’épiderme; l’étude de ce sillon découpé, rapprochée du résultat d’autres observations, permet de présumer le genre de vie ultérieur de l’acare femelle. Elle dépose ses œufs derrière elle, chaque jour un, au plus deux, en tout de vingt à cinquante, peut-être encore plus. Les œufs, au nombre de douze à vingt et même plus (fig. 71) dans un sillon, sont ovales, à axe longitudinal placé transversalement à celui du sillon, ils ont environ de 0,16 millim. de long, sur 0,11 millim. de larg. Les deux ou trois œufs pondus en dernier lieu, situés immédiatement après l’acare, sont remplis d’un jaune cloisonné ; dans le troisième et jusqu’au cinquième, on peut déjà voir la trace de l’embryon, et du sixième au neuvième les larves d’acares, dans les plus anciens, souvent avec la tête et une paire de pattes antérieures (fig. 71 a).
La larve d’acare (fig. 72) est sexapode, elle atteint son complet déve-
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loppement dans l’espace de trois à six jours, brise la paroi de l’œuf, atteint 0,15 millim. de long sur 0,10 mill. de larg., et progresse vers l’orifice d’entrée du sillon; suivant quelques auteurs (Gerlach, Bourguignon, Burchhard), elle arrive sur la peau par des ouvertures de la
Deuxième mue.
A l’intérieur d’ime acare octopode on reconnaît le nouvel animal également octopode en voie de développement.
paroi supérieure du sillon [Lufllôcher), erre pendant un certain temps et s’introduit ensuite par perforation dans un point où elle séjourne peu de temps et où elle accomplit ses processus de mue.
L’acare passe par trois mues (d’après Gudden, Furstenberg, Bourguignon, elle en aurait quatre). La larve sortie de l’œuf n’a qu’une paire de pattes postérieures, deux soies anales et douze épines dorsales. Après la première mue (deuxième période), il sort un acare octopode, avec quatre soies anales et douze épines dcjrsales. A la deuxième mue (fig. 73), l’acare gagne encore deux épines dorsales, et l’animal pourvu de quatorze épines devient après la troisième mue (quatrième période) acare pubère.
Hors de la peau, l’acare peut vivre deux à trois jours et même plus
GALE
longtemps dans des liquides qui s’opposent à l’entrée de l’air (eau, huile, pétrole).
11 paraît démontré par les transmissions réciproques fréquemment constatées entre l’animal et l’homme, etd’après le résultat de recherches comparées, que les acares observés chez différents animaux (brebis, chat, furet, lapin, cheval, chameau, dromadaire, éléphant, etc.) appai’tiennent essentiellement à la même espèce d’acare que l’acare de l’homme (peut-être l’espèce est-elle modifiée dans la dimension des individus selon le terrain spécial sur lequel elle vit) (1).
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
Symptômes, pathologie, étiologie, traitement.
GALE (suite)
Les symptômes de la gale consistent, en premier lieu, dans les modifications de la peau que les acares occasionnent directement par leur présence dans l’intérieur de l’épiderme, et parmi lesquelles le sillon [Milbengang) occupe le premier rang.
Pour pouvoir le reconnaître par son aspect clinique essentiellement variable, mais toujours caractéristique, sans le secours du microscope, il est nécessaire de savoir comment il est produit et comment se manifeste successivement ses caractères.
Au niveau des points ou l’acare pénètre, l’épiderme est creusé en une
(1) Voy. Mégnin — loc. cit. — pour l’exposé complet de cette question ; ses conclusions, qui sont tout à fait en concordance avec l’observation clinique simple, sont les suivantes :
« ... Les gales des animaux, — causées par des variétés du Sarcoptes scabiei^ — peuvent se transmettre à l’homme avec plus ou moins de facilité, en provoquant le développement d’une gale qui a tous les caractères de la gale ordinaire humaine (?), mais qui est beaucoup plus fugace et qui disparaît ordinairement spontanément, ou avec de légers soins, sauf celle des grands carnassiers sauvages, causée par le Sarcoptes scabiei, variété lupi. Mais la cause, infiniment la plus fréquente de la gale ordinaire de l’homme, est le Sarcoptes scabiei, de la variété qui lui est propre. »
Inversement, le sarcopte de la gale humaine peut être transmis aux animaux; mais il ne s’acclimate pas sur eux et ne détermine sur leur tégument que des altérations passagères et moins intenses que celles qui appartiennent à leurs variétés propres — Cuique suum!
Ernest Besnier. — A. Doyon.
KAPOSI, 2® ÉD. — II.
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
espèce de cercle arrondi, de 1 à 2 millimèlres, comme on peut le voir dans le dessin sche'matique (fig. 74), ou bien il se produit, par l’irritation que déterminent la morsure et les fouilles de l’acare, de l’exsudation, et une vésicule qui n’a absolument rien de caractéristique pour la gale, et après la dessiccation et la chute de l’enveloppe, il .se fait de nouveau une exfoliation infundibuliforme de l’épiderme (voir dans la coupe fig. 74 ovale). L’acare creuse plus avant pour arriver dans les couches des cellules molles du réseau muqueux, en suivant une direction descendante en ligne oblique, par rapport à la surface de la peau, et arrive au point 1 (fig. 74). Ainsi que cela a lieu sous l’influence de tout corps étranger, par exemple par l’introduction d’un petit éclat de
a coupe oblique schématique à travers l’épiderme, sillou et couche papillaire du derme.
bois (I), on voit l’action irritante de l’acare, ses mouvements et ses attaques, bien plus que sa présence, déterminer une hyperplasie épidermique éliminatrice, et une kératinisation de l’épiderme au point I.
(1) 11 est bien difficile, en voyant l’acuité du prurit, l’intensité des lésions produites chez un grand nombre de sujets par les acares, la multiplicité des vésicules, des pustules, voire chez quelques-uns des bulles ou des pblyctènes, de faire une assimilation véritable entre l’action du Sarcoptes scabiei et celle d’un corps étranger proprement dit. Les médecins ont depuis longtemps admis l’hypothèse d’un principe venimeux^ que les naturalistes regardent aujourd’hui comme démontrée (Moquin-Tandon, Gerlach, etc.). Voy., dans le remarquable article Gale, de Hardy, dans le Nouveau Dictionnaire de médecine, etc., l’exposé des auto-inoculations faites sur lui-même parce savant maître.
GALE
Il en résulte que la partie est soulevée, en même temps que l’acare est séparé des couches nutritives du réseau muqueux. Il creuse alors plus avant pour chercher sa nourriture, et laisser, en même temps, une place pour ses œufs, et arrive au point II. Ici se produit de nouveau la kératinisation éliminatrice de l’épiderme, et au-dessous le soulèvement de la parlie ancienne du sillon (11, fig. 74), ce qui oblige l’acare à pénétrer encore plus profondément; il atteint ainsi le point III en suivant un trajet oblique en descendant par rapport aux points II et I; c’est ainsi qu’on peut se faire une idée du sillon et de son aspect caractéristique.
Ce sillon apparaît comme une galerie de plusieurs millimètres de longueur, souvent même de 1 jusqu’à 2 centimètres. Ce sillon est droit, habituellement un peu courbé, en forme d’arc dentelé, ponctué
Coupe schématique à travers une pustule (P); dans son enveloppe épidermique se trouve un sillon.
déplacé en place; on dirait qu’il a été fait avec une aiguille enfoncée sous l’épiderme. C’est une véritable mine, dont le contour commence par une exfoliation visible, limitée, ovale, assez large, — extrémité supérieure du sillon — (fig. 74, avant I); elle se prolonge ensuite en une parallèle étroite, dont les lignes ne s’écartent de nouveau un peu qu’à l’extrémité du sillon, — extrémité terminale, queue du sillon, — pour se confondre enfin dans un cul-de-sac arrondi (fig. 74, III), qui se distingue par un petit, point saillant, blanc jaunâtre, brillant ; c’est l’acare.
