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absorbé; il doit se mell.re en conlacl avec 1 élément vivant. On ne peut admettre l'opinion de ceux qui veulent que l'alcool n'agnsse que par l'intermédiaire des nerfs, épuisant son action sur les extrémités nerveuses sans être absorbé ni conduit dans le torrent de la circulation. Que pourrait produire, en effet, l'alcool^ s'il n'ag-issait que sur l'extrémité des nerfs? L'expérience de tous les jours ne nous l'apprend-elle pas ?
Sur la peau saine, il produit un sentiment de fraîcheur, qu'une chaleur plus ou moins douce efface bientôt. Sur les plaies, il produit, en outre, de la douleur. Appliqué sur les muqueuses, il détermine un sentiment d'astriction, de dessèchement, de froid, de chaleur et de cuisson, parfois de la douleur, qui peut être violente, brûlante, quand on a ing'éré une quantité notable d'alcool concentré; mais, pour si vive qu'elle soit, nous n'aurons pas l'ivresse, nous aurons tout au plus les lipothymies, la syncope, la résolution, accidents que provoquent les gn^andes douleurs épig*astriques. Voilà la seule action que l'eau-de-vie exerce sur les centres nerveux par l'intermédiaire des nerfs. Joig-nons-y l'impression ag-réable ou désag'réable qu'elle produit sur les sens du g-oût et de l'odorat. Laissée dans ces limites , Faction de l'alcool sur les extrémités nerveuses ne saurait être contestée.
Le corps vivant aborde le monde extérieur par une gTande variété d'org-anes , supports et centres des vies particulières. Ces org-anes, par leurs facultés spéciales, traduisent ordinairement d'une façon plus énerg-ique que la fonction commune ou nutritive, et
plus manifeste à nos yeux, les impressions reçues. Aussi, l'action de l'alcool sur les vies particulières a-t-elle été connue de tout temps. Quoiqu'il ag-isse sur la nutrition avec une grande énerg^ie, cette influence profondément cachée n'a pu être mise au jour que par les recherches modernes. L'action de l'alcool est d'autant plus éclatante que la fonction particulière qui réag-it est plus éloig-née de la vie commune : témoin son effet si vif sur les actes intellectuels et sur la vie animale ; commençons par cette dernière.
Tout le monde connaît l'effet céphalique et exhilarant des liqueurs spiri tueuses. Rien n'ég"ale sous ce rapport les vins naturels, qu'ils contiennent peu ou heaucoup d'alcool. A quelle distance ne sont-ils pas de la bière, du cidre, du poiré? On n'oserait les comparer aux eaux-de-vie de g^^ains, de betterave, enfin au vin d'industrie, drog'ues aujourd'hui si répandues, occasions principales de l'empoisonnement alcoolique. Le bon vin porte invinciblement à la joie. Il stimule rapidement et ag-réablement la pensée; la physionomie s'anime, devient très-mobile, la parole vive et fréquente, les mouvements prompts, l'entraînement facile; tout traduit une formation plus rapide d'idées, une excitation intellectuelle. De la lég-ère stimulation au délire et au coma, il y a une foule de degrés, chacun peut les imag-iner facilement, il est donc inutile d'en parler.
Jetons un coup d'œil cependant sur la sensibihté propre aux fonctions intellectuelles. L'alcool ag^it tout particulièrement surcette sensibilité. Cette sensibilité, indépendante de l'appareil des sensations, tient sous
sa domination et les affections morales, et les passions, et toute cette cohorte d'états intellectuels et moraux, qui constituent le caractère de chacun de nous. L'alcool excite la sensibilité morale, la met au premier plan, la livre à toutes les impressions; la volonté perd ses droits sur elle. Il y a une sorte de balancement entre la volonté et la sensibilité : les personnes les plus sensibles ont la volonté la plus faible; celles qui, au contraire, sont froides ou insensibles, ont en général la volonté la plus forte. L'alcool rend plus sensible, il pousse toutes les forces nerveuses vers la sensibilité. La reflexion qui ne peut s'exercer que dans le calme intellectuel, et qui n'appartient qu'à l'homme arrivé à la pleine possession de lui-même, la réflexion, dis-je n'existe plus. Elle s'efîace pour faire place à une spontanéité déréglée et capricieuse, imag-e, en quelque sorte, de celle que nous présente l'enfant. L'homme pris de vin est un véritable enfant : il en a les colères, les joies, les tendresses, les frayeurs, les élans, sans crainte; il se livre brusquement, tout entier ; il oublie les caresses tout aussi vite que les injures. La réflexion ne lui appartient pas plus qu'elle n'appartient à l'enfant. Enfin, la volonté s'aflaibHt, s'éteint peu à peu, jusqu'à ce qu'elle disparaisse complètement, et alors nous sommes dans l'aliénation pure, le délire le plus complet, (pii ne tarde pas à être eflacé par le sommeil.
