KÉRATOSES AVEC HYPERTROPHIE DES PAPILLES
Verrue (verruca). — Scientibquemeut, comme dans le langage vulgaire, on désigne sous le nom de verrues des excroissances cutanées rondes, rugueuses, papilliformes, congénitales souvent (v. congénitale), mais apparaissant d’ordinaire quelques mois seulement après la naissance. Les verrues pigmentées et recouvertes de poils constituent les nævi veiTLiqueux et pigmentaires de forme, d’étendue, de siège variés; parfois elles suivent le trajet d’un nerf [papillome névrotique) , — d'un seul côté sur quelques régions du corps ou, comme j’en ai rapporté un cas, réparties sur tout le corps et correspondant toujours au trajet des nerfs. Je me suis déjà expliqué sur ce dernier point (tome H, pag. 17) et j’ai dit que les nerfs n’ont rien à faire avec ces formations anormales (1).
La plupart des verrues ne se développent qu’à un âge plus avancé (v. acquise), et sont persistantes (v. persistante'', ou caduques (v. caduque). La forme la plus fréquente est celle des verrues ordinaires (v. vidgaire) ; ce sont de petites excroissances cutanées, du volume d’une tête d’épingle à celui d’un pois, planes (v. plane), ou hémisphériques, rugueuses, peu sensibles, blanc jaunâtre, à surface lisse (v. glabre), mamelonnée {acrothgmion), crevassée ou fasciculée. Elles se produisent d’une façon lente ou rapide, subaiguë, et en plus ou moins grand nombre, sur les mains, les pieds, les oreilles, la face, le cuir chevelu d’individus encore jeunes, persistent pendant des mois et
(1) On ne saurait conserver au terme de « verrue » une acception aussi banale; les « verrues congénitales », pigmentées ou non, glabres ou pileuses, ne sont pas des verrues; ce sont des nævi verruqueux, ou verruciformes, qui diffèrent des verrues véritables aussi bien sous le rapport anatomique, que sous le rapport clinique, etc.
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des années, et disparaissent de nouveau spontanément, ou se perpétuent indétiniment.
Leur étiologie est inconnue et la croyance populaire à leur contagiosité n’a aucun fondement (1).
Verrue sénile. — Elle se présente sous forme d’une excroissance
(1) Les causes et la transmissibilité des verrues communes ne soid pas aussi incertaines que l'indique le texte courant; bien au contraire, les idées anciennes renaissent, appuyées sur des faits cliniques bien observés, et sur des recherches scientifiques nouvelles. 11 existe, très probablement, un ou plusieurs agents microbiens qui exercent leur action irritative spécialement sur la couche épineuse de l’épiderme, les lésions du derme n’étant que secondaires, consécutives. Parmi les travaux récents, nous signalons celui de G. Kohnemaxx, Beitræge zur Anat. und liist. d.Ver. Monafsh. f. prakl . Dermal., T. VIII, n® 8,
et Contrib. to the anat. and histol. of. Y. vulg., The Brüish Junrn. nf. Dermat., A^ol. I, n" 11, 1889.
Faites dans le laboratoire de Sciiwexixger sur un grand nombre de verrues, par biopsie ou par nécropsie, les recherches de Kouxemann établissent que les lésions essentielles sont épiderinl/fites, les lésions dermiques restant peu accentuées et l’état papillaire occasionné principalement par la pénétration des colonnes de la couche épineuse dans le derme.
C’est la confirmation des opinions de .\uspitz, de Un.xa, avec cette restriction que, contrairement à Aespitz et à IL Heura, la verrue n’est pas considérée comme une simple hyperakanthose — prolifération de la couche épineuse — telle qu’elle existe dans le condylome acuminé et la verrue papilliforme.
