CONGÉLATION, DERMITE PAR CONGÉLATION
Je serai beaucoup plus bref en ce qui concerne les lésions de la peau occasionnées par des températures exceptionnellement basses, et que l’on désigne sous les noms de congélation, dermite par congélation ou congélation.
Sous l’influence longtemps prolongée d’une température absolument basse, et aussi, — mais chez des personnes prédisposées, — d’une température de 4 à 5 degrés au-dessous du point de congélation, les parties de la peau subissent des altérations que, comme celles de la brûlure, l’on peut diviser en trois degrés : dermite par congélation érythémateuse, bulleuse et escharotique.
La forme érythémateuse apparaît le plus souvent avec le caractère d’engelures, perniones. Leur siège principal est aux mains et aux pieds, plus rarement au nez, aux joues etaux oreilles (1). Elles ne surviennent que lorsque les parties de la peau atteintes ont été réchauffées après avoir été exposées au froid pendant longtemps, par conséquent le plus souvent dans la soirée et par la chaleur de la chambre ; ceux qui en sont atteints sont alors incommodés pendant plusieurs heures par des
(1) Les engelures du nez, des joues et des oreilles sont moins bien connues que celles des extrémités des membres ; elles sont souvent plus tenaces, prolongées et durent toute la saison d’hiver, amenant sur les joues et sur le nez rarement des ulcérations, mais très fréquemment une augmentation de volume et une déformation; sur les oreilles, des érosions de l’ourlet des pavillons, qui se confondent quelquefois bien étroitement avec l’asphyxie locale ou le lupus — Voy. les notes du Lupus — et qui laissent des cicatrices indélébiles — engelures chroniques.
Les engelures répétées et prolongées des mains, surtout chez les. jeunes filles, produisent aussi aux extrémités des déformations hypertrophiques des mains qui leur sont très préjudiciables, et que des soins attentifs peuvent au moins atténuer.
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picotements et par une vive démangeaison. La lésion se présente sous forme de plaques saillantes de la dimension de l’ongle du pouce jusqu’à celle d’une pièce de 5 francs en argent, d’une coloration rouge vif à la périphérie et livide au centre. La douleur, la sensation de chaleur et le prurit augmentent régulièrement le soir, tandis que, dans la matinée, les engelures sont à peine sensibles à la pression.
Le froid occasionne la contraction des vaisseaux capillaires de régions limitées, dont la peau s’anémie, se refroidit et est ainsi rendue insensible. Mais probablement les capillaires deviennent en même temps parésiques, puisqu’ils se dilatent extraordinairement par la suite, ce qui donne lieu à des phénomènes d'hyperhémie passive, de cyanose, à des symptômes de stase, d’infiltration séreuse et d’inflammation lente. Cette dernière amène aussi l’issue d’un sérum sanguinolent sous l’épiderme des engelures, et, après, la rupture des bulles, la désagrégation nécrosique des couches les plus superficielles du chorion sous forme d’ulcères torpides, à marche très lente, reposant sur une base hémorrhagique, — pernio ulcerans. J’ai vu parfois résulter de cet état de là phlébite et de l’adénite avec des symptômes fébriles intenses.
Cette forme constitue en même temps le second degré de la congélation et peut survenir chez tous les individus dont la peau a été exposée pendant longtemps à un froid vif.
Ce sont surtout les sujets anémiques des deux sexes qui sont disposés aux engelures (1). Chez ces personnes on voit survenir des engelures dès les jours de pluie froide de l’automne et même de l’été, lorsque la température de l’air est tombée à peu près à o ou 6 degrés C., tandis que des personnes bien nourries et produisant assez de chaleur
(1) Cette prédisposition aux engelures est presque physiologique pendant la seconde enfance et la première jeunesse; combien y a-t-il de personnes qui n’aient jamais eu d’engelures entre cinq et quinze ans? Quand elle est très accentuée, elle coïncide avec un état habituel de parésie vasculaire des extrémités, mains rouges et habituellement froides, tuméfiées, volumineuses, souvent hyperidrosiques et elle est en rapport avec Vétat lymphatique , scrofule de beaucoup d’auteurs, scrofule bénigne de Bazin. Il ne saurait être contesté que l’état « d’anémie », de délicatesse ou de faiblesse est aussi une condition favorable à la production des engelures, mais il y a de nombreuses exceptions dans les deux sens, quelques sujets parfaitement anémiques et délicats n’ayant jamais d’engelures, quelques autres, des moins anémiques et des plus vigoureux, en présentant régulièrement.
