GRISONNEMENT DES POILS. CANITIE
rapporte également cette modification de coloration au changement dans la proportion d’air qui se produisait sous l’influence d’altérations psychiques-nerveuses.
Chez un épileptique, Ràuber a constaté une modification périodique des cheveux ; unis, brillants et blond foncé, à l’état normal, ils paraissaient pendant plusieurs jours après la crise comme crépus (hérissés et feutrés), sans éclat et blond ardent; en divers points, quelques cheveux offraient des nodosités, étaient friables, comme dans la trichorrexie noueuse. Ràuber explique, par l’hypothèse d’un spasme des muscles érecteurs des poils, le redressement, la frisure et l’enchevêtrement des cheveux, et par la contraction des vaisseaux papillaires, l’altération de leur nutrition et de leur coloration.
Je ne doute pas le moins du monde que des altérations physiques et psychiques, spécialement de nature dépressive, puissent en un court laps de temps occasionner un changement considérable dans la nature des cheveux et des poils de la barbe et déterminer également le grisonnement: mais je n’admets pas que un tel phénomène puisse se produire instantanément sur des cheveux dont la formation est complète.
Le traitement de la canitie ne peut pas avoir pour but de rendre aux bulbes pileux la faculté de produire à nouveau du pigment (1), il ne peut que chercher à masquer la diminution de la matière colorante en donnant aux poils une coloration artificielle. Bien que depuis longtemps le commerce se soit emparé de la solution de ce problème, qui est devenue une véritable profession, il est cependant utile pour le médecin de connaître les moyens cosmétiques que l’on emploie pour êolorer les cheveux. Le plus usité est le nitrate d’argent, dont la solution, suivant son degré de concentration, donne aux cheveux une nuance différente allant du brun au noir, par le fait de la réduction de l’oxyde d’argent sous l'influence de la lumière. Avant de l’appliquer, on savonne les cheveux avec soin pour enlever la graisse. Il est bien difficile que la solution de nitrate d’argent ne touche pas la peau sous-jacente, mais on
(1) C’est là cependant ce qui serait à rechercher, dans quelques cas de canitie accidentelle très prématurée, et ce qui n’est pas, théoriquement au moins, inadmissible; toutes les canities ne sont pas progressives, ni absolument définitives.
Quelques excitants, tels que Vacide acétique, favorisent certainement le processus de pigmentation des poils. Chez un grand nombre des malades auxquels nous avons appliqué cet acide au traitement local des alopécies en aires, les cheveux de repousse définitive sont manifestement hyperpigmentés , et c’est une plaque de cheveux hyperchromateux qui remplace, après la guérison, la plaque alopécique et achromique.
TRENTE-CINQUIÈME LEÇON
empêche qu’elle soit colorée en noir en la lavant immédiatement avec une solution de sel marin ou de cyanure de potassium. On fait aussi grand usage d’applications combinées de nitrate d’argent, d’acétate de plomb, ou de sulfate de fer avec le foie de soufre. On brosse les cheveux avec l’une de ces solutions, on les laisse sécher, puis on applique la seconde solution. En combinant d’une façon convenable la quantité et la concentration des liquides employés, on obtient parfaitement la nuance que l’on désire, depuis le brun clair jusqu’au noir, ou au rouge jaune. D’après la démonstration du docteur J.-E. Polak, on obtient des nuances diverses de coloration allant jusqu’au noir brillant par l’emploi du henné indien (papillonacée) qui est en usage chez les Persans ; on fait avec la poudre de celte plante et de l’eau une pâte dont on enduit les cheveux, puis on étale par-dessus de la poudre d’indigo et l’on soumet ensuite la région pendant uue demi-heure à l’action de la vapeur d’eau. On comprend facilement qu’il faut renouveler les applications de ces substances colorantes aussi souvent que les cheveux blancs ont repoussé dans une certaine longueur.
Voici quelques formules :
(a) Pour obtenir une coloration noire ; Nitrate d’argent 1 ; carbonate d’ammoniaque 1 ,50 ; onguent émollient 30. — Nitrate d’argent 1 ,23 ; ea u distillée GO; nitrate de mercure liquide, teinture de réséda àâ 5. — Nitrate d’argent 5; acétate de plomb 1 ; eau de roses 100; eau de Cologne 1. — En applications combinées : Nitrate d’argent fondu 3; eau distillée 50; liq. n° I. — Acide pyrogallique 3 ; eau distillée 40; espritde-vin rectifié 10 ; liq. n“ IL — Ou : Nitrate d’argent fondu 8 ; eau distillée 70; liq. n° I. — Foie de soufre 8; eau distillée 70; liq. n“ II.
(b) pour obtenir une coloration brune : Acide pyrogallique 1; eau de roses 40; eau de Cologne 2. Un moyen très populaire aussi est d’enduire les cheveux avec le « baume sulfureux » (soufre battu avec de l’huile de jaune d’œuf), puis on les lave avec une dilution vinaigrée ou acétique (acétate d’oxyde de fer). — Toutes les huiles grasses, huile de noix, huile de macis, huile de cassis, etc..., donnent aux cheveux une coloration plus foncée; on peut les employer pures ou sous forme de pommade; par exemple : Huile d’œuf, moelle de bœuf, ââ 20; lactate de fer 1,30; huile éthérée de cassis 1 (Pfaff.). On a, dans ces derniers temps, donné la préférence à la coloration des poils en blond jaune jusqu’au rouge or au moyen de l’eau d’or (eau oxygénée). En dehors de l’eczéma que leur usage mal dirigé peut produire, les substances métalliques que l’on emploie pour colorer les cheveux n’ont pas plus d’inconvénient pour la santé que les substances végétales.
'ii
ALOPÉCIE.
TRENTE-SIXIÈME LEÇON
Atrophie des poils ; alopécie congénitale, acquise, idiopathique et symptomatique. Formes spéciales : alopécie sénile, alopécie prématurée, alopécie en aires, alopécie nerveuse. — .Alopécie prématurée symptomatique : alopécie furfuracée. Changement de poil. Atrophie propre des poils. Trichorrexie noueuse. Atrophie des ongles.
