‹ Pathologie et traitement des maladies de la peauChapitre 82 sur 214 · KÉRATOSES AVEC HYPERTROPHIE DES PAPILLES S · texte numérisé non relu

KÉRATOSES AVEC HYPERTROPHIE DES PAPILLES S

(c’est-à-dire en dehors de la blennorrhagie) d’une personne à une autre. Les expériences de Kranz sur ce point n'ont pas réussi, et l'ohservation de Zeissl de transmission par le coït n’exclut pas la communication simultanée de la blennorrhagie (1).

La constitution anatomique de toutes ces formes de verrues est la même : des anses vasculaires, simples ou ramifiées, remplissent en grande partie les papilles augmentées de volume; au-dessus de cellesci, le réseau muqueux est très abondant et en voie de prolifération (fig. 38). Là où le réseau est très développé et le processus de prolifération très actif et marche rapidement, comme dans les verrues acuminées qui ne sont pas encore kératinisées, on peut voir de très belles figures karyokinésiques de [division des noyaux de cellules et à un grossissement modéré (Hartn. 8). Quand le réseau est très développé, il se produit encore dans les verrues sèches une couche cornée épaisse à la surface. Dans les papilles et le choiûon avoisinant, on peut observer une infiltration cellulaire d’autant plus prononcée que la vitalité de la végétation est plus forte, et dont le résultat éloigné est la formation d’un tissu scléreux, qui donne ordinairement à la base des condylomes anciens l’aspect de tissu connectif dense, cicatriciel.

(1) Les cond\jlomes acuminés, végétations, « choux-fleurs », etc., sont bien distincts des verrues communes, et de toutes les espèces de verrues, aussi bien par les caractères anatomiques que par les caractères cliniques; c’est surtout à propos de la blennorrhagie et du virus vénérien que leur étude doit être faite.

C’est là où peut être utilement discutée la question de l’imité ou de la pluralité des éléments microbiens qui produisent cette prolifération si remarquablement et si typiquement uniforme.

A côté de ces condylomes vénériens, mais bien distincts par l’aspect, l’évolution, etc., se placent les végétations de la grossesse, que l’on rencontre à la vulve, aux aines, et jusqu’aux plis anogénitaux.

Variables de forme, planes, irrégulières, fongiformes, etc., elles atteignent cjuelquefois un assez grand développement. Leur durée est éphémère, et elles disparaissent, d’ordinaire, spontanément après l'accouchement. Leur production dépend de l’action d’un des éléments microbiens qurpeuvent évoluer dans les sécrétions vaginales de la grossesse. Quant à l’exubérance de leur prolifération, elle dérive surtout du processus normal de l’hypergenèse propre à la grossesse. On le retrouve dans les condylomes plats, qui deviennent alors velvétiques, muriformes, au point d’acquéinr quelquefois des proportions géantes comme dans le cas remarquable dont nous avons déposé le moulage au Musée de l’hôpital Saint-Louis en 1876, sous le n“ 392, avec l’étiquette de Plaques syphilitiques extraordinairement végétantes chez une femme enceinte, région de la nuque, et région dorsale.

54 TRENTE-DEUXIÈME LEÇON. S

La constitution des verrues, dites filiformes, pendulæ, est toute j < différente. Ce sont de petits appendices filamenteux, ou en forme de ; > petites masses pédiculées, mous, lisses, et recouverts d’nn revêtement ; épidermique normal, qui apparaissent et persistent souvent en grand i , nombre sur la peau du cou, des paupières, de la poitrine, particulière- i) ment chez les femmes. Ces verrues mollusciformes sont constituées 1;^ par une petite masse de tissu connectif venant de la profondeur, pous- || saut la peau devant elle, et contenant un vaisseau dans son pédicule ; elles se rapportent donc, d’après cela, au molluscum fibreux, qu’elles représentent en petit (1).

La signification du molluscum verruqueux [contagieux, condylome sous-cutané, eic.) a, été élucidée plus haut (tome P' , page 212 et suiv.)(2). :

Les verrues pourront être détruites par l’énucléation, l’excision avec les ciseaux, la ligature, la cautérisation avec le perchlorure de fer, i l’acide azotique fumant, l’acide acétique, l'acide orthoxyphénil sulfureux (sulfo-carhol), la pâte de soufre, la solution de Plenck (sublimé corrosif, alun, céruse, camphre, esprit-de-vin, vin acétique àà 3 gr.); l’emplàtre de mercure et d’arsenic (Unna).

On peut amener la dessiccation des végétations des muqueuses à l’aide du sou.s-acétate de plomb, de la poudre de sabine, de faluii calciné, de la pâte de résorcine (résorcine 10 à 30, glycérine et vaseline àà 23) (3).

(1) Ces petites productions mollusciformes, très communes chez ta

femme d’âge moyen, à la région du cou, où elles se multiplient en nombre considérable, ont besoin d’une élude nouvelle pour recevoir une dénomination et un classement précis. Très peu vasculaires, elles sont aisément détruites par excision à l’aide d'un ciseau courbe à lames fines. E. B. — A. D.

(2) Voy. aussi les liâtes des traducteurs, T. 1, p. 219 et suiv.

(3) Le traitement des verrues, quelquefois très facile, est, dans d'au- , très circonstances, d’une très réelle difficulté en pratique, soit ])ar la multiplicité des productions pathologi(fues, soit par la localisalion, soit par l’indocilité ou la pusillanimité des patients.

Plusieurs médicaments internes ont été proposés pour guérir la j verrue commune; le plus célèbi-e est la magnésie décarbonatee, pri.se f régulièrement pendant ({uefijiies joui’s ou quebiues semaines à la tlose j (|uotidienne de 1 à 3 ou 10 grammes. Des auteurs recommandables j déclarent avoir obtenu, par ce moyen, la guérison complète de vi'rrues j: communes mullij)les.

Nous avons, malgré notre* incrédulité absolue, mis consciencieuse- i ’ inenl(*n pratiejne celte médication, et à plusieurs reprises, en ex|)cri- i mentation publieiue dans notre service d'bô|>ilal. Dansaucun cas, nous n’avons obtenu aucune es|)èee (l'aelion. C'est en vain (iin* nous elier-

ICHTÎIYOSE.

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

11 est une maladie qui, par son complexns S3’mptomalologique spécial, occupe une place toute particulière parmi les kératoses : c’est ,’ichthyose.

Aérions à expliquer ces insuccès; il n’y a là aucune maladresse opératoire à invoquer contre nous; nous nous sommes assurés que la magnésie était de bonne qualité, et la médication suivie régulièrement.

Il est encore un point sur lequel nous avons été aussi malheureux dans nos résultats; nous voulons parler de cette proposition fréquemment renouvelée qu’en détruisant une verrue seulement, on voyait les autres disparaître. Jamais nous n’avons pu faire cette constatation.

Peut-être arrivera-t-on à comprendre ces faits contradictoires, si l’on veut bien remarquer que les verrues, en raison même de leur origine et de leur constitution, ne sont pas éternelles, qu’elles subissent très souvent des régressions rapides et qu’elles finissent toujours par disparaître, car on trouve dans Page adulte bien peu de traces des verrues communes de la jeunesse.

Il reste à examiner les moyens de détruire les verrues communes, les verrues planes, les verrues papillomateuses de l’adulte, les verrues planes de la vieillesse.

a) Verrues communes. On peut les détruire avec tous les acides caustiques, sous la seule réserve d'en limiter l’action à la verrue, et de n’employer que la quantité nécessaire. Pour limiter l’action, il est essentiel de préserver les parties saines alentour, en les enduisant préalablement de collodion, de traumatisme ou de préparations analogues plus parfaites, telles que les solutions que l’on prouve aujourd’hui dans l’industrie, et qui servent, entre autres usages, à faire les pellicules transparentes pour la photographie. On dépose ensuite, à l’aide d’un bâtonnet, une petite quantité del’acide avec les précautions nécessaires pour éviter le coulage. — Ac. nitrique, ac. phéniqae déliquescent, ac. chromique fondant, ac. acétique cristallisant, nitrate acide de mercure, etc. — Dans les premières applications, il vaut mieux rester en deçà, qu’aller au delà, sauf à faire une ou plusieurs nouvelles cautérisations.

Le crayon de nitrate d’argent appliqué, à plusieurs reprises, à la surface des verrues convenablement décapées, soit par abrasion aux ciseaux, soit par l’application préalable de collodion salicylé ou résorciné à saturation, constitue un moyen un peu lent, mais facile et inoffensif.

Si ces moyens ne sont pas suffisants, on peut facilement détruire les verrues par la cautérisation ponctuée interstitielle à l’aide des pointes fines du thermocautère, et mieux de l’électrocautère. Le point à cautériser peut être facilement insensibilisé, à l’aide de quelques gouttes de- chlorure de métliyh'.

TnE^’TK -TROISIEME LEÇON.

ICHTHYOSE, FISCHSCHUPPENKRANKHEIT

L’ichthyose est une affection qui , développée dès la plus tendre enfance, persiste d’ordinaire toute la vie, et dans laquelle la peau, rugueuse et sèche, est recouverte de fines écailles, de squames, ou de lames épidermiques épaisses, ou encore de saillies cornées.

La forme la plus élémentaire de la maladie — ichthyose simple, — a un caractère typique avec divers degrés d’intensité. Son siège est tout à fait celui du prurigo, c’est-à-dire qu’elle se manifeste sur les membres du côté de l’extension ; ainsi elle aura, du bras à la jambe, une intensité

Quelques précautions consécutives doivent être prises pour les verrues anciennes, dont les colonnes épidermiques ont pénétré profondément dans le derme; pour les verrues péri-unguéales et sous-unguéales; par tous les procédés employés dans ces cas particuliers, il peut se développer une dermite périphérique assez vive.

Pour les papillomes proprement dits, après avoir ramolli et élimiiif le surtout corné par le savon salicylé, leur guérison peut être obteiiin' rapidement par la rugination à la curette, après congélation et insensibilisation par le chlorure de méthyle appliqué au pinceau.

Pansement consécutif antiseptique. Deuxième rugination, ou rectilication, à l’aide de l’électrocautère, des points de la cicatrice qui seraient incomplets ou défectueiix.

b) Verrues planes juvéniles. Pour les verrues isolées, sur les mains, mêmes moyens que ci-dessus. Sur la face et sur les mains, quand elles se présentent en colonies coiiffuentes, on est obligé d’avoir recours aux pommades et aux emplâtres de savon mou de potasse, au naphtol camphré, résorpiné et salicylé de 1 à 10 p. lOÜ, dont l’emploi est renouvelé jusqu’à résultat suffisant, avec des intervalles de repos quand les applications exfoliatives ont déterminé une irritation trop vive.

c) Verrues séniles. Lorsqu’elles sont très multipliées, etcju’elles sont anciennes, étalées, la curation est vraiment laborieuse, à cause de la multiplicité des verrues à détruire ; peu de malades heureusement la réclament; ces productions les incommodent fort peu, et rarement au point de les engager à réclamer une intervention active. Quand on n’a pas pu les réduire à l’aide des frictions de savon résorciné, camphré et salicylé, ou des emplâtres de même composition, la rugination â la curette, suivie de cautérisations avec le crayon de nitrate d’argenl. constitue un moyen de cure radicale.

Tous les moyens que nous venons d’indi(pier s’appliquent particuliérement aux verrues proprement dites et aux papillomes simples, et non aux alfections réunies â tort dans le même chapitre, telles que condylomes acuminés, verrues molluscoïdes, iiani verruciformes, etc., dont la médical ion, variable dans ces divers cas, doit être reportée à sa place naturelle.

LiiNEST Resmer. — Doyon.

tCHTIIYOSE. o7

variable, tandis qu’au creux poplité, au pli de l’aine, au pli du coude, au creux axillaire, la peau sera tout à fait normale, lisse, sudorale (1).

Dans la forme la plus légère, le bras et la cuisse sont, du côté de l’extension, recouverts de petites saillies, grosses comme une tête d’épingle, d’un rouge pâle, pre'scntant à leur centre une squame qui, lorsqu’on l’arrache, laisse à nu un poil grêle et enroulé sur lui-même. Ces élevures donnent à la peau un aspect rude, rugueux, que le toucher perçoit également; elles représentent l’affection désignée sous le nom de lichen pilaire (2). On trouve cet état à un faible degré sur le côté externe du bras et de la cuisse chez tout homme, surtout à l’époque de la puberté, lorsque les poils lanugineux commencent à pousser d’une façon plus énergique. Dans l’ichthyose, le lichen pilaire (3) date de l’enfance et occupe, outre les membres, tout le tronc, de façon à donner constamment à la peau l’aspect de la chair de poule. .l’ai quelquefois vu sur le cuir chevelu, chez des enfants de cinq à dix ans, un lichen pilaire (4) de ce genre, qui existait depuis la naissance et avait pour conséquence un faible développement de cheveux lanugineux ténus et cassants. L’affection que T. Fox a décrite, d'après un cas qu’il a observé, sous le nom de cacotropkia folliculoriim, paraît être ce dont nous parlons ici (5).

Une forme plus fréquente est celle où la surface cutanée des niem-

(1) Il n’est pas inutile d’ajouter que, dans les cas d'ichthyose intense, celte surface de réserve se restreint considérablement, et n’existe plus qu’à la région centrale des grands plis articulaires.

(2) (3) (4) Nous avons déjà fait remarquer, dans la U® édition de cette traduction, que le terme de « lichen pilaire » n’était pas acceptable ici, et qu’il est contraire aux principes de nosologie de dire que le « lichen pilaire » est la lésion d’une autre maladie que le lichen.

