INFLAMMATIONS SYMPTOMATIQUES
VINGT ET UNIÈME LEÇON
b. INFLAMMATIONS SYMPTOMATIQUES OU INFECTIEUSES DE LA PEAU.
Inflammation érythémateuse diffuse; causes : infection toxique, bactérienne. Érysipèle ; forme phlegmoneuse. Pseudo-érysipèle. Formes circonscrites : furoncles, anthrax (idiopathique et symptomatique); formes endémiques: bouton d’Alep. Zoonoses : morve, piqûre anatomique, pustule maligne.
Les inflammations symptomatiques de la peau forment, par leurs causes et en raison de leur nature, un contraste frappant avec les inflammations idiopathiques dont j’ai parlé d’abord. Tandis que celles-ci représentent un résultat direct d’influences nocives externes, ou du moins dont Faction ne s’exerce que localement et sont entièrement proportionnelles à l’intensité et à l’étendue mécanique, nerveuse, chimique et dynamique de cette cause nuisible, les inflammations symptomatiques de la peau, une fois produites, prennent une forme et suivent une marche qu’il est impossible d’expliquer exactement par Faction de la cause supposée.
En effet, les conditions occasionnelles des inflammations symptomatiques ne sont pas encore exactement connues ; mais on peut, cependant, les apprécier d’après leurs caractères généraux, et les considérer comme représentées par des agents toxiques ou irritants, qui sont directement ou indirectement d’origine animale, soit qu’ils proviennent de l’individu lui-même ou d’un autre individu, soit qu’ils viennent d’un animal. C’est une question encore très controversée de savoir si ces substances ne sont pas des produits de la décomposition des tissus animaux ou des éléments organisés (micrococcus, bactérie, bactéridie),, ou de nouveau des produits de sécrétion ou de désagrégation de ces derniers, de la nature des ptomaïnes. Quoi qu’il en soit, on pense que, déposés à la surface d’une plaie ou d’une manière quelconque, dans les lymphatiques, ils occasionnent une inflammation <iui peut s’étendre plus ou moins, puis se terminer comme une affection
pieds, séparés par de petits fragments de coton hydrophile renouvelés chaque jour; les bas et les chaussures doivent être mis à l’abri de l’humidité et assez larges pour n’exercer aucune compression. Enfin, l’usage des chaufferettes de toute espèce, l’exposition à la chaleur du foyer, ou à une source directe quelconque de calorique, doivent être absolument proscrits.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
simple de la peau, ou entraîner la maladie de l’organisme tout entier ; telles, par exemple, l’intoxication cadave'rique, l’infection par le sang de rate, par le venin de serpent, par la morve. D’autre part, ces agents nocifs, provenant d’un foyer morbide appartenant au malade luimême, d’un foyer en suppuration, rétro-utérin, par exemple, ou cutané, d’une pustule de la peau ou de toute autre source cachée, et arrivant dans les voies vasculaires, déterminent à la fois l’inflammation de la peau et la maladie de l’organisme tout entier, comme dans l’érysipèle, le furoncle, l’anthrax.
A ce point de vue, on peut considérer les inflammations cutanées symptomatiques comme des maladies par infection locale ou générale ; cependant, comme je l’ai déjà dit, cette conception n’est pas fondée pour tous les cas ; elle ne l’est pas, par exemple, pour tous les furoncles.
Suivant leur caractère clinique, les inflammations symptomatiques de la peau se manifestent ou sous une forme diffuse, comme l’érysipèle et le pseudo-érysipèle (le premier avec un exsudât plus séreux, le second avec un exsudât plus plastique), ou sous forme de foyers circonscrits, comme le furoncle, l’anthrax, la pustule maligne, la morve, le bouton d’Alep.
Relativement à l’intensité des modifications qu’elles produisent dans les tissus, nous divisons les formes d’inflammation dont il est ici question en érythémateuse et en phlegmoneuse.
A titre d’inflammation érythémateuse, il faut d’abord citer l’érysipéle.
ÉRYSIPÈLE (I
L’érysipèle, Rothlauf, Rose, est une inflammation de la peau, commençant généralement par un mouvement fébrile qui en accompagne ultérieurement le cours, inflammation qui se manifeste par une rougeur diffuse, douloureuse, et par une tuméfaction de la peau, et qui.
(1) L’érysipèle ne peut être aujourd’hui classé dans aucune des catégories où l’ancienne nosologie le plaçait, et l’on ne peut pas davantage dire, avec l’auteur, qu’il constitue une « inflammation érythémateuse», ce qui l’assimilerait aux érythèmes. C’est ainsi que Renaut l’a depuis longtemps précisé — Voy. art. Dermatoses du Dictionnah'e encyclopédique des sciences médicales — une dermite congestive, à la définition de laquelle il faut ajouter les mots de infectieuse , parasitaire et transmissible — streptococcus de Fehleisen. — Cette question, aujourd’hui considérable, ne peut être traitée avec les développements nécessaires dans un traité élémentaire de dermatologie. — Le lecteur qui voudra
ÉRYSIPÈLE
suivant ordinairement une marche aiguë, se termine par desquamation.
On ne peut pas méconnaître dans les symptômes et dans le cours de la maladie une certaine analogie avec ceux des exanthèmes aigus.
Communément, douze à vingt-quatre heures avant l’apparition de l’érysipèle, il survient un frisson suivi d’une période de chaleur, de phénomènes gastriques, de vomissements et de symptômes généraux concomitants, semblables à ceux qui constituent ce qu’on appelle la fièvre d’éruption des exanthèmes.
L’inflammation érysipélateuse apparaît sur un point limité de la peau, de l’étendue environ d’une pièce de cinq francs en argent, avec sensation de tension, de douleur, ou avec un prurit modéré, sous forme d’une tache élevée, irrégulièrement circonscrite, dont le bord est en général bien tranché, rouge, et dans la sphère de laquelle la peau paraît unie, brillante, — érysipèle glabre, — elle est au toucher chaude, dure et douloureuse, et, si l’on fait disparaître la rougeur par la pression, elle conserve une coloration jaunâtre.
Leé jours suivants, l'inflammation se propage d’une manière assez égale à la peau voisine, de telle sorte que, dans l’intervalle de deux à trois jours, la tache a déjà l’étendue de la paume de la main ou même une largeur double. Dans les cas moyens, le processus atteint son summum en peu de jours, de trois à cinq environ, et reste ensuite stationnaire à partir de ce moment, — érysipèle fixe. La fièvre qui l’avait accompagné avec des exacerbations vespérales et une température de 3ü à Ai° G., insomnie, céphalalgie, léger délire, sécheresse de la langue, etc., disparaissent, et l’inflammation cutanée s’efface peu à peu. La rougeur vive des points érysipélateux passe au rouge bleu, au rouge brun et au brun pâle ; la turgescence et l’induration cèdent peu à peu, l’épiderme coloré en brun se détache sous forme de squames ou de petites lamelles, et la peau reprend son aspect normal. L’appétit et le sommeil reviennent graduellement à mesure que l’affection cutanée disparaît.