L’atrophie des poils comprend toute altération morbide dans leur croissance typique. Cette atrophie peut se manifester par une modification portant sur l’ensemble de la chevelure ou sur la structure des poils considérés isolément.
ALOPÉCIE
On désigne sous le nom d’alopécie une croissance incomplète des poils quelles d’ailleurs qu’en soient la cause ou la forme.
Celsè a appelé alopécie toute forme de calvitie ou de chute des cheveux et des poils intéressant le cuir chevelu et la barbe. Mais la calvitie ne représente en général que le résultat final d’un processus combiné, c’est-à-dire de la chute anormalement abondante des poils [effluvium, deffluvium, lapsus pilorum, Psilose), laquelle est associée à une reproduction insuffisante des poils, de façon que dans ces conditions l’idée d’alopécie ne saurait être séparée de celle des phénomènes pathologiques dont nous venons de parler. Cette large manière d’envisager l’alopécie paraît plus exacte que celle, beaucoup plus limitée, propre à certains auteurs, suivant lesquels il faut entendre par alopécie seulement la chute disséminée des cheveux et des poils de la barbe, tandis que l’on employait des désignations particulières pour les autres formes de la calvitie, comme : phalacrose ou calvitie pour la calvitie de la partie antérieure de la tête; ophiasis (Gelse) pour désigner une bande chauve s’étendant transversalement sur le crâne, d’une oreille à l’autre; opistophalacrose, pour la calyitie de l’occipital ; hémiphalacrose pour la calvitie occupant la moitié latérale du crâne ; anaphalantiase, pour la perte des sourcils; alopécie en aires ou aires de Jonston, pour désigner la perte des cheveux affectant la forme de disques; enfin madèse ou madarose pour indiquer des cheveux rares ou clairs, tombant facilement (1).
(11 Les termes de phalacrose, hémiphalacrose, opistophalacrose, anaphalantiase, madèse ou madarose, sont justement oubliés.
Le mot ophiase, ou ophiasis, seul, est resté dans le souvenir, sinon
TRENTE-SIXIÈME LEÇON
En considération des symptômes les plus essentiels, des circonstances concomitantes et étiologiques, je crois pouvoir proposer la division suivante des diverses variétés de l’alopécie.
Alopécie congénitale, insuffisance congénitale du système pileux, c’est-à-dire que les cheveux sont rares ou bien même font complètetement défaut — oligotrichie et atrichie, — cette forme peut être partielle ou généralisée. Il est rare qu’elle soit persistante; ordinairement les cheveux poussent en retard. L’alopécie congénitale représente donc un arrêt de développement et souvent elle est associé à une dentition difficile et tardive (1).
Alopécie acquise, comprenant les variétés suivantes : alopécie sénile, calvitie prématurée, alopécie prématurée.
L’alopécie sénile commence avec l’âge avancé. Habituellement ce sont les cheveux situés à la limite du front et du cuir chevelu qui disparais-
dans le vocabulaire des médecins, mais sans bénéfice, car il n’a aucune signification précise.
Parmi les auteurs, quelques-uns restent à son égard, avec prudence, dans le vague, ajoutant parfois que cette alopécie est ainsi appelée parce qu’elle a une forme « serpentine ». Si per longos et serpentinos tractus vitium propagetur ophiasim liabes » (Lorry).
Pour Celse, Vophiase différait de Valopécie, et de Vaire, en ce que la chute des cheveux qui se produisait dans ces dernières, de quelque manière que ce soit, suivait au contraire, dans la première, des conditions déterminées : début à l’occiput, marche serpigineuse vers tes oreilles, sur une largeur n’excédant pas celle de deux doigts, les deux bandes se rejoignant quelquefois pour se réunir au point de départ.
Pour Gorris [De Définit., etc., 1554), le terme d’ophiase a été appliqué à la calvitie par comparaison avec la mue épidermique des serpents. Pour Littré, enfin, l’ophiase est simplement l’alopécie en aires (notre pelade tachetée), alopécie à îlots multiples, tachetant la peau du crâne à la manière de la peau des serpents.
Aucun éclaircissement n’est à tirer des descriptions des auteurs antérieurs à l’époque actuelle; les affections les plus diverses du cuir clievelu ont été décrites sous ce nom, lequel ne doit jamais être interprété que sous condition d’inventaire. E. B. — A. D.
(1) La dénomination d'alopécie congénitale ne répond pas à un état pathologique univoque, mais bien à des affections différentes : 1® à l’alopécie congénitale vraie, par absence de développement des follicules pileux, souvent en rapport avec d’autres arrêts d’évolution; cette affection est rare à l’état généralisé et absolu; 2® la pseudo-alopécie, ou alopécie congénitale temporaire; il y a un simple retard dans le dévelopi)ement du système pileux qui ne devient apparent que dans les premiers mois ou dans les premières années; 3® diverses alopécies vraies, mais dues à un état pathologique ayant évolué pendant la vie intra-utérine, alopécies troplionévrotiquesque l’on peut retrouver chez les ascen-
ALOPÉCIE CONGÉNITALE. ALOPÉCIE ACQUISE.
sent les premiers, de sorte que le front s’allonge dans la même proportion vers le sommet de la tête (front de vieillardj. Lorsque la calvitie est déjà développée quand l’individu arrive à la vieillesse, elle s’étend alors sur un cercle qui va de la limite supérieure du front jusqu’au delà du sommet de la tête et de chaque côté presque jusqu’au milieu des régions pariétales, tandis que l’occiput, les parties latérales des pariétaux et les régions temporales présentent encore une chevelure à peu prés normale. La peau qui est devenue chauve paraît lisse, tendue, brillante, souvent graisseuse, amincie. Chez les gens très âgés, les orifices des follicules sont difficilement reconnaissables, quelques-uns présentent çà et là un petit poil follet. — L’alopécie sénile est incomparablement plus fréquente chez les hommes que chez les femmes. Généralement les cheveux deviennent blancs avant de tomber, mais cette transformation n’est certainement pas la cause de leur chute, car on trouve une chevelure fournie et persistante dans le grisonnement sénile comme dans le grisonnement prématuré. L’alopécie sénile n'atteint que faiblement les poils de la barbe et des parties génitales.
