‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 46 sur 214 · BOUTON ENDÉMIQUE D’ORIENT · texte numérisé non relu

BOUTON ENDÉMIQUE D’ORIENT

limètre de diamètre qui conduit dans une petite cavité cratériforme, il s’écoule par la pression un peu de sérosité purulente. » Tout cela est important à notera divers points de vue, et particulièrement pour caractériser la lésion ; c’est pour cela que nous l’avons relevé.

b) Les croates. — A tous les degrés, la lésion est le siège d’une excrétion fournie en grande partie par la prolifération du réseau et qui forme des cro-iites sèclies, résistantes, différentes des croûtes typiques de l’impétigo dont elles n’ont pas la fragilité, de celles du lupus qui sont beaucoup moins épaisses et qui ne se stratifient pas en couches aussi multipliées. Mais accessoirement, accidentellement, sous l’action du pus, du sang, des corps étrangers venus du dehors, dès applications de tout genre, on peut observer toutes les variétés de nuances et de colorations, et là il n’y a rien de pathognomonique. Aussi longtemps que dure le progrès de la lésion cutanée, la croûte varie d’épaisseur, de consistance, de couleur, est quelquefois soulevée, tombe et est remplacée par une autre. Mais quand la période de cicatrisation spontanée se produit, elle devient plus fixe, plus adhérente par rétraction des parties sous-jacentes.

c) Végétation papilliforme du réseau et nécrobiose du chorion. — En même temps que la lésion progresse, que les parties primitivement atteintes entrent en régression, que l’ulcération se réunit aux ulcères voisines et s'étale dans le chorion, la réparation se prépare déjà par le bourgeonnement du corps muqueux, et la lésion prend, à ce stade, un aspect papillomateux qui lui donne des apparences de verrue, de papillome, de lupus, etc.

La sécrétion, ichoreuse ou purulente, est généralement peu abondante, et tous ces phénomènes, à l’état torpide, presque latent, évoluent pendant des mois — deux à six — sans réaction générale, sans adénolymphites constantes ni importantes, et cheminant vers l’extinction spontanée. C’est exceptionnellement que les ulcérations prennent une allure grave par l’étendue ou la profondeur; la gravité réside surtout, pour les parties découvertes et pour la face, dans la longue durée j d’une affection sordide et dans l’éventualité de cicatrices défigu- ■ rantes.

d) Cicatrices. — Inévitables dans tous les cas où la lésion n’a pas été détruite ou ne s’est pas arrêtée aux premiers stades; reproduisant la forme et l’étendue du bouton, livide, maculeuse, inégalement au-dessous du niveau, se décolorant lentement et s’atténuant à la longue à la manière des cicatrices du lupus et même des syphilides. Quand le bouton a occupé longtemps les paupières, les lèvres, les oreilles, l’extrémité ou les ailes du nez, et s’il y a eu ulcération profonde du chorion, il peut subsister des déformations, des pertes de substances et des rétractions vicieuses. Bouquet, — loc. cit., p. 49, — a recherché des exemples de cicatrice chéloïdienne sans en rencontrer.

Peu de complications aussi, et tout éventuelles, dépendant des condif lions individuelles ou du milieu ambiant, et dans lesquelles se trouvent toutes les ulcérations ou les plaies, quelles qu’elles soient : phlébites, adénites, lymphangites, érysipèle, etc.

APPENDICE DES TRADUCTEURS

La diii’ée iiidividiielle du bouton, ou la durée totale des boulons multiples ou multi[)liés, varient dans des proportions très étendues; il ne faut pas prendre trop à la lettre le terme de « boulon d’un an », qui ne doit être entendu que de la limite extrême de la durée possible.

Dans les contrées où le bouton est endémique, nulle difticulté pour les médecins, ni même pour les gens étrangers à la médecine qui le reconnaissent au premier coup d’œil.

Mais, hors de ces paj’s, et pour le médecin qui n'a jamais vu le bouton des pays chauds, la diFlicullé est toujours grande, et l’erreur certaine pour tous ceux qui n’ont pas de notions assez précises de celte affection, pour la faire entrer dans leur analyse clinique et pour diriger l’interrogatoire dans la v(de nécessaire. Une fois prévenu de l’existence de cette affection dont les exemples se multiplient avec le développement des entreprises coloniales et des mouvements militaires^ il ne lui sera pas difficile d’éliminer l'impetigo, l’ectbyma, le furoncle vulgaire, l’anthrax, les syphilomes pustulocruslacés, les tuberculomes et les papillomes simples, le sycosis en plaques, les folliculites agminées. Le tout est ou d’avoir vu, ou d’être suffisamment en éveil, et de soulever la question dans tous les cas où le diagnostic des lésions susindiquées ne s’imposera pas par des caractères certains.

L’auto-inoculation, l’examen bactériologique, les inoculations aux animaux, peuvent toujours être invoqués dans les cas litigieux.