Selon l’étendue du processus, la marche de la maladie dure de huit
prendre une notion exacte de l’état actuel de la science trouvera tous les éclaircissements nécessaires dans le remarquable article Érysipèle Aw Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, rédigé par A. Vautrin, P. Spillmann et L. Ganzinotty, Paris, 1887. lly trouvera en outre indiquée, depuis Piorry jusqu’à Pasteur et à son école, la part considérable qui revient aux auteurs français, et que le texte courant omet d’indiquer.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
à quinze jours ; mais ce type, que l’on observe très fréquemment, comporte des différences de tout ordre et dans toutes les directions.
Tantôt l’affection de la peau, bien que de très mauvais aspect, ne dépasse pas l’étendue approximative d’une pièce de cinq francs en argent, reste fixe dès le commencement et se termine sans aucun phénomène fébrile, sans aucun symptôme général. Cependant, dans ce cas aussi, l’affection locale peut durer plusieurs jours et ne disparaître que lentement.
D’autre part, il y a des variétés relatives au degré et à l’étendue de l’inflammation. Ainsi, le processus plilegmasique peut atteindre une telle intensité, que l’infiltration séreuse dans le stratum épidermique amène la formation de vésicules et de bulles qui s’élèvent çà et là sur la peau très tuméfiée, — érysipèle vésiculeux et bulleux. Cette forme, par la suppuration du contenu des bulles, produit l’érysipèle pustuleux et, par sa dessiccation, l’érysipèle croûteux. L’infiltration peut devenir très intense dans le chorion même, et amener soit la gangrène par pression et compression mécaniques des vaisseaux (ainsi qu’on l’observe parfois aux paupières, au pénis, au scrotum et au sacrum), — soit la fonte cellulaire purulente des tissus, des furoncles et des abcès.
Mais ce que l’on appelle migration de Vérysipèle est plus important pour l’appréciation du cours général de l’affection que ces particularités dans la modalité de l’évolution locale, — érysipèle ambulant. Tandis que, dans le type normal, l’inflammation ayant pris une extension modérée s’arrête et, après une courte durée, disparaît complètement, celle-ci, dans l’érysipèle ambulant, continue de progresser dans une ou plusieurs directions, pendant que, du côté primitivement atteint, la guérison s’effectue parallèlement. L’accroissement se fait toujours du côté des bords tuméfiés, nettement délimités, par des poussées centrifuges régulières de ces bords ou par des prolongements dentelés qui, comme l’a démontré Pfleger, suivent les sillons de la peau décrits par Langer, tandis que la régression se produit du côté où les bords restent plats, effacés. En progressant de cette manière, l’érysipèle peut parcourir de très grands espaces du tégument, même la surface cutanée tout entière, et, en revenant au point de départ, recommencer une deuxième fois le cycle. Sur les points déjà guéris, il survient alors de nouveaux centres d’érysipèle ; et des surfaces érysipélateuses isolées peuvent se relier ensemble par des stries et des lignes colorées en rouge rose tendre^ telles qu’on les observe dans la lymphangite, et, le long de ces stries, pénétrer les unes dans les autres et, plus tard, se confondre selon un dessin mal délimité. Cette marche dure de quatre à six semaines, pendant lesquelles les malades -sont très affaiblis, en partie par la perte matérielle que l’exsudation abondante entraîne, en partie
ÉRYSIPÈLE
par la fièvre qui présente les mêmes exacerbations que l’érysipèle et les indique chaque fois, soit par l’élévation de la température et par la fréquence du pouls, soit par des frissons. On voit des exanthèmes chroniques, tels que la syphilis, le psoriasis, le lupus, guérir pendant le cours d’un érysipèle intense, comme dans le cours d’autres affections fébriles, — érysipèle salutaire (1). A mesure que l’érysipèle parcourt des surfaces cutanées plus étendues et dure plus longtemps, on voit augmenter aussi les occasions et les dangers des complications, au nombre desquelles il faut placer le délire, la somnolence, l’œdème du cerveau, la méningite, l’œdème des poumons, la pneumonie, l’œdème de la glotte, la pleurésie, l’endocardite et la péricardite, l’inflammation et la suppuration métastatiques des articulations, des tissus fibreux, de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, et particulièrement la pyémie.
Gomme localisation, c’est l’érysipèle de la face que l’on observe le plus fréquemment. Celte forme d’érysipèle part ordinairement d’un point du nez ou des joues, quelquefois, comme il est facile de le démontrer, de la muqueuse nasale ou pharyngienne ; c’est dans ces cas qu’il peut être question d'un érysipèle de la muqueuse. Toute la face peut en être atteinte successivement ou en même temps ; elle est alors extrêmement tuméfiée, les lèvres sont gonflées, écartées, il s’écoule de la bouche une salive abondante, la langue est rouge brun, sèche, fendillée ; les muqueuses pharyngienne et palatine sont comme vernissées, sèches, brillantes ; les paupières œdématiées, fermées, quelquefois gangrenées; le pavillon de l'oreille est épaissi, écarté; le conduit auditif presque obstrué par le gonflement; en divers points de la peau, il y a des bulles et des croûtes.
(1) Il ne faut pas trop prendre à la lettre l’érysipèle « salutaire », et surtout n’en pas favoriser l’éclosion. Même quand un érysipèle paraît i être favorable à l’évolution d’une lésion cutanée, il est toujours redouj table par les localisations viscérales qu’il peut réaliser, notamment sur I le cœur et sur le rein; nous avons observé, par exemple, le premier ; début d’une cardiopathie, ultérieurement grave et irrémissible, pendant j le cours d’un érysipèle nosocomial survenu chez une jeune fille traitée j par nous pour un lupus dont l’évolution fut momentanément enrayée ! parla dermite érysipélateuse. On sait aujourd’hui, d’autre part, que les I essais de guérison des néoplasmes en général par l'inoculation érysipéj lateuse ont été négatifs ou funestes.
I Quant à la guérison vraie, définitive d’un lupus véritable par un j érysipèle, nous ne l’avons jamais observée; jamais pour un psoriasis I incontestable; mais seulement pour quelques syphilides, qui 'auraient i guéri moins dangereusement sans cette complication, i E. B. — A. Ü.
KAPOSI, 2® ÉD.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
Le malade délire, la température est élevée (41“ G.), le pouls est plein, accéléré, ou bien il survient des phénomènes de dépression, ralentissement du pouls, apathie, somnolence; les symptômes cérébraux sont ordinairement graves, surtout quand l’érysipèle envahit le cuir chevelu ; c’est seulement après avoir gagné toute la face que la phlegmasie apparaît à la nuque et aux épaules. Au cuir chevelu, la maladie se trahit surtout par une vive douleur au contact, les cheveux recouvrant et cachant le foyer morbide. Après la cessation de l’inflammation, les cheveux tombent en grande partie ; parfois même la dépilation est rapide et complète, ce qui s’explique par ce fait qu’il y a aussi de l’exsudation dans les follicules (Haight), exsudation qui concourt, avec la séborrhée consécutive, à isoler les gaines des racines de la membrane hyaloïde.
Chez les individus âgés et chez les alcooliques, l’érysipèle peut être aggravé, indépendamment des complications déjà mentionnées, par l’oedème du poumon et du cerveau, mais le plus souvent il guérit.
Certaines personnes sont atteintes à différentes reprises, pendant plusieurs années, d’érysipèle de la face : il se produit alors habituellement une dureté et un épaississement persistant de la peau des joues — éléphantiasis, pachydermie.