La diminution de la vitalité qui, dans la vieillesse, se manifeste également dans d’autres systèmes, peut aussi être la cause prochaine de l'alopécie sénile, cependant il faut noter que la calvitie résultant de l’âge s’observe plus rarement chez la femme.
Les conditions anatomiques que l’on observe dans la peau frappée de calvitie ne sont pas telles que l’on puisse les considérer comme étant la cause directe de la chute des cheveux, mais on n’est pas plus autorisé à les regarder comme la conséquence de leur chute. En effet, ce n’est pas sur les parties de la peau qui sont devenues chauves depuis peu de temps que l’on observe les symptômes de l’atrophie, mais seulement sur celles qui depuis de longues années ont perdu la faculté de produire des cheveux. Sur des coupes microscopiques, on voit les glandes séba-
dants ou les collatéraux, ou bien alopécies dues à des affections du type de l’ichthyose ou de la xérodermie pilaire, évoluant prématurément chez le fœtus — Voy. sur ce sujet Luge, Rech. s. un cas curieux d’alopécie, Thèse de Paris, 1879 ; et P. de Molènes, note sur un cas d’alopécie congénitale, Ann. de Dermat. et de Syph., 3® série, t. 1, 1890. - L’observation de de Molènes a trait à une fille de quatre ans et demi, née d’une mère ayant eu autrefois « la pelade classique », et sœur d’un garçon de treize ans ayant eu, également, «. la pelade vulgaire ». A neuf ans, chez la fillette, l’alopécie a évolué comme une pelade totale, et a guéri lentement. L’auteur rattache ce fait aux cas de « peladoïdes héréditaires ». — Moy. aussi : E. Besnier, Hallodeau, Trichomanie, Trichophagie, Trichotillomanie, Réun. clin, de Vhôp. Saint- Louis, 1889, Ann. de Dermat., et tirage à part, p. 109, 110.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
TRENTE- SIXIEME LEÇON
cées atrophiées par séries longitudinales ; 'sur d’autres points, au contraire, elles sont dilatées; les follicules pileux sont renrplis de débris épitliéliaux, les gaines de la racine du poil dégénérées, entourant souvent un poil follet très mince. Dans beaucoup de follicules, la papille a disparu, ainsi que les lobules graisseux; le chorion est aminci, le tissu cellulaire est considérablement diminué de volume, ses libres présentent par place une dégénérescence vitreuse ou colloïde, les granulations graisseuses sont devenues troubles; enfin en rencontre çà et là des grains de pigment disséminés en foyers.
L’alopécie prématurée, calville prématurée, est idiopathique ou symptomatique.
L’alopécie prématurée idiopathique est caractérisée par une calvitie ([ui survient sans maladie appréciable des cheveux ou des follicules, ou même de la peau, au niveau des régions dépilées. Cette alopécie peut s’observer dans des conditions différentes, et ses formes sont loin d’avoir la constance qui serait nécessaire pour permettre de tracer un tableau morbide typique à l’exception toutefois d’une seule variété, l’alopécie en aires (1).
ALOPÉCIE EN AIRES .
Sauvages mentionne pour lapremière fois, sous ce nom et le synonyme Area Johnstoni, une forme d’alopécie dans laquelle les cheveux tombent sur des espaces en ^forme de disque {per areas tantum). Celse n’a pas compris cette variété de calvitie dans son chapitre « de areis » et probablement il ne la connaissait pas. Le nom à' area Celsi, qui parait être en faveur auprès des auteurs, n’est donc pas justifié pour désigner l’affection dont il est ici question (2). Par contre, Willan en adonné une
( I I A aucun titre 1’ « alopécie en aires » ne peut être considérée comme une « variété » de l’alopécie prématurée idiopathique, et aucune des variétés d’alopécie en aires, onde pelade, ne peut être rangée à côté de l’alopécie prématurée; cela n’a pas besoin de démonstration.
(2) C’est en toute raison que llebra et Kaposi critiquent les auteurs qui ont attribué à Celse le terne d’a/'ea,et surtout d’alopecia areala. Le très court chapitre du Traité auquel on fait allusion a pour titre : « De aeris », au sens générique, comme nous dirions aujourd’hui « Des alo|)écies », et il faut beaucoup de bonne volonté pour reconnaître notre pelade actuelle dans les descriptions de Celse. 11 y a lieu de croire qu’elle est comprise dans les alopécies ipi’il a vues, et qu’il a cru décrire, mais on ne peut aller plus loin; après le litre « de areis » au pluriel, le mol area n’est plus prononcé par Celse.
C'est dans la description, d’ailleurs très écourtée, de .1. Jonston, (]ue
ALOPÉCIE EN AIRES. PELADE
' bonne description (et un bon dessin) sous le ij^oin de porrigo decalvans |i ou bald ringioorm, qu’il distingue du porrigo scutulata (ju common ringji 2vorm, bien que ces deux maladies donnent naissance à des disques aioj péciques. Mais dans la première, il se produit, par le simple fait de la chute des cheveux, des disques lisses, tandis que dans la seconde, certaines parties de la peau se couvrent de vésicules, de pustules et de squames, et sur ces mêmes points les cheveux se cassent à une petite I distance du tégument. Plus tard, ces deux affections ont été souvent I confondues l’une avec l’autre, ainsi que leurs noms, surtout depuis que la nature parasitaire du porrlgo scutulata de AVillan, c’est-à-dire de l’herpès tonsurant de Cazenave ou teigne tondante de Mahon a été prouvée, et que Grub}" et d’autres auteurs ont cru avoir démontré aussi dans leporrigo decalvans de Willan ou alopécie en aires la présence d'un champignon. En emplo3'ant ultérieurement les noms de teigne pelade (Bazin,
! vitiligo (Cazenave !) pour désigner cette dernière variété, on a cherché à éviter les confusions dont nous venons de parler. 11 est, à notre avis, préférable de nous en tenir une fois pour toutes à la dénomination originelle d’alopécie en aires (1).