L’évolution paratypique parait à Küonemann un phénomène tout à fait propre à la verrue : les cellules épineuses ne s’a])latissent pas dans le stratum gramdeux, mais conservent à un degré plus ou moins accusé leur forme primitive, et se distinguent essentiellement des cellules du stratum granuleux normal par leur contenu kéralohyalin. La kératobyaline existe en faible proportion, mais répartie uinl’ormérnent, ou bien préseide des variations considérables, de telle sorte qu’on la trouve en grande quantité au-dessus des colonnes interpapillaires, tandis qu’elle manque complètement an-dessns des papilles, où son absence entraine selon la règle, conformément aux recherclies de ünna, la conservation des noyaux dans la couche cornée correspondante, dont les cellules sont fusiformes.
Ces anomalies évolutives du stratum granideux, et de la couche 'cornée, seraient caractéristiques de la verrue qui représente une parakératose ou une dysk('ralose — déviation du type de croissance, anomalie de kératinisation.
L’irritant externe, banal ou microbien, amène la jn’olifération des cellules du stratum dentelé, et secomlairement l’hy])erbémie dermique avec excès de mdrition.
Baclérioloyic de lu verrue commune. — Dans un travail ultérieur. —
KERATOSES PURES.
grande comme une lentille on une pièce de 50 centimes, plane, tineuent granuleuse, brunâtre, et se développe au tronc, à la face, aux iras des personnes âgées. On peut facilement l’arracher avec l’ongle.
Bakteriologie der Verruca vulgaris. Yorlæutige Mitteilung Monatsheft. f. walit. Dermatologie , tome IX, pag. 17 et suiv.). — KünxEMAXN fait une ‘tilde très intéressante de la verrue commune :
La méthode employée a été celle de Gram, modifiée par Kühnk : colo- ■ation des coupes par une solution aqueuse alcalinisée de violet de geniane (solution de carbonate d’ammonium à t p. 100), pendant au moins me demi-heure ; ensuite, lavage soigné dans de l’eau, traitement iiendant ,rois minutes par la solution d’iode et d’iodure de potassium, lavage à l’eau, lécoloration par nue solution alcoolique de fluorescéine; on enlève ensuite a fluorescéine eu excès par l’alcool absolu, les huiles d’œillet et d’aniline, ‘t on monte dans le xylol, le baume du Canada.
Les granulations de kératohyaline et la couche cornée ju-ennent une colo- ■aliou îileu noirâtre, les couches non kératinisées de l’épiderme el le derme me teinte jaune clair. Dans le stratum dentelé, on l’emarque, enire et dans les cellules, ainsi que dans les espaces lymphatiques, des bâtonnets dont ia longueur ne dépasse jamais 1 g 1/2; le rapport de l’épaisseur à la lonueur est environ comme 1 est à 6. On les trouve quelquefois dans la couche ornée, rarement, dons le derme voisin. Dans une verrue, l’auteur ne les a [■61100111108 que dans la couche germinative du stratum dentelé. Dans les verrues anciennes, le.s bâtonnets sont moins nombreux que dans celles qui ont récentes.
Ces bacilles se colorent en rouge clair, taudis que tous les autres microorganismes prennent, par la méthode de Gram-Kühne, une teinte bleu foncé. Au point de vue de la coloration, ils se comportent comme les bacillles de la tuberculose; il est donc bon de laisser les coupes au moins une demi-heure dans la solution.
Les cultures sur la gélatine et l’agar agar ont donné des résultals positifs et identiques pour toutes les verrues. L’examen microscopique a montré un bacille dont la forme correspond à celle de celui coloré dans le tissu; il parait seulement un jieu plus gros ; il en est, d’ailleurs, ainsi i)0ur la plupart des bactéries cultivées dans des cultures pures.