De deux choses l’une, les lésions ainsi désignées appartiennent à l’ichlhyose, ou au lichen ; si elles appartiennent à l’ichthyose, elles doivent être appelées ichtkyose et non lichen. Or, comme elles représentent des kératoses du canal pilaire, sans aucune prolifération dermique primitive qui puisse les constituer à l’état de lichen vrai, elles appartiennent à Fichthyose et non au lichen.

L’auteur nous a d’ailleurs récemment donné raison, d’une manière implicite, en parlant accessoirement de cette afi'ection au Congrès de Paris en 1889, dans sa communication sur le lichen, et en la désignant sous le nom de Keraiosis foUicularis — Voy. Arch. /'. Derrnat. u. Syph. 1889. ' E. B. — A. D.

(5) Voy. plus loin, p. 69, Appendice des Traducteurs.

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

bres est recouverte de lames épidermiques polygonales, de la dimension d’une lentille à celle d’une pièce de 20 centimes, blanc sale, ou grisâtres, adhérentes au centre ou même déprimées (/. scululata, Schiinlein), soulevées sur leurs bords, d’une transparence nacrée, et qui, faisant ressortir davantage les lignes et les sillons de la peau, donnent à celle-ci un aspect réticulé caractéristique, — I. nacrée (Aliberl), nilida (1).

Un degré plus élevé de la maladie constitue ce que l’on a appelé I. se/'pentine (2). Dans cette forme, les parties sus-memtionnées, ainsi (pie l’abdomen et le dos, présentent un aspect jaune grisâtre, sale, comme si elles n’avaient pas été lavées depuis longtemps, et sont recouvertes de squames épidermiques épaisses, tandis que sur les genoux et les coudes se trouvent de petites éminences sèches, verruqueuses.

Sur tous ces points, la peau est rude, sèche, la sécrétion sudorale est tarie; en passant la paume de la main à sa surface on détermine un bruit de frottement rude; et par le grattage avec les ongles, on détache une poussière épidermique blanche. Toutefois, on n’observe pas dans l’ichthyose une véritable desquamation, comme dans le psoriasis.

La peau de la face et du cou présente également des tacbes grises, sèches, squameuses; le cuir chevelu est furfuracé (pityriasis), recouvert de poils minces, mais rudes. Les ongles sont souvent durs et cassants.

D’ordinaire, la paume des mains et la plante des pieds sont indemnes, mais il est des cas où ces points aussi, ou même exclusivement, sont recouverts pendant toute la vie d’un épiderme calleux et d’excroissances cornées (/. locale). Gomme ceci est connu depuis longtemps, il faut s’étonner que certains auteurs aient signalé ces lésions c.omme des formations spéciales et leur aient donné un nom particulier (Unna). De même, la paume des mains et la plante des pieds sont d’ordinaire atteintes lorsque la maladie est à son apogée (3).

Ce degré, le plus avancé de l’affection, est désigné sous le nom à'ichlhijose hyslrix ou hjslricisme (4).

(1) (2) (3) (4) Il est surtout utile de diviser l’ichthyose en trois degrés, légère, moyenne et intense.

La forme légère, ichthyose furfuracée, est, chez tous les sujets, la forme des premiers mois, ou des premières années.

La forme mogenne, celle qui correspond à l’idithyose nacrée, scululée, serpentine, comporte plusieurs degrés: lorsqu’elle est vraiment constituée, l’affection est déjà ancienne, le pannicule adipeux atrophié, le surtout épidermique exubérant pour le derme, et formant des plis. Lorsque cette disposition est très accentuée, la. peau pren'l, surtout autour de.s joiutur.''s, l'aspect de la peau de crapaud, delà peau

ICHTIIYOSE.

Dans ces cas, outre les manifestations de l'ichlhyose simple, on trouve à la paume des mains et à la plante des pieds des callosités épaisses, diffuses, en forme de têtes de clous, mais surtout, et c’est ce qui les caractérise, des verrues cornées nombreuses, confluentes, suivant souvent le trajet des nerfs, de sorte que je ne fais aucune difficulté de considérer l’affection dans son ensemble comme un papillome occupant le corps tout entier et cela d’autant plus que cet état s’accompagne de pigmentoses. Nous avons vu, chez un malade, le corps divisé sur la ligne médiane, du front à la symphyse, et de l’occiput au coccyx, par une ligne pigmentaire brune; des traînées semblables suivaient le trajet des nerfs cutanés des membres, et étaient garnies de cliaque côté de verrues papillaires ayant jusqu’à un centimètre de hauteur.

de serpent. Nous avons déposé, en 1878, au Musée de l’hôpital Saint- Louis, sous le n° 449, un type de cette variété d’ichthyose dans lequel la peau, noire à la fois par les poussières que forme la couche cornée, et par l’hyperpigmentation du réseau, présente des plis exagérés en même temps qu’elle est hérissée d’excroissances verriiciformes.

Dané la forme intense, ichthyose hypey'kémtosique, il faut arriver aux grands sauriens pour trouver des termes de comparaison du même ordre que les précédents: Sauriasis de Wilson, Saurodermie Aq Lailler. La pièce 930 du Musée de l’hôpital Saint-Louis, que nous y avons déposée en 1883, représente le type le plus extraordinaire de cette forme :

homme de vingt-quatre ans. Alopécie avancée du cuir chevelu ; presque pas de sourcils ni de barbe ; pas de cils, ecti'opion double.

Sur le tronc et sur les membres, la peau représente une véritable carapace noirâtre dure, ligneuse, absolument semblable à celle des plus grossiers crocodiliens. La couche cornée desquamable a 6 millimètres d’épaisseur; elle est divisée en larges îlots cornés rectangulaires ou losangiques, selon les régions, et séparés par des sillons profonds ; ces compartiments peuvent être en quelques points détachés par effraction en produisant une légère douleur. Le lambeau enlevé est villeux par sa face profonde en raison des filaments épithéliaux arrachés des orifices folliculaires, lesquels se présentent au-dessous, dilatés, sur un revêtement épithélial rosé et succulent.

Les lésions arrivent jusqu’au centre même des grands plis, mais y laissent, cependant, une réserve ; sur 1e dos des mains et des pieds, les lésions sont celles de l’ichthyose commune. Les ongles sont secs et cassants, sans lunule. La paume des mains est celle d’un ouvrier ; la plante des pieds, plus kératosée que la moyenne. Les organes génitaux presque indemnes — simple desquamation fine. — Alopécie complète aux aisselles ; très avancée au pubis, complète sur le reste du corps. Sudation appréciable seulement aux surfaces de réserve. Nulle lésion viscérale. Urine normale. Pas d'hérédité.

Les surfaces atteintes par l’ichthyose peuvent être, quelquefois, assez peu étendues pour que la maladie puisse être dite locale; mais ce que l’auteur, et la plupart des auteurs, appellent « ichthyose locale »,

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

Dans les cag reproduits dans l’atlas de Hebra, ces verrues suivent, comme le zosler, le trajet des nerfs intercostaux.

Chez une jeune fille que j’ai pre'sentée en -1885 à la Société' des médecins de Vienne, on voyait également une expansion générale et une disposition en forme de raies des verrues et qui avaient occasionné momentanément des inflammations locales, des exfoliations épidermiques abondantes subaiguës, de sorte que des médecins peu expérimentés croyaient avoir affaire à un psoriasis ou à de l’eczéma. De semblables manifestations inflammatoires aiguës, qui peuvent même avoir pour conséquence une exsudation eczémateuse, ont, dans deux autres cas soumis à mon observation, dans lesquels les verrues se trouvaient le long du nerf ischialique et du nerf crural, éveillé chez quelques collègues la pensée que ces mêmes verrues s’étaient développées à l’état aigu. On doit également interpréter de la même manière le cas d’eczéma survenu le long du nerf saphène inférieur et dont Frank Scheuber a publié l’observation. Des faits analogues, c’est-à-dire des papilloraes généralisés, comme ceux que j’ai cités, ont été communiqués par E. Besnier et par Gaillard (1).

n’est pas de Fichthyose vraie, et n’est appelé « ichthyose » que du fait du vic.e terminologique (|ui consiste à appliquer, abusivement, le nom d’une maladie classée, à laquelle il appartient exclusivement, à des lésions diverses, plus ou moins grossièrement analogues à la lésion de la maladie ichthyose, kératoses palmaires spéciales, nmvi verruqueux, kératoses linéaires systématisées, etc.

La main des ichihijoslques n’a rien d’absolu, et elle varie selon les cas et selon les degrés; elle varie encore selon l’âge, le sexe, la saison, la profession des sujets; mais il est bien rare qu’elle soit normale. A la paume, on ne trouve pas la kératoh'se qui existe sur les autres régions du tégument. La sudation, surtout dans la saison chaude, s’y retroiive comme aux points de réserve; mais, à l’ordinaire, la main icklliyosiqui’ est rude au toucher, sèche à la « poiynée de main », présentant, à la vue, les plis longitudinaux exagérés.

Aubert — Annales de Dermat. l‘“ série, T. IX, p. 365, 1877-1878 — a signalé chez quelques ichthyosiques, dans les surfaces de réserve, une hyperidrose locale, mais on ne saurait en conclure que la paume des mains est régulièrement, dans Èichthyose, le siège d’une hyperidntse « supplémentaire ».

(1) Tous ces faits appartiennent aux nævi kératosiques, systématisés, hémijjlégiques — notre Musée en contient de belles reproductions, n"*798, 843, 976, 1168, 1201, 1381, etc. — dont I. Neuji.wn a publié, sous son véritable nom, une très belle observation — Voy. Ueber mevus papillaris, etc., in lahrb. f. Padiatrik, 1877, IL

Dans les cas de ce genre, les lésions sont co.XîîÉviT.xr.ES ; elles repré-

IGllTH VOSE.

La marclie des sj'mptùincs de riclilliyose présente peu de variété. Dans richthyose liystrix, il se peut que spontanément, ou sous l'influence d’exsudations locales, comme cela a été indiqué, les grosses squames épidermiques tombent; on a même observé des cas où une décortication complète donnait lieu à une sorte de « mue », mais les squames se reforment. Dans un cas, Hebra a vu, après une variole grave, une décrustation complète et une guérison durable (1). Dans les formes de l’ichthyose simple, les échanges nutritifs sont aussi considérablement ralentis; toutefois, le tableau symptomatique de la maladie peut changer par l’apparition d’un eczéma au niveau des points malades, comme dans les endroits sains. Cette dernière complication est surtout déterminée par le grattage que provoquent les démangeaisons qui accompagnent toujours l'ichthyose simple (2).

L’examen anatomique et chimique de la peau dans l’ichthyose et de ses produits (épidermiques) de sécrétion, que bien des observateurs ont tenté pour pénétrer la nature de la maladie, n’a donné jusqu’ici aucun résultat. Bien qu’on ait constaté de bonne heure l’hypertrophie

sentent des nævi, et non l’ichthyose, qui est un vice d’évolution kératosique dont le début apparent est postérieur au sixième mois après la naissance. Les nævi ont un sort ultérieur variable: quelques-uns restent stationnaires, d’autres croissent, d’autres décroissent; l’ichthyose est régulièrement progressive, etc.

C’est bien aux na;vi, et non à l’ichthyose, qu’appartient le fait le plus récemment publié, sous le nom d’ « ichthyose linéaire », dans un travail très intéressant, par Aug. Koren — fchthyosis linearis neuropathica (Foredrag i det medicinske Selskab den 24 de April, 1889, med Lithographi), Sep.Afr. atf lY. Mag.f. Lœger. n°9, Kristiania, 1889. — L’auteur n’a pas adopté le diagnostic de nævus, parce que les altérations auraient dimmué depuis la naissance, et parce qu’il pense que les nævi croissent avec les années. Mais, outre que cette règle ne saurait être absolue, la première qualité pour une lésion à qualifier de nævus est d’être développée au moment de la naissance; or, les lésions du petit malade de Koren étaient bien développées au moment où l’enfant est né.

Il serait facile d’invoquer les différences anatomiques, l’absence d’ichthyose dans les familles où naissent ces enfants, etc. ; mais cette discussion serait superflue.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) Dans ce cas, il s’agissait certainement d’une pseudo-ichthyose,

car les lésions atrophiques de l’ichthyose ne peuvent être réparées^ fùt-ce par une variole. E. B. — A. D.

(2) Voy., comme complément, le remarquable article Ichthyose

de G. Thibierge dans le Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales. E. B. — A. D.

TRENTE-TROISIEME LEÇON

de l'épiderme et des papilles (Rokitansky, Baerensprung, G. Simon), on a cherché à expliquer par une desquamation trop lente des cellules cornées la formation des grosses plaques d’ichthyose, et on a cru en trouver la cause soit dans une adhérence plus intime des cellules épidermiques déterminée par une sécrétion glandulaire altérée (Büchner), soit dans une dégénérescence graisseuse (Schabel), ou dans l’existence

Fi<j. ;io.

Ichthyose liystrix. — Coupe verticale (faible grossissemeut).

a niasses formées par des cellules cornées. — i cônes de la couche muqueuse. — r papilles infiltrée.s de cellules, augmentées de volume avec leur.s vaisseaux dilatés d. — e chorion à tissu connectif dense, présentant la section de nombreux vaisseaux.

lie principes chimiques spéciaux contenus dans l’épidcrmc (Schlossborger, Franz Simon, Marchand).

Dans Fichthyose hystrix, on trouve, comme dans les verrues anciennes, des papilles considérablement allongées , au-dessus descpielles s’élèvent en cônes épais les couches cornées. La disposition spéciale de ces cônes, analogue à celle du bulbe de l’oignon, la coloration dillerente des diverses couches, la formation de loges dans leurs intervalles,

ICHTHYOSE.

tout cela tient évidemment à ce que les masses épidermiques s’exfolient trop longtemps.