L’affection débute sur un point, souvent aussi en même temps ou à de
l’on trouve, pour la première fois, le terme d'area et la description I sûrement reconnaissable de notre pelade — Ahjy. Joii. Jonstoni, Iden imiversæ medicmæ praticæ, Libris XII, Absoluta, Lugduni, ICGo, in-8; Bibliothèque nationale, T. d. 30-100; Titulus III, De capillorum vitiis; caput /, De capillorum casu.
Sauvages décrit très exactement la pelade commune, et il la dénomme « area de Jonston >>, onalopecia areata; c’est à lui qu’appartient donc la dénomination d’alopécie en aires.
Eknest Besnier. — A. Doyox.
I (1) y aura bientôt quarante ans que l’illustre Bazin — Reck. sur la nal. et le trait, des teignes, Paris, in-8, 1833, — aA'ant constaté le grand fait clinique de la transmissibilité de certaines alopécies de l’ordre de i celles que Celse a peut-être voulu décrire, dans le court chapitre intitulé : « De Areis »,sous les noms d’aXoTrriXia et d’ocpiconç, mais qui correspondent certainement à Y area de Jonston, à Yalopécia areata de Sauvages, au Porrigo decalvans de Willan-Bateman, au vitiligo de Caze- ! NAVE, etc., et que, ayant cru reconnaître chez les sujets atteints, le microphyte signalé, dix ans auparavant, par Gruby — Recherches sur la nature, le siège et le développement du Porrigo decalvans ou Phyto-alopécie. Comptes rendus de l’Académie des sciences, Paris, 1843, t. XVII,
! p. 301 — comme étant la cause du Porrigo decalvans, il proclama que ces alopécies étaient des « teignes », c’est-à-dire des affections microphytiques du sj'stème pilaire, transmissibles du malade à l’homme sain.
Après avoir d’ahord désigné ces alopécies sous les noms de teigne achromateuse et de teigne décalvante, il en étendit ensuite considérable-
TRENTE-SIXIEME LEÇON
courts intervalles successivement sur plusieurs points de cuir chevelu ou de la barbe, plus rarement de l’aisselle ou des parties ge'nitales; tous les cheveux ou les poils compris dans l’étendue d’un petit cercle tombent en un très court laps de temps, en une nuit par exemple. | '
Les cheveux ou les poils qui forment la zone avoisinante de ce cercle I ^
ont tellement perdu leur adhérence, qu’ils cèdent à la plus légère trac- ï tion et qu’ils tombent même spontanément dans un délai de quelques ' jours. C’est ainsi que s’agrandissent les disques d’alopécie, au niveau des([uels la peau est lisse, blanche, parfois un peu rouge, sans éruption ni desquamation, sans modification de la température ni delà sensibi- *r lité; dans quelques cas, on a mentionné un peu d’hyperalgésie, ou au contraire de l’analgésie. Il n’y a ni douleur ni démangeaison. Par suite de l’extension constante de la chute des cheveux, les disques alopéci- ! (jues arrivent à se confondre les uns avec les autres, et la plus grande partie de la peau du crâne finit, dans un délai de six à douze mois, par | être glabre. Cependant la maladie s’arrête ordinairement après quelques ;
mois, mais pas partout en même temps, c’est-à-dire que les cheveux !
(pü forment la limite des aires reprennent une adhérence solide ; puis j des cheveux d’abord minces et dépourvus dejpigment, et plus tard plus forts et pigmentés, apparaissent sur les plaques alopéciques. C’est ainsi qu’une nouvelle chevelure recouvre la totalité du crâne, quelquefois, il ' est vrai, seulement après un ou deux ans et plus, surtout dans les cas
ment le domaine, et réunit une grande partie de celles qui n’appartenaient ni au favus ni au tricophyton, sous le nom générique et commun de Pelade.
A la vérité, le mot de pelade avait eu antérieurement une autre application; il signifiait expressément alopécie syphilitique généralisée : « Non seulement, dit Astruc — Trait, des mal. vénér., 3“ édit. Paris, 1755, t. IV, p. 5, — les cheveux tombent, ce qui laisse des endroits chauves vers les tempes et derrière la tête, et produit {'Alopécie; mais, même le poil tombe de presque toutes les parties du corps qui en sont garnies, comme des sourcils, du menton, et des aines, ce qui produit la Pelade. »
Mais le mot était tombé en désuétude ; Bazin le déclassa en se l’appropriant; et, en fait, les dénominations d' Alopécie en aires, et de Pelade sont aujourd’hui synonymes, le terme de Pelade étant employé dans les pays de langue française.
Aucune raison plausible ne permet de préférer la dénomination d'alopécie en aires au terme de Pelade; en effet, l’alopécie peladique n’est pas toujours disposée en aires, et d’autres alopécies peuvent affecter cette disposition ; comment appeler alopécie en aires, la maladie d’un sujet ipii n’a plus un poil sur le crâne, ou sur le corps ? Nous ne croyons pas nécessaire d’insister.
Ernest Besnier. — A. Doyon.
ALOPÉCIE EN AIRES. PELADE
I où l’affection a envahi successivement différents points, ou même s’est I reproduite sur des surfaces qui étaient déjà en voie de guérison.
Dans certains cas défavorables, la maladie ne se limite pas; elle se gé- I néralise au cuir chevelu, à la barbe, aux sourcils et aux cils, ainsi qu’aux ' poils vigoureux ou aux poils follets du tronc et des membres; sur la totalité du corps, la peau est devenue lisse et polie. Même dans ces cas, le système pileux peut se reproduire après des années, à moins toutefois que l’affection n’ait atteint des proportions excessives (1).