A l'excitation intellectuelle soulevée par l'alcool, correspondent les modifications de la physionomie, une paro le plus abondante et des mouvements plus nombreux. Les mouvements, d'abord parfaitement
soumis à la volonté, deviennent bientôt incohérents, désordonnés et sans relation aucune avec les idées. Au milieu des g^esticulations variées, on peut saisir de lég-ers tremblements ou frémissements, surtout marqués à la lang-ue et aux lèvres; les mains n'en sont pas exemptes. La respiration devient plus fréquente, spasmodique et s'entrave. Dans l'ivresse complète enfin, surviennent de g-randes convulsions.
Nous venons de voir la volonté s'effacer peu à peu, et disparaître à mesure que se développe l'excitation g-énérale : il s'ensuit que l'appareil musculaire, que la volonté commande à Tétat normal, livré en quelque sorte à lui-même, traduit plus librement l'impression que lui fait éprouver l'alcool. Il entre en action sous cette influence^ en dehors de la volonté. Mais sur quel élément de cet appareil l'alcool ag'it-il? Sur la fibre musculaire, ou sur le système nerveux ?
L'appareil musculaire de la vie animale se compose de trois éléments : la fibre musculaire, le nerf et les parties qui lui correspondent dans le centre cérébrorachidien, formant un tout, que l'analyse seule peut momentanément séparer. On lui attribue deux facultés, à savoir : la contractilité et le pouvoir excito-moteur. Eli bien! sur laquelle de ces facultés ag'it l'alcool? Sur l'une ou l'autre, ou bien sur les deux? Mais d'abord , existe-t-il là véritablement deux facultés distinctes ?
La fonction propre du muscle, sa fonction spéciale est la contractilité, c'est là le pouvoir du muscle. Mais pourag-ir, il faut que le muscle ait d'abord été solliaité à l'acte, qu'il ait senti la sollicitation. Sentir d'une certaine manière et se mouvoir, voilà ce que dosiguie
le mol coiUraeLiliié. Un pourrait dire encore : la fonclion musculaire, comme toute autre fonction, peut se décomposer en deux actes, la sensibilité musculaire et la contractilité. Le muscle possède certainement en lui-même le pouvoir contractile; il ne tient pas ce pouvoir de sa liaison avec le système des nerfs. Cela est surabondamment prouvé aujourd'hui. D'ailleurs, ne savons-nous pas que beaucoup de muscles sont isolés et sans aucune connexion nerveuse? Par exemple : les muscles des petits vaisseaux, ceux de l'utérus g'ravide; et certes, on ne leur contestera pas Je pouvoir de se contracter.
Le muscle sollicité directement se contracte; il se contracte aussi quand l'excitant est porté sur le nerf. L'excitation du nerf ou du muscle conduit au même résultat, qui est de faire développer le pouvoir contractile, la fonction musculaire. Le nerf et le muscle n'ont ([u'une manière de répondre à l'excitant, ils n'ont donc qu'une seule et identique manière de sentir, La sensibilité du muscle, la sensibilité du nerf sont donc une seule et même sensibilité, sensibilité correspondant au pouvoir contractile, et qui n'est aut'^e chose que la sensibiHté musculaire. C'est la sensibilité musculaire que nous trouvons dans le nerf moteur : aussi l'excitation de ce nerf ne pourra jamais produire que la contraction du muscle.
Qu'est donc le pouvoir excito-moteur, sinon la sensibilité musculaire elle-même, projetée dans le nerf et arrivant là à sa plus haute puissance? Le nerf de mouvement est l'org-ane de la sensibilté musculaire, comme le poumon est l'org'ane de la fonction respiratoire, le rein, l'orgvane de la fonction urinaire, etc;
la fibre conlractile centralise en son nerf toute sa sensibilité, tellement, que le muscle à l'état normal paraît ne pas sentir l'excitation directe (je parle des muscles de la vie animale). Il semble nécessaire que l'excitation passe par le nerf pour parvenir au muscle, afin que celui-ci puisse se contracter vivejnent, sûrement, totalement. Dans le nerf, la sensibilité musculaire se perfectionne; elle s'élève à un de^ré supérieur, presque à l'intellig-ence.