Au-dessus de l’ancien sillon soulevé par la kératinisation sous-jacente, l’épiderme corné est desséché, déprimé, fendillé et détaché. Plus le canal se rapproche de la partie la plus nouvelle, plus il est profondément placé, et plus épaisse et plus succulente est l’enveloppe épidermique qui le recouvre; plus blanc aussi et plus vivant apparaît le sillon.
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dont le contenu, œufs et fèces, brille comme des points jaunes et noirs à travers le revêtement épidermique. Quant à l’extrémité terminale du sillon, elle se reconnaît à une petite nodosité [Knôtchen) brillante, blanc jaunâtre, qui n’est autre que l’acare. On sait donc que l’on trouvera l’acare, non sur le côté désorganisé, mais bien sur celui qui est succulent, et cela à l’extrémité boutonneuse du sillon; on réussit facilement à le saisir en piquant, avec la pointe d’un bistouri ou d’une aiguille à cataracte, tout à fait prés du point terminal blanc jaunâtre, on retire doucement le contenu et on le dépose sur l’ongle du pouce.
L’aspect du sillon, tel que je viens de le décrire, est caractéristique. On peut l’enlever avec des ciseaux pour l’examiner au microscope; ou, comme je le fais habituellement, on passe du côté de l’acare et au-dessous de lui une aiguille à vacciner, que l’on fait sortir à l’extrémité du sillon et latéralement avec la pointe et le tranchant de l’aiguille. On ouvre, par ce procédé, la couche de tissu contenant le sillon, et on peut
Fig. 7Ô [b).
La même coupe vue eu surface. L’acare se trouve au delà de la limite de la pustule, dans le réseau muqueux nou soulevé.
la détacher avec des ciseaux du côté encore adhérent, sans la comprimer. Placé entre les deux verres de l’objectif, et examiné au microscope, le sillon montre les œufs, les fèces et l’acare, tels qu’on les voit dans la figure 71.
Lorsque la présence de l’acare provoque une vive irritation des papilles, de manière à amener de l’exsudation, des vésicules et des pustules (gale pustuleuse), l’aspect du sillon est un peu différent. Cet état peut se produire à toutes les périodes pendant lesquelles l’insecte fouille la peau; mais comme l’exsudation a toujours son point de départ dans les vaisseaux des papilles, son produit se trouve constamment sous la couche cellulaire cornée qui forme la base du sillon, et la couche épidermique qui le renferme constitue, en même temps, la paroi de la pustule; on aperçoit dans son^épaisseur la ligne ponctuée du sillon, comme dans la figure 75 a.
Puis l’acare creuse plus avant pour arriver dans le réseau muqueux
GALE
normal, au delà de la sphère du foyer pustuleux; par conséquent, le contour de la pustule est toujours un peu dévié dans le prolongement des lignes ponctuées du sillon, là où l’acare s’est avancé (fig. 75 b).
On peut rencontrer des sillons sur tous les points de la surface cutanée, toutefois on les trouve, sans qu’il soit possible de l’expliquer, plus souvent sur certaines régions, qu’il importe au praticien de connaître. Ces régions sont dans l’ordre de leur fréquence et du nombre des sil- -ions : le côté de flexion du poignet, les surfaces latérales des doigts et les plis interdigitaux; chez les enfants et les personnes qui ont une peau délicate, la paume des mains, le côté de l’extension des coudes, le pli antérieur des aisselles, le mamelon et les parties environnantes chez les femmes, le nombril et son voisinage, le pénis et surtout le gland et le tégument pénien, le scrotum, les fesses, principalement au-dessus des trochanters, le bord interne des pieds. Il faut encore ajouter à ces régions, comme siège habituel des sillons, toutes les parties de la peau qui sont souvent comprimées, et où l’épiderme est épaissi. Par conséquent, on les trouve d’une manière régulière chez les femmes et les hommes au niveau de la ceinture, où les corsets et les courroies produisent des callosités cutanées; chez les cordonniers, au niveau de la région trochantérienne, dont la peau est épaissie par le contact d’escabeaux de bois ; au-dessus du genou, sur la surface d’extension de la cuisse, où elle est épaissie par le martèlement du cuir; sur les épaules, chez les portefaix; chez les tisserands, à la' courbure des côtes, qui est souvent comprimée parle métier. Les régions que je viens de citer sont le siège habituel des sillons, et en même temps, les foyers d’où l’invasion des acares se répand habituellement sur les parties voisines, de solde que, dans un cas de moyenne intensité, on peut voir des sillons •sur quelques-uns des points indiqués, surtout aux mains, au creux des aisselles, au pénis (1). Si la maladie est longue et intense, ce ne sont pas seulement ces régions qui sont couvertes de sillons, mais encore
(1) Les lésions acariennes sont si constantes au pénis chez l’homme adulte, au mamelon chez la femme, et, dans les deux sexes, à la partie ^antérieure du creux axillaire, qu’elles acquièrent une valeur sémiologique presque absolue au seul point de vue de la localisation ; nous considérons, en outre, pour l’homme, le pénis et, pour la femme, l’aréole du mamelon, comme des points très ordinaires du lieu à.'invasion première de l’acare.
Nous avons, en outre, signalé souvent ces lésions acariennes comme nn danger particulier de contracter la syphilis au point d’effraction de l’épiderme, point que nous avons vu, à plusieurs reprises, être le lieu manifeste de l’inoculation virulente.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
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toutes celles qui se trouvent dans l’intervalle : le ventre, l’avant-bras et le bras, les fesses, les cuisses, les épaules ; chez les enfants également, la face et le cuir chevelu, la surface dorsale des mains et des pieds.
Outre les sillons, l’eczéma constitue un phénomène objectif important de la gale ; d’une part, il est le résultat direct de l’irritation produite par l’acare; de l’autre, une conséquence indirecte de son action.
- C’est à l’irritation causée par l’acare qu’il faut rapporter les papules, les pustules, les vésicules, les bulles qui se développent au point d’introduction des jeunes acares mâles, etsous les sillons (gale vésiculeuse, bulleuse, pustuleuse). Toutefois ces efflorescences n’ont en elles-mêmes rien de caractéristique (1), sauf dans les cas où elles sont accompagnées de sillons. Certaines personnes sont particulièrement prédisposées au développement des éruptions, et certaines régions s’y prêtent plus aisément que d’autres : chez les enfants et les jeunes gens, ainsi que chez les femmes, lorsque la gale existe aux mains et aux pieds, on observe très souvent de nombreuses pustules et des bulles à grand développement, lesquelles, comme je l’ai montré précédemment (tig. 73 a et b), produisent le soulèvement du sillon.