Le diagnostic entre l’herpès tonsurant et l’alopécie en aires n’offre
(1) L’histoire clinique générale de la pelade est fort courte; vue d’ensemble, tout y est négatif. Ses traits essentiels ont été tracés par Bateman — Abrégé pratique des maladies de la peau, trad. de Bertrand, i Paris, in-8, 1820, p. 220 — en quelques lignes que voici :
i « Cette singulière maladie est caractérisée pardes taches plus ou moins ! circulaires, qui rendent chauve la partie sur laquelle elles ont leur siège, et sur lesquelles on ne remarque aucun cheveu, tandis qu’elles sont environnées d’un aussi grand nombre de cheveux qu’à l’état naturel. La surface du cuir chevelu est, au centre des taches, unie, brillante, et ' d’une blancheur remarquable. »
I Assurément nos descriptions contemporaines ont besoin d’être surchargées de plus de détails; mais celui qui aura lu, même une seule fois^le texte de Bateman^ saura reconnaître, à la distance de sa vision, le premier peladique qui lui apparaîtra.
I C’est tout à fait exceptionnellement que ces aires décalvées auront i été, préalablement, le siège d’un traumatisme, d’une lésion patholo- I gique ; c’est aussi exceptionnellement qu’on y pourra relever quelque trouble de la sensibilité, avec quelque minutie qu’on en décompose les diverses espèces. Un peu de prurit, rarement intense, très souvent tout à fait nul; quelquefois, une manifestation névralgique, d’ailleurs très I variable de nature et de siège ; et voilà terminée la série subjective I des phénomènes préalopéciques. Pendant ce même temps, quelquefois, des observateurs prévenus, et en éveil, peuvent relever que les cheveux perdent leur poli et leur souplesse, qu’ils deviennent ternes, poussiéreux « un peu poudreux » — C. Lailler, Lee. clin. s. les teignes faites à l’hôp. Saint-Louis, rec. et pub. p. L. Landouzy, in-8. Paris, 1878, p. 76 — en même temps que la peau, qui va être dénudée, desquame insensiblement devient un peu achromique, quelquefois empâtée, comme œdémateuse vaguement. A tort contesté par Bazin, ce dernier fait, noté par Devergie, est très ordinaire, sinon constant ; il peut persister pendant toute la durée de la maladie, prendre quelquefois les proportions particulières d’un empâtement manifeste, surtout dans I certaines pelades chroniques hyperidrosiques et séborrhéiques ; d’autres fois, il n’est que momentané et est remplacé par un affaissement léger du niveau de la partie alopécique.
[ Mais, il faut le répéter, tous ces caractères restent frustes^ ou manquent souvent, ou demeurent inaperçus. Quatre-vingt-quinze peladiques I sur cent apprennent par un tiers, ou découvrent tout à fait par hasard.
TRENTE-SIXIÈME LEÇON
que rarement des difficultés. Sans doute on observe quelquefois sur la peau chauve de l’aire de minces squamules graisseuses, parfois aussi un dépôt séborrhéique caractérisé. On peut également trouver quelques ' cheveux cassés à différenles hauteurs, ou qui se brisent lorsqu’on cherche à les arracher. Mais ce sont là des faits exceptionnels qui ne ' se présentent qu’en certains points : ils s’expliqqent par la disposition | uniforme du reste du cuir chevelu, par exemple dans la séborrhée, ou î par la friabilité des cheveux détachés de leur terrain nutritif; il ne j faut pas regarder ces éventualités comme portant atteinte à la valeur !
la première plaque chauve qu’ils ont dans le cuir chevelu ou à la face, et c’est quand la tonsure se fait, ou est déjà faite, que le médecin en peut relever les caractères. C’est seulement sur les sujets en observation journalière que l’on a pu noter les minuties cliniques que nous avons indiquées, et qui servent à prévoir le point nouveau qui va, à son tour, devenir chauve.
Sur des sujets différents, ou, chez le même individu, en des points sé- i parés, l’évolution peladique est variable ; quelquefois galopante, et rasant en quelques jours une surface de plusieurs centimètres de dia- i mètre, d’autres fois à ce point lente que la nature de la dénudation ' peut rester ambiguë pendant plusieurs semaines ou plusieurs mois. Tantôt l’alopécie localisée est presque immédiatement complète, et le champ peladique, éburné d’emblée, mais, le plus ordinairement, après la , chute ou la fracture des poils, il se fait plusieurs générations successives de cheveux avortés, qu’il rie faut pas confondre avec les follets de gué- i rison ou de repousse. Puis, ou bien des poils colorés et solides reparais- i sent progressivement, ou bien la génération des poils avortés cesse complètement, l’état glabre s’établit; la peau, achromique ou non, , devient lisse, éburnée, s’affaisse un peu; la pelade est complète. i
Dans quelques cas qui sont loin d’être rares, la plaque que nous venons ■ de décrire, au lieu d’être toute glabre, ou plantée de poils avortés et ; achromiques, est, au contraire, irrégulièrement, en quelques points 1 ou à sa périphérie, parsemée de cheveux noirs, cassés à ras ou à une | petite distance de la peau. Ces cheveux, si on peut les saisir à la pince, i viennent sans effort, en apparence d’une grande profondeur en raison | de l’œdématie peladique, ils ont perdu toute adhérence ; quelque.s-uns ; sont normaux objectivement, d’autres présentent l’atrophie radiculaire en aiguille, tous sont cassés dans la tige, cadavérisés, et peuvent rester i indéfiniment en place dans le même état. Cela s’observe dans les variétés que nous avons désignées sous le nom de pelades à cheveux fragiles, à cheveux cadavérisés d’emblée, que B.\zix, se méprenant sur leur nature, avait dénommées « fausses pelades », rapportées au trichophyton, et que Lailler, avec son sens clinique juste, a restituées à la pelade sous l’étiquette de « pelades pseudo-tondantes », « tondantes » voulant dire, pour lui, « trichophytiques. »
De plus encore, dans ces formes de pelade, un grand nombre de cheveux qui ont été coupés assez courts aux ciseaux, ou rasés, sont cudavérisés, et restent immobiles durant des semaines ou des mois. Si la
ALOPÉCIE EN AIRES. PELADE
de la caractéristique de l’alopécie en aires et comme une cause de confusion. Chez les enfants, on trouve souvent un ou plusieurs foyers en forme de disques de séborrhée congestive ou d’eczéma séborrhéique dans la région desquels les cheveux tombent à la plus légère traction. Mais on a tort de citer ces formes pour de l’alopécie en aires ou pour une variété particulière de cette affection, comme on l’a récemment essayé. Robinson a même, dans ces derniers temps, cru devoir admettre pour l’alopécie en aires, le sycosis parasitaire et l’herpès tonsurant, une seule et même cause. Ces confusions nosologiques sont regrettables.