La préparation anatomique ci-dessus (lîg. 39) nous montre les vaisseaux dilatés, une infiltration cellulaire considérable dans les papilles et dans le chorion, avec sclérose du tissu connectif, tandis que les glandes et les follicules pileux sont normaux en quelques points; sur d’autres, la transformation cornée excessive se continue jusque dans la gaine de la racine des poils.

Dans l’ichthyose nacrée et serpentine, on trouve les mêmes altérations. Cependant, sur des lambeaux de peau de la jambe atteints de ces variétés d’ichlhyose et présentant les squames minces, caractéristiques, je n’ai pu trouver d’hypertrophie ni des papilles, ni de l’épiderme; je n’en ai vu que sur les points qui présentaient des squames plus considérables, ou même des verrues, au-dessus du genou, par exemple. A côté de cela, on constate partout un amoindrissement du pannicule adipeux. Mais ce qui m’a frappé dans l’ichthyose simple, comme dans l’ichthyose hystrix, c’est une transition brusque entre les cellules du réseau muqueux et les couches cornées, et l'abondance dans ces dernières de la substance cimentante (Kittsubstanz). C’est ce qui explique, à mon avis, d’une part la minceur relative de la couche muqueuse par rapport au développement exagéré de la couche cornée, et de l’autre, la persistance sur place de ces cellules cornées. Cela est plus apparent encore dans l’ichlhyose hystrix. Car, tandis que, dans les autres kératoses papillaires, à une couche cornée considérable répond un réseau muqueux plus abondant et plus vivace encore, comme dans les verrues acuminées (fig. 38) ; dans l’ichthyose hystrix (fig. 39), une couche cornée énorme est superposée à une couche muqueuse mince, pauvre en sucs, atonique et presque atrophiée (1).

La cause de l’ichthyose parait être dans une anomalie locale de nutrition de la peau, surtout de la substance épidermique et graisseuse. Elle est congénitale et héréditaire. Toutefois, les manifestations de l’ichthyose n’apparaissent que dans le cours de la seconde année; on ne les observe que très rarement chez les nouveau-nés, comme je l’ai

(1) L’anatomie de la peau ichthyosique, adultérée par la confusion, sous le même nom d’ichthyose, de lésions et à'affections différentes, est à refaire entièrement, à l’abri de ces causes d’erreur.

Toutefois, on peut être assuré que les lésions essentielles, et primitives, sont épidermiques et hijperkératosiques, et que toutes les auti’es altérations sont consécutives et secondaires. Cette constatation a une grande importance, non seulement pour la conception de la maladie, mais, comme nous le dirons plus loin, au point de vue des indications de la thérapeutique. E. B.. — A. D.

64 TUE.^TE-THOISIÈME LEÇON

VL1 une fois et comme Caspary, Tommasoli, G. Behrend, etc., l’ont aussi constaté.

Ce que l’on a appelé ichlhyose congénitale n’est qu’une incrustation par des masses de sébum [cutis testacea), que l’on observe chez les nouveau-nés; c’est un état passager et curable que l’on appellerait avec pins de raison iciithynse sébacée (tome I®'', page 194) (1).

Ce qui n’empêche pas que les monstres absolument incapables de vivre, avec absence congénitale des yeux, des oreilles et des régions dermiques correspondantes, dont le cas de Sleinhausen (tome 1", page 194) est le premier exemple et le prototype, et dont les cas de Kyber (kératome diffus intra-utérin) et de Hans Hebra sont des analogues, ne puissent cependant être rangés dans l’ichthyose fœtale ou intra-utérine. En effet, Caspary soutient cette opinion dans un travail très autorisé, après que Lang et d’autres auteurs (Thost, Stühlinger) ont fourni dans deux observations des données sur lesquelles on peut s’appuyer pour prouver qu’il y aurait sous ce rapport diverses formes de transition suivant le degré, l’étendue et le développement fœtal, — début de cette anomalie. L’ichthyose h^^strix est celle de toutes qui, comme on l’a déjà démontré, appartient le moins à l’ichthyose propre; cependant, un cas d’hystricisme avec séborrhée généralisée de de Amicis prouve que là également il n’est pas toujours possible d’établir une distinction rigoureuse entre cette affection et la séborrhée généralisée. I

L’hérédité de l’ichthyose. est manifeste dans beaucoup de cas. Ou bien tous les enfants d’un individu atteint d'ichthyose présentent la même affection, ou bien quelques-uns seulement d’entre eux en sont affectés; parfois ceux du même sexe ou du sexe différent, Nous avons connu une femme atteinte d’ichthyose, dont les cinq fils étaient atteints tandis que ses trois filles en étaient exemptes. D’autres fois, l’affection épargne une génération pour reparaître dans la descendance directe ou

(1) Sous le nom à'ichlhyose fœtale, intra-utérine, congénitale, il faut entendre un kératome malin généralisé intra-utérin, qui constitue l’enfant naissant à l’état de monstre, dont la viabilité ne dépasse pas quelques heures ou quehjues jours. Indépendamment des altérations cutanées de kératose fissuraire, dont aucune description ne peut représenter la réalité, il existe des fissures crâniennes, des déformations des orifices, un ectropion absolu, des altérations profondes du nez et des oreilles, etc.

Ne pouvant ici, faute de place, donner la description entière de cet étal pathologique dont la nature est litigieuse, nous renvoyons le lecteur à l’article Icuthyose du Dictionnaire encyclopédique des sciences médicales, auquel Tiiiuierc.e a annexé une excellente description de richthyose fœtale, et réuni tous les documents que la science possède actuellement. E. B. — A. D.

ICHTHYOSE.

[lans une ligne collate'rale. Cependant, on ne retrouve pas toujours 'hérédité, et l’on cite, comme exemple, la famille Lambert (le père et 56S deux nis), qui, atteinte d’ichthyosis hystrix, a acquis une certaine renommée dans le siècle dernier, comme « hommes porcs-épics », et lont la description et le dessin ont été donnés par Ludwig et Tilesius (1).

Le sexe, la profession, le genre de vie, le manque de soins pendant le jeune âge, et d’autres^ conditions générales semblent n’avoir aucune influence étiologique.

A côté de cette ichthyose idiopathique, on en a décrit une autre, consécutive, et l’on désigne sous ce nom l’hypertrophie épidermique et papillaire, et la pachydermie, qui surviennent à la suite d’inllammations chroniques de la peau, de néoplasies, surtout à la jambe. Ésoff a même rapporté à l’ichthyose la description anatomique d’un lambeau de peau présentant cette altération. Je crois qu’il est préférable de rattacher cette forme à l’éléphantiasis des Arabes, et de réserver le nom d’ichthyose à la maladie congénitale, idiopathique, nettement caractérisée par son siège et ses lésions, que nous avons décrite plus haut (2).

(1) L’ichthyose peut être héréditaire; elle ne l’est pas nécessairement, et elle ne l’est pas, dans la famille, à un degré croissant avec les générations; l’irrégularité du rapport apparaît à son type dans le fait connu des deux jumeaux, dont l’un est ichthyosique, l’autre non.

On voit souvent tous les enfants d’une famille être plus ou moins ichthyosiques, mais la règle n’est pas absolue ; d’ailleurs dans ces cas, richthyosede la plupart est légère. Cette hérédité est, aujourd’hui, moins importante à considérer dans les questions de mariage, car un enfant ichthyosique, convenablement traité dès l’apparition de la dystrophie, peut être considérablement amélioré. Tous les ichthyosiques, avec un peu d’art, peuvent atténuer considérablement, et masquer leur infirmité tégumentaire.

(2) Celte conclusion n’est pas facultative; elle s’impose ; il serait ' inacceptable de continuer à se servir du terme d’ichthyose pour désir Ignerles affections les plus diverses qui peuvent avoir, avec richlhyose,

‘ ' I des rapports plus ou moins marqués.

Quelques auteurs admettent encore que Tichthyose peut apparaître ’ : pour la-premiére fois, après le développement infantile terminé, à ’ suite d’autres affections de la peau, en un mot qu’il y aurait une ichthyose secondaire ; nous ne partageons pas cet avis.

A la suite de quelques dermatoses, l’eczéma, par exemple, il peut I subsister, pendant un temps plus ou moins long, une sécheresse tégumentaire qui rende la desquamation épidermique et qui simule

KAPOSI, 2“ ÉD. — li. 5

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

Les formes les plus légères de l’ichthyose simple peuvent, par des soins assidus et longtemps continués, être atténuées et même guéries. Dans les cas plus intenses, l’eczéma qui les complique et l’augmentation momentanée de la sécheresse et de l’exfoliation de la peau e.xigenl des soins toujours renouvelés. Quant à la forme hystrix, elle est incurable. Le pronostic de l’ichthyose est donc, en général, peu favorable. Sa transmission par hérédité doit, dans certains cas, être invoquée comme empêchement facidtalif au mariage (1).

Le traitement de l’idithyose comprend tous les mo}'^ens qui peuvent déterminer rapidement le ramollissement et la chute des squames épidermiques et des callosités, et (pii sont recommandés dans la pratique générale, ainsi que contre le psoriasis, le prurigo, l’eczéma squameux et le tylosis : frictions périodiques avec du savon mou, de la pommade Wilkinson, de l’huile de foie de morue ou d’autres graisses, bains, lavages au savon, enveloppements de caoutchouc et d’après mes plus récentes expériences, spécialement une cure méthodique au moyen de la pommade de naphtol à 5 p. 100, que l’on emploie en frictions légères, une à deux fois par jour, tandis que, tous les deux jours, on procède à des lavages avec le savon de naphtol. Lorsque, par ces moyens, la peau ichthyosée est redevenue lisse et souple, on cherche à la maintenir dans cet état à l’aide de bains répétés, de frictions avec des graisses douces, de la vaseline, de Taxonge, du coldcream, de la glycérine, de la pommade de glycérine, de la lanoline, etc. r2). L'addition à ces graisses d’au-

l’ichthyose; mais ces altérations ne sont pas plus de l’ichthyose, que ne le sont les nombreuses variétés de xérodermie atrophique des tabescents, des cachectiques, des vieillards, des convalescents, etc.

(1) Nous avons déjà dit que la sévérité de ce })ronostic devait être

atténuée; les cas d’ichthyose assez intense pour mettre un obstacle au mariage sont relativement rares. E. B. — A. D.

(2) Le traitement externe de Tichthyose a une importance considérable, non seulement pour atténuer les altérations réalisées, mais pour les prévenir. — Au premier rang des agents de la médication topiqu«, se placent, bien naturellement dans une alfection astéatosiqne et anidrosique^ les corps gras, et l’eau, les bains. Parmi les corps gras, tous conviennent ; mais la glycérine et ses composés viennent en première ligne ainsi (jue l’ont enseigné les premiers, les auteurs fraimais — Voy. G. Lailleb, s. la nat., et le trait, de l'ichth., in Ann. de Dermat. et de Syph., 1'° série, T. I, 18(19, [>. 82.

Pour tous les cas légers ou moyens, le principe est le suivant : 1® faii'e d’abord des(iuainer, à l’aide de bains, de douches, de frictions savonneuses, la couche cornée superficielle, avec la surveillance nécessaire pour graduer et approprier ces moyens selon charpie cas particulier; 2® aussitiit la surface tégumentaire décapée, donner chaque

ÎCHTHYOSE.

très substances médicamenteuses, comme l’huile de croton (o sur 200, d’après Wilson), d’acide citrique, etc., n’a aucune action spéciale (1).

jour, durant une semaine, un bain légèrement alcalinisé ou savonneux, au sortir duquel, après avoir été bien essuyée, la peau, dans tous les points altérés, est frictionnée avec du glycérolé d’amidon, ou de la glycérine pure.

Au bout d’une semaine de ce traitement, la peau est devenue méconnaissable : elle est lisse, douce et souple. On reconnaît encore, pour peu que l’afTection ait eu quelque intensité, la mosaïque tracée sur la peau par les lignes intersquameuses, ou par les sillons normaux; si le traitement est continué, tout cela s’atténue de plus en plus.

Arrivé à ce point, il suffît au malade de prendre un ou deux bainspar semaine, suivis chaque fois d’une friction glycérinée ou glycérolée, pour maintenir le tégument dans une situation satisfaisante. Les bains, les frictions peuvent même plus tard être éloignés dans une limite que tout malade intelligent et soigneux saura rapidement apprécier.

Dans les cas les plus intenses, le traitement, dirigé avec l’énergie nécessaire, arrive aux résultats les plus remarquables, résultats qui peuvent être maintenus par la continuation des moyens employés.

Le malade dont nous avons rapporté plus haut, p. 59, note 1, l’observation extraordinaire, était au bout de peu de semaines, ramené à un état presque normal. La peau était propre, lisse, simplement marquetée du dessin des îlots de kératose, et dans un état compatible avec les rapports sociaux. Chez ce malade, nous avions obtenu ce résultat par l’enveloppement prolongé dans la gljmérine et par les bains répétés et prolongés. Le bain permanent de glycérine s’exécute très aisément, à l’aide de linges de laine dont on enveloppe tout le corps, après frictions et onctions préalablement faites avec la glycérine ou les glj'cérolés. Si nous avons pu arriver à un résultat aussi satisfaisant dans !ce cas, on peut affirmer qu’il n’en est pas un seul, aussi extrême qu’on veuille le supposer, qui, à l’aide de soins [appropriés et continués, ne puisse être atténué au point de rendre la vie sociale possible à tous les lichthyosiques, à la condition qu’ils soient doués de quelque intelligence, et de bonne volonté.