11 n'y a pas dans le nerf de pouvoir indépendant, d'une autre nature que le pouvoir du muscle ; le pouvoir excito -moteur n'existe pas. L'appareil moteur est un, la fonction motrice est une. Il n'y a dans cet appareil qu'une sensibilité, la sensibilité musculaire, et qu'une manière de répondre à l'impression sentie, la contraction du muscle. L'alcool ag-it sur la sensibilité spéciale de l'appareil musculaire ; il irrite cette sensibilité, et de là résultent tous les troubles dans les mouvements, dont j'ai parlé.
L'alcool, nous venons de le voir, affecte la pensée et la motricité ; il ag-it aussi sur l'appareil des sensations. Les modifications les plus remarquables de cet appareil se montrent dans l'ivresse : troubles divers de la vue et de l'ouïe, vertig-es, tintements, bourdonnements d'oreille; fourmillements, perversion complète dans le sens du tact; le sentiment de la douleur disparaît, etc.
La volonté ne domine pas seulement la pensée, elle domine la vie animale tout entière. Elle se soumet les g-randes fonctions qui constituent cette vie. A mesure que la volonté s'efface, ces fonctions s'isolent;
— Aiidhoui. 2
pougfsées par l'alcool, elles se perdent dans des efforts sans^mité, sans règ-le et sans but, par conséquent, pénibles à accomplir et entraînant rapidement la faiblesse et l'affaissement de la vie animale.
L'alcool ag'it sur le centre encéphalo-racliidien. Attaque-t-il plus particulièrement certaines parties de ce. centre ? Voyons ce que les physiologistes en ont dit.
D'après ^Flourens, il y a analog-ie entre les accidents dus à l'ing-estion de Talcool et ceux qu'amène l'ablation du cervelet. En outre, l'alcool atteint le cerveau proprement dit et trouble les facultés intellectuelles. Pour lui donc, l'alcool agit d'une façon toute particulière sur le cerveau et le cervelet (1).
L'opinion de Lallemand et Perrin est moins exclusive : « Mettant à nu, disent-ils, la moelle épi-
nière et les nerfs, chez un animal en état d'ivresse, on peut s'assurer, en irritant, en piquant, en broyant le tissu nerveux, que l'alcool, tant qu'il séjourne en quantité suffisante, abolit la sensibilité et la motricité des nerfs et les propriétés excito-motrices de la moelle, en commençant par la queue de cheval, pour aboutir au moment de la mort à la moelle allong'ée » (2).
Ainsi l'alcool paraît atteindre indifféremment tous les éléments du centre céphalo-rachidien. Il excite l'encéphale et la moelle épinière, il excite le bulbe. A l'excitation du bulbe, nous devons rapporter l'accélération des mouvements respiratoires : la respi-
(1) Recherclies expérimentales sur les propriétés et les l'unctioiis du système nerveux dans les animaux vertébrés. Paris, 1842, p. 400. VI^ expér. sur le cervelet,
(2) Loc. citât.
ration ctevenanl haute, parfois spasmodique, et à certains moments comme anxieuse. En très-g-rando partie, nous devons lui rapporter aussi, d'après Scluff, l'accélération et la force plus g-rande des mouvements du cœur (1).
Il s'est produit, depuis quelque temps, au sujet de l'excitution circulatoire, qui suit l'ingestion d'une certaine quantité d'alcool, une nouvelle manière de voir.
L'alcool excite ra|)pareil eardiaco- vasculaire. Le cœur bat et plus énerg^iquement et plus vite, le pouls devient superficiel, ample et dur ; la température s'élève et s'ég-alise dans toutes les parties, il y aune sorte d'expansion sang-uine; les veines se dessinent et deviennent visibles, surtout aux mains et aux poig-nets, elles offrent à la pression une certaine résistance. Le système entier des vaisseaux est impressionné. Or c'est à cette excitation cardiaco-vasculaire, que l'on donne aujourd'hui le nom de fièvre alcoolique. Il existe bien une fièvre provoquée par l'alcool; elle est de même ordre que les inflammations dont j'ai parlé ; c'est une fièvre éphémère, qui peut s'élever à la suite d'une forte ivresse; elle n'a rien de commun avec l'excitation vasculaire dont nous traitons actuellement.
Revenons à notre prétendue fièvre alcoolique. Je ne sais quelle étrangle fatalité pousse les savants de toute nuance, les ctiimistes et les physiciens, à venir creuser des ornières sur le domaine de l'art. Suivant
(I) Béclarc], Physiologie; 4e édil. , p. m. Scliiff admet que les excitations faibles du bulbe et du pneuuio-gaslrique (l'excitation alcoolique, par exemple) accélèrent les mouvements du cœur.