Au creux de l’aisselle, sur le mamelon et à l’aréole, au nombril, sur les hanches et au pénis, il se forme, au-dessous des sillons, des nodosités rouges, dures, qui suivent la direction de ces derniers, de sorte que le sillon occupe le plan supérieur de chaque nodosité (2). En
(1) Les vésicules acariennes n’bnt pas, cela est vrai, de caractère
absolu ; mais on ne peut dire cependant qu’elles n’ont rien de caractéristique. Leur petit nombre, leur émergence d’une peau saine, leur consistance, leur transparence assez longue dans sa durée, sans parler de leur siège, etc., leur constatation possible assez peu de temps après l’envahissement acarien, et plusieurs jours avant la constatation manifeste du sillon, font de la vésicule acarienne, chronologiquement, le premier caractère diagnostique de la gale, et pratiquement l’un de ses meilleurs caractères. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) En divers points, notamment à l'aréole du mamelon et au pénis (gland ou fourreau), l’irritation acarienne se propage fréquemment au réseau vasculaire superficiel du derme, au point de produire de véritables indurations, lesquelles peuvent s’ulcérer (chancre acarien) et simuler soit des lésions syphilitiques (condylomes, syphilides papuleuses), voire même des chancres syphilitiques (chancres nains), soit encore des indurations papuleuses ou papulo-ulcéreuses, d’origine arsenicale directe.
Grâce aux progrès de l’hygiène industrielle, les ulcérations arsenicales du pénis sont devenues tout à fait rares ; mais la coexistence, si fréquente chez nos malades d’hôpital, de la gale avec la syphilis, réclame une attention particulière pour éviter la confusion vraiment facile dans quelques cas particuliers, E. B. — A. D.
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outre, on trouve sur le pénis des sillons courts, ayant l’aspect d’une égratignure dentelée, fine, produite par une aiguille;
Enfin, il peut se de'velopper (comme dans tous les eczémas) d’autres centres eczémateux, soit par irritation réflexe, soit par complication locale, soit par rétention du pus, mais surtout sous l’action du grattage, qui est provoqué par les acares eux-mêmes, ou par l’eczéma antérieur (1).
Dans la gale, le prurit est très vif, toutefois il n’est pas continuel (2); il survient surtout le soir, au moment où les malades se déshabillent, et sous l’iufluence de la chaleur du lit, évidemment parce que, à ce moment, les acares poursuivent avec plus d’activité leurs fouilles, leurs pérégrinations, et cherchent leur nourriture. Le grattage aggrave l’eczéma, et comme le prurit et le grattage atteignent principalement les foyers de la gale, c’est aussi sur ces points que l’eczéma consécutif devient le plus intense.
D’après ce que je viens de dire, les phénomènes eczémateux sont surtout prononcés au niveau des sillons; c’est là un des caractères importants de la gale. L’éruption eczémateuse consiste habituellement en quelques papules et vésicules disséminées qui, h mesure qu’elles sontfdétruites par le grattage, s’accompagnent de pustules, de croûtes et d’excoriations sanguinolentes; plus rarement, elle se produit sous forme d’un eczéma diffus, humide. Cet eczéma occupe d’une manière
(1) L’irritation acarienne, mécanique ou venimeuse (peu importe ici), est la cause première des éruptions de la gale; la cause seconde réside dans l'action mécanique du grattage et dans le transport, à l’aide des ongles, soit de staphylocoques, soit de produits irritants, quiréalisentchez le galeux une série indéfinie d’auto-inoculations. Ce dernier mode d’action est celui auquel nous rapportons les éruptions aberrantes d’impétigo que l’on observe quelquefois chez les adultes acariens, et les éruptions d’eczéma de la face et du cuir chevelu chez les enfants et chez les jeunes sujets atteints de la gale.
Quant au rôle joué par « l’irritation réflexe », nous renouvelons, à titre particulier, les réserves que nous avons déjà exprimées précédemment, à litre général. E. B. ■ — • A. D.
(2) Bien que cela puisse paraître paradoxal, la gale peut exister, assez
intense même, sans autre chose que ce que nous appelons le prurit inconscient, exception qui, d’ailleurs, n’est pas spéciale à la gale. Certains malades, atteints de diverses affections prurigineuses, au moment même où on les prend en flagrant délit de grattage, déclarent qu’ils n’ont pas de démangeaisons; ils reconnaissent qu’ils se grattent instinctivement, inconsciemment, sans percevoir \di démangeaison, hç: prurit inconscient est réalisé ad integrum chez les sujets qui se grattent en dormant, sans que leur sommeil paraisse interrompu; ce dernier cas n’est pas rare. Ernest Besnier. — A. Doyon.
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typique la région cutanée qui s’étend du mamelon jusqu’un peu audessus des genoux ; la partie antérieure du tronc, à partir de chaque mamelon comme limite supérieure ; les parties génitales, la face interne des cuisses sont recouvertes par ces efflorescences discrètes et par les lésions de grattage. On l’observe aussi à la face interne de l’articulation du poignet, sur la surface d’extension du coude, sur les fesses, les jambes et sur toutes les régions facilement accessibles aux ongles (peu, par conséquent, sur la région dorsale), toujours avec plus d’intensité (et cela est caractéristique) sur les foyers principaux des sillons, c’est-à-dire le mamelon, le pénis, le creux des aisselles, etc., et leur voisinage immédiat. L’aspect est si typique, qu’on peut le reconnaître de loin au premier coup d’œil.
Les régions dans lesquelles l’eczéma est habituellement très prononcé, sous forme pustuleuse et croûteuse, et avec infiltration de la peau, sont : les mains; chez les femmes, le sein; les fesses, chez les cordonniers (1), quelquefois le pénis, le scrotum, les mains et les pieds, ainsi que généralement toutes les parties de la peau qui peuvent être le siège de callosités produites par compression. Aux mains et aux pieds, chez les enfants à la mamelle et chez les jeunes gens, on voit, au-dessous et près des sillons, de grosses vésicules et des bulles qui se développent souvent sous forme de rupia, dont les croûtes recouvrent les sillons au point de les rendre méconnaissables (2).
(1) Les cordonniers partagent le privilège de cette localisation avec
tous les sujets que leur profession maintient habituellement assis dans des conditions analogues. E. B. — A. D.
(2) Voici la caractéristique principale des éruptions psoriques :
Elles sont polymorphes : sur le même sujet on peut rencontrer
des plaques ortiées, des papules (eczéma papuleux, lichen de beaucoup d’auteurs, prurigo psorique de Hardy, etc.), des vésicules simples (miliaire acarienne), des vésicules eczémateuses ou impétigineuses, des pustules (ecthyma simple, rupioïde, furonculeux), la série entière des croûtes appartenant aux épidermites, depuis la petite croûtelle sanguine qui couronne le sommet des saillies pilaires dans l’eczéma papuleux, jusqu’aux croûtes rupioïdes ; enfin de véritables bulles qui ont été parfois confondues avec du pemphigus vrai.
Chronologiquement, la première de ces manifestations est la miliaire acarienne; la seconde, la plus étendue, est l’eczéma papuleux, prurigo de Hardy — (lieux d’élection : avant-bras, toute la face antérieure du tronc au-dessous des mamelons, face interne et antérieure des cui.sses).
En troisième lieu, nous plaçons l’eczéma vésiculeux et pustuleux, plus ou moins suintant et croûteux selon les sujets, souvent à forme d’impétigo, rarement tout à fait généralisé, si ce n’est chez les très jeunes
GALE
Sous le nom de gale de Norvège ou de Bœck (1) (gale croûteuse), Hebra a décrit une espèce particulière de gale, qui avait été auparavant signalée chez les lépreux, par Bœck et Danielssen, et plus tard par Fuchs, Gumpert et Bamberger, Bergh, Bigler, Vogel, Duben,
sujets. La valeur diagnostique de l’eczéma psorique procède, non de ses caractères propres, mais de son association avec les éruptions précédentes, et de ses localisations : espaces interdigitaux, avant-bras, coudes, régions fessières, pieds, jarrets, abdomen.