Dans tous les cas où l'on a recours aux applications de glycérine largâ manu, surtout pendant la saison froide, on devra entourer le 'malade de vêtements de laine, pour obvier aux inconvénients du refroidissement de la surface tégumentaire qui dérive de toutes les applications glycérinées; et si ce refroidissement est très désagréable, ou préjudiciable au patient, on substitue à la glycérine la lanoline, la jvaseline, les huiles animales, etc.

I Par ce traitement énergique, commencé de bonne heure, continué javec persévérance, on lutte contre l’hyperkératose ; on en atténue considérablement les effets secondaires, c’est-à-dire qu’on maintient l’intégrité du derme et de ses appareils glandulaires, lesquels ne sont Ipas atteints à titre primitif.

' Ernest Besnier. — A. Doyon.

(1) L’auteur ne veut certainement pas dire que toutes les additions

TRENTE -TROISIÈME LEÇON

De même la médication interne, l’arsenic, l’eau de goudron, est jusqu’ici restée sans résultat (1).

Les grosses callosités ichthyosiques peuvent être ramollies par l’application de savon mou, par la cautérisation avec une solution concentrée de potasse (1 sur 2), avec l’acide acétique, par l’application d’emplàtre mercuriel, de la pommade pyrogallique à 5 p. 100, ou enlevées avec la curette. Les excroissances papillomateuses seront traitées par les différents moyens que nous avons indiqués à propos des papillomes. Dans l’ichthyose hystrix, on ne s’attaquera qu’aux excroissances les plus gênantes par leur siège, car il serait pratiquement impossible de détruire toutes les productions hypertrophiques.

Pour être complet, il faut rattacher au groupe des kératoses l’hypertrophie des poils et des ongles.

médicamenteuses, faites aux corps gras, sont sans action, puisqu’il a recommandé lui-même, quelques lignes plus haut, le naphtol.

Tous^les agents dont l’action sur le tissu corné est certaine, salicyliques, résorcine, soufre, ichthyol, naphtol, etc., etc., peuvent être employés avec avantage, à titre d’adjuvants, à des doses très variables selon les sujets, et les cas.

(1) Notre avis est tout opposé : le traitement interne de l’ichthyose, qu’une conception systématique de la maladie avait fait considérer comme inutile, doit, au contraire, être institué dès sa première apparition, et être poursuivi avec le plus grand soin. Il a pour objet de lutter contre l’ati'ophie de l’appareil stéatipare interstitiel — appareil sudoral — et contre l’anidrose et l’astéatose de la surface.

Le massage, les frictions, l’exercice musculaire, la gymnastique entrent régulièrement dans le plan de la thérapeutique générale de richthyose.

J’armi les médicaments d’épargne graisseuse, l'huile de morue, les corps gras en général, viennent au premier rang.

Enfin, l’action de V arsenic sur les dyskératoses est assez certaine, pour que l’on en fasse profiter les ichthyosiques; les doses doivent être relativement faibles, mais longtemps continuées.

DE LA XÉRODERMIE PILAIRE.

APPENDICE DES TRADUCTEURS De la Xérodermie pilaire.

Dystropuie des follicules — Folliculite rouge — Icutuyose ansérine

DES SCROFULEUX — XÉRODERMIE PILAIRE ÉRYTHÉMATEUSE OU CONGESTIVE, ICIITHYOSE ROUGE — KÉRATOSE PILAIRE — UlÉRYTHÈME OPHRYOGÈNE, ETC.

L’aÜécüon que T. Fox a décrite au congrès de Manchester en 1877 — Brit. med. Journ. 1879 — sous le nom de cacotrophia folliculorum, est trop individualisée, et trop importante, pour n’ètre signalée que comme une simple variété dermatograpliique de Uichthyose.

Généralement confondue, soit de propos délibéré, soit par vice de nomenclature, avec le « lichen pilaire », elle a été très heureusement distinguée, et mise en saillie, d’abord par l’école anglaise — T. Fox, loc. Slip,, cil., — et par Erasmus Wilson — Lecf. on dermat., etc., 187(>- 1878, London, 1878, p.217 — sous le nom de FoUiculitis rubra» ; puis en France, sommairement, par nous-mémes, sous le nom de xérodermie pilaire la précédente édition de cette traduction — 1881, T. H, p. lÜO, note 2 — et en 1882 dans une très bonne étude de Lemoine, inspirée par Aubert — • De Uichthyose ansérine des scrofuleux, in Ann. de Dermat. et de SijpjJi., 2® série, T. 111, p. 276,346.

Dans l’article Ichthyose du Nouveau Dict. de méd., en 1874, et dans le Traité prat. des mal. de la peau, 1886, p. 76, Hardy en a donné une très bonne description parmi les ichthyoses locales ; et Tiiibierge — article Ichthyose du Dict. encycl. des sc. méd.,p. 363, 1888 — adopte notre dénomination de xérodermie pilaire, ou celle de ichthyose ansérine proposée par Lemoine.

Pendant le même temps, des descriptions plus ou moins sommaires ! sont données par les auteurs de l’école anglaise ou américaine, et l’on propose les dénominations de Kératose pilaire ou folliculaire, àepityj riasis pilaire ; au point de vue pratique, la meilleure étude de ces altérations appartient à J. N. IIyde — A pract. treat., etc., 1888.

A partir de ce moment, la question est reprise par l’école française :

! Brocq — Lichen pilaire ou xérodermie pilaire de la face, Ann. de I Dermat. et de Syph., 2® série, T. X, 1889, p. 339; E. Vid.al — ihid.; — j E. Besnier — Xérodermie pilaire érythémateuse ou congestive progressive, ou ichthyose rouge (FoUiculitis rubra de Wilson, etc.), eodem loco, p. 710 ^ — et enfin mise entièrement à jour par Brocq dans un travail remarquable intitulé : Notes pour servir à l’histoire de la kératose pilaire — Ann. de Dermat. et de syph., 3® série, T. 1, 1890,. n"® 1, 2 et 3.

I Pendant l’année 1889, l’école allemande apporte ses premières con-

APPEINDICE DES TRADUCTEURS.

tributions à l’étude nouvelle, par un travail important de Taënzer — U. d. Ulerythema ophryogenes, Monatsh. f. prakt. Dermat. p. 197 ; trad. franc, p. Doyon, in Ann. de Dermat., 2“ série, T. X, 1889, p. 841.

Le globe corné qui constitue la saillie typique, le grain, la « papule » de la xérodermie pilaire, a son siège dans l’infundibulum folliculaire qu’il dilate, et qu’il déforme. Il est composé de stratifications fines et régulières, vitreuses, disposées autour du poil physiologique, et englobant, en outre, quatre ou cinq poils rudimentaires, courbés ou enroulés — le poil normal peut être suivi jusqu’à la papille qui est saine, ainsi que le fond du follicule.

Dans les espaces inter-infundibulaires, le réseau contient quelques petites masses cornées entourant un poil rudimentaire, et ne formant pas de saillie. L’origine et la nature de ces derniers poils, ainsi que celle des follets multiples des globes cornés majeurs, seront discutées dans un travail spécial, par notre assistant, L. Jacquet. — Voy. Annales de Dermatologie et de Syphilis, 3“ série, T. I, 189U — à qui est due leur constatation.

Alentour et au-dessus des globes kératopilaires, lésions banales d’hypergenèse épidermo-dermique, secondaires, dues à l’irritation produite par le corps étranger kératosique ; -accroissement simple du réseau; élargissement et déformation des papilles, cellules lymphatiques à leur intérieur, dans le derme sous-papillaire, et autour des follicules.

A des recherches ultérieures appartiennent la description des altérations télangiectasiques, de l’atrophie folliculaire ultime, des cicatrices, etc.

Cliniquement, nous distinguons dans la xérodermie pilaire — angiokératose pilaire — a) Vkklliyose pilaire, ou l’ichthyose avec kératose pilaire; b) la xérodermie pilaire commune simple, et érythémateuse; c) la xérodermie érythémateuse cicatricielle et dépilante des régions pilaires poprement dites — sourcils, régions pré-auriculaires de la face chez la femme et chez l’homme, barbe chez l’homme, cuir chevelu.

a) Ichlhyose pilaire. Chez un assez grand nombre de sujets incontestablement ichthyosi(iues, soit qu’il y ait coïncidence de l’ichthyose et de la xérodermie pilaire, soit que les deux kératoses aient une même origine, l’accumulation cornée au niveau des orilices pilaires, les lésions folliculaires, deviennent prédominantes au moment de la puberté.

Il en résulte un ensemble inséparable (juc nous ne pouvons dénommer autrement (iu’ic/U/ij/o,ye par abréviation, alors même que

les deux altérations auraient simplement fusionné. Nous verrons tout

DE LA XERODERMIE PILAIRE.

H l’heure que les relations cliniques de la xérodermie pilaire avec l’ichthyose se retrouvent par l’hérédité jusque dans les cas les plus nets elles plus distincts des deux alFections.

b) Xérodermie pilaire simple, xérodermie érythémateuse, xérodermie pilaire commune.

La xérodermie pilaire commune se caractérise par l’hyperkératose de l’infundibulum pilaire, la congestion du réseau papillaire sanguin soit au niveau mêmg de la lésion, soit dans les espaces interfolliculaires, et par des altérations secondaires du derme qui amènent la destruction de la papille pilaire, et des atrophies, ou des cicatrices dermiques.

Dans sa forme commune, on la rencontre à l’état de défectuosité ou de dystrophie, plutôt que de maladie proprement dite, chez un très grand nombre de sujets qui 7ie sont pas des ichthyosiques confimnés, mais qui ont généralement, même avant l'apparition de la kératose folliculaire, la. peau sèche, insuiRsance de sécrétion sudorale et sébacée — xérodermie, peau sèche.

Sur le côté postéro-externe des bras et -des avant-bras, au niveau des surfaces iliaques latérales, trochantériennes, fessières, à la région postéro-externe de la cuisse et de la jambe, sans qu’il y ait de limites absolues, la peau, de coloration normale ou plus souvent rosée, rouge, livide, salie par les poussières ou les matières tinctoriales des vêtements, apparaît sèche — xérodermie, — légèrement pityriasique, comme chagrinée par des saillies miliaires développées au niveau des follicules pilaires — «nsérine.Elle est rude au toucher, râpeuse, présentant isolées ou associées, des saillies miliaires, dures, du volume d’une tète de petite épingle, lisses-, squamulaires, érodées, montrant, ou non, unpointnoir central correspondant à un poil enroulé ou cassé, emprisonné dans le corps feuilleté qui constitue la saillie pathologique.

Quelquefois, le point folliculaire n’est plus marqué que par une petite squame d’apparence ichthyosique, au-dessous de laquelle il existe une petite dépression atrophique, ou cicatricielle. Si plusieurs de ces éléments sont associés, ils laissent, au milieu du granité, de petits îlots de réserve en apparence non atteints, mais qui sont, probablement; atrophiques ou cicatriciels. Brocq a justement attiré l’attention sur ces particularités qui seraient difficiles à reconnaître, ou à interpréter, si l’on n’avait pour guide les altérations de même ordre, plus accentuées, que la xérodermie pilaire laisse comme l’eliquats sur la face, et sur les régions pourvues de poils complets.

Selon le degré des altérations vasculaires, et le temps de leur évolution, les saillies pilaires sont de coloration variable, tantôt pâles, grisâtres, gris sale, elles sont^ d’autres fois, roses, ou décidément rouges, inégalement développées, généralement espacées très distinctement, et quelquefois largement, les unes des autres, ébauchant parfois des alignements ou des groupements.

Tous les points rouges que l’on observe au milieu de ces surfaces ne sont pas également saillants ni volumineux ; dans certaines régions spéciales, à la face, par exemple, il faut une certaine attention, un œil

APPENDICE DES TRADUCÏEUHS.

exercé, ou le secours de la loupe pour reconnaître le granité confluent et serré très fin, qui chagrine les surfaces érythémateuses. Quelquesuns, enfin, ne le sont pas sensiblement, et ne représentent qu’une petite tache érythémateuse miliaire centrée par un orifice pilaire. Chez quelques sujets, cette dernière forme prédomine et constitue une variété particulièrement désobligeante pour les jeunes femmes, parce qu’elle est plus apparente.

Non seulement l’ostium des follicules, mais les espaces interfolliculaires peuvent être le siège de la même hyperhémie, constituer de vastes nappes érythémateuses, simplement ponctuées par les orifices pilaires, qui sont marqués en taches plus foncées, et dont le médecin, non prévenu, méconnaît sûrement la signification et la nature.

Dans la xérodermie pilaire du tronc et des membres, de même que dans l’ichtbyose, mais d’une manière encore plus prononcée, toutes les parties où la peau, fine ou épaisse, est largement lubréfiée, idrostéatosée — faces médianes antérieure et postérieure du tronc, aisselles, régions palmaires et plantaires, plis ingiiino-cruraux et ano-génitaux, plis de flexion des membres — restent absolument indemnes.

Mais sur les parties découvertes et surtout à la face, il existe au contraire, à peu près constamment, des altérations, légères d’ordinaire, exceptionnellement prédominantes, mais presque toujours suffisantes pour éveiller l’attention, et pour permettre au médecin informé du deviner l’existence de l’affection sur les parties couvertes : c’est surtout une pénurie pilaire de la moitié externe des sourcils, rendue plus désobligeante encore pour les sujets par une rougeur et un état grenu de la même région, lesquels se prolongent souvent dans la région particulièrement pourvue de poils follets qui court le long de la branche montante du maxillaire inférieur, en avant de l’oreille. Dans quelques cas, sans qu’il y ait rapport nécessaire, dans l’intensité, entre les altérations de la face et celles du tronc ou des membres, les lésions prennent, au visage, un degré particulier qui légitime une description à part.

d) Xérodermie érythémateuse, progressive, cicatricielle, dépilante, des régions velues.