Marey, la dilatation des capillaires produit la force et la fréquence des battements cardiaques, l'accélération du mouvement circulatoire, la chaleur et la roug-eur de la peau, la bouffissure des extrémités, c'està-dire l'état fébrile (1). Si l'on ne voit dans la fièvre que les seuls phénomènes qu'indique Marey, on peut bien donner le nom de fièvre à l'excitation vasculaire que produit l'alcool.
Mais la surexcitation vasculaire et toutes ses conséquences est un symptôme de la fièvre^ au même titre que le malaise, la courbature, l'anorexie, etc. ; et Marey est sing"ulièrement suranné quand il vient nous donner ce symptôme, qui peut manquer, pour la fièvre elle-même. La fièvre n'est pas une maladie de telle ou telle fonction, de telle ou telle humeur, un trouble de tel ou tel org-ane; c'est une maladie de toute la substance. Il n'est pas jusqu'au plus petit élément vivant qui n'y concoure pour sa part et selon ses moyens. Marey, quoique physicien, n'est pas plus autorisé à la fiire consister en une dilatation des capillaires, en une excitation circulatoire^ que nous ne le sommes, nous, à appeler fièvre, le malaise, l'insomnie, la soif, la constipation et tout autre symptôme pouvant paraître dans l'état fébrile.
L'excitation vasculaire que produit l'alcool n'a de commun avec l'état fébrile que l'activité plus g-rande de la circulation ; cela ne suffît pas pour créer une fièvre alcoohque. Le professeur Monneret insiste sur ce point dans son 7Yaité de Pathologie interne : « Il n'y a pas de fièvre, dit il, quoique le pouls soit animé do
(i) Marey, Circulation du sang (Physiol. médic; voir la '2* partie).
pulsations plus énergnques et plus fréquentes, et que la chaleur soit accrue» (1).
Un auteur angolais, le D*" Marcet, a émis une opinion que l'on pourrait développer. 11 admet l'action directe de l'alcool sur les éléments constitutifs des centres nerveux; mais, en outre, il pense que l'alcool peut exercer sur ces centres, indépendamment de toute absorption, une action manifeste par l'intermédiaire des nerfs. Il ag-irait sur l'appareil des sensations, qui envoie aux centres l'impression reçue. Cette manière de voir, je l'ai dit, n'a rien que de très-rationnel ; elle est parfaitement exacte. Or, d'après Marcet, l'impression alcoolique périphérique, transmise dans les centres, peut donner naissance à un choc. Le choc correspond à ce que nous appelons être foudroyé (2).
Sous l'influence de l'alcool, nous pouvons observer le choc; mais il est produit par des causes plus complexes que celles invoquées par le D"" Marcet. Une douleur extrême peut certainement le produire; l'alcool est-il capable de déterminer une pareille douleur? L'homme ivre tombe tout à coup dans le coma, la résolution, et il meurt; la cong^estion violente de l'encéphale et la cong'estion pulmonaire me paraissent jouer ici un plus grand rôle, dans la production du choc, que l'impression que l'alcool peut faire à la périphérie.
Le choc, la sidération, la suppression subite de l'activité fonctionnelle, se montrent d'une manière
(1) Vol. III, p. 55.
(2) Marcet, Medic. Times and Gnzet. 4860, vol. I, p. 215 etc On Ihe action of alcoliol, etc. ' '
évidente dans la vie animale. Tout le monde connaît la suspension des fonctions nerveuses qui survient sous le coup de fortes émotions, ou sous l'influence de troubles violents et imprévus. C'est un clioc passag-er. Les femmes nerveuses y sont fort sujettes. Au réveil, l'encéphale ne reprend jamais immédiatement son ton habituel. Le plus souvent, les idées sont troublées, obscures, confuses, la volonté impuissante, le caractère modifié; quelquefois, au contraire, la vie animale se relève rapidement de cette faiblesse momentanée; elle est surexcitée et capable d'efforts qui, peut-être, lui eussent été impossibles avant l'accident. Nous pouvons étendre le choc à l'appareil cardiaque. La syncope n'est-elle pas un véritable choc?
Le cœur est un des org-anes les plus sensibles. Centre d'un appareil placé entre la vie animale et la vie végétative, il participe de ces deux vies. Il en a les diverses sensibilités. Le cœur est véritablement animé, il possède à un haut deg'ré la sensibilité animal'e, il en éprouve toutes les émotions, il en subit toutes les défaillances. Le cœur s'arrête brusquement, sous le coup d'une impression pénible. Tantôt il réagnt vivement, avec une énergie tumultueuse; d'autres fois, il semble se dégager péniblement de l'émotion qu'il vient d'éprouver : la pulsation est faible, irrégulière, intermittente et n'arrive que peu à peu au type normal.