Lorsque la gale a quelque durée, et lorsque les démangeaisons se produisent depuis un (certain temps, on observe, en outre, au niveau des lieux d’élection, sur le tronc particulièrement, au-devant des aisselles, une hyperchromie diffuse (mélanodermie acarienne), laquelle est plus ou moins prononcée selon la faculté chromatogène très variable suivant les sujets, et qui appartient à la gale comme à toutes les affections prurigineuses; sa /oca/isa/mu propre dans plusieurs d’entre elles acquiert une valeur diagnostique importante.
Enfin il suffit d’ajouter, pour ne rien omettre, que, soit, en raison d’une disposition constitutionnelle particulière, soit en raison du manque de soins, ou encore du fait de traitements irrationnels, on peut voir survenir, régulièrement chez les jeunes enfants, à titre d’exception ou de complication chez les adultes, toutes les variétés de dermite impétigineuse ou eczémateuse, les plus étendues et les plus graves ; des adénopathies aiguës, douloureuses, avec ou sans phlegmon périadénique ; de la lymphodermite avec abcès (pseudo-phlegmons). Des complications plus profondes, plus graves, plus insolites, ont été observées, mais cela à titre tout exceptionnel.
On ne peut pas encore donner une explication satisfaisante du développement de toutes les variétés particulières que l’on observe dans la symptomatologie acarienne; dans certains cas, par exemple : sillons multipliés, éruptions cutanées très légères; dans d’autres, éruptions cutanées et symptômes subjectifs intenses, très peu de sillons. Cette opposition est presque une règle. C’est là une question qui a besoin d’être reprise à l’aide de faits précis et complets ; la seule donnée pratique que nous en voulons retenir et souligner en ce moment, c’est que l’absence de sillons apparents au premier abord, et même à un examen approfondi, n’implique pas la négation de la gale. Nous reviendrons tout à l’heure sur ce point, à propos du diagnostic.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
(1) La découverte de la gale des lépreux par Boeck, à titre général, d’abord — voy. la traduction française du Traité de la Spedalsked, Paris, 1847-48 — puis à titre particulier, de 1848 à 1851, est d’un très grand intérêt, à la fois pour l'histoire de la lèpre et pour l’histoire de la gale. Sur le premier point surtout, elle éclaire d’une vive lumière la série des complications eczémateuses de la lèpre, qui ont si souvent dénaturé l’aspect de la maladie, et causé les confusions les plus inextricables. Sur le second point, la question n’est pas encore déterminée de savoir si la gale de Boeck, la gale norvégienne, ce que nous appe-
OÎ7U
Lili^gu AIN lE-gU ATRIEMK LEÇON.
Mittermayer, et dont nous avons vu aussi quelques cas à notre clinique (1). Dans cette variété, lorsque la maladie a duré plusieurs années, ou, chez certains sujets ayant une prédisposition individuelle, après un laps de temps plus court, il se produit à la paume des mains, à la plante des pieds, aux coudes^ aux genoux, des callosités épidermiques de plusieurs millimètres d’épaisseur, à l’intérieur desquelles on ne trouve pas les acares dans des sillons réguliers, mais, comme dans la gale des troupeaux, dans des espaces creusés d’une manière irrégulière.
Probablement cet état tient au grand nombre d’acares dont on peut
Croûte d’une gale croûteuse, Acares à diverses périodes de développement, œufs, fèces.
trouver, à l’intérieur de la couche muqueuse, un nombre infini, à tous les degrés de développement, tandis que les couches de cellules cornées, insuffisantes pour leur nutrition, n’en contiennent que des débris morts. On a observé aussi comme conséquence de la présence de ces masses acariennes l’épaississement caséeux des ongles et la chute des
Ions la gale à croûtes géantes, dépend, dans ses formes extraordinaires, du terrain sur lequel elle se développe (opinion de Hebra), ou de la variété particulière de sarcopte qui la cause (opinion de Fürstenberg, sarcoptes crustosæ). Mégnin adopte l’opinion de Fürstenberg (théorie suédoise), et précise le sarcopte des carnassiers comme propre à cette forme de gale, voy. Mégnin — loc. cit., p. 305 et suiv.
Cf. : l’observation si remarquable de Féréol, 1856 — Gazette médicale — et Vexamen histologique de Ch. Robin, qui y est annexé.
(1) Voy. l’observation de Féréol, loc. sup. cil.
GALE
poils, comme cela a lieu dans la gale des animaux. Un ongle de gale croûteuse, appartenant à la clinique de Vienne, contient en grande quantité des débris d’acares dans des ca\dtés irrégulières (1).
L’apparition de la gale, comme le montrent l’inoculation expérimentale ainsi que la transmission accidentelle, suit immédiatement la sensation de prurit qui augmente en intensité avec les progrès de l’affection. Le premier sillon ne se produisant qu’au bout de huit à quinze jours, et quelques semaines étant encore nécessaires pour le développement de nouveaux sillons par des acares fécondés, émigrés et débarrassés de leur mue, on peut considérer toute gale, même d’une intensité moyenne et répandue sur diverses parties du corps, comme existant depuis au moins six semaines à trois mois. La maladie, abandonnée à elle-même, se généralise dans l’espace de quelques mois avec des symptômes de plus en plus accusés (sillons et eczéma) sur les points de localisation typique que j’ai cités; elle peut alors persister pendant un temps illimité^ même pendant toute la vie, comme l’enseignent quelques observations faites en Norvège, par Bœck, Hebra, sur des lépreux. La gale n’a pas d’autres effets que la série des modifications cutanées que j’ai décrites, même quand elle persiste aussi longtemps; elle n’amène notamment aucuYie espèce de lésion des organes internes ou de leurs fonctions.
Pendant la durée des maladies fébriles et dépressives, pneumonie, variole, typhus, fièvres puerpérales graves, etc., les symptômes de la gale disparaissent, car le prurit cesse, les éruptions eczémateuses s’effacent et les sillons deviennent invisibles, mais on les voit se manifester de nouveau nettement avec la convalescence. A l’époque où l’on n’avait encore aucune connaissance exacte de la nature de cette affection, ni de la pathologie de ces divers processus fébriles, cette circonstance avait fait croire que la disparition de la gale était due à ces maladies générales graves et dangereuses, et que celles-ci étaient la suite d’une gale « repoussée », « rentrée » par suite de refroidissement, d’onctions, etc., en un mot que ces maladies étaient des métastases delà gale. Il est facile de se rendre compte de ce qui se passe dans ces cas ; les acares meurent dans la peau qui, desséchée par la fièvre, présente une température anormalement élevée, ou est devenue atonique par anémie; il en résulte l’absence de prurit et de grattage, et comme conséquence ultérieure, la disparition de l’eczéma. Mais les œufs restent intacts. Pendant la convalescence, les jeunes acares reviennent sur la
(1) Tous ces faits sont bien confirmatifs de l’opinion de Mégnin; le sarcopte vulgaire de l’homme ne saurait modifier ainsi ses mœurs, ni produire de semblables altérations. E. B. — A. D.
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
peau turgescente, et lessymptômesscabie'iquesse produisent de nouv^eau.
L’étiologie de la gale, d’après ce que je viens de dire, n’exige pas de nouvelles explications; sa cause réside uniquement dans le sarcopte. La contagion n’a lieu que si des acares pleines, ou bien des femelles et des mâles arrivent en même temps sur la peau et pénètrent dans l’épiderme, qu’ils proviennent de l’homme ou bien d’animaux atteints de gale. La contagion de l’homme à l'homme, la plus habituelle, se produit assez facilement, mais elle n’a lieu cependant que par un contact prolongé et durable, surtout dans la chaleur du lit, par le fait du coucher en commun, circonstances particulièrement favorables au but que les acares poursuivent sur la surface cutanée (accouplement et fouille). La gale se transmet à coup sûr difficilement pendant le jour et dans des contacts passagers, ou par l’usage d’outils et de vêtements d’individus atteints de gale.