L’érysipèle peut avoir son point de départ sur toutes les autres parties du corps, plaies, foyers d’inflammation et de suppuration de toute nature, chez les nouveau-nés souvent au nombril enflammé, — érysipèle de l’ombilic, — et ce fréquemment avec une terminaison fatale ; sur les points vaccinés, — érysipèle vaccinal ; — sur les parties génitales des femmes en couches, — érysipèle puerpéral; — sur les membres des sujets atteints de varices, d’excoriations, de pustules.
Les causes occasionnelles de l’érysipèle que je viens d’énumérer, ainsi que la fréquence de telle ou telle localisation, sont en rapport avec l’étiologie spéciale de l’érysipèle. Avec Hebra, Billroth et la plupart des pathologistes modernes, j’étais et je suis encore loin d’être convaincu que l’érysipèle ne se produit jamais autrement que par l’absorption de substances quelconques provoquant de l’inflammation dans les vaisseaux et canaux lymphatiques de la peau (substances phlogogènes et pyrogènes, Billroth), et produisent la fièvre. A l’appui 5e cette théorie, on invoque, d’une part, l’apparition dans l’érysipèle de ces raies rouges citées précédemment et qui suivent le trajet des vaisseaux, de telle façon que je suis disposé à considérer l’érysipèle comme une lymphangite capillaire de la peau. D’un autre côté, on peut, dans la plupart des cas, découvrir un foyer d’inflammation et de suppuration capable précisément d’engendrer ces matières pyrogènes (produits organiques de décomposition en général), et dans lequel la lymphan-
ERYSIPELE.
olo
gite et l’érysipèle ont leur point de départ, qu’il s’agisse d’un abcès cutané, de la carie d’une côte ou d’un foyer purulent dans l’espace de Douglas. Enfin, l’expérience a démontré que, le plus souvent, l’intlammation disparaît immédiatement, lorsque, par l’enlèvement des croûtes sur la peau, ou l’incision de l’abcès, on ouvre une issue au pus dont la stagnation et la décomposition avaient donné naissance à l’érysipèle comme conséquence d’une espèce d’auto-infection.
Relativement à l’érysipèle de la face, on croit pourtant, en général, qu’il peut se développer sous l’influence d’un refroidissement. J’insiste sur cette remarque, que, étiologiquement parlant, il en est de même de l’érysipèle des membres. Si bon en recherche soigneusement l’origine, on la trouvera dans la carie d’une dent (érysipèle odontalgique), dans l’eczéma, le lupus, la scrofulose ou la syphilis de la muqueuse nasale, dans un ahcès rétro-pharyngien, etc. On admet, en général, que lorsqu’un sujet a été une fois atteint d’un érysipèle de la face, il est particulièrement disposé à des récidives. Le fait est exact, non parce que l’individu se refroidit plus facilement, mais parce que les causes irritatives sont telles qu’elles passent chez lui à l’état chronique (rhinite scrofuleuse, eczéma et lupus du nez) et que, par conséquent, elles fournissent souvent les matières génératrices de l’érysipèle (1). Il appartient aussi à la thérapeutique rationnelle d’apprécier convenablement ces conditions.
Cependant, ce mécanisme ne donne pas la clef de l’étiologie de l’érysipèle pour tous les cas. A certaines époques, dans ce pays, surtout au printemps et à l’automne, l’érysipèle survient plus fréquemment, aussi bien chez des personnes d’ailleurs en bonne santé, que dans les hôpitaux, comme complications des plaies (érysipèle traumatique, érysipèle nosocomial, épidémique). On admet que cet érysipèle septique est même directement contagieux, que cela ait lieu au moyen d’une substance volatile (Volkmann) ou de germes morbides organiques, bactéries, micrococcus (Lukomsky, Orth, Ponfick, Zuelzer, etc.);
(i) Tout cela est vrai; mais il faut ajouter que l’individu qui a été une première fois ensemencé par l’irritant érysipélateux peut en conserver les germes sous forme de virus habituellement atténué. — Si l’on veut bien examiner ces individus qui ont Vérysipèle récidivant, on [verra qu’ils conservent régulièrement des lésions latentes, des ganglions indolents qui, à certaines périodes ou sous certaines influences, redeviennent fertiles. — On sait d’ailleurs depuis les travaux de Verneuil que l’on peut admettre, sans dépasser les limites de l’observation, un véritable « microbisme latent », analogue à celui dont la syphilis et la tuberculose, pour ne citer que les plus nets, montrent clairement l’existence incontestable.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
on a reconnu que des injections faites avec des produits érysipélateux^ chez des animaux, étaient très toxiques. Cependant on ignore encore si cet agent est organisé ou non, ou s’il n’est que d’une nature chimique.
Ce n'est que depuis que R. Koch et, plus tard, Fehleisen ont constaté la présence du coccus de l’érysipèle, non seulement en grande masse dans les vaisseaux lymphatiques (jamais dans les vaisseaux sanguins, ni dans le sang) du foyer érysipélateux, mais encore l’ont cultivé, que l’on peut voir dans ce micro-organisme le coccus spécifique de l’érysipèle. En outre, soit expérimentalement, soit dans un but curatif,, on a réussi à provoquer la résorption de tumeurs incurables (cancers) par un érysipèle déterminé artificiellement (érysipèle salutaire), et aussi chez l’homme au moyen de cultures de cocci fournies par Fehleisen, à déterminer un érysipèle typique, accompagné de frissons et de fièvre, ayant même une évolution fatale (Fehleisen, Janicke et Neisser).
Cependant je dois faire remarquer qu'il n’est pas absolument démontré que ce seul streptococcus et non un autre microbe ou même une substance toxique de nature non organisée, du genre de celles mentionnées ci-dessus, puisse occasionner un érysipèle ou, en réalité, . être la cause de l’érysipèle de formes et de conditions différentes.
M’appuyant, avec cette réserve, sur mes expériences dans les diverses maladies de la peau (abstraction faite de l’action particulière du venin de serpent), je soutiens comme un fait général que tout foyer purulent, sous-épidermique (pustule) ou cutané et sous-cutané (abcès), quel que soit son volume, peut être l’origine d’un érysipèle, aussi longtemps que le pus est empoisonné; l’érysipèle disparaît immédiatement, aussitôt que l’on a donné issue au pus. Mais je dois renoncer à établir d’une manière plus précise cette opinion qui m’est personnelle.
Outre les causes générales indiquées ci-dessus, il existe, comme il I a déjà été dit, certaines causes occasionnelles, et principalement des cir- > constances prédisposantes; parmi celles-ci, il faut signaler l’état puer- j péral. Les femmes en couches sont très disposées à l’érysipèle ; chez elles, les nombreuses plaies de l’appareil sexuel constituent les portes d’entrée les plus favorables pour la pénétration des substances sep- > tiques provenant de leur propre corps, ainsi que de celles arrivant du dehors. Les praticiens craignent donc avec raison de laisser soigner les accouchées par les sages-femmes et les gardes qui sont en contact avec des malades atteints d’érysipèle. L’expérience a appris que, dans ; ces conditions, il survient très facilement un processus puerpéral. Une i grande partie de la fièvre puerpérale et du processus puerpéral est depuis | longtemps connue sous le nom d’érysipèle infectieux ou phlegmon sep- J ,
ISi
iali
it)
ÉRYSIPÈLE
Lique ; car, outre l’érysipèle de la peau, ou même en dehors de celui-ci, on voit survenir une inflammation érysipélateuse du vagin, de l’utérus et du péritoine (érysipèle grave interne, Virchow), avec les terminaisons possibles bien connues en suppuration fétide et, souvent, la mort par suite de ces lésions.