L'irritation galvanique du pneumogastrique détermine invariablement sur le cœur les phénomènes du choc. Le pneumogastrique représente la sensibilité animale du cœur, comme les filets sympathiques représentent sa sensibilité organique ou végétative.
L'irritation du pneumog^astrique produit la syncope, le choc, la sidération du cœur, la faiblesse de sa fonction. L'irritation violente du pneumogastrique peut tuer le cœur, comme l'irritation violente des centres nerveux peut tuer la vie animale.
Ce que je viens de dire du cœur, touchant la sensibilité animale et les phénomènes du choc, arrive à d'autres organes et par exemple, aux appareils vasculaires particuliers. Les nerfs qui animent ces appareils proviennent de la moelle et du g'rand sympathique. Nous retrouvons ici le système des nerfs du cœur. L'irritation g-alvanique des nerfs qui émanent du centre spinal, produit subitement le collapsus des muscles vasculaires et la dilatation consécutive des vaisseaux , sous la pression de l'ondée sang-uine. Ainsi, partout ou. pénètre la vie animale, nous pouvons observer le choc. L'alcool ne le cause pas diree* tement, mais il place l'org-anisme dans des conditions tell6s, qu'il peut l'éprouver à la moindre occasion, il me paraît, comme je l'indiquerai au chapitre 2, que certaines cong-estions violentes et subites, qui surviennent chez les alcooliques, sont dues à une sidération subite, à un véritable choc du système des circulations particulières. C'est là le détour qu'il faut prendre, pour bien saisir le choc alcoolique admis par le D" Marcet.
La circulation s'active sous l'influence de l'alcool; en même temps, la chaleur s'élève, s'étend à la périphérie; la peau se colore, s'anime surtout à la face; ces phénomènes dépendent de la dilatation des petits vaisseaux. Les muscles vasculaires cèdent sans ré-
sislance à la pression de la colonne sang-nine, chassée pat' le cœur. Ces muscles paraissent épuisés : ils le sonl en effet. Ils ne sont plus capables de répondre vivement à leurs excitants naturels. Ils sont tellement énervés, si je puis ainsi dire, qu'une excitation, même lég^ère, loin de les soulever et les pousser à l'acte, achève de les affaiblir. Le sang* surcharg-e les petits vaisseaux. Il n'est pas un org^ane, pas un appareil où ces faits ne s'observent. Ceci me conduit à parler du g'rand sympathique, qui tient sous sa dépendance les circulations locales.
Il n'y a pas de séparation absolue, d'antag-onisme, entre le gTand sympathique et le centre céphalo-rachidien. L'unité règ-ne dans les fonctions nerveuses; toutes ces fonctions, à l'état normal, converg^ent vers un but, une fin commune. Elle sont tellement unies que, si l'une de ces fonctions s'exag'ère, l'autre s'abaisse. Les exemples de ce que j'avance sont nombreux. Excitez fortement la vie animale, vous aurez aussitôt une sédation du gTand sympathique, et inversement. L'appel des forces nerveuses, vers l'appareil g-énital, dans l'acte du coït, épuise d'abord le g'rand sympathique et provoque la dilatation des capillaires et la diffusion de la chaleur ; il épuise ensuite la vie animale, et le sommeil s'ensuit.
L'alcool pousse toutes les forces nerveuses vers les facultés animales : de là, un épuisement, une énervation du g'rand sympathique et la dilatation des vaisseaux. L'énervation finit aussi par s'étendre aux facultés g'énitales.
L'action de l'alcool sur la sang'uification est incon-
testable ; mais cette action est-elle directe? Bouchardat l'admet ainsi : l'alcool rend le sangM^eineux, en s'emparant de l'oxyg^ène, que les g^lobules devraient fixer , il produit la pléthore veineuse, il tue le san^ par asphyxie. Ces résultats, je l'ai dit, ont été contestés. L'influence indirecte de l'alcool sur le sang^ me paraît beaucoup plus certaine. En effet, tous les org-anes concourent à la sang^uification ; elle résulte de leur fonctionnement; elle se modifie toutes les fois que se modifient les fonctions. Or il n'est pas une fonction, pas même la nutrition, que l'alcool ne trouble et ne modifie.
On connaît l'action des g-landes, sur la constitution de la masse sang-uine. Le sang* subit l'influence de leur moindre dérang^ement. L'alcool impressionne vivement les g^landes.