Les caractères de l’alopécie en aires sont, au point de vue symptomatique et nosologique, si frappants qu’il paraît difficile de confondre cette affection avec d’autres formes d’alopécie (1).
! tête a été rasée, ce sont des îlots analogues à une barbe rasée qui feraient croire à l’existence d'îlots de repousse; mais, toutes les fois ' qu’on peut saisir un de ces cheveux à la pince, il s’extrait sans aucune ; résistance, exactement comme s'il était simplement enfoncé dans un ! corps piou. D’autre part, une observation de quelques jours ou de quelques semaines permettra de constater l’étrange immobilité de ces îlots de cheveux morts, mais non friables; le microscope n’y fait découvrir aucune trace de tricophyton, mais seulement, dans quelques cas, les « spores de la pelade », ce qui avait induit Bazin en erreur sur ce point particulier.
S’il est resté sur la plaque alopécique récente quelques poils, ou si ( l'on examine les poils de la périphérie, voici ce qu’on constate : Soit i avec les doigts, soit avec la pince, on arrache aisément un poil, ou un ' bouquet de poils, dont les caractères sont les suivants : ils sont rigides^
I ont perdu leur souplesse, et n’amènent qu’exceptionnellement avec eux I une gaine vitreuse. L’examen à l’œil nu, et l’examen microscopique per- ' mettent de constater que leur extrémité radiculaire est atrophiée, pous- I siéreuse, filiforme, terminée en pointe d’aiguille extrêmement fine, coudée, dépigmentée, transparente, plus rarement moniliforme. Ces poils, avant de tomber spontanément, cassentd’ordinaire àquelques millimètres I sur la tige ; mais ils peuvent aussi casser plus loin ou plus près ; dans la pelade à cheveux fragiles, la cassure se fait au niveau ou à une petite distance de la peau, ou même dans le canal pilaire. On pourrait croire que ces cheveux ne tombent pas et sont toujours cassés à niveau, c’est une erreur, une partie est comme dans toutes les variétés de pelade,
! avulsée d’une façon précoce par toutes les tractions, tous les tiraille- I ments directs ou indirects auxquels les poils sont exposés et soumis.
I Ernest Besnier. — A. Doyon.
i (1) Le diagnostic sommaire de la pelade est en effet très facile dans la I majorité des circonstances; mais il est des cas très nombreux dans lesquels des causes d’erreur multipliées se présentent, et peuvent embarrasser les plus experts; et il en est même, ceux-là exceptionnels, dans
NOTE DES TRADUCTEURS
lesquels l’e'tat actuel de nos connaissances ne permet pas de jugement définitif.
Nous n’oublions pas qu’il s’agit ici d’un livre d’instruction élémentaire, et nous serons sobres de développements; mais il s’agit aussi d’un livre pratique, et il y a des distinctions que chaque médecin doit être en mesure défaire, ou, au moins, dont il doit connaître les bases.
I. Alopécies parasitaires classées; favus, trichophytie : La différenciation de la pelade d’avec les alopécies parasitaires classées, telles que le favus et la trichophytie, reposent sur des caractères précis qui seront exposés à propos de chacune de ces affections. 11 est cependant des cas dans lesquels la pelade peut coïncider avec ces affections, ou en être un accident, un reliquat; i! est souvent alors indispensable de faire l’examen microscopique des cheveux, examen que chacun peut exécuter sans être un histologiste consommé. La comparaison sommaire entre les cheveux peladiques faviques trichophytiques est d’ailleurs des plus aisées :
Le cheveu peladique est atrophié, petit; sa racine courbée en crosse; achromique, poudreuse, sèche, quelquefois avec un renflement, rarement avec plusieurs; sa brisure spontanée est en balai, n’a plus de canal médullaire, est envahie par les bulbes d’air — G. Beiirexd — S’il a conservé ses proportions normales, comme dans les cas de pelade aiguë à cheveux fragiles, il est simplement cadavérisé; on l’extrait à la iiince, sans le moindre effort, comme s’il était implanté dans un corps mou.
Le cheveu (civique, même atrophié, est plus gros que le poil peladique, souvent visqueux, et amenant avec lui la gaine, vitreuse, collante; traité par la potasse à 40 p. 100 pendant le temps nécessaire, il laisse voir aisément V achorion, que l'on cherchera surtout dans ses parties supérieures.
Le cheveu trichophijtique est plus volumineux que les deux autres, et même que le tronçon de poil peladique fragile cadavérisé; il casse à la plus légère traction, s’arrache sans sa racine, et s’écrase aisément entre les mors de la pince, ou sous la lamelle couvre-objet. Sa trame fibrillaire apparaît au microscope dissociée, et dans les losanges qu’elle forme on trouve des amas copieux de spores; le sommet supérieur du fragment est en épi.
II. Alopécies peladiformes de la syphilis. — Pratiquement, la difficulté qui peut se présenter le plus souvent après la précédente est la confusion possible entre la pelade et certaines alopécies syphilitiques secondaires.