Les premières atteintes du bouton ne mettent pas l’individu à l’abri d’atteintes nouvelles ; il semble cependant qu’il y ait une atténuation dans ces atteintes nouvelles, et que quelques sujets acquièrent l’immunité. Cette constatation a besoin d’être soumise à une nouvelle enquête ; elle mérite d’autant mieux l’attention que, seule, elle peut établir sûrement si le bouton endémique est ordinairement, ou quelquefois, une maladie infectant l’économie, ce que rendent vraisemblable, mais ce (jue n’ont pas encore démontré, les recherches en cours d’exécution. Eu tout cas, l’infection est bénigne et ne semble jamais avoir donné lieu à des localisations viscérales importantes chez l’homme.

Non seulement le bouton endémique est propre à certaines régions, mais encore, dans les mêmes localités, il se développe inégalement dans les différentes années; il a, en outre, des périodes de floraison, de germination et de sommeil; la floraison commence avec les mois de septembre et d’octobre, la germination dure jusqu’au mois dejanvieret de février, après lesquels il ne se produit plus de nouveaux cas. Les termes de « maladie des dattes » ou de boulons de pluie « rain boïls » indiquent seulement les périodes climatériques auxquelles les paroxysmes endémiques se produisent. En tout cas, l’élément pathogène est attaché au sol, et l’on [)eut dire avec Tilbury Eox : « The boils appeai' to be of a malarious origin.» — Loc. cil., p. 248.

Le traitement n’est pas encore fixé; on peut assurément détruire avec le cautère actuel, radicalement, les lésions, mais on ne saurait oublier qu’elles ont leur siège sur les parties découvertes, que leur guérison spontanée est certaine et que le traitement ne doit pas aggraver le résultat à intervenir.

Nous avons sans succès employé l’électropuncture ignée, ne pouvant

DERMATOSES INFLAMMATOIRES CHRONIQUES.

donner, sans manquer au principe ci-dessus e'noncé, une profondeur nécessaire à l’action deslruclive. Nous ne mettons pas en doute, cependant, que ce moyen, employé au début, ne suffise pour éteindre immédiatement les foyers naissants.

Le fatalisme des Orientaux s'accommode aisément des résultats de la marche curative spontanée s’efi'ectuant sous la croûte protectrice; et Vidal admet que l'on a peut-être raison de les imiter, à moins qu’on ne se trouve en présence de cas à tendance ulcéreuse peu marquée. Cette résignation, cependant, ne doit être acceptée, et nous ne l’acceptons que comme un pis aller; nous pensons que des tentatives bien dirigées de médication active, à l’aide des procédés très perfectionnés de la méthode antiparasitaire et antiseptique, doivent être instituées à nouveau et poursuivies avec la précision nécessaire.

Ernest Bes.mer. — Doyon.

, VINGT-DEUXIÈME LEÇON

B. DERMATOSES INFLAMM.VfOIRES CHRONIQUES.

DERMATOSES CHRONIQUES AVEC CARACTÈRE INFLAMMATOIRE (PROCESSUS-EXUDAÏIFS , IIEBRA )

Significalioa anatomique et division clinique des processus chroniques caractérisés par des processus inflaimuatoires. — Dermatoses squameuses.

PSORIASIS

Messieurs, avec l’étude des dermatoses chroniques caractérisées essentiellement par l’inflammation, nous nous trouvons au cœur de la dermatologie proprement dite. Bon nombre des affections dont il a été question jusqu’à présent, notamment les maladies inllammatoires aiguës, rentrent, en raison d’une partie de leurs symptômes, dans le cadre de la pathologie médico-chirurgicale, et vous pouvez les retrouver dans tous les traités classiques. 11 n’en est plus de même du groupe de maladies dont nous allons actuellement nous occuper, et qui ne comprend que des affections propres à la peau.

Comme l’indique déjà la dénomination générale de dermatoses exsudatives chroniques, on trouve au fond de toutes ces maladies un trouble de nutrition qui se déroule d’une manière chronique et qu’on peut désigner comme inflammatoire ou exsudatif, puisqu’on ne rencontre dans ces cas que quelques symptômes inflammatoires, mais non leur ensemble complet. De ces phénomènes, on voit prédominer tantôt

VINGT-DEUXIEME LEÇON

l’injection vasculaire (rougeur), tantôt l’exsudation ou la prolifération des éléments de tissu. En même temps, ces processus atteignent soit principalement la couche papillaire ou même les couches profondes du chorion, soit seulement les glandes et le tissu périglandulaire le plus immédiat, ou surtout l’épiderme. Comme il peut se faire que le processus intlammatoire parvienne à un degré aigu typique, et que certaines de ces formes, comme l’eczéma, ait eu, en général, un début aigu, il est difficile, en prenant pour base ces très faibles différences anatomiques, de séparer les unes des autres la plupart des formes morbides qui appartiennent à cette classe.

Par conséquent, il est préférable, à l’exemple de Ilebra, de tenir principalement compte, à côté des altérations anatomiques saillantes, des caractères cliniques les plus marqués, et de diviser, d’après ces données, les dermatoses chroniques à base intlammatoire en cinq groupes :

1° Dermatoses squameuses : psoriasis, pityriasis rubra, lichen des ; scrofuleux, lichen ruber;

2“ Dermatoses prurigineuses : eczéma, prurigo;

3“ Folliculites : acné, sycosis, acné rosé;

4“ Eruptions pustuleuses : impétigo, ectbyma;

5° Eruptions bulleuses : pemphigus.

Nous nous occuperons d’abord des affections appartenant au premier groupe.

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