Chez les enfants à la mamelle l’érysipèle part souvent du nombril (érysipèle de l’ombilic, chez les vaccinés des points inoculés (érysipèle vaccinal).
La modification anatomique de la peau dans l’érysipèle consiste essentiellement en une infiltration de tout le tégument, épiderme, chorion et tissu cellulaire sous-culané par un exsudât en majeure partie séreux. Cependant cet exsudât n’est nullement pauvre en cellules, bien que n’étant pas aussi riche en cellules exsudatives que l’exsudât iplastique de l’inflammation phlegmoneuse de la peau. Tuméfaction, trouble, division des noyaux, tiraillement, allongement des cellules du réseau muqueux en un appareil réticulaire (comme dans les bulles), tels sont les effets de cette exsudation dans l’épiderme; dans le I chorion, gonflement des fibrilles du tissu conjonctif, dilatation des espaces lymphatiques, tandis que, autour des vaisseaux sanguins élargis, se rangent en grande quantité des cellules d’exsudat.
On trouve dans les vaisseaux et dans les espaces lymphatiques les amas épais du coccus indiqué ci-dessus. Fehleisen décrit cet état dans les termes suivants : « Les vaisseaux lymphatiques de la peau ainsi que ceux du tissu graisseux sous-cutané, mais principalement ceux de la couche superficielle du chorion, sont remplis d’un microj coccus formant des chaînettes. Dans les points où l’on a trouvé un [ développement particulièrement considérable de micrococci, ils existent aussi dans les espaces et les canalicules lymphatiques de la peau. Mais jamais ils ne pénètrent dans les vaisseaux sanguins. Dans les parties tout I récemment affectées de la peau, qui, macroscopiquement, ne laissent reconnaître encore aucune modification, on ne constate pas de réaction du côté des tissus. Au contraire, dans la zone la plus rapprochée, à peu I près sur la limite nettement accusée d’un érysipèle marginé, la modifi- I cation inflammatoire commence. Le tissu du derme est gonflé, le long j: des vaisseaux lymphatiques remplis de micrococci il existe une infiltration de petites cellules plus ou moins prononcée. Enfin, dans des portions encore plus anciennes de la peau malade il y a simplement un infiltrat de petites cellules, mais on ne voit plus de micrococci. Il se produit également de l’exsudation dans les glandes sébacées et dans les follij cules pileux, laquelle a pour conséquence le relâchement des gaines de j la racine, la chute consécutive des poils et la prolifération cellulaire prolongée sous forme de séborrhée. La nature de l’exsudât ainsi com-
VINGT ET UNIÈME LEÇON
prise et celle du tissu lui-même expliquent les symptômes cliniques locaux, ainsi que la restitution ad integrwn, une fois la résorption de l’exsudation faite.
Lorsque le contenu cellulaire et la plasticité de l’exsudât augmentent rapidement, on constate en différents points les symptômes de l’inflammation phlegmoneuse de la peau, abcès miliaires et communs, | plaques gangreneuses. *
En cas d’érysipèle revenant fréquemment dans la même région, [ comme à la face, aux jambes, une partie de l’exsudât séreux subsiste parfois, et s’accumule alors sous forme d’œdème chronique, ayant les caractères de l’œdème dit lymphatique (Virchow) (1), qui contient de très nombreuses cellules d’exsudat. Ces dernières se transforment avec le temps en corpuscules de tissu conjonctif et se réunissent en fibrilles (Young). C’est ainsi qu’il en résulte un tissu conjonctif nouveau et un épaississement de la peau atteinte, — pachydermie. On voit alors, comme je l’ai déjà dit, après des érysipèles récidivés, les joues, les oreilles, les lèvres, rester épaissies; il en est de même aux jambes.
On voit quelquefois aussi l’érysipèle exercer une action consécutive ; favorable, par exemple la régression, voire même la disparition" complète d’infiltrats chroniques, inflammatoires et néoplasiques, de tumeurs bénignes et malignes ; dans ces cas, l’érysipèle a mérité l’épi- ■ thète de « salutaire ». Que des dermatoses chroniques, comme l’ezcéma, , le psoriasis, même des syphilides, disparaissent sous l’influence de ’ l’érysipèle, on peut l’attribuer à la fièvre qui accompagne l’érysipèle ; la fièvre peut avoir en toutes circonstances cette même influence. Mais nous avons en vue l’effet local, d’autant que foyer érysipélateux et foyer de dermatoses ou de néoplasies coïncident. Le D’' Bieder ■ ' en a récemment communiqué un cas très remarquable : chez un ; enfant de neuf ans, un sarcome déclaré inopérable, remplissant com-
(I) Il est impossible d’omettre ici les noms de Vulpian, qui a établi, le premier, les caractères de la dermite congestive érysipélateuse, avec infiltration de tous les espaces interfasciculai^es du derme distendus par les globules blancs sortis des vaisseaux, — Af'cÂ. de physiologie, i 1868 — et de J. Renaut, 1873, 1874, dont les recherches — Contribu- \ tion à l'étude anatomique et clinique de l'érysipèle et des œdèmes de la I peau — ont montré que les cellules fixes du tissu connectif prolifèrent i et fournissent un certain contingent d’éléments migrateurs, et ont, en - ' outre, établi l’inflammation constante du « pannicule adipeux souscutané » (hypoderme), lequel reste à l’état embryonnaire, et constitue, en majeure partie, la cause de l’induration en masse que l’on ; observe dans l’érysipèle vrai.
ÉRYSIPÈLE
plèlement l’espace naso-pharyngien et menaçant d’amener la mort par suffocation, disparut complètement en très peu de temps, grâce à l’effet exercé par un érysipèle survenu accidentellement.
Appuyés sur cette expérience, Busch, Volkmann, Fehleisen, Janicke et Neisser, ces derniers avec des cocci de cultures pures d’érysipèle, les premiers avec de la matière érysipélateuse, ont fait des inoculations tout autour de tumeurs malignes et ont provoqué ainsi artificiellement * un érysipèle. Le succès, quant au résultat final, ne fut rien moins qu’en-
^ courageant; mais toutefois les derniers des auteurs susnommés dé-
clarent avoir, à l’autopsie, constaté histologiquement la régression du néoplasme malin dans les points où l’on reconnaissait que des cocci ; de l’érysipèle avaient émigré en grand nombre.
I Le diagnostic de l’érysipèle n’est pas toujours facile, si l’on tient ! compte des caractères que j’ai décrits; on peut le confondre avec l’éry-
I thème, la dermite phlegmoneuse et, spécialement dans sa forme bulleuse, avec l’eczéma aigu.