Au lieu d’être, comme sur les membres, volumineuses, et appréciables au plus simple aspect, les saillies pilaires, ainsi que nous l’avons déjà dit, sont extrêmement petites; elles ne sont plus distantes les unes des autres comme sur les membres, mais très rapprochées — ainsi que l’a montré Brocq — en raison de la nudliplicité et de la cohérence infiniment plus grandes des éléments pilaires de la région. D’abord de coloration normale, elles deviennent rosées, puis rouges, et constituent alors des nappes plus ou moins grandes, inégales, irrégulières, inégalement teintées, marbrées, encadrant les joues, variables par tous les phénomènes qui augmentent ou diminuent l’hyperhémie de la peau, parsemées de très fines et élégantes télangiectasies, disparaissent sous la pression du doigt, finement granitées, et conservant toujours, malgré la plus extrême confluence, des éléments pilaires non intéressés.

Mais ce qui est tout à fait particulier à l’évolution de la xérodermie pilaire du visage, c’est l’importance régulière que prennent, au coursde

iiïOl |«r I

.(îiip

ioltf

iitri

ib

le pli lilK

StDi

lales

ies(

Ût

fflOi

liiir

'pt

tita

iajf

HS

if )'

DE LA XÉRODERMIE PILAIRE.

l’évolution, les régressions atrophiques et cicatricielles, qui se traduisent par des points, des îlots, décolorés, atrophiques, superficiellement cicatriciels, déprimés, et au niveau desquels il s’est établi une alopécie partielle irrémédiable — Voy. Lemoine, Biiocq, Taénzer, loc. sup. cit.

Chez les hommes, l’affection peut envahir toute l’étendue des surfaces occupées par la barbe. Si l’on examine alors attentivement ces régions, on trouve, comme sur le malade que nous avons présenté au mois d’avril 1889 à la réunion des médecins de l’hôpital Saint-Louis — loc. sup. cit., — sur un fond plus ou moins vivement hyperhémié, un granité confluent très fin, faisant au doigt, mais surtout à la vue, des saillies appréciables^ lesquelles sont toutes constituées par une éminence conoïde à sommet lamelleux, centrées par un poil presque constamment cassé. Le tout forme, à la vue, un semis finement granité, lequel, là où il est le plus confluent, a détruit à peu près complètement les poils, et donné lieu à de petites zones cicatricielles, que l’on apprécie très bien par un examen à la loupe. Dans toute cette région, la plupart des poils sont absents, atrophiés; tous ceux qui persistent sont, comme au sourcil, déviés dans les directions les plus diverses.

11 n’}'^ a pas à chercher ordinairement, dans le cuir chevelu proprement dit, le granité kéralosique, auquel les conditions anatomiques locales se prêtent peu, et qu’on n’y rencontre que chez les très jeunes sujets, chez lesquels l’altération évolue dès les premiers mois ou dès les premières années de la vie. Mais on y trouve souvent, comme dans l’ichthyose commune, un état qui n’est pas normal; cheveux secs, cassants, rares, grêles; surface épidermique finement desquamative sur le type de la séborrhée sèche ; les malades n’ont rien remarqué, ne se plaignent de rien.

On aura maintenant à rechercher les rapports qui existent entre la xérodermie de la face et des membres, et certains états pityrodes du cuir chevelu, dont l’interprétation ferme n’est pas jusqu’à présent trouvée. Il est possible, en outre, que quelques-unes des alopécies cicatricielles ambiguës, assez nombreuses que nous dénommons en bloc ; alopécies innommées, soient à rapporter ultérieurement à la xérodermie pilaire — cas de Taèinzer, loc. sup. cit., par exemple; quelques cas de « pelade » at3^pique, de « folliculite décalvante », etc.; — nous supposons enim, que la xérodermie pilaire est l’origine d’un bon nombre des cicatricules multipliées que l’on rencontre sur la tête de beaucoup de sujets. — - Voyez en outre, pour les lésions des poils, le cas de Hallopeau, Soc. franc, de Dermat., avril 1890, et plus loin les notes relatives aux cheveux moniliformes.

! La xérodermie pilaire s’observe plus souvent chez les femmes que i chez les hommes, et très fréquemment chez les uns et chez les autres, débutant dans la seconde enfance, s’accentuant au moment de la puberté, se prolongeant pendant l’âge adulte et s’éteignant plus ou

APPENDICK DES ÏDADUCÏEÜDS.

moins complètement — voyez, pour les documents statistiques, Brocq, lüc. cit. — à cet âge et dans la vieillesse. Elle a donc une évolution; c’est pourquoi nous avons proposé de l’appeler xérodermie pilaire progressive.

Les sujets qui sont surtout atteints sont des « lymphatiques v -, notre observation sur ce point est formelle. Les exceptions que l’on pourrait relever à cet égard ne changent rien à la règle ; coïncidence ou rapport, peu importe en fait, et à ce titre la xérodermie pilaire n’est pas indifférente à déterminer pour fixer la caractéristique constitutionnelle d’un sujet. Inutile de dire que les sujets atteints de tuberculose cutanée, de lupus, d’adénopathie tuberculeuse, etc., (pii sont tous des lymphatiques préalables, sont au nombre de ceux chez qui on rencontrera le plus souvent la xérodermie pilaire — Voy. Lemoixe, Brocq, loc. cit.

Bien n’est plus ordinaire, ni plus aisé, que de constater, à la fois, l'hérédité habituelle de l’affection, et sa simultanéité chez les frères et sœurs, à un degré variable ; en même temps que sa décroissance chez la mère dont les enfants en présentent les éléments en pleine activité évolutive.

Dans les cas moyens, les plus ordinaires, les sujets ne réclament rien, et — nous l’avons déjà dit — sont très étonnés de l’attention qui leur est apportée; ils se sont toujours vus ainsi, et ne souffrent en rien.

C’est seulement dans les cas intenses, quand la lésion a son siège à la face surtout, et dénude les sourcils, ou quand l’élément érytliémateux ponctué, ou diffus, prend une développement considérable, que les intéressés se plaignent, et demandent secours.

Cependant, même sur le corps, la lésionjest vraiment, dans beaucoup de cas, nuisible par la rudesse de la peau, la difficulté de la maintenir en bon état de propreté. Chez un de nos malades — Obs. IV du mémoire de Brocq, loc. sup. cit., — l’érythème et les saillies pilaires avaient atteint des proportions assez considérables pour que l’autorité militaire ait refusé l’engagement qu’il voulait contracter.

Beaucoup de jeunes femmes, ou de jeunes filles exposent souvent, sans avoir l’air d’y prendre garde, des bras gravement déparés par la xérodermie pilaire rouge ou grise, et peuvent en subir préjudice.

A la face, l’existence des états rouges granités, l’alopécie sourcilière constituent, pour peu qu’ils aient d’intensité, une difformité réelle; il y a intérêt à les discerner, à les combattre de bonne heure chez les enfants dont les parents portent les stigmates de la même afi’ection.

D’autre part, bien qu'à un degré moindre que chez les ichthyosiques, la peau sèche, la peau des sujets atteints de xérodermie, est exposée à subir l’action de divers irritants, et est prédisposée directement à toutes les dermatoses de cause externe, lestpielles eu outre s’installent chez ces malades avec une ténacité, une durée, une faculté de récidive toute particulière. L’un de nos sujets, atteint de xérodermie pilaire dans la région velue delà face, ne pouvait se raser sanss’écorcher, ne pouvait être rasé [lar un barbier sans être très lésé, et s’y étant cependant livré peu de tenqis avant le moment oii nous l’avons examiné pour la première fois, avait contracté une trichophytie de la barbe.

DE LA XÉRODERMIE PILAIRE.

Le diagnostic de la xérodermie pilaire, aussi bien sur la face que suite tronc, ne présente ancune difficulté pour le médecin dont l’attention a été éveillée, dans tous les cas où elle se présente isolée, et avec des caractères typiques. La séparation d’avec l’ichthyose et les autres ■jkératoses pilaires ne présente d’ambiguïté, que dans des circonstances exceptionnelles.

A la face, l’alopécie sourcilière, les cicatrices, pourraient faire penser à la syphilis; l’érythème, les télangiectasies, aux diverses variétés d’acné sanguine, et au lupus érythémateux. Il suffit, pour éviter l’erreur, de savoir quelles sont les affections à éliminer par l’analyse clinique, et de faire l’examen du corps entier, sur lequel on trouvera, neuf fois sur dix, les caractères précis de la maladie réelle. Même dans la barbe, il sera facile, avec un peu d’attention, de reconnaître le granité fin, caractéristique, et les petites cicatrices alopéciques. Sur le cuir ji chevelu, la difficulté est plus grande, mais il suffit de la connaître pour wêtre sur ses gardes, et pour réserver son diagnostic jusqu’à plus ample ^'informé.

Ij On n’omettra pas de se rappeler que, dans cette affection comme dans toutes les autres, les coïncidences de deux états pathologiques peuvent contribuer à rendre le diagnostic plus difficile, et qu’il restera toujours des faits atypiques, ou paratypiques, dont l’interprétation pourra être laborieuse.

Pour l'affection que nous venons d’étudier rapidement, nous avons proposé la dénomination de xérodermie pilaire — xérodermie, parce que nous attachons une importance particulière à la sécheresse constitutionnelle de la peau, anidrose et astéatidrose, dans la genèse ou dans le maintien des lésions kératosiques. Nous n’avons pas accepté le terme proposé par Fox — cacotrophia folliculorum — non pas seulement à cause de sa dysphonie, qui le rend peu acceptable, mais à cause de sa signification trop généralê, qui le fait applicable à toutes les lésions dystrophiques des follicules. C’est pour cette dernière raison que nous préférons le mot de xérodermie pilaire au terme de kératose pilaire, employé par plusieurs auteurs, et adopté par Brocq.

Le moment n’est pas encore venu de décider, en dernier ressort, si la xérodermie pilaire est une variété de l’ichthyose comme l’ont pensé 1 beaucoup d’auteurs. Les rapports de l’une et de l’autre sont indéniables ; toutes les deux sont des dyskératoses ; la xérodermie pilaire est une dj-skératose localisée et spéciale. Le caractère évolutif, qui est plus accentué dans la xérodermie, n’est pas non plus absentdans l’ichthyose : qui, si elle n’a pas de fin, a un commencement, et une période de progrès qui dure plusieurs années. Enfin, rien n’est si ordinaire que I de trouver l’icbthyose dans l’hérédité, ou dans la collatéralité des xéroj dermiques.

Pour W\ç,r anatornicjuement les caractères distinctifs entre l’ichlhyose et la xérodermie pilaire, il faut instituer des recherches nouvelles et constituer une base histologique ferme pour spécifier l’ichthyose.

Pour le moment, nous faisons simplement remarquer, dans la xérodermie pilaire, la localisation de la kératose dans l’infundibulum pilaire, l’intégrité relative des espaces interfolliculaires, la limitation des altérations régressives de la peau au périmètre des follicules, l’absence d’atrophie du réseau, et du pannicule graisseux.

Le comédon kératosique de la xérodermie pilaire se distingue du cône corné du pityriasis pilaire par la multiplicité des poils inclus, autour de chacun desquels se reproduit la stratification des couches cornées, indiquant une part prédominante, et primitive, à la formation pilaire préalable.

Mais ce qui importe par-dessus tout, c’est de comprendre que le traitement devra être appliqué dès les premiers indices de l’affection, et que la valeur prophylactique, préservatrice, des soins appropriés est considérable, et peut seule s’opposer à des altérations secondaires irrémédiables.

Toutes les lésions du derme, en effet, qui ont été si bien décrites par H. Derby, Sitzungberich. d. Kais. Acad. 18(i9, cit. Lemoine, et par Lemoine lui-même, loc. cit., p. 343, 344, sont des effets de la compression produite par les masses cornées, de l’irritation secondaire qu’elles produisent, soit par simple action mécanique, soit parce qu’elles facilitent ou provoquent d’autres actes morbides interstitiels, à déterminer.

A l’intérieur, l’huile de morue et l’arsenic selon la saison, et dans la mesure delà tolérance individuelle, ont une action incontestable sur les phénomènes trophiques du tégument; tout ce qui sera capable de régulariser la nutrition générale et de favoriser la fonction stéatidrosique, pourra être employé avantageusement.

Localement, les bains, les douches tièdes pulvérisées, l’avulsion mécanique par les frictions avec les savons ponces, les lotions savonneuses de toute espèce, les applications huileuses, grasses, glycérinées. constituent des moyens de traitement qui, employés de bonne heure el avec persévérance, peuvent apporter un obstacle considérable au développement des masses kératosiques, et prévenir la production des altérations secondaires du derme el de l’appareil pilaire.

Contre les lésions arrivées à leur plein développement, voici le résumé sommaire des procédés de traitement.

Pour le cuir chevelu, savonnages fréquents avec les savons de panama, de goudron, d’ichthyol selon les cas particuliers, et onctions avec les huiles ou les graisses animales, lanoline, huile de pieds de bœuf, additionnées de 1 à 3 p. 100 d’acide salicylique, de résorcine el aromatisées à volonté.