Cl. Bernard a prouvé, dans ses Leçons sur les si(b~ stances toxiques^ que l'alcool étendu d'eau, active toutes les sécrétions du tube dig-estif. C'est un excitant des grandes de cet appareil. Mais, quand il est concentré, il irrite fortement ces g'iandes et suspend leur sécrétion. Quelquefois, on voit survenir l'ictère, à la suite d'un excès considérable de boissons, chez des sujets sobres habituellement : on peut admettre dans ces cas, que l'alcool, arrivant en masse dans le foie, l'a profondément lésé.
L'alcool pousse à la sueur; son action diurétique est parfaitement connue. Il n'est pas jusqu'aux g'iandes séminales, qui ne soient elles-mêmes stimulées par les liqueurs spiritueuses. Le vin aig-uillonne les désirs vénériens ; cette excitation du reste
est passag'ère, souvent même elle est à peu près nulle.
Nous savons maintenant, ce que deviennent les vies particulières sous l'action de l'alcool. J'arrive à l'étude de la vie commune : c'est-à-dire, de cette fonction vitale, que possèdent tous les org-anes, tous les appareils, toute partie vivante, quelle que soit sa Ponction spéciale.
Toute substance vivante, naît, se développe, eng^endre et meurt; toute substance vivante doit se nourrir: ce sont là des fonctions communes; vég-étation et nutrition sont deux points de vue de la fonction vitale comnmne. On les confond ordinairement sous le nom d'activité nutritive; on pourrait tout aussi bien les conibndre sous le nom d'activité vég-étative, g-énérative: la nutrition n'est-elle pas une véritable g^énération?
L'alcool ag-it d'une façon évidente sur ces deux éléments. Je commence par la vég'étation. Ce point a été éclairé par les expériences faites sur le pansement des plaies par l'alcool. Voici les résultats obtenus : je les tire de la thèse de de Gaulejac (1).
L'influence de l'alcool sur les plaies qui doivent suppurer est très-remarquable. La suppuration apparaît le deuxième ou troisième jour. Elle se montre surtout et débute par les points où le contact de l'alcool a été moins assuré. Le quatrième jour, la suppu-
(Ij Thèse (leFai is, 1864.
ration est complètement établie. Les ])ords de la plaie ne se tuméfient pas, ou à peine. La suppuration est toujours très-peu abondante. «Nous avons vu dit-il, quelques cas où, maIgTé l'étendue de la plaie, la suppuration était presque nulle ; à peine, après ving'tquatre heures, s'en était-il produit une lég-ère couche* qui s'enlevait avec le gâteau de charpie qui la recouvrait. « Le bourg^eonnenient de la plaie paraît un peu retardé; les bourg-eons sont de bonne nature, petits, serrés, coniques, d'une coloration rosée vive; ils marchent franchement à la cicatrisation.
Il ajoute plus loin : a Toutes nos plaies réunies immédiatement (pansées à l'alcool), quels que Fussent leur forme, leur siég-e, et leurs complications, ne nous ont présenté que des phénomènes inflammatoires nuls ou peu tranchés. Les bords, habituellement tuméfiés et douloureux durant les premiers jours, pai' le pansement simple, sont toujours i^estés souples et à l'abri de g*onflement trop considérable. Bien plus, nous avons vu plusieurs fois, sous l'influence de l'alcool employé vers le troisième ou quatrième jour d'une plaie, l'inflammation déjà développée disparaître rapidement... Dans les décollements étendus de la peau, dans les fusées purulentes profondes, oii la suppuration, sans être de mauvaise nature, épuise le malade par son abondance et sa durée, les injections et les pansements alcooliques sont de la plus grande utilité... Ils tarissent en peu de temps la sécrétion du pus, ou du moins la diminuent considérablement et favorisent le recollement des clapiers».
L'alcool modifie donc l'activité vég-étative de la plaie; il ne s'ag-it pas ici d'une action caustique, La
plaie cesse de former des f^Mobiiles de pus; la vég-élalion prend une autre tournure, une autre direction: il ne se forme plus des leucocytes, mais du tissu conjonctif. La cicatrice se forme, à mesure que disparaît l'excitation inflammatoire.