: Le pronostic est, en général, favorable. La plupart des cas se ter-
minent par la guérison. Sur 241 cas d’érysipèle qui ont été observés à j l’Hôpital général dans les années 1883 et 1884, 32 eurent une terminaison fatale, c’est-à-dire 13.3 0/0. Mais dans ce nombre sont comprises I toutes les formes d’ér3'sipèle de la face, du tronc et des membres, ainsi ! que l’érysipèle type des plaies, comme aussi tous les cas dans lesquels il existait antérieurement à l’érysipèle une maladie de Brigbt, de la tuberculose, du marasme sénile et des états graves analogues. L’analyse attentive des cas montre que la mortalité à la suite de l’érj'sipèle est beaucoup plus faible. Dans l’espace de dix ans, de 1875 à 1884, il a été I traité dans notre clinique et division dermatologiques, 137 cas d’érj^sipèle (79 hommes et 78 femmes), parmi lesquels 127 cas d’érysipèle de I la face. De ce nombre, 7 moururent, donc 5.5 0/0. Mais tous les cas
de mort concernaient des sujets atteints de marasme sénile ou de maladie de Brigbt chronique, parmi lesquels deux personnes dans l’état puerpéral. Pour l’érysipèle simple non compliqué de la face, la mortalité peut être de 1 à 2 0/0. Les individus atteints de marasme sénile, de maladies du cœur et des vaisseaux, d’alcoolisme, ainsi que ceux I dans l’état puerpéral, sont en général le plus gravement com-
I promis.
! En ce qui concerne l’érysipèle du tronc et des membres, le pronos- I tic dépend en première ligne du processus étiologique local, et il est
I impossible ici d’apprécier le rapport de mortalité. Cependant, en toutes
I circonstances, il convient d’être prudent en matière de pronostic, car on
ne peut jamais savoir absolument quelle extension le processus prendra, et s’il ne surgira pas de complications graves.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
J’ai déjà dit que l’érysipèle ambulant et l’érysipèle de la face peuvent devenir une affection sérieuse, surtout chez les alcooliques elles personnes âgées, et que l’érysipèle ombilical des enfants est dangereux. L. Fürth cite 57 cas de mort, c’est-à-dire 31.14 0/0 pour 183 cas d’érysipèle par vaccination dans la maison des Enfants trouvés à Vienne, dans l’espace de dix ans, de 1854 à 1864.
La thérapeutique de l’érysipèle, sous le rapport de ses symptômes généraux, est la même que celle de toutes les maladies fébriles, et on doit se guider d’après les mêmes indications; on luttera contre la chaleur exagérée du corps, le délire, l’agitation, etc., par des enveloppements froids, des applications locales de glace, l’appareil de réfrigération de Leiter, etc. Si l’exacerbation fébrile prend un type régulier, on administrera du sulfate de quinine, du salicylate de soude, de l’antipyrine ; si la fièvre est modérée ou nulle, on pourra se borner à la médecine expectante. Nous proscrivons d’une manière absolue la saignée, les sangsues et les ventouses.
Les efforts tentés pour limiter et entraver les progrès de l’inflammation érysipélateuse de la peau par des moyens locaux ont été de tout temps très nombreux; cependant nous les tenons pour inutiles.
Tracer une ligne de démarcation autour de la circonférence de l’érysipèle avec la pierre infernale n’a jamais mis obstacle à son extension : des applications de collodion, de vernis, de teinture d’iode, de térébenthine phéniquée , etc. , ou une médication dite antiseptique, locale ou interne, ont été également impuissants à arrêter sa marche.
Le traitement rationnel se pose pour premier problème de découvrir le point de départ de l’érysipéle et d’empêcher la continuation de l’influence nocive. Dans l’érj^sipèle de la face, il faut chercher s’il n’y a pas un abcès dentaire, et, dans ce cas, l’ouvrir, mais surtout examiner avec soin la cavité nasale, ouvrir les pustules qui s’y trouvent, ramollir les croûtes et les foyers purulents par l’introduction de bourdonnets imprégnés de pommade et d’huile. J’ai déjà guéri d’une manière durable maints cas d’érysipèle de la face récidivant depuis plusieurs années, en apprenant aux malades à empêcher, même après la guérison de la maladie, la formation de croûtes dans les fosses nasales. De même, il faut rechercher sur plusieurs points du corps, par exemple aux jambes, les foyers purulents, aisément perceptibles ou même cachés, comme les abcès de la marge de l’anus dans l’érysipèle de la région fessière, les pustules, les abcès, et il faut les évacuer en ramollissant les, croûtes qui les couvrent ou en incisant leur enveloppe cutanée. La meilleure manière de limiter le processus érysipélateux,
ÉRYSIPÈLE. .'521
c’est d’éloigner l’occasion d’une résorption nouvelle de substances provoquant l’inflammation (1).
On laisse complètement à nu les parties de la peau enflammées, ou bien on les recouvre d’ouate sèche, de vessies de glace ou de cataplasmes (eau, sous-acétate de plomb, liqueur de Burow),’suivant que les malades préfèrent l’un ou l’autre de ces moyens, c’est-à-dire qu’ils trouvent l’une ou l’autre de ces méthodes plus agréable ou plus satisfaisante. On recommande, dans l’érysipèle de la face, les applications d’onguent hydrargyrique étendd sur de la toile ; toutefois, il faut avoir égard, dans ce cas, au danger de la salivation. Hueter, Neudôrfer, etc., ont prétendu avoir arrêté localement l’érysipèle, dix à douze fois, par une injection sous-cutanée quotidienne, faite dans la zone marginale du foyer érysipélateux, d’une solution phéniquée de 1 à 2 pour 100; je n’ai pas fait d’expérience sur ce point.
Il m’est aussi impossible de justifier que d’approuver l’opinion d’autres auteurs qui vantent les applications et les lotions d’eau phéniquée dans l’érysipèle des membres, ou l’huile phéniquée dans l’érysipèle de la face.
Dans l’érysipèle du tronc et des membres, de simples applications d’eau et de graisse sont tout aussi efficaces, pourvu que les foyers purulents que l’on doit regarder comme les points de départ de l’érysipèle soient débarrassés de leurs croûtes, mis à nu, évacués, et que les surfaces érysipélateuses enflammées soient traitées dans le sens antiphlogistique. Dans l’érysipèle de la face, les choses ne se passent pas autrement et l’effet est seulement plus rare, parce que les points de départ de l’inflammation sont d’ordinaire inaccessibles (les narines prises pour exemple).
(1) Tout cela est fort sage, et tous les médecins attentifs font de même; mais quand nous avons ainsi conjuré ou réprimé une complication phlegmasique de voisinage, nous ne nous considérons pas touj jours comme fondés à croire que c’est bien un érj'^sipèle vrai que nous j avons prévenu ou combattu. A côté des érysipèles récidivants, à virus atténué ou à tissus vaccinés, il y a des dermites érysipélatoïdes nées de produits septiques divers, et que des soins locaux, quelques antisep- ! tiques internes (sulfate de quinine) ou externes (acide salicylique, etc.)
1 enrayent assez aisément. Pour tous ces cas, aussi bien que pour l’éryj sipèle vrai, nous employons avec succès les applications permanentes j de lint borique', ou de compresses de mous.seline imprégnées de solution de salicylate de soude à 1/20, neutralisée — Voy. Hallopfau,
I Du traitement de l’érysipèle par le salicylate de soude administré intus j et extra, in Ballet, de la Soc. méd. des Hôp. ; Mémoires, p. 85, 1880 — ; mais nous ne recommandons pas l’usage interne du salicylate de soude chez les érysipélateux. E. B. — A. D.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
Je dois même mettre en garde, en m’appuyant sur une grande expérience, contre l’usage de l’acide phéniqne et de l’iodoforme dans l’érysipèle, car le premier produit en général des pustules phéniquées et des furoncles, et par là de nouveaux foyers d’inflammation et de lymphangite; le dernier augmente directement la dermite érysipélateuse.