Le plus habituellement, la seconde jeunesse et l’âge adulte deviennent à l’abri des engelures ; mais non toujours, et on les voit reparaître dans la vieillesse sans forme d’érythèmes livides, torpides.
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peuvent s’exposer même à de grands froids sans contracter d’engelures. C’est pour cela que les premières souffrent régulièrement d’engelures à chaque saison froide pendant plusieurs années, — aussi longtemps que l’anémie persiste, — tandis que des sujets généralement robustes voient une congélation se produire très accidentellement sur une partie limitée de la peau, et alors, le plus souvent, c’est une congélation du deuxième ou du troisième degré.
Dans la congélation au troisième degré, on trouve de grosses bulles remplies d’une sérosité sanguinolente dont la base est constituée par un tissu hémorrhagique, ou bien la peau présente un aspect pâle, marbré de bleu; en même temps, elle est froide, rigide et insensible. Ce n’est qu’au bout de plusieurs jours et même de plusieurs semaines, que l’on constate à quel point les tissus sont mortifiés. Il se produit, en outre, un effet tout à fait inégal du froid, car la momification arrive eu quelques points jusqu’à l’os, et l’os lui-même se nécrose, tandis que, dans d’autres, ce ne sont que les couches superficielles delà peau qui subissent la destruction; ou bien encore il se fait, dans des points intermédiaires, une nécrose profonde. A la limite de l’eschare, il s’établit une inflammation exfoliatrice et de la suppuration qui s’accompagnent de fièvre. Les suites de ces congélations sont la perte de quelques phalanges ou du membre entier; souvent aussi, la phlébite, la septicémie et la mort, si de bonne heure on n’a pas amputé la partie mortifiée.
Le pronostic de la congélation au troisième degré est très incertain par les raisons que j’ai indiquées, même lorsqu’elle n’a atteint que quelques orteils ou quelques doigts. Du reste, il faut encore observer qu’on ne peut se faire une juste idée de l’étendue et de la profondeur de la congélation qu'au bout de plusieurs jours, puisque la réaction ne survient que très tard et lentement; et que plus d’une partie paraissant insensible peut revenir à la vie, car, comme Billroth l’a dit avec raison, les vaisseaux sont en bien des points perméables et peuvent être encore traversés par le sang et devenir propres à la nutrition des tissus, tant que ces derniers n’ont pas été décomposés par la congélation directe de leurs éléments aqueux. Mais, avec la perméabilité des vaisseaux, existe aussi un plus grand danger pour la septicémie, puisque le courant sanguin qui les traverse peut entraîner des particules de tissu décomposé.
Dans la thérapie de la congélation escharotique, on est, dès le début, d’après les considérations qui précèdent, dans l’impossibilité d’agir d’une façon active; on essaie de ranimer peu à peu les parties congelées en les frottant avec de la neige pour rétablir la circulation. La nécessité de l’ablation chirurgicale partielle ou totale de parties
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plus ou moins considérables de membres congelés est subordonnée à l’expérience chirurgicale de chacun. Il y a eu une savante discussion à la Société des médecins de Vienne, à l’occasion d’un intéressant discours de Billrotlî sur la gangrène spontanée. Tandis que Billrotli plaidait, d’après son expérience, pour pratiquer l’amputation aussitôt que possible, Dumreicher et Dittel insistaient pour qu’on attendît jusqu’à ce que la gangrène se limitât. Dans la congélation des orteils et des doigts, j’ai trouvé qu’il était, pour les malades, préférable d’attendre, puis(jue les résultats sont en général plus avantageux qu’il n’était permis de l’espérer dès le début. Dans l’escharification arrivée jusqu’à la partie moyenne de la jambe, j’ai vu survenir la mort par septicémie, après une amputation faite tardivement, et je l’ai vue survenir aussi pendant la temporisation.
Si l’on se trouve en présence de sujets complètement raidis par le froid, il faut avant tout essayer de leur faire reprendre connaissance dans un endroit frais, par des frictions et par les moyens usités en pareil cas, et ce n’est qu’après avoir pourvu à cette indication principale, qu’on portera son attention sur les congélations locales.
