‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 36 sur 214 · PEMPHIGUS AIGU OU FÉBRILE, FIÈVRE BULLEUSE · texte numérisé non relu

PEMPHIGUS AIGU OU FÉBRILE, FIÈVRE BULLEUSE

Je dois ajouter, aux éruptions bulleuses aiguës, l’affection connue sous la dénomination de pemphigus aigu.

On comprend sous ce nom une affection dans laquelle surviennent des bulles irrégulièrement disséminées sur la face, le tronc, les extrémilés, à marche aiguë, et qui se termine dans l’espace de quelques semaines avec ou sans phénomènes fébriles. Ces efflorescences varient de la grosseur d’un pois à celle d’un haricot, et même davantage ; elles renferment un liquide clair comme de l’eau. Elles se dessèchent au bout de peu d’heures ou de jours, et, après la chute des croûtes, il reste une tache rouge, plus tard pigmentée.

La maladie a une marche aiguë dans ses premières semaines; il survient des bulles par poussées irrégulières, ensuite les éruptions deviennent plus rares, les anciennes bulles guérissent et le processus s’éteint.

On a aussi observé le pemphigus aigu chez des enfants dans des endémies plus ou moins étendues.

Tl est hors de doute que, dans beaucoup de cas, l’objection de Hebra est juste : c’est-à-dire que ces éruptions bulleuses aiguës, — comme on les observe dans la variole modifiée et la varicelle bulleuse, dans l’érythème bulleux, l’herpès iris et circiné, même dans l’eczéma, l'urticaire bulleuse, enfin une forme propre d’impétigo de la face (impétigo contagiosa) dont on a observé, pour la première fois, une épidémie en 1885,

(1) Il n’y a aucune raison de traiter ici de l’affection hypothétique dont il s'agit, et nous reportons la question entière du pemphigus au chapitre du pemphigus vrai. E. B. — A. D.

DIX-NEUVIÈME LEÇON

à Rügen, de laquelle il sera question à propos de l’eczéma, — que toutes ces éruptions bulleuses, dis-je, ont également une marche aiguë et ont pu être qualifiées de pempliigus aigu par quelques médecins et dénommées ainsi tout récemment par Pontoppidan. D’autre part, quelques auteurs ont même fait un pemphigus aigu de chaque période éruptive, à marche aiguë, du pemphigus chronique.

En outre, de nombreux auteurs, et surtout des médecins d’enfants, comme Thomas, Moldenhauer, etc., ont signalé chez un grand nombre de jeunes sujets d’une même localité (dans des cas isolés également chez des adultes) une éruption bulleuse se développant rapidement, ayant une période de prodromes, d’éruption, puis de décroissance, mais qui se terminait toujours favorablement.

Mais ces cas ont été appréciés d’une manière très différente par les auteurs. Les uns ont considéré l’éruption bulleuse dont nous parlons comme une varicelle, ce qui concorde avec l’opinion de ceux qui attribuent ces endémies à un seul contage et regardent la maladie comme un pemphigus contagieux des enfants. D’autres, au contraire, comme Bohn, ont rattaché l’épidémie à l’influence de bains trop chauds administrés par une sage-femme. D’autres auteurs encore, en raison de cette dernière circonstance, ont rapporté le processus à la contagion, parce que les seuls enfants soignés par cette sage-femme étaient devenus malades. En un mot, on a émis les opinions les plus diverses et les plus contradictoires sur cette affection. Toutefois, il m’est impossible de me prononcer sur la nature de cette éruption bulleuse aiguë, survenant le plus souvent chez des enfants, parfois aussi chez des adultes (cas de Kôbner), puisque je n’ai jamais eu l’occasion de voir une telle pædophlyctite épidémique ou fièvre pemphigoïde ou bulleuse, épidémique, contagieuse, des enfants, etc. (1).

(1) Faute de pouvoir donner une dénomination meilleure, et basée sur des recherches plus avancées, nous conservons ici à titre provisoire le titre de pemphigus , bien qu'il soit tout à fait impro'pre, et nous reconnaissons sous la dénomination de Pemphigus contagieux des nouveau-nés une affection vésiculeuse et bulleuse de la première enfance, épidémique et contagieuse, bénigne, bien distincte des syphilides bulleuses de la première enfance décrites sous le nom de pemphigus syphilitique.

Cliniquement, le « pemphigus contagieux » des nouveau-nés se caractérise par le développement, avec ou sans fièvre, et peu de jours après la naissance, sur des enfants bien portants et vigoureux aussi bien que sur des petits malades, de bulles qui peuvent être solitaires ou très nombreuses, isolées les unes des autres, précédées, entourées ou s’entourant secondairement de rougeur érythémateuse, pouvant avoir leur

PEMPHIGUS AIGU OU FÉIÎRILE, FIÈVRE RULUEUSE. 479

Quant à la diversité des opinions ou tout au moins à l’ignorance qui règne sur la nature et la contagiosité du pemphigus, il faut attacher une certaine importance à la présence de champignons, de gonidies en grand nombre, de rares mycéliums que mon ancien assistant, Riehl, a trouvés, décrits exactement et dessinés, dans un cas de pemphigus aigu chez un garçon âgé de quinze jours qui étaitvenu à la consultation gratuite. Il paraît vraisemblable que, dans ce cas, ainsi que dans quelques autres, ces champignons de moisissure sont la cause des bulles de pemphigus et que ce serait là le substratum pouvant rendre compte d’une diffusion épidémique, ainsi que de la contagion.

Enfin, il faudrait considérer quelquefois comme pemphigus aigu des cas de dermatite exfoliatrice des nouveau-nés (Ritter) et d’épidermolyse bulleuse héréditaire (Kôbner). La dernière variété décrite par Goldscheider, Valentin et Kôbner paraît ne devoir être regardée que comme une formation bulleuse (urticaire) traumatique sur une peau congénitalement irritable et prédisposée aux inflammations, et non comme une maladie idiopathique.

siège sur tous les points du tégument cutané, y compris le cuir chevelu, mais ne semblant jamais affecter la paume des mains ni la plante des pieds, non plus que les muqueuses ordinairement. Le volume moyen des bulles est celui d’une moitié de gros pois ou de noisette; leur contenu est transparent, grisâtre ou citrin plus communément; elles évoluent par poussées comme le pemphigus vulgaire ou les varicelles à éruptions multiples; l’évolution, la rupture et la dessiccation des bulles sont tout à fait comparables à celles des varicelles intenses; exceptionnellement, l’éruption est assez considérable en elle-même, pour devenir une cause de mort; le pronostic général est basé surtout sur l’état de l’enfant, au moment où il est atteint par l’affection. — La durée totale de la maladie peut varier d’un septénaire à trois ou quatre, et peut-être plus. — Voy. E. Resnier [Bullet. et Mém. de la Soc. méd. des Hôpitaux. — Rapp. s. les malad. rég. du 3® trimestre de 1874, 2® Série, t. XI, p. 234). On trouvera, en outre, dans notre travail une étude historique et critique de la question dans son ensemble. — Voy. encore (même recueil), E. Hervieux, Pemphigus épidémique des nouveau-nés, 2® Série, t. V, 1868; puis, la très bonne thèse de notre élève distingué, P.-H. Roeser, Du pemphigus chez les nouveau-nés. Paris, 1876, n® 319, etc,, etc.

Ernest Resnier. — A. Doyon.

VINGTIÈME LEÇON

VirN'GÏIÈME LEÇON

Page 1