L’application de pommades anodines étendues sur de la toile (cérat simple, pommade de zinc ou de précipité (1 sur 40), de glycérine, de vaseline, de la pâte de Lister, d’acétate de plomb, etc.) peut diminuer un peu la tension ; il faut la recommander comme avantageuse, surtout au moment de la dessiccation.
Le bain continu m’a paru efficace dans de nombreux cas d’érysipèle du tronc et des membres; dans l’espace de douze à vingt-quatre heures, on pouvait constater, simultanément avec la défervescence, l’arrêt et la régression de l’érysipèle, grâce surtout à l’influence favorable que le bain continu exerce même sur les foyers gangreneux et purulents qui i sont l’origine de l’érysipèle .
Enfin, en raison de la transmissibilité de certaines formes de l’érysipèle, qui a été souvent constatée et dont il a été question dans l’étiologie, il faut avoir soin de recommander l’isolement aussi complet que i possible des malades atteints d’érysipèle et la désinfection scrupuleuse | des instruments et des mains qui les ont touchés, afin de s’opposer par ! là à la diffusion de la maladie. ;
Les inflammations phlegmoneuses de la peau se caractérisent par I une rougeur intense qu’on peut difficilement faire disparaître, par de j la chaleur, de la douleur, et par une infiltration et une tuméfaction ! très prononcées de la peau envahie, qui devient très dure, et par sa j terminaison habituelle en fonte purulente ou nécrose en masse (gan- j grène) du tissu. j
Sous leur forme diffuse, ces inflammations constituent ce qu’on appelle , le pseudo-érysipèle (phlegmoneux). Le plus souvent précédé de frissons i et de fièvre, le pseudo-érysipèle se manifeste sous forme d’une tuméfaction et d’une rougeur de ta peau, douloureuses, dures, s’étendant, suivant le degré d’acuité, à de grandes surfaces, par exemple à tout un membre. Les phénomènes inflammatoires peuvent disparaître au bout de quelques jours avec la cessation de la fièvre, en laissant après eux une pigmentation brune et de la desquamation. Mais, le plus souvent, il se produit avec une grande rapidité, dans l’intervalle d’ un à trois jours, une fonte purulente très étendue du tissu, laquelle se traduit par une fièvre plus forte, et localement par de la fluctuation. A.près l’ouverture du phlegmon et l’écoulement du pus, souvent sanieux et abon-
ÉRYSIPÈLE
dant, auquel sont toujours mêlés des débris plus grossiers de tissu, on voit souvent une destruction énorme du tissu cellulaire sous-cutané, ou même des tissus sous-jacents, fascias, muscles, la dénudation ou la nécrose des os, l’ouverture des articulations. Le plus grave, sous ce rapport, est le phlegmon de la main, qui met de bonne heure en danger les os des phalanges et des articulations.
Outre les conséquences locales, on a à redouter, dans le pseudoérysipèle, des adénites persistantes, ensuite de la pyémie, de l’ictère, des métastases, un état cachectique prolongé ou une mort rapide (1).
La cause de cette affection est toujours une infectioii en général septique, une intoxication résultant de l’introduction d’une matière septique dans une plaie (excoriation), soit qu’elle vienne du dehors par virus cadavérique, matière variolique, sécrétion puerpérale, ou sanie, substances animales en putréfaction, soit qu’elle ait son point de départ dans un foyer purulent de l’individu lui-même, dont le contenu pénétrerait par la voie lymphatique. Dans l’état actuel de la science, il est encore tout à fait impossible de décider si et jusqu’à quel point il s’agit ici d’un microbe spécifique (streptococcus pyogène, etc.), et encore s’il s’agit uniquement de ces microbes ou bien d’une substance chimique provenant de la sécrétion de ces microbes (ptomaïne) ou des substances albumineuses des éléments de tissu. Dans ce dernier cas, l’effet se traduit par des phlegmons métastatiques proprement dits, comme ceux qu’on observe après la variole vraie ou chez les femmes en couche.
A cette place doivent aussi figurer les phlegmons produits par l’action des venins ayant leur point de départ dans les morsures, ou dans les piqûres d’animaux divers, et qui se terminent comme une affection locale, ou entraînent la mort par un empoisonnement général du sang.
Relativement à leur traitement, qui est du domaine de la chirurgie, je me borne à indiquer la nécessité de faire, aussitôt que possible, des incisions suffisamment profondes, même si l’on n’a pas encore constaté un foyer purulent.
L’inflammation phlegmoneuse de la peau se présente sous une forme circonscrite dans les maladies connues sous le nom de furoncles et d’anthrax, ainsi que dans les zoonoses : la morve, la pustule d’infection cadavérique et la pustule maligne .
(1) Voyez, pour la discussion de ce point obscur, et sur la question de Vérysipèle phlegmoneux, l’article Érysipèle du Dict. encyclop. des sc. méd., p. 212, partie rédigée par P. Spillmann et L. Ganzinotty.
324 VI^M4T ET UNIÈME LEÇON
Le furoncle représente une nodosité de la peau, inflammatoire, circonscrite, dure, dans le centre de laquelle il se produit ordinairement une nécrose du tissu sous forme d’un bourbillon qui finit par s’éliminer. Son développement s’annonce par une douleur localisée et une dureté de la peau ; le jour suivant seulement surviennent de la rougeur et une augmentation de chaleur. La tuméfaction, la dureté et la rougeur s’étendent peu à peu, de sorte que la nodosité, qui était d’abord peu saillante, peut prendre la grosseur d’une noisette ou d’une noix. Dans le furoncle folliculaire, ayant évidemment son siège autour d’un follicule pileux, on aperçoit de bonne heure un point jaune traversé par un poil ou par-dessus encore une vésicule remplie de sang ou de sérum ; mais dans ce qu’on est convenu d’appeler le furoncle du tissu cellulaire, on ne voit ce même point qu’au bout de plusieurs jours, ou bien la peau amincie et rouge bleu se soulève, tandis que, au centre, il s’est déjà produit un ramollissement puriforme durant la période de douleur et de pulsations. Après l’ouverture de l’abcès, les douleurs diminuent un peu ; cependant, elles ne cessent tout à fait qu’au bout de huit à dix jours, lorsque la masse nécrotique s’est détachée par suppuration. Elle est chassée au dehors sous la forme d’un bourbillon vert jaunâtre, visqueux, imbibé de pus. Après cette expulsion, l’occlusion de la cavité entr’ouverte en forme de cupule s’effectue graduellement par granulation.
Quelquefois, la nodosité furonculeuse s’ouvre sur plusieurs points, et plusieurs bourbillons se détachent. La peau, dans ces points, est alors perforée comme les alvéoles d’un nid de guêpes — furoncle vespajo — furoncle alvéolaire.
Chez les individus irritables, la période d’inflammation et de suppuration du furoncle est accompagnée d’une fièvre plus ou moins intense.
On doit diviser l’anthrax (carbunkel) en deux variétés, d’après sa cause, sa marche et sa signification.