Je montre continuellement, dans mes cours, des galeux, je les fais circuler de groupe en groupe; je tiens, pendant plusieurs minutes, dans ma main, leur main pleine d’acares, je ne me lave souvent qu’au bout d’une demi-heure, et, malgré tout, je n’ai jamais pris la gale (1). Parmi les classes de la société qui, chez nous, fournissent le
(1) L’exemple est plus frappant encore, si cela est possible, dans notre hôpital Saint-Louis, à cause du nombre particulièrement considérable des galeux que nous manions souvent durant plusieurs heures. Nous ajoutons que jamais, dans les longues contemplations faites, à la loupe, de surfaces tégumentaires acariennes, nous n’avons surpris d’acares sur la peau, et nous ne sachions pas que personne en ait jamais constaté, ou au moins que l’on en constate aisément ou communément, comme cela aurait lieu si ces parasites avaient des mœurs diurnes vagabondes.
Il ne se passe pas de semaine que quelque étudiant en médecine ne vienne demander un bon pour le traitement de la gale, mais, chose étrange, ce ne sont pas ceux de rhôpital où l’on manie les galeux; nos futurs confrères ont contracté la gale, quoique étudiants en médecine, et non parce que; plus experts dans l’art de la reconnaître, ou plus défiants, les élèves de l’hôpital Saint-Louis savent mieux éviter le danger.
On ne le saurait trop dire, la gale ne se contracte ordinairement que par cohabitation, contact intime prolongé ou répété, et nocturne plus particulièrement; il ne faut pas affirmer que cela n'o\\. jamais lieu plus accidentellement, mais il suffit de bien savoir que cela est en dehors de la règle.
Dans les cas où la gale est contractée médiatement parles vêtements, des objets de literie, des gants, nous sommes disposés à penser que la transmission a lieu par les œufs renfermés dans des squames ou dans des croûtelles de grattage.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
GALE
plus fort contingent de galeux, il faut citer les ouvriers (les apprentis), qui ont l’habitude d’avoir un lit pour deux, et avant tout les cordonniers, puis les tailleurs. Les cordonniers constituent 40 à 50 p. 100 de nos galeux, les tailleurs de 20 jusqu’à 30 p. 100 (1), et, grâce à ces deux corps de métiers, nous avons eu en traitement, dans la division dermatologique, pendant les années précédentes, de 1,000 jusqu’à 1,200 galeux par an. Depuis 1864, que les corps de métiers ont des médecins à eux qui soignent les galeux à la consultation gratuite, le le nombre des sujets atteints de gale traités à la clinique a diminué de 500 par an. Mais, chez les cordonniers, la gale est toujours prédominante, et le D’’ Weinberg, médecin de ce corps d’état, a, depuis 1864 jusqu’à 1878, c’est-à-dire dans l’espace de quinze ans, trouvé sur 29,497 cordonniers venus à la consultation gratuite, 5,632 galeux, c’està-dire 20 p. 100 de tous les malades (2).
Pour le diagnostic de la gale, il suffît de donner une attention suffisante à ses symptômes caractéristiques. Et pourtant c’est un fait qu’il n’y a guère de dermatose qui ait été plus souvent méconnue par des médecins, d’ailleurs instruits. Nous avons eu assez souvent l’occasion de voir des malades atteints de gale ou affectés de vives démangeaisons avec grattage (et d’eczéma), qui avaient été traités sans succès pendant des mois et des années par des remèdes internes et externes, des cures de boissons et de bains, seulement et uniquement parce que le diognostic « gale » n’avait pas été porté (3), tandis que, comme notre
(1) Nos cordonniers et nos tailleurs parisiens ne sont pas, à ce degré, plus atteints par la gale que les autres ouvriers; cela indique seulement qu’ils sont disséminés dans l’agglomération, et soustraits aux causes particulières de communauté, qui seules peuvent expliquer l’envahissement d’un corps d’état par la gale. Ernest Besnier. — A. Doyon.
(2) Gela ne s’applique pas, dans les mêmes proportions, à la ville de
Paris. E. B. — A. D.
(3) Ici il n’y a plus de différence entre Vienne et Paris, et nous voyons aussi trop souvent des cas de gale méconnus par des médecins, d’ailleurs instruits, qui traitent avec résignation de pauvres patients de toute catégorie pendant de longs mois, malgré les preuves les plus extrêmes d’insuccès, par les médications internes ou externes les plus variées. Nous ne parlons pas, bien entendu, en rappelant ces erreurs, des cas de gale exceptionnels, débutant, altérés déjà par des applications locales; en un mot, de ces cas où l’ambiguïté existe pour tout le monde, même pour les dermatologistes de profession, mais bien des seuls cas à diagnostic facile, manifeste, patent, que chacun doit savoir reconnaître et traiter. Ce sont ceux-là que l’on rencontre encore trop souvent méconnus.
CINQUANTE-QUATRIEME LEÇON
mode de traitement en fait la démonstration, une friction avec un remède antiscabiéique quelconque eût d’un coup amené la fin deleurslongues souffrances. On ne peut pas exiger que tout médecin possède l’art d’extraire les acares, ce qui n’est pas facile, même pour le spécialiste, dans les formes compliquées ou dans les cas de lésions modifiées par des bains, des lotions savonneuses, etc.; mais cette démonstration n’est pas nécessaire, et le diagnostic des formes communes ne présente véritablement pas de difficulté.
Dans les cas types, les sillons sont très faciles à reconnaître, à la condition de les rechercher en différents points du corps. On ne devra pas, en effet, se borner à examiner seulement les mains sur .lesquelles les sillons peuvent être altérés et rendus méconnaissables par l’usage du savon, chez les personnes qui prennent des soins de toilette attentifs, ou qui sont occupées à laver ; il en sera de même chez les ouvriers sous l’influence des acides ou du frottement. Chez l’homme,, on ne devra jamais omettre d’examiner aussi le pénis; chez les femmes, on aura soin d’explorer le mamelon et les régions où les attaches des robes ont exercé une pression : dans tous ces points, on trouvera certainement des sillons et des indurations allongées. Enfin, dans les cas même où les sillons ont été détruits par un traitement incomplet, on peut encore reconnaître leurs contours caractéristiques (fig. 71 et 74), qui se distinguent des éraillures communes de la peau en ce que de distance en distance leurs bords sont parallèles, et que divergents à une de leurs extrémités, ils se fusionnent à l’autre en forme de fer à cheval (1).
Un autre élément bien plus important pour le diagnostic est, outre le caractère de l’eczéma (consistant principalement en papules, vésicules et pustules discrètes), la localisation principale sur les régions du corps dont il a été question précédemment (2),
Je conseillerais volontiers de diagnostiquer tout simplement comme gale tout cas dans lequel une telle localisation s’impose à l’observateur, ou du moins, — c’est la chose principale dans la pratique, — de le trai-
(1) La recherche du sillon est le moyen pratique essentiel de dia-
gnostiquer la gale, et de démontrer la réalité de son diagnostic; c’est un véritable signe de certitude, à la portée de tous. Mais pour réussir dans tous les cas où ce sillon existe, il faut savoir le chercher; or cela s’apprend sur le galeux, non dans le livre. E. B. — A. D.
(2) La polymorphie des éruptions, leurs localisations interdigitale, antibrachiale, olécranienne, préaxillaire, pénienne, mammaire, etc. , etc. , et, par-dessus tout, l’examen attentif d’un certain nombre de galeux fait antérieurement, permettront, huit fois sur dix, de faire du premier coup d’œil un diagnostic de présomption que la recherche du sillon complète aisément, neuf fois sur dix. E. B. — A. D.