Remarquons qu'il faut une somme d'irritation, un effort vital plus considérable, pour former du pus que pour engendrer du tissu conjonctif. Le pus est, en quelque sorte, un produit plus achevé, supérieur au tissu conjonctif, plus org-anisé. Le leucocyte arrive rapidement à l'état adulte et ne tarde pas à décliner. Il n'en est pas ainsi du tissu conjonctif, qui semble rester dans une perpétuelle jeunesse, toujours prêt à g-énérer des éléments normaux ou morbides mieux formés et plus terminés que lui, L'alcool ne favorise pas le développement des éléments supérieurs, il pousse vers la production indéfinie les éléments inférieurs, le tissu commun, conjonctif; il active son pouvoir vég^étatif, mais cette activité modifiée n'eng^endrera rien de supérieur à ce tissu. Pour si vive qu'elle soit, cette activité n'arrivera jamais qu'à produire du tissu conjonctif. Ce point intéressant demande de plus amples développements ; je me propose d'y revenir dans la suite de ce travaiL
Passons à la nutrition proprement dite, qui comprend les deux actes essentiels d'assimilation et de désassimilation. L'alcool ag-it énerg^iquement sur la nutrition.
Introduit dans l'org^anisine, il abaisse la quantité d'acide carbonique exhalé. «Après un usag'e modéré des spiritueux, dit Lehman n, l'excrétion de l'acide
carboniquo diminue d'une manière absolue; elle diminue aussi relativement à la quantité d'oxyg^ene absorbé» (1). Pour Yierordt, l'acide carboinque diminue presque a l'instant; cette diminution dure environ deux beures, et les proportions normales d'acide carbonique reparaissent ensuite (2).
L'action de l'alcool sur la production de l'urée est peut-être moins évidente. Gela vient de ce que les recbercbes ne peuvent porter que sur la quantité d'ui^ée excrétée parle rein, quantité qui n'est pas toujours dans un rapport exact avec celle que la désassimilation jette dans le sang\ En g-énéral, sous l'influence de l'alcool, on voit cette substance se montrer en moindre quantité dans l'urine.
Cette diminution dans la proportion d'urée excrétée, ainsi que dans Fexbalation de l'acide carbonique, ne provient pas d'une altération de la fonction des org'anes cbarg'és de rejeter ces produits au debors. Il importe de le remarquer, ces org-anes éliminent moins parce qu'il y a moins à éliminer. L'alcool abaisse donc l'activité du mouvement dénutrilif: opinion admise g-énéralement aujourd'hui (3).
On peut établir un rapport assez étroit entre le besoin de mang'er et l'état de la nutrition; si l'on veut encore, entre la nécessité d'assimiler et la désassimilation. Or sous l'iniluence de l'alcool, le besoin de s'alimenter diminue. Celte diminution n'est pas due à l'irritation de la muqueuse g-astrique, car ce
(1) Piécis de chim. physiol. anim. Paris, 1853, p. 338. (î) Cité par Milne-Edwards, Phisiolog. comparée. (3) Voir les auteurs qui se sont occupés du rôle alimentaire de l'alcool.
manque de besoin peut exister, alors que les Tonctions g^astriquesse font très-normalemenf. Ce n'est pas non plus parce que l'alcool nourrit: ce que l'ivrog'ne prend de cette substance ne saurait compenser la quantité d'aliments ordinaires qu'il devrait absorber. Les g-ens adonnés aux boissons alcooliques mang^ent moins, parce que, chez eux, la nécessité de prendre des aliments a diminué; ce besoin tend à disparaître, à proportion que s'affaiblit l'activité nutritive.
L'alcool abaisse l'activité vitale commune. Tous les échang-es nutritifs sont diminués. Il ag-it comme fait le froid; chez les animaux hibernants, la nutrition étant moins active, la nécessité de réparation diminuant, il est évident que le besoin de mang^er doit s'affaiblir. Ainsi l'alcool abaisse l'activité nutritive, ce que prouve l'affaiblissement des actes assimilatifs et désassimilatifs.
Nous avons vu l'alcool ag'ir sur les vies particulières ; nous connaissons son influence sur la vie commune. Il ne nous reste plus maintenant qu'à dég-ag-er le mode d'action qu'il exerce sur l'unité vitale ellemême. Or le plus gTand caractère de cette unité, le premier, se résuniQ en ces mots : harmonie, équilibre, stabilité. Ces qualités sont le fondement de l'énerg-ie vitale, des actes rég^uliers et normaux^ de la résistance de l'être vivant à toutes les causes extérieures de trouble, et le fondement aussi des réactions médicatrices. Ce caractère de l'être, en possession de sa pleine puissance, persiste-t-il en face et sous l'influence de l'alcool?
