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LICHEN DES SCROFULEUX

! lions ont augmenté, soit en nombre, soit en intensité; il survient alors des papules et des groupes de papules sur les côtés de flexion des membres supérieurs et inférieurs; celles qui se trouvent à la jambe sont entourées d’une aréole livide {lichen lividus), comme les efflorescences f de la face.

! Comme phénomène concomitant, on observe, dans les cas graves, un I eczéma du scrotum et de la région pubienne, avec une sécrétion fétide,

, qui se dessèche en croûtes à odeur rance; au pubis, on constate des I pustules et des croûtes produites par l’inflammation de chaque follicule pileux (eczéma impétigineux) ; aux membres inférieurs, enfin, on voit des papules et des pustules occasionnés par une hémorrhagie et un exsudât dans les follicules pileux, lesquels sont entourés d'un cercle hémorrhagique (acné des cachectiques). Presque sans exception (environ 90 fois sur 100), les individus atteints de lichen des scrofuleux préj sentent un engorgement des ganglions sous-maxillaires, cervicaux ou j axillaires, atteignant la grosseur d’une noix ou plus, indolents, parfois I tendant à suppurer; dans quelques cas enfin, on trouve des périostites, des caries, des nécroses, avec ou sans ulcères scrofuleux de la peau, laquelle a, en général, un aspect cachectique et donne au toucher une sensation graisseuse sèche.

On le voit, ce processus ne s’observant que chez les individus jeunes et sous la forme que j’ai décrite chez les sujets scrofuleux, mérite bien le nom de lichen des scrofuleux.

J’ai indiqué par là en même temps la cause probable de l’affection ;

! rarement cette maladie existe chez des personnes scrofuleuses ayant I atteint l’âge de vingt ans, jamais chez des sujets plus âgés ni chez des individus paraissant d’ailleurs sains ; elle s’observe le plus souvent, au contraire, dans l’enfance ou à l’époque de la puberté.

J’ai démontré par l’examen microscopique que le processus local du lij chen des scrofuleux consiste en une infiltration cellulaire et en une exsudation ayant son siège dans les follicules pileux et dans les glandes sébaj cées annexes, dans leur atmosphère ainsi que dans les papilles qui sont ! au voisinage immédiat des orifices folliculaires (fig. 24). Chaque papule I correspond, par conséquent, à un orifice folliculaire et aux parties qui ! l’environnent. La tuméfaction et l’infillration des papilles forment la I papule, et l’amas d’épiderme hyperplasié ou d’exsudat à l’orifice du ^ follicule représente la squame centrale ou la petite pustule (1).

j (1) Si le principe de llebra était excellent, l’application qu’il en a j faite a été quelque peu défectueuse, car il n’en reste, à l’heure actuelle, presque rien.

I En ce qui concerne le lichen des scrofuleux, l’auteur manquait immé- I KAPOSI, 2® ÉD. 40

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Ce processus est essentiellement bénin, en ce sens qu’il peut guérir complètement et que tout au plus quelques follicules isolés peuvent disparaître par suppuration et cicatrice (fig. 25).

La mai'clie spontanée peut durer plusieurs années. Le diagnostic de

Coupe d’une papule de lichen des scrofuleux.

O. follicule pileux. — bb gaine de la racine du poil (parsemée de cellules). — c poil. — d réseau de Malpighi, les cellules sont déprimées longitudinalement, entre elles on voit des cellules d'exsudat. — e masse épidermique à l’orifice du follicule. — /"glande sébacée. — g infiltration des cellules inflammatoires dans le tissu conjonctif périfolliculaire se prolongeant dans les papilles. — h tissu conjonctif normal au voisinage du chorion. — i vaisseaux sanguins (fort grossissement).

cette affection, quand elle est caractérisée, n’est pas difficile, si l’on a égard à l’homogénéité des papules, à leur apparition en groupes, àleur

diatement aux règles posées par lui -même, du fait de la multiformité élémentaire de ses lésions, pustules, vésicules, eczéma impétigineux, etc.

L’affection décrite sous ce nom par Hebra et Kaposi est une variété

LICHEN RUBER.

localisation principale sur le tronc, à leur indolence, à leur faible saillie et à leur réunion avec les engorgements ganglionnaires que j’ai décrits et les autres signes de la scrofulose.

On peut confondre le lichen des scrofuleux : l” Avec l’eczéma papuleux qui survient chez les petits enfants sous forme de papules aplaties, desquamatives, qui, lorsqu’elles correspondent aux follicules pileux.

Fig. 2o.