GALE
ter comme tel (1). Car on fera certainement disparaître la plus grande partie des symptômes, eczéma et prurit, par l’application d’une pommade pour la gale, et, dans aucun cas, ce traitement ne sera nuisible, si même le diagnostic n’était pas exact. Le préjudice serait à coup sûr moins grand que si l’on se bornait à une médecine expectante, ou si l’on soumettait le malade à des cures de boissons ou de bains qui ne répondraient nullement au but qu’on se propose.
Le pronostic de la gale, même de celle qui a persisté plusieurs années, qui s’est généralisée et a présenté des complications de toute espèce, est absolument favorable, car on peut guérir la maladie pour toujours, d’une manière certaine et dans un délai très court (2).
Le problème à résoudre pour le traitement de la gale est indiqué d’une manière positive.
En premier lieu, il faut détruire la cause de la maladie, c’est-à-dire les acares et leur couvée. On fera cesser ainsi en même temps le prurit et le grattage, et, avec ces derniers, la cause de l’eczéma, qui disparaît alors spontanément.
Mais comme l’eczéma donne lieu à des démangeaisons nécessairement suivies de grattage, et que, dans bon nombre de cas, il se développe avec une intensité telle, qu’il devient une véritable maladie, et que, dans ces conditions, un homme est hors d’état de travailler et ne peut être dit bien portant, la seconde partie du traitement consiste a guérir cet eczéma.
Il importe de se rappeler ces circonstances en présence des cures rapides qui ont été vantées, de différents côtés (3), dans ces dernières années. Car il est évident, pour tous ceux qui connaissent bien la question,
(1) Cela se fait communément dans la pratique de la policlinique, ou
dans la pratique nosocomiale, et l’événement démontre le bien-fondé du conseil de l’auteur. E. B. — A. D.
(2) Ce tableau est assez souvent plu.s sombre ; tantôt chez les enfants
ou chez les sujets eczémateux les éruptions acariennes sont continuées par un véritable eczéma souvent de longue durée; tantôt il survient des complications auxquelles nous avons déjà fait plus haut allusion, voy. la note 1 de la page 888. Dans d’autres cas encore, un prurit opiniâtre succède à la gale, et persiste longtemps après. Le médecin est assez souvent poursuivi par les plaintes de malades devenus véritablement psorophobes, et qui viennent réclamer une série indéfinie de frottes. Usera toujours prudent de ne pas formuler son pronostic à titre banal, mais seulement après l’avoir basé sur un examen attentif du malade, et de ne prendre la responsabilité que des seules médications que l’on est appelé à surveiller ou à diriger. E. B. — A. D.
(3) L'école de l’hôpital Saint-Louis s’honore d’avoir en même temps indiqué la nécessité des frictions générales, et d’avoir simplifié au plus
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
que la première partie du traitement dont j’ai parlé, la destruction des acares, se réalise chaque fois rapidement, et que, par suite, le malade est, dans beaucoup de cas, rétabli de fait, mais que dans les points où existe un eczéma intense, il n’est pas guéri malgré la disparition de la gale. Il faut donc encore traiter l’eczéma, mais jamais par une cure rapide (1); on ne parvient souvent à le faire disparaître qu’à l’aide d’un
haut degré le traitement de la gale ; les noms de Bazin et de Hardy sont ceux auxquels se rattachent ces progrès considérables : Voy. Bazin, art. Gale — Dict. encycl. des Sc. méd., et Hardy — art. Gale du Nouveau Dlct. de méd. et chir, E. B. — A. D.
(1) Il ne doit subsister ici aucune ambiguïté ; la cu?'e rapide de la gale, ou le procédé de Hardy, constitue un fait thérapeutique d’une grande importance populaire, et qu’il ne s’agit pas de juger ainsi sommairement. La question, pour être posée avec rectitude, doit être divisée, et non pas exposée en bloc. H y a des cas où la cure rapide est applicable, logique, bonne, suffisante ; il y a d’autres cas dans lesquels elle n’est pas applicable, et où elle serait illogique, mauvaise, inutile ou nuisible; nécessité est donc d’examiner les catégories à part.
1“ Cas où ta cure rapide est indiquée. — Pour tous les sujets chez lesquels les lésions cutanées sont peu intenses, la cure rapide., faite en dehors de tout séjour à l’hôpital (ainsi que cela se pratique à Paris depuis l’année 1832, époque à laquelle Hardy a institué sa méthode), est un bienfait considérable pour la population, et, dans une ville comme Paris, un soulagement, un grand profit pour le budget des pauvres. Ces cas, auxquels nous venons de faire allusion, constituent la grande majorité; le séjour de l’hôpital serait, pour la plupart de ces malades, une obligation à laquelle ils ne se résigneraient plus aujourd’hui.
L’observation démontre surabondamment que la cure rapide est suffisante dans la presque totalité de ces cas; ceux chez qui l’eczéma survit intense à la destruction des acares reviennent, et sont alors admis à l’intérieur, ou munis des moyens nécessaires à achever la guérison des lésions cutanées consécutives; ils sont en minorité.
2“ Cas où la cure rapide nest pas indiquée. — Pour les sujets qui offrent des lésions acariennes intenses; pour les malades qui se présentent avec de véritables dermites eczémateuses, la cure rapide n’a plus de raison d’être, et il vaut mieux les recevoir à l’hôpital et les traiter pendant le temps nécessaire, une semaine ordinairement, d'après nos usages, quelquefois davantage.
Ces réserves faites, nous ne refusons pas de reconnaître que la cure î’o/jit/e est surtout un procédé populaire, expéditif et économique, plutôt qu’un moyen méthodique, et qu’on doit l’entendre au point de vue de la destruction de la cause, non de la guérison immédiate des lésions cutanées. Voy. plus loin, pour développements et pour complément, l’Appendice des Traducteurs sur le Traitement de la gale, pp. 901 et suiv.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
GALE
traitement de plusieurs jours, ou même de plusieurs semaines. Nous ne considérons pas un malade atteint de gale, comme guéri, ainsi que le prouve l’expérience, tant qu’on n’a pas fait disparaître les phénomènes morbides provenant de la cause première, et que l'individu n’a pas repris ses occupations habituelles et la santé. Aussi, nous ne proclamerons pas la supériorité de la cure rapide, et nous déclarerons, au contraire, que, dans notre hôpital, la durée moyenne du traitement de la gale est, pour les hommes, de trois à cinq jours; pour les femmes, de cinq à sept ; parce que chez les premiers (les cordonniers et autres ouvriers) l’eczéma des fesses, chez les femmes celui des seins, exigent souvent pour leur guérison de deux à six semaines.
Les remèdes dont l’efficacité est certaine pour la destruction des acares et de leur couvée, sont les suivants : le soufre, les infusions, les décoctions et les huiles éthérées de certaines plantes, les semences de staphysaigre, l’ellébore, les baies de laurier, l’huile de caryophyllée, de romarin, de menthe, etc. ; en outre, les huiles balsamiques et empyreumatiques, le baume du Pérou, de tolu, le pétrole (Decaisne), le styrax (Pastau), le goudron, le naphtol. A ces médicaments, il faut encore ajouter ceux qui, en macérant l’épiderme, facilitent la pénétration des parasiticides dans les sillons, comme le savon et les poudres grossières (craie et pierre ponce).
Avec les médicaments que j’ai indiqués, l’empirisme a multiplié des combinaisons qui peuvent se compter par centaines, combinaisons qui ont joui d’une renommée plus ou moins grande, sous le nom de « pommades pour la gale », « lotions antipsoriques », et dont l’emploi a, en général, justifié le crédit.