Loin de là. Nous voyons Falcool pousser à l'acte les vies particulières, les forces agissantes, comme dirait Barthez; nous le voyons exciter les propriétés vég-étatives, en même temps qu'il abaisse l'activité nutritine, racines des forces agissantes. Ainsi, désharmonie dans la vie commune, d'oi:i émanent toutes les vies particulières; les propriétés vég'étatives s'isolent des propriétés nutritives. Ainsi, désharmonie dans les rapports des forces agissantes aux forces radicales poussées en sens inverse : celles-ci s'affaiblissant d'autant plus qu'elles ont à lutter contre l'action dépressive de l'alcool et la faiblesse qui résulte de tout ébranlement trop vif et artificiel des forces en action.
Et les fonctions nerveuses, centres supérieurs de la vie animale et de la vie vég"étative, ne les voyonsnous pas profondément atteintes dans leur équilibre normal? Entraînement de toute activité nerveuse vers le centre céphalo-rachidien; faiblesse de l'activité g'angiionnaire qui, d'un autre côté, ne trouve plus dans la vie nutritive affaiblie l'excitation suffisante à son libre fonctionnement. De cette double cause de faiblesse va résulter la résolution parfois subite des fonctions nerveuses vég-étatives, qui sont immédiatement nécessaires au mainticTi de la vie.
Ces troubles profonds de l'innervation ne sauraient exister sans apporter un désordre notable dans les rapports qui unissent entre eux les g'rands appareils et toutes les vies particulières. Le consensus unus^ sur lequel repose toute stabilité vitale, toute énergie, s'efface, et chaque org'ane livré à lui-même agit en dehors de toute règ-le. Dans Fivresse, à mesure qu'elle se prononce, nous voyons disparaître successivement
toutes les forces ay-issantes, opprimées sous l'exag-éralion Ibnetionnelle d'un seul appareil, l'appareil sang'uiu.
Ce profond désaccord que jette l'alcool dans la succession des fonctions se retrouve évident, quoique trèsafïaibli, dans les réactions intempestivement troublées par l'administration de cette substance. Qu'on lise les observations de Ging-eot qui portent sur des pneumonies : « Je ne nie point, dit-il, que les effets produits par l'alcool aient semblé parfois inég'aux, qu'on ait vu en plusieurs occasions le pouls s'accélérer, alors que la respiration se ralentissait ou que la chaleur diminuait, et réciproquement » Et, dans l'observation 7, ne voit-on pas la transpiration, abondante jusque-là, cesser tout à coup, et la peau devenir sèche et brûlante? Sont-ce là des types de réactions franches?
« Je reconnais aussi que dans un petit nombre de
cas, continue Ging^eot, l'eau-de-vie a paru ag'gTaver momentanément !a situation des malades; mais ces faits ne prouvent rien, à mon avis, contre le traitement alcoolique» (1).
En effet, ces inég^alités dans la réaction ne prouvent rien contre le traitement alcoolique. Ce traitement, en dépit des aventures de Todd et de quelques autres, sera toujours utile : il rendra les réactions franches et salutaires ([uand il sera indiqué (2). Mais elles prouvent que l'alcool jeté au milieu d'un mouvement médicateur favorable, ou administré en dehors de tout
(1) Gingeot, Thèse de Paris, 1867.
(2) Voir in Dict. encyclop. les sages et nombreuses reslricUons que le professeur Béiiier apporte à la méthode dite de Todd.
besoin, trouble, altère ce mouvement et provoque le tiésaccord dans la réaction. Voilà ce que démontrent la plupart des observations de Ging-eot, et ses propres conclusions viennent à l'appui de ce que j'ai avancé.
II est une fonction qui peut servir à mesurer exactement toute l'étendue de ces troubles jetés dans l'harmonie des fonctions : c'est la caloritîcation. Or que devient-elle sous l'action de l'alcool? L'alcool abaissant l'activité nutritive, doit abaisser la température animale, mais ce n'est pas là le fait important. L'org-anisme, impressionné par l'alcool, n'est plus apte à l'éag'ir contre l'action dépressive du froid : on sait combien le froid est funeste aux buveurs.
((Les personnes chez lesquelles la résistance vitale faillit l'acilement, disent Trousseau et Pidoux , sont incapables de cette excitation spontanée qui, chez les autres, conlrebalance l'action dépressive du froid, conmie de celte sédation spontanée qui doit combattre l'influence oppressive et accablante d'une chaleur excessive. De tels individus sont promptementeng-ourdis par le froid et anéantis par la chaleur
N'est-ce pas là le cas de ceux qui abusent des liqueurs spiritueuses?
(1) Trailé de llicrapculique, vol JI, p. T*' édil.
18 8. - AikIIk ni.