Dans la grande majorité des cas, l’absence d’aires nettement définies, la diffusion, la simultanéité du développement sur tout le cuir chevelu, la coïncidence immédiate de l'alopécie sourcilière, les granulations croûteuses miliaires du cuir chevelu, l’adénopathie cervicale, etc., suffisent pour fixer, d’emblée, le diagnostic de l’alopécie sy[>hilitique. .Mais il est des cas, moins nets, dans lesquels l’alopécie syphiliti<pie se rapproche beaucoup plus complètement de la pelade à marche aiguë. Aussi, pour ne pas être exposé à des erreurs regrettables, le médecin doit toujours garder présente à l’esprit la possibilité de cette confusion.
DIAGNOSTIC DE LA PELADE
et, en règle générale, dans tous les cas de pelade à marche rapide, diffuse, attaquant en même temps les sourcils, ayant des aires nombreuses, petites, mal limitées, il faut soulever la question, et examiner le I malade en entier.
Le cheveu syphilitique n’a pas de caractéristique spéciale; c’est un cheveu athrepsique, présentant, par conséquent, beaucoup d'analogies avec celui de la pelade; il n’est toutefois, ni inoniliforme, ni infiltré de bulles d’air, ni effiloché à sa cassure, comme le cheveu peladique.
Ces distinctions deviennent un peu délicates, et n’ont pas la même I valeur pratique que celles que nous avons indiquées entre les poils pela- I diques, faviques, trichophytiques — Voy., sur l’examen microscopique I des cheveux dans l’alopécie syphilitique, Giovannini, Aie. ricer. int. a.
aller, anat. path. d. l’alopecia areata e d. alopecia silîlitica, Congr.
{ med. di Pavia, Sett. 1887, in Giorn. ital. d. Mal. V. e. d. pelle, 1887,
: p. 308; Darier, Réun. des méd. de Saint-Louis, 1889, Ann. de Dermat.
[. et de Syph., 2® série, T. X, p. 398; et, sur l’ensemble des caractères du ! cheveu peladique, Lailler, Balzer, Juiiel-Réxoy, în E. Besmer, Sur la ! pelade, Bullet.de l' Acad, de méd., 1888.
I Les alopécies syphilitiques peladiformes ne se confondent pas avec pelades véritables qui surviennent chez les syphilitiques un peu plus I fréquemment que chez les autres sujets. En dehors de la période secon- ! daire, et si elles ne coexistent pas avec l’alopécie syphilitique, elles peuvent présenter des difficultés dans l’interprétation, mais rarement dans le diagnostic proprement dit.
III. Séborrhées dccalvantes .- Certaines formes rares de séborrhée \ DÉCALVANTE AIGUË du cuir chevelu simulent grossièrement la pelade par i la rapidité avec laquelle l’alopécie procède, et par les larges dénuda- I lions qui se produisent. Dans ces cas, l’hyperstéalidrose est extrême;
• les cheveux n’ont subi aucune altération préalable; c’est une véritable
mue huileuse, qui ne dénude pas le cuir chevelu par plaques arrondies,
,1 mais par grandes surfaces irrégulières. Cependant ces cas sont voisins des pelades avec séborrhée intercurrente, mais ils restent distincts des pelades qui surviennent chez les séborrhéiciues vulgaires, et ils ne se confondent pas avec la séborrhée qui succède à la pelade comme aux autres alopécies atrophiques.
Plusieurs des faits auxquels nous faisions allusion sont complexes ; pour les apprécier exactement, il est nécessaire d’en faire un examen approfondi, et souvent d’avoir suivi l’évolution pendant un temps suffisant.
IV. Lupus érythémateux ; lèpre; sclérodermie ; vitiligo : Très ordi- ; nairement, il n’y a aucune confusion possible entre la pelade et le lupus [ érythémateux', les cheveux de la périphérie non peladiques, la cicatrice I déjà réalisée souvent au centre; la rougeur de la peau, l’allération des j follicules et leur encroûtement crétacé, sans préjudice des lésions i lupiques que l’on retrouve sur les oreilles, la face, etc., suffisent, et au j delà. — Mais il est des formes de lupus érythémateux du cuir chevelu,
I tout à fait frustes, atypiques, et pour celles-là le diagnostic sommaire
NOTE DES TRADUCTEURS
pourrait être erroné. Il suffit d’être prévenu de l’existence de ces cas, ' pour suspendre le jugement.
La lèpre, que Hebra avait considérée comme pouvant donner lieu à des alopécies du type de l’alopécie en aires, ne produit presque jamais rien qui y ressemble; l’immunité du cuir chevelu chez les lépreux est bien connue, et l’alopécie sourcilière de la lèpre s'accompagne de lésions tuberculeuses qui ne permettent pas l’erreur. Il y a probablement eu, dans les cas auxquels Hebra fait allusion, confusion entre la lèpre et les plaques de sclérodermie, ou les morphées, lesquelles, nous l’avons ' établi plus haut — Voy. note 1, p. 111 — comportent l’alopécie et la || leucotrichie parmi leurs éléments directs. La dureté, l’épaisseur des -ii plaques sclérodermiques, la pigmentation ou la bordure lilas de leur ti périphérie, l’absence de cheveux peladiques dans la zone circonféren- • tielle, suffisent pour rectifier le diagnostic.
C’est avec raison qu’en a reproche à Cazexave d’avoir confondu et { d’avoir voulu identifier le et le. porrigo cZcca/uans (pelade). Mais t
on n’a pas assez remarqué les réelles analogies qui existent entre les i
deux processus, tous deux nettement névrosiques, et pouvant recon- t naître des conditions pathogéniques multiples très analogues : Dans t quelques cas de vitiligo, il n’y a pas seulement dyschromie, canitie, .1 mais encore alopécie incomplète, et même, exceptionnellement, complète. Nous avons observé plusieurs cas de vitiligo, avec alopécie absolument i complète au niveau des aires achromiques, et, dans ces cas, à moins de supposer la superposition exacte de la pelade et du vitiligo, il est impos- < sible de faire un autre diagnostic que villligo alopéciquc.
Ces faits sont à réexaminer et à discuter, mais ils doivent être \ signalés.