Voici quelques-uns de ces remèdes :
Pommade d’Helmerich :
Soufre citrin
grammes
Sous-carbonate de potasse
Axonge
d’Alibert :
Fleur de soufre
grammes
Muriate d’ammoniaque
Axonge
de Jadelot :
Sulfure de potasse
grammes
Savon blanc
Huile d’olive
— de thym
KAPOSI, 2« ÉD. — II
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
1 décigr.
P. de Vezin:
Fleur de soufre
Savon blanc |> âà 20 grammes.
Axonge
Poudre d'ellébore blanc 1
Nitre pur 0 gr.
P. de Wilkinson modifiée (par Hebra) :
Fleur de soufre ) . .
Huile de hêtre . . 5 * grammes
f ; âi 80 -
Craie blanche pulvérisée 5 —
P. de Weinberg ;
Styrax liquide 1
Fleur de soufre. .......... .. > àà 10 grammes
Craie blanche .....)
f™" ! àâ 20
Axonge
P. de Bourguignon :
Huile de lavande .........
— menthe ,, ,,
— caryophyllée ^ ‘
— cinnamone
Comme adragante. 5 —
Carbonate de potasse 35 —
Fleur de soufre . ■ 100 —
Glycérine . . ... ':200 —
(Préparation d’un prix' très élevé).
P. d’Adolf :
Fleur de soufre
Baies de genévrier ,
r, • , 1 . 1 r • - > aa 35 grammes
Baies de laurier pulvérisées . ‘ °
Axonge
Solution de Vlemingkx d’après la formule magistrale.
solution de foie de soufre et de chaux,
On peut encore employer avec avantage le savon de potasse seul ou les savons sulfureux, les savons de sable et de soufre du commerce ; les savons de soufre et de naphtol; ou bien le baume du Pérou ouïe styrax soit purs, soit mélangés avec des huiles. Le pétrole (1) seul et toutes
(1) Nous proscrivons l’usage du pétrole en frictions générales, à cause des accidents que nous avons constatés chez des sujets brûlés gravement pendant son emploi, et des violentes dermites eczémateuses qu’il
GALE
les infusions et décoctions aqueuses aromatiques ont moins d’efficacité.
Quant au choix du remède, au mode d’application, il faut, d’après notre expérience, se guider sur la double considération que les principes imposent à la thérapeutique. D’après cela, on doit recommander de préférence les remèdes et les méthodes de traitement qui permettent de détruire le plus promptement lesacareset leurs sillons, et qui irritent le moins la peau.
Dans ce sens, je peux recommander actuellement, outre l’onguent de Wilkinson modifié que j’ai essayé et conseillé jusqu’à présent, la pommade de naphtol employée depuis 1881 dans ma clinique, assurément comme le meilleur remède contrela gale. Voici ma formule ;
Axonge 100 grammes.
Savon vert 50 —
Naphtol 15 —
Craie blanche ,'pulvérisée. ........ 10 —
Sous l’influence de celte pommade, les sillons et les éruptions eczémateuses se flétrissent et le prurit se calme immédiatement.
En. même temps, la peau devient douce au toucher, de plus l’absence d’odeur et de coloration constitue encore d'autres avantages de cette préparation.
Contre ceux de gravité moyenne, il suffit d’employer une des préparations suivantes ; le baume du Pérou pur ou le Uniment ci-après formulé :
Styrax liquide
Pétrole du commerce
Huile d’olive
Baume du Pérou
Alcool de savon de potasse .
5 grammes.
Ou bien encore :
Fleur de soufre .
Vaseline ....
Lanoline ....
Huile de lavande
— menthe
— naphte .
15 grammes, ââ 25 —
àà 5 gouttes.
peut provoquer ; c’est, en outre, un antiscabéique infidèle. Mêmes restrictions à l’égard des savons pélroléiques, dont l’odeur est inacceptable pour beaucoup de malades, et qui, appliqués aux éruptions acariennes intenses et étendues, sont au nombre des topiques les plus irritants. E. B. — A. D.
CINQUANTE-QUATRIÈME LEÇON
Tous les corps gras, comme le baume du Pérou, le styrax, etc., ont au contraire l'inconvénient, en premier lieu, de ne pas amener la dessiccation de l’eczéma, et en second lieu, les sillons, en raison du gonflement de leur enveloppe épidermique, paraissent pâles et succulents et en outre incolores, en sorte qu'il est difficile de se rendre compte si dans chaque sillon, on a de'truit les acares et les œufs. C’est ainsi que, après un traitement quelconque, surtout à la suite de pommades sulfureuses, il survient des éruptions eczémateuses et du prurit dont l’apparition pousse par erreur le médecin à recommencer le traitement, ce qui a souvent une influence nuisible pour la peau, et oblige par conséquent à prolonger la médication.
11 est inutile de faire subir au malade un traitement préparatoire au moyen de bains et de frictions savonneuses; s’il existait de l’eczéma, cette méthode serait même nuisible. Des frictions énergiques avec la main suffisent si Ton se sert d’une pommade, avec un morceau de flanelle si l’on emploie un remède huileux. Il est seulement essentiel de frotter énergiquement toutes les régions de la peau qui sont le siège habituel des sillons.
Ce sont donc en premierlieu les doigts séparément, ensuite les replis interdigitaux, le pli du poignet, la paume et la face dorsale des mains, puisle côté de l’extension des coudes, le repli antérieur des aisselles, le mamelon et les parties adjacentes, le nombril, les hanches, les fesses, principalement la peau qui recouvre les tubérosités ischiatiques, les plis fessiers, le pénis, le scrotum, le rebord interne du pied.
On frotte séparément et vivement toutes les parties que je viens d’énumérer, et ensuite on étend le remède sur toute la surface cutanée. Avec la pommade de naphtol composée, on ne fait chez nos malades atteints de la gale qu’une seule fi'iction, il est vrai avec soin et complète; une seule fois suffit. L’enveloppement dans des couvertures de laine, ou même la sudation (méthode anglaise d’autrefois) sont inutiles et même nuisibles, parce qu’on provoque ainsi un eczéma artificiel. On fait mettre aux malades après la friction des vêtements de laine sur le corps nu : à l’hôpital, on les fait coucher entre des couvertures de laine, pour éviter que la pommade ne soit absorbée par le linge, et on attend non seulement que la peau soit devenue tout à fait sèche, mais encore que tout Tépiderme ratatiné soit exfolié (après l’emploi de la pommade de Wilkinson, de celle de naphtol et de toutes les pommades au savon) et qu’on ait vu disparaître tous les symptômes d'irritation cutanée, lesquels ne manquent complètement que dans un très petit nombre de cas, comme l’urticaire, l’eczéma papuleux. C'est à ce moment seulement qu’on prescrira un bain de propreté; en général il convient d’y avoir recours du troisième au cinquième jour. Comme
GALE
moyens complémentaires, on aura soin, à l’aide d’applications de poudre, en neutralisant l’action irritante de la sueur ainsi qu’en proscrivant l’usage des bains, d’éloigner toute irritation inutile de la peau et toutes les causes d’eczéma artificiel ; donnez à ce point d’autant plus d’attention que vous aurez à faixe à une peau plus prédisposée à cette forme d’éruption.
Après une gale de quelque intensité, il reste le plus habituellement de l’eczéma, du suintement, des nodosités, des pustules aux fesses chez les cordonniers, de l’eczéma des seins chez les femmes, des pustules et des bulles aux doigts.