Pour la face, Brocij recommande surtout les applications de savon mou de potasse jusqu’il irritation vive, répétées par séries successive.s

HYPERTROPHIE DES POILS

omme dans Je traitement île l’acné; on peut aussi employer les lesquamatives à la résorcine, etc., au naplitol camphré, etc., selon les ormules employées pour l’acné, en les laissant en place seulement [uinze à trente minutes par jour, et en réglant les doses des agents ixfoliatifs selon la tolérance propre à chaque sujet. Quand les télan- ’iectasies sont très développées, Vidal recommande les scarifications linéaires; nous les acceptons pour les cas extrêmes, à la condition {u’elles soient exécutées conformément aux principes que nous avons alusieurs fois exposés, par une main exercée, et de façon à ne pas subs- .ituer, à une coloration érythémateuse, des cicatrices indélébiles.

Pour le corps, nous employons avec le plus de succès les frictions de savon ponce, de savon mou de potasse associé au soufre, à l’acide salicylique, à la résorcine, au naphlol camphré, en suspendant les applications quand l’irritation se produit. L'usage fréquent des bains, les onctions avec les huiles, les graisses ou les glycérolés, salicylés de 1 à 5 p. 100, concourent à mettre la peau en état satisfaisant, et à la maintenir, quand les sujets mettent à les appliquer l’intelligence, le soin et la persévérance nécessaires.

L’écueil principal réside dans l’existence des plaques érythémateuses, des taches rouges ponctuées ondes saillies rouges, qui sontextrêmement rebelles ; dans quelques cas, on pourra faire radicalement disparaître ces [dernières sur une région limitée, comme le dos du bras par exemple, par l’électro-puncture faite au moyen d’aiguilles fines, et avec une certaine délicatesse; la cicatricule consécutive est souvent à peine appréciable.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

HYPERTROPHIE DES POILS

L’hypertrichose [hirsutie, polytrichie , (ricliuuxe), est le développement exagéré des poils, eu égard à l’àge et au sexe de l’individu, ainsi qu’à la région sur laquelle se fait cet accroissement anormal. H est facile de comprendre qu’il ne s’agit pas ici d’une néo-formation de poils, mais du développement exagéré de ceux qui existent à l’état physiologique.

L’hypertrichose est congénitale ou ne se montre que dans le courant de la vie extra-utérine {hirsutie congénitale et aequise). Beaucoup d’enfants naissent avec des cheveux ou des poils [lanugo] d’une longueur exceptionnelle, mais qui sont rarement persistants. L’hirsutie généralisée {dasytes) est une monstruosité dans laquelle le visage et tout le corps sont recouverts de poils lanugineux mous, blonds ou bruns, longs de plusieurs centimètres.

Ils reproduisent dans leur direction et leur disposition, en partant de la ligne médiane de la face et se dirigeant en dehors, les lignes et le.s

TRENTE-TROISIEME LEÇON

tourbillons dessinés par Voigt pour indiquer la place qu’occupent les cheveux. Waldeyer est d’avis que ce lanugo luxuriant s’est développé en remplacement dii lanugo fœtal disparu. Je pense que ce lanugo provient d’un reste non tombé, puis développé ultérieurement outre mesure, d’une portion persistant plus que d’habitude du lanugo fœtal. Nous n’avons pas besoin de remonter à d’anciennes légendes pour découvrir de semblables faits. En 1873, deux individus, le père et le fils, originaires de la Russie, se sont montrés en public; et, dans notre salle de consultation, se trouvent les portraits en grandeur naturelle d’une famille atteinte d’hirsutie généralisée; le père, le fils et la fille vivaient au xvi® siècle. Ces portraits ont été, comme le D’’ Bartels me l’apprit, décrits par Plater, en 1583, à Bâle, peints par Ulysse Aldrovandi, plus tard par Félix Georges Hœfnagel. Ces deux derniers portraits originaux se trouvent dans la bibliothèque impériale et royale de Vienne.

11 en était de même des deux Russes (père et fils) qui se sont montrés ici en 1873 et dans d’autres villes et ont été l’occasion de publications spéciales.

Chez quelques races des insulaires des mei’s du Sud, cette anomalie se produit beaucoup plus fréquemment (Miklucho-Maclay). M. Bartels a étudié d’une manière plus approfondie l’hypertrichose (1), ainsi que Michelson, qui signale en même temps la coïncidence d’absence des dents, observée par d'autres auteurs, par conséquent un arrêt de développement analogue, comme le fait ressortir également Unna, à l'hypertrichose congénitale.

L’hirsutie acquise est le plus souvent limitée à de plus petites surfaces de la peau; à elle se rapportent : le développement des [)oiIs sur certaines taches pigmentaires [nævi pilosi), l’anomalie, fait peu commun, de la croissance de la barbe chez la femme, et celle, plus fréquente, de l’apparition de poils épais, touffus, sur la lèvre supérieure et au menton de personnes du sexe féminin. Rare chez les femmes jeunes et chez celles dont les fonctions sexuelles s’accomplissent normalement, l’hirsulie est plus fréquente chez les femmes stériles et chez celles qui ont atteint l’âge de la ménopause; toutefois la femme représentée par Dnhring, et qui avait une barbe magnifique, était mère de plusieurs enfants (2).

(1) Cf. H. Mainhoukoff. Recueil clinique d’observations sur les maladies de la peau. Moscou, 1887, Homines pilosi, p. 24 et suivantes.

(2) L’hypertrichose de la face se développe à plusieurs périodes de la vie chez les femmes; la plus grave, celle qui s'étend à tout le visage, apparaît de quatorze à seize ans, exactement à l’âge où la barbe pousse

filon iiiils i •iinen

iî! r

nie

lilsli

qui

ilp

lais

i;ra

ééi

fsri

Irai

liât

HYPERTROPHIE DES POILS

Enfin, il faut ajouter ici un développement exagéré des cheveux et le la barbe. J’ai connu une jeune dame de taille moyenne, dont la hevelure blond clair, abondante, pendait jusqu’à terre; et j’ai le porrait d’un ouvrier travaillant aux mines, dont la barbe descendait jiusqu a terre, à tel point que cet homme la repliait et la portait dans json gilet (1).

Anatomiquement, les poils touffus^ longs, abondants de l'hyperti’iphose, ne diffèrent pas des poils normaux.

Dans certaines formes, on a pu trouver une cause plausible, ainsi l’hérédité pour l’hirsutie généralisée, comme le montrent les exemples précités; pour l’hirsutie de la face chez les femmes, on note parfois des troubles sexuels, quoique dans d’autres cas toute cause appréciable jmanque. C’est par une nutrition exagérée ou altérée en certains points ^jue l’on peut expliquer la croissance des cheveux qui s’observe sur les points irrités par les cantharides, l’onguent ^nercuriel ou encore sur les membres paralysés.

[chez l’homme ; il est ordinaire que la pilosité se prononce en même temps siir les bras et sur les jambes.

Quelques-unes de ces jeunes fdles sont véritablement masculinisées moralement; mais il en est d’autres qui présentent les attributs intellectuels les plus délicats de la jeune fille; toutefois il est rare qu’il n’y ai* pas quelque trouble fonctionnelou nutritif, aménorrhée, dysménorrhée, polysarcie, etc.

Mais, dès la trentième année, longtemps avant l’âge de la ménopause, un grand nombre de femmes qui avaient eu seulement un duvet un peu exubérant le long des branches montantes des maxillaires, à la lèvre supérieure, ou sur les côtés du menton, voient les poils s’accroîti’e en volume et en longueur et devenir absolument semblables à ceux de la barbe de l’homme. Il y a, pour beaucoup de ces femmes, le plus grand intérêt à être débarrassées de ces follets anormaux, et jusqu’à présent elles étaient abandonnées à toutes les pratiques du charlatanisme. On peut aujourd’hui — on le verra tout à l’heure — venir efficacement à leur secours.

Une troisième catégorie comprend les femmes à la période de la ménopause, et déjà pour celles-là le dommage est moins grand; toutefois il en est un grand nombre qui seraient fort heureuses de rencontrer un médecin en mesure de tes en délivrer, et tous peuvent aujourd’hui leur rendre cet office. — Voy. plus loin, note 1, p. 80.

(1) En dehors de ces cas, dont l’intérêt est de simple curiosité, nous signalons particulièrement i’hypertrichose commune, le développement exubérant, de la chevelure, qui coexistent régulièrement avec l’hyperséborrhée et avec l’hyperstéatidrose du cuir chevelu.

Dans l’évolution de cet état pathologique, Uhyperstéatose devient, peu à peu, plus accentuée ; puis survient l'alopécie aiguë, quelquefois

TRENTE-TROISIÈME LEÇON

Le traitement de l’hypertrichose défigurante n'est réclamé que contre certaines formes de l’affection. L’iiirsutie généralisée congénitale est à peine accessible à la thérapeutique. Du reste, dans la plupart des cas, les poils tombent pour faire place à du lanugo normal, et ce n’est que très exceptionnellement qu’ils persistent.

Le plus fréquemment, on n’aura à s’occuper que des poils épais et touffus qui se montrent sur lesverrues et sur les taches pigmentaires situées sur les régions découvertes, ou bien du développement anormal de la barbe chez les femmes. L’extirpation du nævus sur lequel sont implantés les poils est, dans le premier cas, le moyen radical; mais, (piand on ne veut pas y recourir, ou lorsqu’il s’agit de poils développés sur la peau saine du visage, des mains, etc., les méthodes à employer varient selon les cas. La rasure ne remplit qu’imparfaitement le but, car les tronçons de poils qui apparaissent hors des follicules défigurent autant le visage de la femme qu^ les poils longs. 11 est préférable de se servir de la pâte épilatoire employée par les Orientaux et les Juifs orthodoxes. On délaie, dans de l'eau, de l’orpiment (sulfure jaune d’arsenic) et de la chaux vive, on fait bouillir ; ensuite on applique cette pâte avec unespatule sur les points où poussent les poils, pendant dix minutes environ, jusqu’à dessiccation, puis on racle rapidement avec la spatule. On lave ensuite la peau avec de l’eau tiède et on recouvre d’un cosmétique blanc et de poudre.

La pâte au sulfure de calcium, que l’on obtient en faisant passer un courant de gaz hydro-sulfurique dans de l'hydrate de calcium, agit plus rapidement encore (Pâte de Bœttger).

Gomme ces pâtes cautérisent les poils jusque dans leur follicule, la peau ainsi traitée devient lisse et les poils ne recommencent à pousser qu'après deux à trois semaines. Au bout de ce temps, on fait une nouvelle application (1).

.subaiguë. Terrifiées de voir leur chevelure, dont elles étaient, jusquelà, si hères, se dépeupler chaque jour à la moindre traction du peigne ou de la brosse, les malades n’osent plus toucher à leurs cheveux, et réalisent quelquefois, même encore aujourd’hui, des dispositions plus ou moins analogues à celles de la plicpie.

Ces « magnifiques chevelures » des jeunes gens, et surtout des jeunes tilles, ces abondantes masses de cheveux dorés, ou noirs plume de corbeau, sont prédestinées à une chute précoce; et à cette abondance succédera presipie fatalement une disette cruelle. '

La région itdermaminaire, et le mamelon, les bras, les avant-bras et les jambes sont souvent aussi, chez les jeunes filles, le siège d’une pilosité anormale, pour laquelle le secours du médecin est réclamé.

(I) Il n’existe pas iXé pilai ob'es chimiques véritables. La plupart des

liqi

Bla

lî

it,

Éol

Iro'

ion

!il(

île

Uli

HYPERTROPHIE DES POILS. 81

Quand ils sont en petit nombre, l’épilation est encore ce qu’il y a de préférable ; il faut évidemment la répéter aussi à intervalles périodiques. Gomme cure radicale, on a conseillé d’enfoncer dans chaque Ifollicule une aiguille rougie au feu ou par la galvanothermie, ou trempée dans des solutions caustiques, acide phénique, acide chro- |mique.

IPar contre, l’épilation au moyen de l’électrolyse, d’abord pratiquée et depuis perfectionnée par des collègues américains, a acquis l’importance d’une thérapeutique méthodique et efficace de l’hypertrichose.

L’épilation à l’aide de l’électrolyse a été inventée par un ophtalmologiste, le D'" Michel, de Saint-Louis, et employée d’abord contre le trichiasis. A Hardaway revient le mérite de l’avoir introduite dans la dermatologie. Employée depuis des années en Amérique, cette méthode a commencé à être appliquée ces derniers temps d’une manière générale, même en Europe. G. Heitzmann, George Thomas Jackson, G. H. Jos. Millier, Michelson, Behrend (1), Lustgarten, etc., ont publié des résultats favorables à ce sujet. La méthode consiste essentiellement en ce que, à l’aide d’un électrode négatif (pôle zinc), en forme d’aiguille, introduit dans le follicule pileux, on détruit la papille du poil. Gelte destruction arrive sous l’influence des produits chimiques de décompo- Istion, Jonen (2), en première ligne des alcalis caustiques comme il est Ifacile de le vérifier en examinant le processus physique. Quant aux

préparations que la parfumerie offre aux intéressés, sont nuisibles, et .(constituent le meilleur moyen d’accroître la pilosité, i E. B. — A. D.

I (1) Ghronologiquement, entre Beiirexü et Lutsgarten, il n’est que [juste de placer les noms de J. Baraïoux, 13 mars 4886, Revue médicale française et étrangère, et Brocq, 28 mai 1886, Bulletin de la Soc. méd. 'des Hôp. — Le travail de Luïsgarïen est de la fin de 1886.