Contre les engelures érythémateuses (l),les meilleurs remèdes sont : les badigeonnages avec la teinture d’iode, la glycérine iodée, le collodion, Tacide nitrique étendu, le suc de citron, la gélatine, des pommades avec le sous-acétate de plomb (5 à 10 sur .40), de borax avec la créosote (Ü gr. .5 décigr., sur 20 gr. d’excipient), de camphre (camphre en poudre 1 gr., craie blanche 40 gr., huile de lin 80 gr., baume du Pérou 1 gr. oO), le baume du Pérou, la levure de bière, des pansements contentifs avec l’emplâtre de litharge brûlée, des frictions avec la neige, des manuvules et des pédiluves chauds, — remèdes soit médicaux, soit populaires, en si grand nombre que déjà par là on peut comprendre leur impuissance. Il faut aussi recouvrir les parties ulcérées avec les pommades ou les emplâtres légèrement caustiques que j’ai
(1) Bien que les engelures, par leur nom même et en fait, soient bien des espèces de gelures, cependant leur véritable place n’est pas dans la description de la congélation proprement dite. — Elles constituent, en réalité, une variété de l’érythème multiforme qu’elles simulent quelquefois de très près sous les formes papuleuses, érythème papuleux pernio, et quelquefois même sous la forme des disques irisés variés de l’érythème hydroa; la saison froide et l’action du froid les produisent sans contestation; mais leur élément essentiel, l’érythème, en est le phénomène principal, et il n’y a aucune raison de les distraire du groupe auquel elles appartiennent légitimement; érythèmes de froid, nous le voulons bien, mais érythèmes.
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cités, ouvrir les bulles et cautériser leur base au moyen de la pierre infernale.
A titre de prophylaxie, il est essentiel pour les personnes disposées à avoir des engelures, même sous l’influence d’un abaissement modéré de température, de porter des chaussures et des gants chauds, suffisamment larges et commodes, parce que la congélation se produit d’autant plus facilement que la compression détermine déjà un certain degré d’anémie dans la partie comprimée. Il faut, en outre, combattre la prédisposition aux congélations, par une médication appropriée chez les anémiques et les chlorotiques, à l’aide des ferrugineux et d’une meilleure alimentation (1).
(1) Ainsi que le fait remarquer l’auteur, sous la richesse exubérante de l’arsenal thérapeutique dont on dispose, il n’y a, en réalité, aucun moyen de guérir sûrement et rapidement toutes les engelures que l’on observe; le public le sait si bien qu’il recherche avec empressement toutes les recettes que lui fournissent le pharmacien, l'herboriste, ou la première personne venue; dans les hôpitaux, à moins que les engelures ne soient ulcérées, fissurées, eczématiques ou phlegmoneuses, quelquefois même nécrosiques superficiellement, qu’elles aient leur siège au nez ou aux oreilles, il est véritablement rare que l’on soit consulté pour elles.
La plupart des moyens indiqués par l’auteur, et dont on pourrait considérablement augmenter le nombre, sont des calmants ou des palliatifs dont l’action, malheureusement, n’est pas la même chez tous les sujets, de sorte qu'il faut souvent modifierla composition ou changer les doses.
La médication générale, aidée d’une hygiène appropriée, ne doit pas être négligée; même quand les engelures sont développées, le fer, « l’arsenic, les préparations sulfureuses, le quinquina, l’huile de foie de morue, remplissent, selon les différents cas, des indications précises.
Dans l’engelure à forme asphyxique, surtout au nez et aux oreilles, f l’administration un peu prolongée du sulfate de quinine produit quelquefois des résultats inespérés, même quand les sujets atteints ne sont pas paludéens, à plus forte raison s’ils le sont; les inhalations d'oxygène, ' sérieusement exécutées, ont également une action manifeste.
Localement, à toutes les périodes, nous avons souvent montré quels bénéfices on retirait des bains tièdes locaux^ ou des enveloppements de compresses imprégnées de décoctions de feuilles de noyer ou de feuilles d’eucalyptus, 5 grammes par litre.
Mais c'est surtout à titre prophylactique que la médication générale appropriée, des précautions prises dès les premiers froids', l’emploi quotidien des bains tièdes de feuilles de noyer, d’un quart d’heure de durée, suivis de frictions légères avec une flanelle aspergée d’alcool camphré, ou des applications faibles de teinture d’iode non altérée, réussissent le plus sûrement. Les extrémités, après le bain et les frictions, doivent être soigneusement poudrées à l’amidon; les doigts des