1® L’anthrax commun ou anthrax furoncle, furoncle vulgaire, appelé aussi purement et simplement anthrax ou carbunkel, débute par une infiltration peu mobile de la peau et du tissu cellulaire sous-cutané, très dure, le plus souvent provenant d’un furoncle en alvéoles, en général très douloureuse, mais dont la dimension est celle d’une pièce de cinq francs en argent jusqu’à celle de la paume de la main et même davantage. Son siège le plus fréquent est la région de la nuque ; cependant, on le voit aussi à la face, sur les joues, aux lèvres, sur le dos, dans la région lombaire. La douleur et la fièvre, dans cette affection, sont souvent très intenses, même lorsqu’elle est Jocalisée à la nuque et à la face ; on observe aussi quelquefois du délire et de la somnolence. Sur l’anthrax, la peau se nécrose dans
ÉRYSIPÈLE
une étendue et sous une forme diverses, en se convertissant en une pulpe noir bleuâtre, ou en une eschare sèche, semblable à du cuir ; à la chute de celle-ci, il se produit une nouvelle exfoliation du tissu conjonctif profond, qui est traversé très irrégulièrement par des foyers purulents, par des débris de tissu décomposé, de vaisseaux sanguins thrombosés. C’est seulement après que les masses infiltrées une fois ramollies ont été rejetées par une suppuration éliminatrice, que l’on voit une plaie rouge en voie de granulation, souvent très profonde, qui guérit méthodiquement.
L’anthrax, alors même que sa marche est aussi favorable, constitue une maladie sérieuse ; il devient positivement dangereux, lorsque l’infiltration et la gangrène font des progrès et que la lésion ne se limite pas ; la mort peut alors survenir par pyémie ou par œdème du cerveau. Les sujets âgés sont toujours très gravement affectés par l’anthrax, et le pronostic de cette affection doit pour eux être fait avec réserve.
Nous sommes peu renseignés au sujet des lésions anatomiques du furoncle, puisqu’on n’a jamais pu les examiner avant le commencement de la nécrose des tissus. Autant que nous l'enseignent l’aspect et la forme des éléments qui constituent le bourbillon une fois détaché, l’inflammation et la mortification partent le plus souvent d’un follicule pileux ou d’une glande sébacée (Billroth) et du tissu périfolliculaire ; suivant Rindfleisch, elles pourraient provenir du cordon de tissu conjonctif, qui va du fond du follicule pileux dans la couche cellulaire souscutanée (Wertheim). D’autres auteurs pensent que la cause de l’inflamination et de la gangrène du tissu est dans une thrombose des vaisseaux qui alimentent la base du follicule ; ce qui, cependant, il faut le dire, n’a jamais été prouvé.
Dans l’anthrax, les lésions anatomiques sont encore plus compliquées.
D’ailleurs, le furoncle et l’anthrax doivent, au point de vue pathologique, être considérés comme ayant la même signification, puisque tous les deux se produisent habituellement dans des circonstances identiques et que très souvent une série de furoncles se termine par un anthrax.
Les furoncles surviennent sporadiquement, ou en grand nombre par séries successives, de sorte qu’on les voit surgir pendant plusieurs mois et même pendant plusieurs années, avec de courtes interruptions, ou d’une manière continue, et sur différentes régions du corps ou plus spécialement sur des parties déterminées. C’est alors la furonculose, c’est-à-dire une affection chronique qui peut affaiblir considérablement les malades par des douleurs fréquentes, de la fièvre et de la
VINGT ET UNIÈxME LEÇON.
suppuration, ou devenir dangereuse par l’intercurrence d’un anthrax.
Suivant leurs causes, on peut distinguer les furoncles et les anthrax en idiopathiques et en symptomatiques. Les premiers se développent chez des individus bien portants, spontanément, et alors le plus souvent il n’y a qu’un seul furoncle; ou bien il en survient plusieurs successivement à la suite de l’irritation de la peau causée par les douches répétées, les cures d’eau froide, le séjour dans le bain continu et le grattage, comme dans les affections prurigineuses de la peau, eczéma, prurigo, gale, phthiriase, ou encore il se produit, comme métastases, des furoncles d’infection provenant de pustules et de foyers purulents appartenant à ces dermatoses.
On peut, au contraire, considérer comme symptomatiques les furoncles et les anthrax, s’ils surviennent, comme on l’a constaté, à la suite ou comme complication de troubles généraux de la nutrition, de dyspepsie chronique, de marasme sénile, du diabète sucré (1).
Le traitement de ces affections est, à proprement parler, en général peu efficace. On ne peut abréger ni changer le cours d’un furoncle isolé ni par l’application de la glace ou d’une chaleur humide, ni par 'des incisions faites de bonne heure. On n’est amené à conseiller de préférence l’une ou l’autre de ces méthodes que d’après les appréciations
(1) Plusieurs états dyscrasiques peuvent s’accompagner de furonculose sans que l’on sache encore bien par quel mécanisme; il est vraisemblable, toutefois, que c’est surtout que les altérations
des liquides mettent les tissus tégumentaires en état de réceptivité furonculeuse, en affaiblissant leur degré de résistance vitale, quelle que soit d’ailleurs la nature de l’adultération du sang. Ce serait surtout la déshydratation commune à tous les diabètes, à toutes les polyuries, qui serait l’agent immédiat des troubles de nutrition cutanée qui préparent le terrain pour la furonculose, que l’on voit survenir dans la polyurie simple, aussi bien que dans la polyurie azoturique, glycosurique, etc. — Voy. Bouchard, Maladies par ralentissement de la nutrition ; — et P. Spillmann et P. Parisot, Furonculose et Polyurie, in Ann. de Üermat. et de Syph., t. X, 1889 ; — G. Lcewenberg, Progrès mérf., 1881, etc. ; — Gingeot, de T’Aéra/)., 1885, et y?ea. gén. de
clin, et de thérap., 1888 ; — Discuss. sur l’anthrax et le furoncle. Bullel. de l'Acad. de méd.., 1888, etc.
En fait, la furonculose est une maladie à facteurs multiples et à microphgtes variés; les médecins qui n’y veulent voir que le terrain, aussi bien que ceux qui limitent leur coup d’œil à la contemplation des microphytes, sont également dans l’erreur, et ceux-là seuls qui tiennent un compte éclairé et judicieux de l'état du furonculeux, ainsi que de toutes les conditions extrinsèques qui V entourent , lui, en particulier, réunissent les meilleurs moyens de le guérir et de le prémunir.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
ÉRYSIPÈLE
du malade lui-même. Au début, cependant, le froid convient mieux ; à la période de suppuration, ce seront les fomentations chaudes, les cataplasmes ou les onguents et les emplâtres indifférents.
L’extraction du bourbillon nécrotique, avant qu’on ait constaté sa mobilité complète, n’offre aucun avantage. Au contraire, dans l’anthrax, il est expressément indiqué d’avoir recours à l’emploi de la glace et aux incisions profondes et dans plusieurs directions, faites d’aussi bonne heure que possible, — c’est dans ces cas que le tissu induré crie sous le scalpel ; — suivant les circonstances on excise, on racle les parties nécrosées, ou même dans le tissu infiltré on peut faire, à partir de la périphérie et de la base, de nombreuses incisions et sections qui ont pour but d’ouvrir le plus de foyers purulents possible.
Quand le ramollissement de la masse indurée se produit, ce qui convient le mieux, ce sont des fomentations chaudes ou des pansements désinfectants (pâte phéniquée, etc.).