Coupe d’uuc efflorescence de lichen des scrofuleux. a papille du poil. — b muscle redresseur du poil. — c gaines de la racine du poil. — le prolifération cellulaire autour du follicule pileux. — f orifice du follicule. — g gaine de la racine du poil, séparée de la paroi du follicule h par des cellules d’ exsudât. — i papilles du derme parsemées de cellules. — k orifice des glandes sudoripares.

peuvent également être disposées comme ces derniers en lignes circulaires et en groupes (lichen eczémateux figuré des auteurs). Cependant,

de folliculite pilo-sébacée, probablement infectieuse, sinon microbienne, peut-être quelquefois toxidermique, propre aux scrofulo-tuberculeux confirmés; elle est beaucoup plus rare dans nos hôpitaux qu’à la clinique le Vienne, à en juger par les descriptions de l’auteur. Cependant, nous ae manquons pas de scrofulo-tuberculeux, et nous devrions être à même de rencontrer fréquemment cette affection s’il s’agissait d’une maladie sûrement individualisée; celles-là sont ubiquitaires toutes les fois où elles ne reconnaissent pas pour cause un élément extrinsèque propre à la région où la maladie est relevée.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

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dans ces cas, la localisation n’est pas aussi typique et elle peut aboutir, par suite d’un développement aigu, à l’eczéma vésiculeux. 1

2“ On peut encore confondre cette affection avec la syphilide à petites ! papules, dite lichen syphilitique. Dans ce cas, les papules ne sont pas | en général disposées en groupes, mais principalement en lignes circu- ! laires; elles sont, en outre, extrêmement dures et brillantes, élevées au-l dessus du niveau de la peau, le plus souvent localisées aux plis arti- ! culaires, et l’on trouve habituellement entre les petites papules une! efflorescence plus ou moins volumineuse, à peu près comme une len^ ! tille. La présence d’une seule de ces papules dures et grosses suffit pour établir le diagnostic différentiel. i

Quant à l’espèce de lichen dont je vais vous parler dans quelques ins-* tants, le lichen ruber, il a des caractères si tranchés, qu’il est presque j impossible de le confondre avec le lichen des scrofuleux. !

On guérit sûrement le lichen des scrofuleux en plaçant le malade | dans des-conditions de nature à améliorer sa nutrition. Dans ces conditions nouvelles, la constitution générale s’améliore et les papules disparaissent. Un auxiliaire puissant sera l’usage interne de l’huile de foie de morue avec ou sans addition d’iode; par exemple, on peut prescrire* de prendre matin et soir une cuillerée de la mixture suivante : iode pur, 13 centigrammes; huile de foie de morue, 130 grammes. j

L’amélioration sera encore plus rapide si, en même temps, on fait' avec soin, deux ou trois fois par jour, des onctions sur la peau avec! l’huile de morue ou des corps gras. Dans l’espace de six semaines à trois mois, on peut voir disparaître complètement les éruptions les plus^ intenses de lichen des scrofuleux, en même temps cesser aussi l’engor-! gement ganglionnaire et de l’acné des cachectiques, les symptômes de l’eczéma du scrotum, etc. {

LICHEN RUBER

Hebra le premier a reconnu comme affection sui generis cette remarquable maladie de la peau, aussi obscure que dangereuse, et lui a donné le nom de lichen ruber. j

Ce que cet observateur a enseigné sous le rapport de la symptomato : logie et de la terminaison de cette affection a donné lieu à des recher elles ultérieures qui nous permettent d’établir aujourd’hui deux forme de lichen ruber : le lichen ruber acuminé et le lichen ruber plan. j Le lichen ruber acuminé est la forme primitivement décrite pa; Hebra. Elle est caractérisée par des papules disséminées, très dureé de la grosseur d’un grain de millet jusqu’à celle d’une tête d’épinghi rouges, coniques, ayant à leur sommet une petite squame épidermiqui

LICHEN RUBER.

épaisse. Si ces papules sont disposées en lignes assez serrées, elles donnent au toucher la sensation d’une râpe et finissent par se confondre ! en surfaces diffuses, rouges et squameuses.

Le processus débute par une éruption assez aiguë des papules que I je viens de décrire, disséminées sur tout le corps ou limitées à quelques points (tronc, plis des articulations). D’abord irrégulièrement réparties, elles se disposent ensuite en raies ou lignes circulaires, ou encore elles ;se rapprochent irrégulièrement les unes des autres,, par l’apparition de nombreuses papules nouvelles dans l’intervalle des anciennes.

Dans l’espace de trois à quatre mois, le tronc, la face et les membres sont recouverts de papules toujours plus confluentes elles ilôts de peau saine diminuent de plus en plus. La réunion des groupes papuleux confluents forme des plaques diffuses sur lesquelles la peau est épaissie d’une manière uniforme, rouge, squameuse, fendillée, traversée par des sillons profonds, paraissant sèche et semblable à un eczéma squameux ancien. C’est seulement au bord do ces plaques diffuses qu’on 1 retrouve en plusieurs séries les efflorescences primaires du lichen , ruber, côniques, avec une squame à leur sommet.