La guérison de ces eczémas s’obtient d’après les procédés ordinaires, au moyen d’onguent diachylon, de l’application de compresses humides, de cautérisations avec une solution de potasse, de manuluves mercuriels et de linges imbibés d’une solution de sublimé, de goudron, de pâtes de zinc, etc. (1).
(1) L’art de traiter la gale s’apprend surtout en observant dans les hôpitaux spéciaux où les galeux sont en grand nombre; malheureusement, il est fort peu d’élèves ou de médecins qui prennent cette peine; aussi se trouvent-ils généralement fort dépourvus lorsque le moment de traiter, pour la première fois, un galeux est venu, non pas que les formules ni les recettes fassent défaut dans tous les livres qu’ils ont entre les mains, bien au contraire, ceux-ci en regorgent ; mais cette richesse même devient une cause d’extrême embarras. Si l’on n’a pas observé des galeux avant, pendant, et après le traitement, on ne sait en réalité rien de ce qu’il faut prescrire pour le cas particulier, rien de ce qui va se passer, et l’on est en général hors d’état de choisir une formule appropriée à la situation du malade, à la forme, au degré, à l’étendue de l’éruption acarienne, aux lésions réalisées, à la délicatesse ou à la résistance du tégument externe, etc. Deux méthodes générales sont à la disposition du médecin, les unes rapides, absolues, les autres, lentes, atténuées, mitigées. Nous allons les exposer aussi brièvement que possible dans V Appendice suivant :
APPENDICE DES TRADUCTEURS
I. — Cure rapide de la gale. — Dans les cas simples, communs, c’est-à-dire dans la très grande majorité des cas, le traitement de la gale peut se faire dans des conditions infiniment moins compliquées et moins pénibles que celles qui viennent d’être indiquées dans le texte courant.
Les cas simples sont ceux dans lesquels il n’existe, chez le sujet atteint de gale, aucune irritation tégumentaire autre que des silions, des excoriations de grattage, quelques pustules disséminées, et où il n’y
APPENDICE DES TRADUCTEURS
a, au moment de l’examen, ni eczéma proprement dit, ni dermite en plaques, ni lymphangite, ni abcès, etc. Sont encore simples, les mêmes cas dans lesquels il n’y a pas de lésion viscérale : cardiopathie avancée, bronchite aiguë ou chronique, albuminurie, état de grossesse, période menstruelle, etc., etc., c’est-à-dire aucune circonstance pouvant ne pas permettre V exposition du corps nu, l’emploi du bain, etc.
Pour tous ces cas, la médication peut être expéditive, courte, non onéreuse, ni dispendieuse, et il y a grand avantage à l’exécuter par les méthodes rapides, parmi lesquelles deux principales, la méthode française, et la méthode belge.
1“ Méthode française, de Hardij, ou de l'hôpital Saint- Louis. — Premier temps : Friction sur tout le corps, accentuée surtout dans les points d’élections, avec du savon mou de potasse. Durée, vingt minutes. Second temps : Bain tiède, dans lequel lé corps entier est frictionné sous l’eau ; durée, une heure. Troisième temps : Le corps, essuyé, est de nouveau frictionné avec la pommade d’Helmerich, modifiée par Hardy.
Axonge 300 grammes.
Soufre 50 —
Carbonate de potasse . 23 —
Durée, vingt minutes. Il est d’usage, à l’hôpital Saint-Louis, d’engager le malade à ne pas s’essuyer après être frictionné, et à ne pas prendre un bain avant le lendemain. Cet usage, bon dans un certain nombre de cas où la friction n'a pas été convenablement exécutée, est nuisible dans quelques autres, chez les malades qui ont la peau irritable ou irritée ; nous sommes, sur ce point, en accord avec Fournier, qui ne l’a pas adopté.
Ce procédé, qui permet de traiter la presque totalité des cas de gale en moins de deux heures, sans interner les galeux, suffit à la guérison radicale et complète de 90 à 9o p. 100 des galeux. Ce temps pourrait être abrégé de moitié si on faisait la frotte à la brosse.
Six pour cent environ des sujets ainsi traités policliniquement se représentent à nouveau dans les semaines qui suivent, les uns, la minorité, deux à trois pour cent au plus, non guéris, ayant encore des sillons inaltérés; c’est exclusivement par un défaut de surveillance dans l’exécution du traitement, dépendant du grand nombre des galeux traités en même temps.
Les autres ont des irritations eczématiques plus ou moins vives ; trois à quatre pour cent : ou bien ces malades avaient une irritabilité tégumentaire impossible à prévoir, ou, ce qui est plus vrai, ils n’ont pas été suffisamment triés avant d’être soumis à la cure rapide ; enfin cinq à six pour cent reviennent, accusant encore du prurit ; les uns ont réellement conservé un peu d’irritation dermique; mais la majorité de cette section est composée d’acaromanes chez lesquels l’idée de la gale est devenue une obsession ; les étudiants en médecine, ou les médecins, qui ont contracté la gale, ont une prédisposition particulière à cette nosomanie accidentelle.
TRAITEMENT DE LA GALE
Dans la pratique de la ville, cette médication, avec une modification légère, peut être appliquée avec la plus grande simplicité. A une heure de la journée qui convient au malade, ou simplement avant l’heure du coucher, la surface du corps est savonnée à l’aide d'une bj'osse à mains un peu large, avec de l’eau chaude et du savon à volonté ; dix minutes suffisent pour ce premier temps, après lequel le malade continue la friction pendant vingt minutes dans un bain tiède. Au sortir de ce bain, et après avoir essuyé la peau avec des serviettes un peu rudes, il est fait une friction générale du corps avec une brosse à mains imprégnée de la pommade, ou de la préparation adoptée, laquelle dans notre procédé de friction à la brosse, peut et doit être atténuée dans sa composition ; il est nécessaire que la friction soit particuliérement active sur les points que le médecin a désignés au malade après examen attentif de la surface du corps.
La préparation la plus économique est dérivée des formules de Helmerich et de Hardy; nous la. prescrivons ainsi :
Lanoline
Axonge ou vaseline Carbonate de potasse Soufre pi’écipité . .
Menthol
Le malade conserve sur la peau la pommade- pendant une heure, durant laquelle il recouvre le corps complètement, chemise, caleçon, bas, gant; ce délai écoulé, il lave le corps dans le bain, ou avec une éponge, de l’eau chaude, du savon, puis après avoir fait, ou non, une onction calmante d’onguent de zinc, de cold-cream, de vaselino, la surface du corps est poudrée à l’amidon.
Si les sillons étaient nombreux, la gale très étendue, et que la peau, examinée le lendemain, ne soit pas trop irritée, que l’on ait encore constaté des sillons intacts, la même médication peut être renouvelée une seconde fois; mais elle ne le doit être que sur motif, et sur prescription.
La préparation précédente peut être remplacée par un grand nombre d’autres plus élégantes, telles que la pommade de Bourguignon — Voy. le texte courant — qui peut être exécutée plus économiquement en remplaçant lés huiles essentielles par le menthol exclusivement, et que l’on peut réduire à moitié dose de carbonate de potasse, si on l’emploie à la brosse.
Gomme adragante 3 grammes.
Carbonate de potasse 20 —
Soufre précipité 100 —
Glycérine 200 —
Menthol 1 —
2“ Méthode belge, méthode de Vlemingkx simplifiée — voy. En. de Smet : Comment on traite la gale à l’hôpital Saint-Pierre — Pratique médicale, 1890, p. 255. Premier temps : une demi-heure : bain alcalin. — S.-carb. de potasse, 250 grammes pour un bain de 200 litres — pen-
100 grammes.