Y. Alopécies athrepsiques simples, temporaires : Enfin, il faut savoir, par une analyse clinique attentive, faire le départ de toute une série d’alopécies que nous appelons alopécies athrepsiques temporaires, à évolution spontanée favorable, et qui affectent quelquefois plus ou moinS' le type peladique : alopécies consécutives à l’érysipèle du cuir chevelu, j
à des traumatismes locaux, à l’usure dans la région occipitale chez les j
enfants surtout, par décubitus et frottement (hydrocéphales), etc.; alo- j pécies secondaires à l’accouchement, aux maladies aiguës, aux fièvres j éruptives, aux cachexies, aux névrites périphériques toxiques, toxé- 4 miques, autotoxémiques, secondaires à la grossesse, à la septicité gas- { trique, intestinale, etc.
YI. Alopécies peladiformes, pseudocicatricielles, atrophiques, irritatives; alopécies cicatricielles : Dans le type absolu, la pelade ne s'accompagne d'aucune irritation visible du cuir chevelu; il n’y a ni épidermite i ni folliculites ; les altérations du chorion se réparent ad integriuu, et l'état ébunié, même dans les cas où la maladie ne guérit pas, ne se confond pas avec ïétat cicatriciel vrai ou pseudocicatricicl, (jui appartient à certaines alopécies, telles que celle du favus par exemple.
Mais il y a toute une série d'alopécies ambiguës, sans nom — alopécies innommées — dans lesquelles on voit sur un ou plusieurs points de la
DIAGNOSTIC DE LA PELADE
|: tête se produire une alopécie tout à fait irrégulière^ sans figure géomé- ; trique, et sans bords limités ; les aires alopéciques sont bornées soit par ' des bouquets de cheveux intacts, soit par des pinceaux déjà dépilés, éclaircis, soit par un centre voisin. — Sur les espaces dépilés, au lieu de l’achromie simple, et de l’état subœdémateux que l’on observe com- I munément dans la pelade, on constate une apparence cicatricielle , un 1 amincissement, une très légère dépression au-dessous du niveau, tantôt lisse, tantôt avec ponctuation au niveau des orifices folliculaires, avec ou sans pigmentation.
Beaucoup de cheveux tombent sans que rien d’autre se montre, mais i quelquefois on rencontre des traces de dermite, ou plutôt [d’épidermite i légère au niveau des orifices folliculaires. C’est un peu de rougeur difj fuse, douteuse, avec de lafurfuration, une pustule péripilaire très petite I et toute superficielle, occupant l’infundibulum, et laissant, après une i durée très éphémère, à sa place, une petite cavernule épidermique au ! niveau de laquelle le poil, dépourvu rapidement de ses gaines, décollé I jusqu’au fond du follicule, tombe ou est avulsé par la moindre traction. 1 II n’est pas impossible que ces faits aient été vus par Bateman, à en j juger par le passage d’ailleurs assez ambigu que voici : Après avoir dé- ; crit le type de la pelade éburnée — Porrigo decalmns, Plate XL — il dit:
I « It is probable, though not ascertaneid, that there may be an éruption i of minutes achores about the roots of the hair, in the first instance, 1 which are not permanent, and do not discharge any fluid. »
] En ce qui nous concerne, nous avons, depuis longtemps, attiré l'atj tention sur ces cas difficiles dans lesquels, avec les caractères grosi siers de l’alopécie peladique, on voit des phénomènes d’irritation folliculaire — indépendants, est-il besoin de le dire du favus, du trichophy- I ton, etc., — et en présence de leur ambiguïté nous les rangions dans i une classe que nous a.vons appelée alopécies innominées, renfermant plusieurs variétés, dont les plus accentuées avoisinent ce que Lailler a i dénommé acné décalvante.
Depuis quelques années, la question a été reprise, et certainement j avancée, sans cependant être sortie de la période d’étude, par l’école de l’hôpital Saint-^Louis — Xoy. L. Brocq, 1883, Polira, of eut. and. ven. dfseases; Quinqüaud, Brocq, Bullet. de la Soc. méd. des Hôp., 1888, et enfin ces deux auteurs et nous-mêmes, Ann. de Dermat., IP série, t. X,
Les faits constitutifs du type que nous essayons de différencier sont, j eux-mêmes, si souvent marqués de quelque nuance que l’on ne j retrouve pas dans les autres, que les dénominations proposées pour les distinguer sont déjà trop multipliées. Provisoirement nous en distinguons seulement deux variétés principales : alopécie peladiforme ! pseudocicatricielle commune, et alopécie peladiforme pseudocicatricielle irritative.
j 1“ Alopécie peladiforme pseudocicatricielle : c’est celle que nous avons j appelée surtout alopécie innominée, dont nous avons donné une obser- I vation, avec présentation du malade, à la réunion des médecins de ; Saint-Louis, du 20 décembre 1889, Ann. de Dermat.., 2<= série, t. X, 1889, j p. 103. Elle correspond à \a. première variété des folliculites et périfolli-
NOTE DES TRADUCTEURS
culites décaluantes; à la pseudopelade de Brocq ; à la variété atrophique simple des folliculites peladoïdes de Qüinql'aud.
C’est à elle que se rapportent les caractères que nous venons de décrire plus haut; elle ne se distingue, en fait, de la pelade que par l’atrophie définitive des follicules et l’aspect pseudo-cicatriciel qui lui succède.
D’autre part, l’observation précise de certains faits, dans lesquels nous avons vu ces altérations coïncider avec des éléments de pelade com- i mune, nous impose une réserve prudente. En principe, d’ailleurs, nous ne partageons pas l’opinion radicale qui repousse de la pelade toute alopécie présentant à un degré appréciable de l’épidermite, des épifolliculites, des lésions atrophiques. Il faut des preuves anatomiques et histologiques plus précises que celles que l’on possède pour déter- » miner ce point déhcat — Cf. G. Beurend, 1887, Ueber d. klin. Gren- ^ zen d. Alop. ar., Berl. klin. Wochensck., et Ueb. Alop. ar. und. u. d.