En ce qui concerne les inoculations de culture pure sur les animaux et l’hoinnie, voir ci-après :
La présence constante de ces bacilles <lans la couche épineuse des verrues explique bien leur jiroductiou. Ils pénètrent par une petite fissure de la couche cornée sur les ])arties découvertes de la peau, exposées aux lésions extérieures, et trouvent, dans le stratum dentelé un terrain favorable pour leur existence et leur propagation. Ils exercent, par une irritation ]uirement mécanique ou par leurs sécrétion, une action irritante sur les cellules voisines, laquelle se traduit par la multiplication des noyaux et une prolifération cellulaire. La transformation des cellules, épineuses en cellules granuleuses et cornées normales est aussi essentiellement modifiée.
Cette prolifération considérable constitue non seulement une l'éactiou, mais encore une défense des cellules contre les micro-organismes : en s’avançant plus rapidement vers la surface cutanée, elles cherchent à les expulser.
Il est très vraisemblable que les bacilles, après un long séjour dans les cellules, ne trouvent plus les mêmes conditions favorables pour leur existence, ce qui expliquerait leur rareté dans toutes les verrues anciennes.
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et, à la base, il reste un corps papillaire saignant, un peu hypertrophié (1 ).
Ainsi s’expliquent la disparition sulnle des verrues ainsi que leur naissance et leur évolution ultérieure, aiilrel'uis si énigmatiques.
Au congrès des naturalistes et des médecins allemands tenu à Heidelberg en 1889, Schwexlnger a donné le complément des recherches de Kühnemann.
Les cultures sur l'agar agar ont donné des colonies à coloration jaune verdâtre. Les verrues obtenues par inoculation n’ont pas encore été observées au microscope, mais l'examen des préparations rend dès aujourd’hui vraisemblable que ces verrues représentent véritablement des verrues vulgaires. Avec les cultures, on a fait dix inocvdations sur quatre animaux (deu.v coqs sur la crête, et deux lapins à la patte), deux ont donné des résultat^ satisfaisants : quinze jours envii'on après l'inoculation, il est survenu des excroissances verruqueuses de la grosseur d'un grain de chènevis, légèrement aplaties, brunâtres.
Quant aux expériences sur l’homme elles, s’annoncent comme devant être suivies de résullats.
Er.nest Besmer. — H. Doyon.
(1) Dans les notes de la première édition de cette traduction, — t. 11, p. 96, noie 1 — nous avons distingué deux formes de verrues suivant ràge : les verrues séniles et les verrues des jeunes gens, dites « verrues de croissance », comprenant deux variétés, la verrue commune et la verrue plane, dernière forme sur laquelle nous avons appelé particulièrement l’attention, en la désignant sous le nom de verrue plane, juvénile.
Quelques compléments ne seront pas inutiles sur les verrues aux differents âges: verrues Juvéniles; verrues de l'adulte; verrues do la vieillesse.
1“ Verrues juvéniles. — Les verrues des jeunes sujets se présentent sous plusieurs formes.
a) La forme commune, « verrues de croissance'-», verrues des mains, suftisamment décrite, soit dans le texte courant, soit dans les notes.
b) La forme angiomaleuse, angiokératome de V. Mihei.u — Di ima nuova forma di cheratosi, angiociiehatom.y, Giorn. liai. d. Malalt. TV». e d. -pelle. Fasc. lll, Sett. 1889; verrues télangiectasiques, de Dc- BREUiLii — Ann. de la pohjcl. de Bordeaux, ]0.x\\\qv 1889; verrues caverneuses, vasculaires, télangiectasiiiues, næviformes, etc.
Dans le cas de Dubreüilh, il s’agit d’une jeune tille de dix-neuf ans, (pii portait sur la peau des mains, en état d'éi'vlhème pernio, des « saillies ayant l’aspect classique d'une verrue moyenmmient développée, à travers hupielle on voit, |tar transparence, des taclu'S noires du volume d’une petite tète d'éidngle... La lésion déluite par des taches rouges, irrégulières, de la dimension d'une tète d’épingle à une lentille.... Ces verrues persistent très longtmnps sans ipie la malade juiisse dire s'il en est qui dis{)araissent ; mais, depuis [ilusieurs années