Dans la furonculose, on fait, à l’égard des nodosités isolées de l’éruption, la médecine des symptômes, exactement comme pour les furoncles sporadiques. En outre, il faut tâcher d’en découvrir la cause ! générale accidentelle et de la combattre par des remèdes appropriés, le régime, les amers, la soude, le fer, les eaux thermales de Franzensbad, Karlsbad, Marienbad, etc. En général, les bains ne paraissent , pas avantageux ; cependant, on a, à différentes reprises, conseillé et i trouvé efficaces les bains d’alun et de soude (1,000 gr. pour un bain), ainsi que les bains de sublimé (10 gr. pour un bain). J’ai souvent cru devoir essayer de semblables traitements, et j’y étais parfaitement autorisé, puisque la furonculose, maladie extrêmement pénible, réclame toujours de nouvelles recherches pour découvrir un moyen de la guérir.
I Mais la méthode la plus défectueuse est celle que l’on pratique aujourd’hui et qui est inspirée par le désir de rester fidèle au principe de l’asepsie, de ne traiter les furoncles qu’au moj^en de l’acide phénique, puisque cet agent provoque constamment de nouveaux furoncles (1).
(1) Ce n’est pas, à vrai dire, l’acide phénique qu’il y a à incriminer, mais bien son emploi défectueux ou les doses excessives auxquelles il a été appliqué. — Il faut ajouter que les injections intracutanées d’acide phénique peuvent être employées avec succès dans les cas graves d’anthrax. — Voy. Aknozan, Lande et Maurange, in Journ. de Méd. de Bordeaux, 1889. — Ces auteurs ont injecté aux points extrêmes de la tumeur, par cinq piqûres, 5 grammes d’une solution au 1/10°, composée de glycérine neutre et eau distillée, de chaque lo grammes, acide phénique, 3 grammes. E. B. — A. D.
VINGT ET UNIÈME LEÇON
2“ L’anthrax vrai (1), carbunculus vents, charbon, anthrax charbonneux, pustule maligne, débute avec une sensation de prurit et de brûlure, sous forme d’une tache rouge, saillante, comme à la suite de la piqûre d’un insecte. Bientôt après, l'épiderme se soulève en forme de vésicule hémorrhagique, laquelle peut se dessécher au centre, se développer périphériquement ou se confondre avec celles qui sont voisines. 11 se forme à la base une infiltration de la peau très dure et peu douloureuse, constituant une saillie ayant l’aspect d’un cône aplati, dont l’étendue varie de celle d’une pièce de cinq francs en argent à celle de la paume de la main, sur laquelle s’élève peu après une bulle hémorrhagique ; ou bien une partie de la peau se transforme en une eschare sèche et de mauvais aspect. Celle-ci s’enfonce un peu au-dessous du niveau du tégument, de sorte qu’il apparaît recouvert par la tumeur environnante comme d’un bourrelet; ou, si cette tumeur présente à sa périphérie de grandes crevasses, elle le surplombe comme un jabot. Souvent aussi des vésicules hémorrhagiques apparaissent là consécutivement. Quant à son siège, l’anthrax atteint surtout le dos des mains, plus rarement la face, les lèvres, les ailes du nez, les joues, les paupières (lesquelles, dans ce cas, se remplissent d’un infiltrat très dur et se tuméfient énormément).
Si le processus n’amène pas rapidement la mort, la plus grande partie du tissu infiltré se nécrose, et, après son élimination, il se forme des granulations et la plaie se cicatrise. Il survient souvent de la lymphangite et de l’adénite axillaire purulente ou une suppuration sanieuse au niveau du muscle pectoral. Le pronostic n’est favorable que lorsque l’affection est limitée localement et qu’il n’y a pas de symptômes généraux. D’ailleurs, le pronostic est très incertain, car il est rare qu’il ne se déclare pas des phénomènes pyémiques généraux, et dans ce cas la mort a lieu à bref délai.
L’anthrax charbonneux se manifeste aussi quelquefois sous la forme d’œdème charbonneux externe (œdème malin), dans lequel l’infiltration prédomine et qui peut être facilement méconnu. Souvent on voit dans ces cas se former brusquement, sur les nodosités œdémateuses,
(1) Cette lésion, ou mieux cette maladie, dont l’auteur fait la « seconde variété » de « l’anthrax », n’est autre que le charbon. Quelle qu’ait pu être la nomenclature du passé, l’usage est à présent établi de réserver |> le nom 6! anthrax à l’anthrax commun ; l’ancien « anthrax vrai ou malin » est aujourd’hui classé sous le nom de charbon; il n’y a donc aucune raison, ni de conserver ce double emploi du même mot, ni d’associer ces deux choses distinctes dans un même genre, et de les décrire dans un même chapitre.
AMHRAX.
des eschares gangreneuses étendues, gris fonce jusqu’à noir ardoisé (Bollinger).
Gomme troisième forme de l’anthrax, W. Koch signale le charbon embolique de la peau, qui a été décrit par 'Weigert et Waldeyer, et se traduisit chez un homme mort de charbon typique des poumons et de l’intestin, par des taches hémorrhagiques punctiformes, de la dimension d’une lentille et même plus considérables, des papules et des vésicules hémorrhagiques, ombiliquées, plates ou reposant sur des papules, qui avaient leur siège principal à la face et sur le tronc.
Le meilleur traitement est purement symptomatique. Des fomentations, froides ou chaudes, suivant le degré des phénomènes intlainmatoires concomitants, notamment des parties environnantes, et suivant l’intensité plus ou moins grande de la lymphangite qui existe en même temps. La cautérisation de la pustule maligne, recommandée par différents auteurs, ou des autres nodosités ou pustules d’infection au moyen de l’acide nitrique fumant, est, lorsqu’elle a été énergique, parfois suivie de succès; mais si elle fut incomplète, elle est plutôt nuisible. 11 se forme ensuite des plaies propices à la propagation des bacilles ■de l’anthrax charbonneux. On a aussi proposé récemment comme rationnels l’excision totale et le raclage de l’anthrax, accompagnés de la cautérisation de la base.
On considère, depuis Pollender et Davaine (1), comme causes de l’anthrax charbonneux et comme agents de transmission de la matière contagieuse pour l’anthrax charbonneux, les bâtonnets mobiles, les bactéridies, les bacilles de la pustule maligne que l’on a constamment trouvés dans le sang des animaux charbonneux et dans le tissu de l’anthrax lui-même.
D’après les recherches actuelles de Wagner, de Rob. Koch et Turner, il existe, dans l’anthrax, dans le derme et jusque dans la couche du pamiicule graisseux, une infiltration des cellules inflammatoires en forme de traînées et de foyers, des hémorrhagies, des fragments de tissu ■nécrosé de mauvais aspect, dur ou en bouillie, et seulement durant la première période plus d’hyperhémie et de dissociation séreuse ; l’épiderme est en quelques points très adhérent; plus tard, surtout au centre, soulevé. Les bacilles de la pustule maligne remplissent les vaisseaux sanguins et lymphatiques et (dans des cas de Wagner) les papules hypertrophiées d’une manière si compacte, que l’on n’v
il) Lisez: Raver-Davai.ne , 1850,... et... Pollender, 1855. — Voyez, pour tout ce qui concerne le Charbon, les remaniuables leçons de I. Straus, — Le charbon des animaux et de l'homme — professées à la Faculté de médecine de Paris en 1877. E. B. — A. D.