(2) On appelle Jonen les produits chimiques qui se forment aux électrodes d’une batterie constante, par décomposition du liquide ■interposé. Gomme ces liquides sont diflérents suivant les éléments [des diverses batteries (acide chromique, chromate de potasse, acide 'sulfurique, acide nitrique, chlorhydrate d’ammoniaque, chlorure de jsodium, etc., etc.), le résultat de la décomposition chimique varie proportionnellement. Une partie de l’acide étant employée à l’oxydation du pôle positif, les alcaloïdes qui restent difl'èrent suivant la décomposition chimique du liquide. Dans la peau, c’est le liquide des tissus jqui est décomposé ; ces produits s’appellent Jonen (anions, kations, suivant le pôle où ils se forment, à l’anode ou au katode).

KAPOSI, 2« ÉD. — ]I.

TilENTE-TROISIÈME LEÇON.

détails de l’exécution, comme le nombre et la nature des éléments

galvaniques, la durée de l’opération, la forme du porte-aiguille, les données sont si contraditoires que je préfère indiquer brièvement le procédé employé à ma clinique. Comme aiguilles, nous nous servons d’aiguilles à coudre dépolies ou d’aiguilles en maillechort sans pointe, pour éviter autant que possible de blesser le follicule pileux.

Les aiguilles, ainsi que tous les autres instruments dont nous nous servons, sont fournis par M. Leiter, fabricant d'instruments, à Vienne. Le porte-aiguille, long de 12 centimètres, est très léger (5 grammes), et porte un fil conducteur également aussi léger que possible.

Pour des parties, comme par exemple la région sous-mentonnière, qui ne permettent pas d’opérer avec le long porte-aiguille, on peut faire usage de la pince à compression de Moeller. L’intensité du courant est mesurée et régularisée à l’aide d’un galvanomètre absolument précis et du graphitrhéostat du D'' Gartner; il comporte 1/2 à 1 milliampère.

L’emploi de ces derniers appareils nous dispense de faire attention à l’état de la batterie et de sa composition, ainsi (juc du nombre des éléments; ils produisent de la sorte un eflet très régidier. Chaque poil est, suivant son épaisseur, exposé vingt à trente secondes à l’action du courant, puis on l’extirpe avec la pince ou on l’abandonne à sa chute spontanée.

Dans des séances renouvelées trois fois par semaine, on détruit cha- (jue fois environ 30 poils, sans que dans ces conditions le malade éprouve une irritation locale prononcée et désagréable, surtout si l’on emploie comme auxiliaire des pommades protectrices et de la poudre.

Les points épilés guérissent parfois sans laisser de traces, ou tout au plus des dépressions extrêmement peu accusées, perceptibles seulement à l’éclairage oblique et ne nuisant en rien à l’effet esthétique, ces légères dépressions indiquent seules la place où un poil était implanté (I v

Avant de terminer ce chapitre, nous devons dire un mot d'une affec-

■ij

si

It!

ssi

Dd

le

lèti

«lî

liai

■ ^ ~ “ lie

(1) Le médecin, qui n’aurait pas pu apprendre 1 épilation électroly-

tique la où on la pratique, ne serait peut-être pas suflisamment pourvu, , par les renseignements que vient de donner l’auteur. Mais s’il veut bien prendre connaissance des détails dans lesiiuels nous allons entrer, il sera complètemenl en mesure de pratiquer cette opération, petite eu elle-même, mais qui a, pour les pauvres jeunes femmes atteintes d'hypertrichose, une importance extrême.

Les préceptes que nous formulons sont surtout empruntés aux Iravaux de Buocq sur ce sujet «ju’il a approfondi et fait progresser plus (pie personne — Voy. L. Broco, Jfulledns de la Société médicale des liôpttaux i\g Paris, communications de mai 188(>, et d’avril 1888.

il faut se procurer une pile à courants continus munie d’un galvano- ,,

HYPERTROPHIE DES POILS

;ion que l’on a désignée sous le nom de pUque polonaise [plica polonica).

On a appelé ainsi un enchevêtrement des cheveux, parfois aussi des poils de la barbe et du pubis. On a donné longtemps à la plique une signification nosologique spéciale, en raison de sa fréquence quasi

^ètre bien réglé et bien sensible. Au pôle positif est reliée une poignée cylindrique recouverte d’une peau de chamois que l’on imbibe d’eau salée et que l’opérée serre vigoureusement dans la main. Au pôle négatif s’adapte l’aiguille avec laquelle on opère. L’aiguille dont se sert Brocq est une aiguille en platine iridié composée de trois parties : 1“ d’un cylindre métallique de i centimètre 1/2 de long, de 3 à 4 millimètres de diamètre, taillé à facettes de façon à pouvoir être tenu très solidement et légèrement à la fois, roulé entre les doigts et dirigé en ;ous sens; 2“d’une mince tige cylindrique de 2 centimètres de long; 1“ d’une partie terminale de 6 à 7 millimètres de long, aussi fine que possible^ séparée de la tige cylindrique par un arrêt métallique formant line sorte de bourrelet circulaire. La condition majeure que l’aiguille loit remplir, c’est que cette partie terminale soit aussi fine que possible.

On a cherché à éviter toute cicatrice ultérieure en épargnant les couches superficielles du derme et de l’épiderme et en n’agissant que sur le lulbe pileux. On a pour cela isolé ta tige des aiguilles jusqu’à 2 millimètres environ de la pointe qui seule peut agir ainsi sur les tissus. On comprend donc qu’en mettant cette pointe libre en contact avec le bulbe du poil, si ce bulbe est à 3, 5, 7 millimètres de profondeur, les couches superficielles du derme resteront indemnes. Mais il est difficile le se servir d’aiguilles isolées par les procédés ordinaires, car le vernis le tient pas sur des tiges aussi minces. M. Chardin est arrivé à construire, sur les indications de L. Brocq, une aiguille isolée assez pratique. C’est une tige en platine iridié de la longueur et de la grosseur les aiguilles ordinaires, montée sur le même cylindre qu’elles. A 2 millimètres de la pointe, que l’on fait aussi fine que possible, on use un peu la lige circulairement dans une étendue de 4 à 5 millimètres, de (uanière à obtenir une petite dépression. On enroule ensuite dans celte pépression un fil de soie extrêmement fin qui recouvre le métal à ce niveau et constitue le corps isolant. L’introduction de cette aiguille Isolée est parfois assez laborieuse : il faut lui imprimer quelques mouvements d’hélice, ce qui est rendu facile par la présence de l’arrêt sur la tige. On doit cathétériser pour ainsi dire le follicule pileux et faire glisser l’aiguille le long du poil jusqu'au bulbe sans éprouver de résistance : si l’on en ressent, c'est que la pointe est à côté du follicule et non lans le follicule; on la retire dans ce cas et l’on tâtonne jusqu’à ce que l’on sente qu'elle s’enfonce pour ainsi dire toute seule. 11 est aussi fort malaisé de savoir si la partie terminale libre est bien en contact avec e bulbe du poil. Enfin on ne peut, quand on l’emploie, saisir l’instant précis où le bulbe est désorganisé. Aussi faut-il exercer, pendant que le courant passe, des tractions légères sur le poil avec la pince, afin de pouvoir .s’arrêter dès qu’il n’est plus adhérent. Toutes ces difficultés font que l’on ne doit se servir des aiguilles isolées que lorsqu’il faut

TREISTE-TROISIÈME LEÇON.

« endémique » dans certaines contrées, la Pologne, la Russie, la province de Posen, où, en 1842, on en a observé jusqu’à 5,000 cas!

Comme on vit que la plique se montrait chez des malades qui gar- | daient le lit depuis longtemps, on était disposé à la considérer comme

détruire des poils très volumineu.K placés en des régions fort apparentes.

Manuel opéi'atoire. — Le principe même de l’opération consiste, comme le dit Kaposi, à faire passer dans l’organisme un courant électrique dont le pôle négatif est constitué par une fine aiguille mise eu contact avec le bulbe du poil : les tissus voisins de l’aiguille subissent la décomposition électrolytique : quand le bulbe a été complètement détruit, on doit cesser de faire passer le courant. Pour que l’opération se fasse dans de bonnes conditions, il faut donc, autant que possible, que l’aiguille soit mise en contact direct avec le bulbe du poil à détruire. Pour y arriver, on commencera par étudier la direction des poils, et la lij profondeur de leurs bulbes, éléments qui varient suivant les malacles.j et suivant les régions chez une même malade. Puis on pourra intro- ' duire l’aiguille à la profondeur voulue.

Lorsque l’aiguille est bien placée, on fait passer le courant. Pour cela, l’opérée tient solidement à la main le cylindre mouillé d’eau salée qui constitue le pôle positif, et un aide fait tourner lentement le collecteur de l’appareil jusqu'à ce que l’aiguille du galvanomètre marque le nom- | bre de milliampères avec lequel on veut agir. 11 s’arrête alors, puis j revient rapidement au zéro lorsque l’on juge que le courant a passé assez longtemps et que le poil est détruit.

Quand on n’a pas d’aide, on met d’emblée le collecteur de la machine sur le nombre d'éléments qui correspond à peu près au courant dont on vent se servir : quand l’aiguille est bien placée, on dit à l’opérée de saisir le cylindre; elle le fait lentement, progressivement, pour ne pas éprouver de trop forte secousse; quand on juge que le poil est suffisamment détruit, ou lui dit de lâcher le cylindre, puis on relire l’aiguille. Les douleurs de l’ouverture et de la fermeture du courant sont ainsi assez atténuées, quoiqu’elles soient plus vives que lorsqu’on se sert d’un aide.

L’opération est assez douloureuse en certains points, comme les lèvres, les narines, la partie inférieure du cou, etc... Les badigeonnages et les frictions avec des solutions et ides pommades de cocaïne n’atténuent qu’assez peu les souffrances. Les injections sous-cutanées de quelques gouttes d’une solution de cocaïne au vingtième ou au cinquantième donnent au contraire une anesthésie marquée dans un rayon de 1 centimètre 1/2 à 2 centimètres, mais on peut avoir des accidents d’intoxication générale.

Dès que le courant passe, on voit se produire autour du point opêréj une teinte érythémateuse assez étendue, puis, au bout d’un laps de temps! variable, quelquefois presque tout de suite, il se forme de l’écumei blanchâtre anlour de l’aiguille; enfin, quand on laisse passer le courant; pendant un temps assez long, apparail un petit cercle d’un brun clair au-dessus dmiuel, dès que l’aiguille est retirée, il sc développe une vési-'

îif

Ij HYPERTROPHIE DES POILS. 85

! june sorte de métastase des affections internes, est lorsque la plique qui I sévissait dans l’intérieur du corps^ sous forme d’éclampsie, d’épilepsie,

; ide rhumatisme, tardait à se montrer au dehors, on provoquait son • I apparition d’une manière artificielle en enduisant les cheveux de poix,

cule transparente qui jaunit et se trouble dès le soir même ou tout au moins dès le lendemain. En même temps, les parties opérées se tuméfient, et, si l’on a détruit plusieurs poils profonds dans la même région, il survient presque immédiatement un empâtement général constituant une sorte de gros noyau induré. Toutes ces lésions, en apparence si considérables, n’ont que fort peu de durée. Quelques heures après, la tuméfacîlion a disparu en grande partie, sinon en totalité; dès le lendemain, on ne voit plus que quelques petites vésico-pustules ou quelques points rouges correspondant aux piqûres.

Pour les poils très fins, et lorsqu’il s’agit de régions fort sensibles ou très en vue, le D'' L. Brocq conseille d’employer des courants de

à 3 milliampères. Quand il s’agit de poils moyens et volumineux il se sert de courants de 4 à o milliampères.

Le temps pendant lequel on doit laisser passer un courant d’intensité donnée et mesurée au galvanomètre, varie suivant les qualités de la peau, suivant la région opérée, suivant la profondeur et le volume de chaque poil. 11 est fort difficile d’apprécier le moment précis où le poil est détruit. Si l’on exerce des tractions modérées pendant le cours de l’opération jusqu’à ce que le poil cède et vienne au bout de la pince, on détruit d’ordinaire beaucoup trop les tissus; si l’on cesse de faire passer le courant dés qu’il se dégage de la mousse autour de l’aiguille, comme le conseillent beaucoup d'opérateurs, on ne détruit souvent pas assez.

Tout cela est affaire d’habitude, et il est certain qu’un opérateur exercé comprend, d’après les phénomènes qui se passent autour de l’aiguille, quand un poil de grosseur donnée est détruit.

Voici quelques règles que L. Brocq a formulées pour ceux qui n'ont pas l’habitude de ces opérations.

S’il s’agit de poils volumineux placés en des points où de petites traces blanches soient imperceptibles, comme la partie inférieure du menton, on peut faire passer le courant jusqu’à ce que le poil cède à des tractions modérées, ou tout au moins, s’il résiste trop longtemps, jusqu’à ce qu’il se forme autour de l’aiguille un petit cercle d’un brun clair, et lorsqu’il y a déjà de dix à quinze secondes que la mousse s’est montrée avec un courant de 4 à 5 milliampères. Dans ce dernier cas, on regarde au bout de dix à quinze minutes si le poil tient encore. Le plus souvent, il vient sans résistance, ce (|ui prouve qu’il a été détruit. Sinon, on remet son ablation définitive à une séance ultérieure.

S’il s’agit de poils placés en des endroits assez visibles, tels que la partie supérieure du menton, les joues, on opère en exerçant sur eux des tractions assez fortes avec les pinces. On doit avoir ainsi quelques récidives, mais on se rapproche le plus possible du moment précis où le bulbe est désorganisé.