Par le progrès continu et simultané sur plusieurs points de ce pro- ! cessus, l’affection gardant toujours son caractère, peut, dans l’espace d’une à plusieurs années, s’étendre uniformément et se généraliser, — lichen ruber généralisé. Dans ce cas, la peau paraît rouge du sommet I de la tête jusqu’aux orteils ; elle est épaissie, et ses plis normaux sont plus fortement accusés ; elle est recouverte de nombreuses squames , minces, la face est sèche, fendillée et squameuse, les paupières inférieures en ectropion, les paupières supérieures abaissées, le cuir chevelu squameux, les cheveux amincis et tombant (effluvium capillorum). Plus tard, la chute des poils s’étend à tout le corps. Les mouvements articulaires sont douloureux par suite de l’épaississement et de l’état fendillé de la peau; la paume des mains et la plante des pieds sont recouvertes de callosités épidermiques épaisses, d’un blanc sale, qui I rendent difficiles les mouvements des doigts; les ongles des doigts et

I des orteils sont épaissis, cassants, opaques. En outre, le malade est très souffrant, amaigri et se plaint de frissons continuels. Le lichen ruber peut, dans ces conditions, durer plusieurs années sans que, d'après mon expérience, il se produise une régression spontanée.

1 Sous l’influence d'une affection aussi grave, l'amaigrissement fait des I progrès continuels et la mort survient par épuisement ou par suite I d’une maladie accidentelle (1).

(1) Hebra n’a pas été plus heureux dans la constitution de ce deuxième lichen que dans celle du précédent. On peut tenir pour

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Lichen ruber plan (1). — Dans cette forme il survient de petites papules plates qui ne produisent pas de squames (2), d’un brillant particulier, analogue à celui de la- cire, ombiliquées (3), qui, dès le début, ont une tendance à se réunir par groupes et à former des plaques. Ces papules sont grosses comme un grain de millet ou une tète d’épingle, et même beaucoup plus petites (4), à peine grosses comme une pointe d’aiguille; celles qui ont pris un développement plus considérable sont d’un rouge brun ou pâle, ou même sont tout à fait pâles, avec un bord rouge fin comme un cheveu à leur base ; elles ont le brillant de la cire, une forme arrondie ou polygonale, enfin elles sont très dures. Un grand nombre même des plus petites papules montrent à leur centre une dépression petite comme si elle avait été faite par une pointe d’aiguille; et qui représente tantôt un ombilic plat, tantôt un petit point fm. Au début, ces papules sont irrégulièrement disséminées et se montrent principalement sur le côté de la flexion ou de l’articulation du poignet, à la région poplitée, sur le gland, souvent aussi sur la paume de la main et la plante du pied, ou bien elles apparaissent d’abord sur le dos de la main, mais aussi sur tout autre point, sur le tronc, les

certain que les faits qui ont servi à établir sa conception du « lichen ruber », dont Kaposi a fait « le lichen ruber acximiné », sont relatifs à des dermatoses diverses, au nombre desquelles, d’après les caractères dermatograpbiques, le pityriasis rubra pilaire, et, d’après l’issue funeste, la durée, etc., plusieurs grandes dermatoses graves alors absolument non soupçonnées, parmi lesquelles des érythrodermies secondaires, des lymphodermies, etc., et aussi sans doute quelques cas de lichen vrai du type suivant. Sur ce point, la lumière ne pourra jamais être faite ; il ne reste que cette certitude : c’est que l’issue funeste des quatorze premiers cas observés par Hebra demeurera toujours incompréhensible et inexplicable.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) La dénomination de lichen plan ne peut plus servir pour spécifier

l’espèce dermatologique dont il s’agit, mais seulement pour indiquer l’une des formes dermatographiques les plus communes qui lui appartiennent; nous la désignons sous le terme simple de lichen ou de lichen vrai, ou encore de lichen de Wilson, du nom de l’auteur qui l’a véritablement décrit le premier. E. B. — A. D.

(2) ... immédiatement, car plus tard elles existent.

(3) Non pas toutes, ni toujours; souvent la loupe est nécessaire pour

bien constater l’affaissement du centre. E. B. — A. D.

(4) Beaucoup de papules, au début, ne sont visibles qu’à la loupe; il est alors aisé de reconnaître que les plis de la peau déterminent essentiellement leurs formes polygonales, lesquelles sont initiales, non consécutives à leur pression réciproque, comme on l’a dit.

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