MILIAIRE, SUETTE
Au nombre des éruptions vésiculeuses aiguës, il faut encore comprendre la miliaire désignée sous le nom de suette, qui autrefois a joué son rôle en pathologie, puisque, à plusieurs reprises, il a même été question d’épidémies de miliaire (ital. migliaria).
Les auteurs signalent trois espèces de miliaires: l°la miliaire rouge; 2° la miliaire blanche; 3“ la miliaire cristalline.
Sous le nom de miliaire rouge, on désigne une éruption très confluente de petites vésicules, représentant des efflorescences à base rouge, delà grosseur d’un grain de millet, rouges, contenant à leur sommet un liquide un peu clair, éruption qui survient d’une manière aiguë, et s’accompagne en général de sueurs profuses sur le tronc et les membres.
Si leur enveloppe épidermique est macérée, ramollie, contenant un liquide trouble, les vésicules paraissent opalescentes, et on a alors la deuxième variété, la miliaire blanche.
Hebra a fait remarquer que cette espèce de miliaire est analogue à un exanthème sudoral, et que, par conséquent, elle mérite réellement le nom d’eczéma sudamen ou sudamina [prickhj heat des Anglais ; calori, des Italiens). Haight a donné le dessin très intéressant de la coupe microscopique d’une vésicule miliaire. On y voit la couche cornée soulevée en forme de vésicule au niveau de l’orifice d’une glande sudoripare. Cette éruption est très fréquente non seulement par les chaleurs de l’été, mais même en hiver, à la suite d’une transpiration abondante. J’ai vu quelquefois ces éruptions générales se produire consécutivement à l’application de pommades irritantes. Il est facile de se convaincre qu’il ne s’agit, dans ces cas, que d’un eczéma sudoral léger, puisque, avec des sueurs persistantes, susceptibles de macérer et d’irriter la peau, ou sous l’influence du grattage, on voit parfois l’éruption se transformer en un eczéma humide. Si, au contraire, les causes d’irritation dont je viens de parler n’ont pas lieu, l’éruption se termine par la chute des enveloppes vésiculaires, c’est-à-dire par une légère desquamation.
Il est facile, d’après cela, de comprendre qu’on observe fréquemment la miliaire rouge et la miliaire blanche dans le cours des affections fébriles. Leur développement est très souvent précédé de picotements
DIX-NEUVIÈME LEÇON
dans la peau, semblables à des piqûres d’aiguille; après l’apparition de l’éruption, c’est, au contraire, le prurit qui tourmente les malades.
Mais, si l’on étudie ces phénomènes et si l’on tient compte de la description anatomique donnée par ITaigbt, on aura raison de considérer les vésicules, non comme dues à l’influence irritante de la sueur sur la surface cutanée, mais comme l’effet de son accumulation entre les couches épidermiques qui remplissent l’orifice des glandes sudoripares.
Tout au contraire, la miliaire cristalline a incontestablement la signification d’un véritable exanthème cutané; ceci ressort soit de ses caractères cliniques, soit de son étiologie. Les vésicules de la miliaire cristalline ont, en général, la grosseur de grains de semoule, elles sont claires comme de l’eau, pâles, semblables à des gouttes de rosée; elles sont souvent plus perceptibles au toucher qu’à la vue et surviennent en grand nombre sur le tronc, principalement à la poitrine, au bas-ventre, sur les parois latérales du thorax, ainsi que sur le côté de l’extension des membres, au cou.
Ces vésicules persistent plusieurs jours, une ou plusieurs semaines^ selon les circonstances qui leur ont donné naissance. Leur contenu a une faible réaction alcaline, jamais acide. Elles ont une durée variable, sans que, dans aucun cas, la vésicule isolée prenne un volume plus considérable, — quelquefois il survient, entre elles, des bulles du volume d’une lentille ou d’un haricot, mais ces dernières ont également des parois épidermiques extrêmement minces ; — leur contenu ne se trouble jamais, ne devient jamais purulent, elles restent toujours à l’état d’efflorescences semblables à des gouttes de rosée, c’est aussi le seul exanthème exsudatif qui soit encore reconnaissable sur le cadavre.
Elles disparaissent en général de la manière suivante : les parois des vésicules se détruisent spontanément ou sous l’influence de la sueur, de telle façon qu’il n’y a même pas de desquamation. Une partie de ces vésicules disparaissant de cette manière, en laissant après elles des surfaces saines, et, d’autre part, de nouvelles éruptions se reproduisant, le processus tout entier peut durer plusieurs semaines. Ordinairement des frissons précédent la première éruption, ainsi que les poussées successives qui surviennent isolément. Selon Hebra, on aurait parfaitement raison de considérer la miliaire cristalline comme l’expression d’un processus métastatique, occasionné par certaines affections d’organes internes, qui sont propres à provoquer des métastases sur la peau, tels que l’endomélrite, la métrophlébite, l’état puerpéral, l’endocardite, le typhus, le rhumatisme articulaire, les exanthèmes aigus, comme la scarlatine (miliaire exanthématique). En effet, la miliaire apparaît fréquemment dans le cours de ces processus, et principalement à leur dernière