Enfin, s’il s’agit de poils assez fins et surtout placés en des régions fort douloureuses, délicates, où il faut à tout prix éviter d’avoir la moin-

TREMTE-TROISIÈME LEÇON.

de miel, et on cherchait à favoriser son développement, en cessant de |l peigner les cheveux. On craignait même la rentrée de la plique, et on | évitait soigneusement de la guérir, et même de l’exposer au froid; la disparition graduelle et la chute spontanée de la plique, les hémorrha- gies et les douleurs que l’on provoquait quand on voulait la détruire, étaient données comme preuve de sa vie organique. Le champignon attribué à la plique par Günsburg, la distinction de la maladie en ■ mâle et en femelle , sa classification en simple et en compliquée i (Alibert), semblèrent établir son existence scientifique. Vers 18oü, ' Beschorner, Hamburger, Hebra, etc., dirigèrent contre la croyance à la | maladie delà plique des attaques devenues aujourd’hui inutiles. Nous sa- j vons que l’enchevêtrement des cheveux ne se produit que quand on né- i glige de les peigner, et nous pouvons en trouver des cas chez nous, et partout, chez des personnes qui, par incurie, ou à la suite d’affections douloureuses du cuir chevelu [eczéma idiopathique et eczéma pédiculaire, ulcères syphilitiques), cessenl de démêler leurs cheveux, surtout quand ils sont agglutinés entre eux par du pus ou d’autres exsudats. Les endémies de plique sont éteintes, depuis que l’on a engagé les populations à détruire (

dre cicatrice, comme la lèvre supérieure par exemple, on exerce sur le j poil des tractions assez fortes; mais de plus, on cesse de faire passer le 'i courant dès que la mousse s’est formée autour de l’aiguille depuis deux | ou trois secondes. On attend ensuite quelques minutes. Si, au bout de | ce laps de temps, le poil ne cède pas à des tractions modérées, ce qui i arrive parfois, et si les tissus périphériques ne paraissent pas avoir été trop désorganisés, on fait passer de nouveau le courant jusqu’à ce (pie le ‘ poil cède à des tractions assez fortes. Si au contraire, les tissus sont ' trop atteints, on remet à une prochaine séance la destruction complète du poil. Quand on est exercé, on n’a presque jamais besoin d’opérer de tractions avec la pince pour savoir à (juel moment le poil est détruit.

En opérant ainsi que je viens de le dire, on peut détruire de trente à cinquante poils par séance. Ce nombre varie selon la grosseur et la profondeur des poils, c’est-à-dire selon le temps nécessaire à leur destruction. Au bout d’une demi-heure ou de trois quarts d’heure d’attention soutenue, l’opérateur a besoin de repos, et parfois l'opérée elle-méiue \ commence à être fatiguée. On peut faire à un môme sujet plusieurs séances par jour, pourvu que la région j)ilcuse soit assez étendue pour que l’on ne déti'uise pas dans une même journée deux poils trop voisins l’un de l’autre.

Ce dernier précepte est de la plus haute importance au point de vue du résultat terminal, et doit être regardé comme une règle absolue. II ne faut jamais détruire deux poils assez voisins l’un de l’autre pour que les vésicules cpii se forment après l’opération se rejoignent et deviennent confluentes : car on peut être pres(pie assuré qu’il se développera dans ce cas des cicatrices vicieuses, taches blanches, fortes dépressions cupuliformes, ou même, pour peu (|ue la malade y soit i>rédisposée, de

HYPERTROPHIE DES ONGLES

la plique au moyen du démêloir el des ciseaux, et que les jeunes générations ont appris à se servir régulièrement du peigne.

Les cas sporadiques qui peuvent se présenter doiventétre traités comme ll’eczéma du cuir chevelu (tome P', page 708). On ramollit les croûtes avec de l’huile ordinaire ou antipédiculaire (pétrole, baume du Pérou, huile idenaphtol 2 p. 100), ensuite on les détache par des lotions savonneuses, puis on démêle les cheveux avec les doigts et le peigne, en allant de la t pointe à la base, et de cette manière on fait disparaître facilement la plique.

HYPERTROPHIE DES ONGLES

On désigne sous ce nom un développement anormal de l'ongle en ^ volume et en étendue. Ces deux altérations ne sont pas toujours concomitantes; mais elles déterminent des changements dans la structure, la couleur, la consistance et la forme de l’ongle.

L’ongle hypertrophié paraît démesurément long, et il dépasse l’exitrémité du doigt de plusieurs fois la longiîeur normale ; il peut garder

véritables chéloïdes. Nous renvoyons aux travaux de L. Brocq pour l’étude détaillée des traces ultérieures que peuvent laisser les piqûres d’électrolyse ; mais on doit bien savoir que ces traces, quelles qu’elles soient, ont de la tendance à disparaître peu à peu.

Il est difficile d’apprécier le nombre exact de poils qui sont radicalement détruits et le nombre de ceux qui repoussent après une première application de l’électricité. Il est fort rare, à moins que l’aiguille n’ait été mal introduite, qu’ils repoussent avec toutes leurs qualités. D’ordinaire ils sont noirs, tortueux, déformés, recroquevillés : leur extrémité libre se termine en massue. Quand l’opération est faite par quelqu’un qui en a l’habitude, on peut estimer à un sur dix environ le nombre de poils qui repoussent.

Lorsqu’on a enlevé par l’électrolyse tous les poils volumineux d’une région visibles au début du traitement; on est loin d’avoir terminé, du moins dans la grande majorité des cas. On voit, en effet, les points opéi’és se couvrir d’une nouvelle couche de poils réguliers plus fins que ceux que l’on a détruits, à grosse racine pulpeuse assez profonde : ce ne sont pas les poils primitifs qui n’auraient été qu’incomplètement détruits : ce sont des poils nouvellement développés, de seconde couche, qu’il est nécessaire d’enlever pour obtenir la guérison définitive, et l’on doit s’estimer heureux quand d’autres poils nouveaux ne succèdent pas encore à ces poils de deuxième venue.

11 semble donc à p7^iori que l’électrolyse fasse grossir le duvet des régions fréquemment opérées, en y déterminant une sorte d’excitation ou d’irritation. Mais le problème est probablement beaucoup plus complexe, et réclame des études ultérieures pour pouvoir être élucidé.

Ernest Besnier. — A. Doyon.

TRENTE-TROISIEME LEÇON

sa largeur, sa direction, sa contexture, ou être, dans sa partie libre, mince, vitreux, cassant, ou bien élargi, épaissi, opaque, rugueux, en forme de griffe, crochu, recourbé [onychogriphose). D’autres fois, il n’est pas allongé, mais, bien que d’une structure normale, il est élargi, de sorte que ses bords s’enfoncent dans la rainure unguéale, y produisent de la douleur, de l’inflammation, de la suppuration, des hémorrhagies, des granulations luxuriantes [paromjchie). Dans certains cas encore, l’ongle est irrégulièrement épaissi, bosselé, raboteux, relevé en pointe, dur ou cassant, recouvert à sa surface de sillons longitudilaux et transversaux, de fossettes (asperitas, scahrilics unguium), rugueux à son bord antérieur, boursouflé et dense, ou à texture lâche ou enfin décollé. Ces diverses modifications peuvent atteindre un seul ongle, aux doigts ou aux orteils (ceux-ci plus fréquemment), ou bien elles s’étendent à tous à la fois.

Anatomiquement, l’ongle hypertrophié et dégénéré ne présente qu’une disposition et une structure anormales des cellules cornées. A cela, s’ajoute dans les formes chroniques et avancées de l'hypertrophie, un développement des papilles de la matrice unguéale, lesquelles s'avancent dans le corps de l’ongle sous forme de pulpe vasculaire, sur une longueur de plusieurs millimètres, jusqu’au delà du milieu du lit de l’ongle. Aussi, sur une coupe faite à cette hauteur, rencontre-t-on un certain nombre de papilles saignantes. Dans les formes aiguës et passagères, on trouve, au contraire, un simple gonflement hyperhémique ou inflammatoire des papilles, ou même on ne constate pas d’altération appréciable. Le lit de l’ongle n’est souvent pas lésé d’une façon nota^ ble , ou bien ses bords sont hypertrophiés et pourvus de papilles nombreuses (Virchow); il s’y produit alors également une hyperplasie épidermique, qui épaissit l’ongle par en bas ou le soulève de son lit. Ces altérations sont en rapport avec la cause spéciale de l’hypertrophie. Dans certains cas, elle est due à une prédisposition congénitale. Rarement, elle tient à ce que l’on néglige de couper périodiquement les ongles; plus souvent, elle est amenée par des pressions répétées et prolongées sur les orteils, surtout ceux des extrémités du pied (le gros et le petit orteil), pressions qui, sur d’autres points de la peau, donnent lieu à des productions analogues, callosités et hypertrophie papillaire. Enfin, cette hypertrophie peut être due à toutes les maladies chroniques delà peau, lesquelles déterminent sur d’autres points une infiltration cellulaire des papilles et une hyperplasie épidermique, tels que l’cczéiua chronique, le psoriasis, le lichen ruber, l’éléphantiasis des Arabes, la lèpre, la syphilis, l’ichthyose. Dans cette dernière affection, on observe souvent l’altération gryphosique des ongles. Dans la syphilis, la maladie se localise fréquemment sur une partie de l’ongle, correspondant

lipei L il ell( 1 , Itlrail

Ileall

litltse

iyii

ii;

wrie

ijsjiii I ter 1 lila

, «(il).

là:

Le

lépe'

ir

[lus

lise

FP

lie

lilé

ml)

HYPERTUOPHIE DES ONGLES. 8'.^

I à une papule, infiltrant une partie des papilles de la matrice unguéale, et elle est persistante, dans les cas où une partie des papilles a été détruite par excoriation ou ulcération. L’eczéma, le psoriasis, le lichen ruber, déterminent des altérations de tous les ongles, même lorsque ces afl’ections n’atteignent pas les doigts; il y a là une sorte d’influence I réflexe (1). Un certain nombre d’états morbides de toute l’économie I semblent pouvoir altérer les ongles, les faire tomber par parcelles;

I la diathèse syphilitique, par exemple {onychie syphilitique, Hutchin- I son); toutefois cette variété d’onyxis ne paraît pas différer de celle qui survient à la suite de la chlorose ou d’états fébriles aigus (Vogl) [psoriasis unguéal, Anderson), et qui est analogue aux desquamations observées sur d’autres régions du corps dans les cas d’affaiblissement de la nutrition générale [pityriasis tabétique, séborrhée du cuir che- . velu). On peut aussi observer aux doigts, dans l’asphyxie locale des mains et dans la sclérodactylie, de semblables onychiadis (2).

Le pronostic de l’altération des ongles que nous venons de décrire, dépend de sa cause et de la facilité que l’on peut avoir à la faire disparaître; fâcheux dans les formes qui dépendent d’un état général, il est plus favorable dans celles qui tiennent à des altérations locales, ou à des exanthèmes chroniques.

Le traitement n’a de résultat que dans quelques formes déterminées : les ongles en griffes et ceux qui sont simplement allongés doivent être coupés avec les ciseaux ou à l’aide d’un sécateur; les prolongements papillaires sont cautérisés. L’onyxis qui tient à une localisation syphilitique guérit rapidement à l’aide de l’emplâtre mercuriel. Les aspé- ( rités unguéales qui accompagnent l’eczéma, le psoriasis, le lichen ^ ruber, sont influencées favorablement par tous les moyens qui agissent sur ces affections elles-mêmes, le diachylon, les applications de solution de potasse et de sublimé, les doigts de gants en caoutchouc, l’emplâtre salicylé. La formation de l’ongle redevient normale, quand l’altération du lit papillaire cesse, mais il est évident que l’amélioration

(l)(2)Les altérations des ongles dans les maladies cutanées à peu près toutes indiquées ou décrites d’une manière suffisante dans le texte il courant, ou dans les notes des traducteiirs.

Mais il existe une série très nombreuse et très variée de lésions des ongles, à la suite de toutes les maladies, aiguës ou lentes, qui altèrent la nutrition générale, et un grand nombre de lésions spéciales à des cachexies, dont nous ne pouvons que marquer la place. La littérature I médicale contient quelques essais d’ onychopatkologie générale, mais il n’en est aucun de complet, ni qui soit au courant de l’élat actuel de la I science.

TRENTE-QUATRIÈME LEÇON

ne peut porter que sur la partie nouvelle de l’ongle, sur celle qui s’avance hors de la matrice unguéale, et non pas sur la partie déjà altérée. Aussi, comme la croissance de l’ongle se fait très lentement, et qu’il faut plusieurs mois pour que l’ongle nouveau ait remplacé l’ancien, on n’apercevra l’amélioration qu’assez tard, parfois longtemps après que l’affection primitive sera guérie.

Au même titre, et d’une façon tout aussi lente, agit la médication interne par l’ai’senic et le fer, dans le cas où celle-ci est indiquée [chlorose, psoriasis, lichen).

L'ongle incarné [paroni/ckie), auquel certains chirurgiens appliquent l’arrachement |ou la section complète de l’ongle, peut être guéri par le traitement suivant, qui ne détermine presque aucune douleur. On glisse fd par fil, à l’aide d’un stylet, entre le bord de l’ongle et la rainure correspondante, un petit pinceau de charpie de la longueur de l’ongle ; on applique quelques bandelettes d’emplâtre de savon, destinées à fixer la charpie et à détacher l’ongle de la rainure. On répète le pansement chaque jour, ce qui devient très facile une fois l’écartement obtenu. Le boni ulcéré guérit rapidement, ou bien on le détruit par la section ou la cautérisation (poudre d’alun, perchlorure de fer, pierre infernale, etc.) (1).

Page 1